Jean Morly

Abandon de la fidélité

ou

Le club des sérieux

Roman de Jean Morly

 

Dans notre démocratie, hommes et femmes sont libres et égaux en droit. L’amour se pratique par consentement mutuel, et n’est, en principe, jamais forcé. L’infidélité est généralement déconseillée, mais fréquente et licite. L’adultère est maintenant toléré. La jalousie est réprimée par la police et la justice si elle se manifeste violemment contre un infidèle. L’abandon de la fidélité est possible. Ce roman nous entraîne chez des infidèles qui ne sont pas des débauchés. Ils ont plusieurs amours et respectent la loi et leur prochain, mais ils rencontrent l’hostilité de ceux qui sont favorables à la fidélité.

 

1 Le père d’Aline

— Papa, dit Aline. Vous avez proposé à Lucie, comme à moi quand j'avais son âge, de se mettre à la contraception.

— Ta petite sœur peut avoir l’idée de se donner à un garçon et avoir un enfant alors que sa croissance n’est pas achevée. C’est pour éviter cette imprudence. Il y va de sa santé.

— Lucie est consciente des risques, dit Aline. Elle ne va, ni aux anniversaires, ni aux fêtes débridées. Elle ne boit pas. Elle peut comme moi solliciter votre aide pour se protéger d’un garçon douteux en le faisant venir ici. Elle le sait.

— Lucie n'a pas encore accepté la contraception. Elle se comporte comme toi, avec prudence, et c’est votre choix. Elle la prendra quand elle voudra, comme toi. Mais il était indispensable de lui proposer.

— Tant qu’elle est au lycée, le risque est faible. Par contre, depuis que je l’ai quitté, je ne suis plus dans le même milieu. Je constate qu’avec les étudiants que je côtoie maintenant, il est préférable de se protéger. Je ne vais pas aux bizutages, mais, ce que l’on m’en raconte me fait douter de l’intelligence des hommes qui ne pensent qu’à se saouler ou se droguer. C’est à moi de me mettre à la contraception. La plupart des filles que je rencontre parlent beaucoup des relations sexuelles.

— Tu es à l’âge où la majorité des filles a déjà goûté à l’amour. Comme tu es majeure maintenant, tu n’as plus besoin de passer par nous pour aller chez le médecin. Pour l’argent, tu nous demandes ce dont tu as besoin. Ta mère connaît mieux la contraception que moi. Ne préfères-tu pas aller avec elle pour ces petites affaires féminines ?

— Si, mais je peux aussi aller avec toi si maman n’a pas le temps. Je préfère être accompagnée et je suis moins pudique avec toi que Lucie.

— Lucie a raison d’être pudique avec moi. C’est une façon de se protéger de moi. Son amie Clémence se réfugie près de Lucie quand elle voit que son père a bu, car alors il s’attaque à elle. Sa mère l’envoie chez nous. C’est normal. Il en résulte que Lucie se méfie de moi. Certains pères sont incestueux.

— Mais toi, tu ne l’es pas, dit Aline. Moi, j’ai confiance en toi. Tu ne bois jamais, et tu respectes tout le monde. Tu sais que je n’aimerais pas que tu m’attaques. Il n’y a pas de risque d’inceste avec toi. Lucie a tort de se méfier de toi.

— Il vaut mieux trop de prudence que trop peu.

— Oui, mais elle s’enferme dans la salle de bains quand j’ai envie d’y aller. C’est exagéré quand on est pressé.

— Ta sœur est gentille. Ce qu’elle fait là n’est pas très gênant. Je l’ai vue t’ouvrir la porte quand tu lui demandes, comme à ta mère. Elle ne s’enferme pas pour vous.

— Elle devrait t’ouvrir aussi.

— Je préfère attendre en ne frappant pas, puisque c’est pour moi qu’elle s’enferme. Comprends que ce que Clémence lui raconte sur son père doit la tourmenter. Il y a des pères dangereux. Clémence en souffre.

— Tu ne m’as jamais attaquée ! Tu respectes et protèges les femmes et les enfants. Je le dirai à Lucie.

— Laisse Lucie et sa pudeur. Elle est très bien, ta sœur. Je n’ai rien à lui reprocher. Avec moi, tu fais comme tu veux, mais je ne considère pas que tu fais mieux que Lucie. En ce qui concerne ta propre contraception, je vais dire à ta mère de t’en parler. Si elle n’est pas disponible, j’irai avec toi puisque tu le souhaites.

— Merci, papa.

— Puisque tu ne négliges plus l’amour, il est temps de songer à ton avenir.

— Il est tout tracé, papa. Je poursuis mes études, et quand elles seront terminées, je prendrai mon indépendance. Je travaillerai et je me marierai. Vas-tu me couper les vivres parce que je suis majeure ?

— Mais non. Tu restes avec nous tant que tu voudras. Tu ne dépenses pas beaucoup. Pour l’amour, tu continues de faire comme tu veux. C’est maintenant à toi de gérer ta vie à ta façon. Tu reçois qui tu veux, et tu peux partager ton lit avec un amant ou un copain. Il peut loger avec toi. Tu es assez sérieuse et informée, pour savoir éviter les ennuis. Nous n’avons plus à te dicter une conduite.

— Me permets-tu d’amener des garçons ici ?

— Tu utilises ta chambre librement avec les garçons que tu as envie d’inviter. Ta mère est comme moi. Nous avons eu des amants avant de nous marier. Tu y as droit comme nous. Autant que tu fasses ici ce que tu souhaites. Nous sommes avec toi. Si tu veux ton indépendance, nous pouvons te louer un studio en ville, mais, ici, tu as l’avantage de notre protection. Cela est parfois utile pour une fille comme toi. Je ne voudrais pas te voir attaquée par un de ces garçons qui ne connaissent pas le respect que tout homme devrait avoir vis-à-vis des femmes. Je suis pour leur protection contre les mauvaises rencontres, qui restreignent la liberté des femmes, mais il ne faut pas imposer une règle de vie proche de l’esclavage sous prétexte de protection.

— Il y en a qui abusent de ta protection. Tu dis toujours oui.

— On sait que j’aime protéger, et que l’on ne risque rien avec moi. Je protège ceux qui le souhaitent et qui en ont besoin, comme les mineurs, les femmes qui le réclament ou les handicapés. Si cela fait plaisir à des femmes d’avoir ma compagnie, c’est une façon d’avoir des amies, et de parler un peu avec elles. Il faut se rendre utile et être sociable. Je ne m’impose pas. J’admets que quelques femmes en abusent en me faisant perdre mon temps, mais ma réputation y gagne.

— Je ne te critique pas. J’en bénéficie. Tu es toujours prêt à nous accompagner quand tu es libre. Mais ne te considère-t-on pas comme une bonne poire ?

— C’est possible, mais je ne protège pas que les autres. Je me protège aussi moi-même contre les indésirables et les dangers que je rencontre. Je suis très prudent. J’évite tout ce qui est statistiquement pourvoyeur d’accidents, comme de nombreux sports, les compétitions physiques ou les endroits réputés dangereux. Je ne me drogue pas et j’en déconseille l’usage. J’utilise les moyens de me protéger. Je ne fréquente pas les individus qui peuvent m’amener des ennuis. Je ne suis pas bonne poire pour ceux qui ne méritent pas que je le sois.

— Bon. Je ne savais pas que, toi et maman, vous aviez eu des amants.

— C’est pourtant vrai. Nous ne t’avions rien dit jusqu’à maintenant, pour ne pas te troubler. Comme tu es majeure, tu es assez grande pour comprendre. Il est normal que tu sois informée. Il est préférable que ce soit par nous, plutôt que par d’autres personnes. Nous n’avons pas peur de la vérité avec ceux que nous aimons, qui sont sérieux, et qui savent tenir leur langue.

— Qui sait ?

— Les amants, bien sûr, mais c’est à peu près tout. Les amants veulent la discrétion, et nous aussi. Apparemment, il n’y a pas de fuites. Nous te faisons confiance pour être aussi discrète.

— Et Lucie ?

— Il faudra le dire à Lucie. Elle est aussi sérieuse que toi. On peut la mettre dans la confidence.

— Je suis curieuse. Peux-tu m’en dire un peu plus ?

— Oui, bien que, quand j’ai voulu en dire plus à ta mère, elle m’ait dit de le garder pour moi, et qu’elle n’avait pas à me surveiller. Elle me faisait confiance pour que mes amantes ne viennent pas perturber notre vie familiale. J’aurais pu tout lui dire. De son côté, elle a des amants. C’est tout ce que je sais, car elle préfère ne pas m'en parler, et je respecte sa préférence. Nous ne savons rien de précis sur la vie sexuelle cachée de l’autre, mais elle existe, et elle est sans importance, puisqu’elle ne nous gêne pas. C’est sans doute mieux comme cela. Nous ne sommes pas jaloux. Nous accordons à l’autre la liberté sexuelle avec des amants cachés qui n’interviennent pas dans notre vie commune. Ma vie sexuelle et la sienne étaient commencées avec des amants quand nous nous sommes mariés. Nous n’avons pas rompu avec nos amants, mais les relations sont devenues marginales.

— Vous avez donc surtout fait l’amour avec des amants avant de vous connaître.

— Oui. Bien sûr. En ce qui me concerne, j’ai eu trois amantes importantes que j’ai rencontrées à peu près à ton âge, et que j’ai fréquentées pendant plusieurs années. Je ne suis pas un saint, et je ne me suis pas toujours bien conduit. Veux-tu que je t’en parle ?

— Si cela ne te gêne pas, dit Aline.

— L’expérience d’un homme qui a aimé plusieurs femmes peut t’être utile. Il faudra n’en rien dire à ta mère, puisqu’elle préfère l’ignorer, bien qu’elle en connaisse l’existence. Cela doit rester entre nous. Je ne te donnerai pas des noms. Ne cherche pas à savoir ce qu’elles sont devenues. Reste en dehors de cela. Je peux tout te dire. Es-tu d’accord ?

— Oui, papa. Je serai muette comme une carpe.

— Bon. Dans ma première année d’étudiant, j’avais rencontré un trio de filles dans une sortie de marche du dimanche. Nous nous étions regroupés par affinité. Nous étions sérieux et nous avions des éducations comparables. Nous nous trouvions bien à discuter ensemble.

— Quelles étaient vos affinités ?

— Elles avaient la même façon de voir les choses que moi. Ce sont celles que nous avons ici. Nous nous distinguons par notre propension à préférer l’utile et ce qui est pratique à l’aspect et à l’artistique, le raisonnable et le travail au futile et à la fête. Nous sommes des flegmatiques. J’ai marché avec le trio. Elles appréciaient la protection d’un garçon comme moi pour écarter les autres garçons, si bien que pour d’autres sorties hors du groupe de marche, elles me réclamaient, ce qui nous permettait d’aller plus librement où nous voulions. Elles faisaient les mêmes études. Les trois étaient promises par leurs familles à des garçons.

— Les aimais-tu ?

— J’ai été très déçu quand j’ai appris qu’elles n’étaient pas libres, car elles me plaisaient. Elles m’ont fait sentir que je devais les respecter. Je les respectais. Elles n’étaient pas pour moi.

— Mais tu avais envie d’elles, dit Aline.

— J’avais envie des filles en général, des filles que je rencontrais, et d’elles en particulier. L’instinct sexuel des hommes ne nous quitte pas. Il ne se limite pas à une fille. Les filles doivent s’en protéger si elles sont sages. Un dérapage est toujours possible par ceux qui se laissent aller à leurs impulsions amoureuses. J’étais souvent excité. Heureusement pour elles, la plupart des hommes savent se maîtriser, et comme il est interdit d’agresser une femme qui ne désire pas être aimée, la peur du gendarme les calme. Je n’envisageais rien avec ce trio de filles, puisqu’elles étaient réservées et ne me faisaient pas d’avances. Elles étaient gentilles avec moi, et moi avec elles. Je ne cherchais pas à les séduire puisqu’elles ne voulaient pas. C’était inutile. Je cherchais en dehors d’elles, et je ne leur ai pas caché que je souhaitais me marier, comme elles. Elles ont proposé de m’aider dans ma recherche. Elles m’ont fourni des renseignements sur leurs amies et sur d’autres filles. Elles en faisaient venir chez elles pour moi, et me demandaient mon avis. Cela les amusait. Je disais au trio, ce qui me plaisait et déplaisait. Elles savaient ainsi quel genre de fille, je cherchais. Je les prenais comme modèles, sans leur dire. Elles m’informaient objectivement. Toutes celles qu’elles connaissaient étaient passées au crible. Je leur indiquais celles qui m’intéressaient, et elles enquêtaient sur elles. Des filles s’intéressaient aussi à moi, mais le trio trouvait souvent quelque chose qui me déplaisait. Je savais qui choisir, et j’ai su ainsi que ta mère me conviendrait, et qu’elle cherchait aussi quelqu’un dans mon genre. Ta mère avait probablement des amants, car l’un d’eux se vantait de l’avoir été. Il fallait cependant l’attendre, car, comme les filles du trio, elle ne voulait pas d’un mariage prématuré pour troubler ses études. Je l’ai donc attendue, et j’ai fini par l’épouser. Le trio s’est révélé bien pratique et efficace, en cherchant pour moi ma future femme. Le trio ne s’est pas trompé, en me conseillant ta mère. J’envisageais l’avenir avec sérénité. J’étais heureux de protéger le trio de mauvaises rencontres, et, qu’en retour, les trois filles se démènent pour moi, et m’invitent avec leurs autres amis. Je les aimais, et elles m’aimaient. Elles n’étaient pas jalouses que je cherche en dehors d’elles. Elles étaient efficaces, et j’avais des comptes-rendus bien étayés sur de nombreuses filles. Celles qui pouvaient me convenir n’étaient pas nombreuses. Je leur dois beaucoup. J’étais aussi bricoleur qu’elles. Je les aidais par exemple à changer des ampoules et des fusibles. Elles me chouchoutaient, et elles ne m’empêchaient pas de travailler. C’étaient des perles. Elles le sont encore. Si toutes les filles étaient comme elles, ce serait le paradis.

— Manquais-tu d’amour ?

— D’amour sexuel : oui, mais je me masturbais régulièrement, pour compenser. Je ne les cherchais pas puisqu’elles se réservaient pour leurs futurs maris. Elles étaient pudiques, et moi aussi.

— Elles sont pourtant devenues tes amantes, dit Aline.

— Oui, sans que je les sollicite. J’étais souvent avec le trio, mais elles avaient compris qu’elles pouvaient me recevoir en confiance dans leur grand appartement où elles logeaient. Quand elles avaient besoin de moi, elles pouvaient m’appeler, et je faisais ce qu’elles souhaitaient quand c’était dans mes compétences. C’était un plaisir pour moi d’avoir mes entrées chez elles, d’y aller presque librement, et de leur faire plaisir. L’équilibre était obtenu.

— Et il a été rompu.

— Oui. Le trio recevait des filles et quelques garçons en plus de moi. C'étaient des étudiants et des étudiantes comme nous. Ce n’était pas ceux qui allaient en boîtes de nuit. Il fallait de la tenue pour le trio. Les fêtards et les fumeurs n’étaient pas admis, ce qui me convenait. J’avais été remarqué par une étudiante, et le trio m’a fait part qu’elle se renseignait pour savoir si un membre du trio s’intéressait à moi. Elle ne voulait pas se déclarer si j’étais réservé à l’une d’elles ou une autre fille. Le trio avait répondu qu’elles-mêmes étaient promises à des garçons, mais que ce n’était pas moi. L’étudiante avait donc le champ libre avec moi. Le trio m’a averti que l’étudiante allait me chercher, et que je pouvais l’accepter si j’en avais envie. Ce n’était pas une fille à marier et à retenir, car elle avait des défauts, mais elle n’était pas dangereuse. Elle n’était pas fichée à éviter par le trio, comme beaucoup d’autres filles. Elle avait eu deux copains successifs sérieux, et elle exigeait le préservatif. Le dernier copain l’avait quittée pour une fille plus riche.

— Quels étaient ses défauts ?

— Elle buvait un peu, et prenait très souvent des tranquillisants. Elle en abusait, et avait certainement un début de ce que l’on appelle maintenant une addiction médicamenteuse. Le trio estimait qu’elle était en manque d’homme, que je correspondais à ce qu’elle cherchait, c’est-à-dire un garçon pour faire l’amour, et que je pourrais en profiter de façon transitoire si j’en avais envie. Comme l’étudiante, pour ne pas gêner, demandait si l’une d’elles avait des relations sexuelles avec moi, elle ne serait sans doute pas la seule à penser à une liaison amoureuse avec un ami garçon trop présent chez le trio. Cela pouvait ternir notre réputation de sérieux. Le trio ne voulait pas que leurs mariages soient compromis par des cancans pouvant arriver à l’oreille des familles. Il ne l’avait pas dissuadée de me contacter, car c’était à moi de décider. Nous souhaitions rester ensemble, mais pour cela, il aurait été bon de lever le doute sur mes relations avec le trio, pour tout notre entourage. Elles affirmaient qu’elles se marieraient ailleurs, mais ce n’était pas suffisant pour convaincre de leur sérieux. Les promis étaient loin et ne venaient jamais. Elles ne portaient pas de bagues de fiançailles. On pouvait douter de l’existence des fiancés. J’étais trop souvent avec elles. Le plus simple était que j’aille moins souvent chez elles. L’autre solution, que j’ai envisagée, était que j’aille ouvertement avec cette fille qui n’était pas compromettante, et dont je pourrais me débarrasser facilement si elle me déplaisait. Mon trio n’osait pas me dire de venir moins souvent. J’étais de mon côté désolé d’avoir à restreindre mes relations avec le trio. J’ai décidé que je ne rejetterais pas les avances de la fille, si cela arrêtait le soupçon d’une liaison entre moi et une des filles du trio. Après tout, l’étudiante me voulait et me proposait de passer nos envies avec elle. Elle était saine, et moi aussi. Il y avait autour de nous des filles et des garçons qui ne se gênaient pas pour coucher ensemble, ou qui allaient souvent en boîte en vue de finir la nuit au lit en compagnie. J’étais capable d’aller avec cette fille puisqu’elle était certifiée par le trio, comme acceptable. Je ne m’engagerais pas pour le mariage avec elle.

— Est-ce que cela a marché ?

— Pas tout à fait comme prévu. Je n’ai pas fait le premier pas. L’étudiante ne savait pas si j’allais ou non la repousser. Elle savait que j’accompagnais souvent des filles, sur leur demande, pour les rassurer.

— Ce que tu fais encore avec nous.

— Oui. Elle m’a demandé d’aller avec elle au cinéma. J’étais à côté d’elle dans le noir. Elle a posé sa main sur ma cuisse. Je la sentais à travers le pantalon. Je n’ai pas bougé. Elle l’a enlevée, puis remise. Je ne bougeais pas. Elle l'a maintenue pendant toute la séance. À la sortie du cinéma, elle m’a entraîné chez elle, et s’est livrée à moi. J'ai entamé des préliminaires, car, d'après le manuel de sexualité, j’avais compris qu'ils étaient nécessaires. Je l’ai caressée sur tout le corps et j’ai fait connaissance avec une anatomie dont je n’étais pas familier. Je me suis attardé sur le clitoris, et elle est partie au septième ciel. Je n’ai pas insisté. Je pensais à mon trio. J’aimais le trio, et non à cette fille, trop facile. Je suis parti. La fille m’a relancé deux fois. Nous sommes allés chez elle, et j’ai fait comme la première fois. De monter au ciel devait la satisfaire, mais elle m’a plaqué, et elle a disparu.

— Elle aurait voulu que tu fasses l’amour avec elle.

— C’est ce que m’a dit mon trio, quand j’ai donné mon compte-rendu. Il m’a trouvé une autre fille qui m’a emmené aussi chez elle. J’étais décidé à la prendre, en ne renouvelant pas mon erreur. J’ai abrégé les préliminaires, car je sentais venir en moi une forte envie. J’ai mis le préservatif. Malheureusement, je me suis trop pressé, et j’avais fini avant de commencer.

— Qu’est-ce que c’est : finir avant de commencer ?

— C’est trop se précipiter, et ne pas avoir le temps de faire l’amour. On se vide dans le préservatif prématurément, et on est désactivé, ce qui interdit la relation sexuelle pendant le temps de se recharger.

— C’était une éjaculation prématurée, dit Aline ! C’est fréquent. Ce n’est pas très grave. En général, cela s’arrange assez vite. N’a-t-elle pas compris ?

— Non. Elle m’a renvoyé, et elle ne m’a pas repris. À cette époque-là, on n’en parlait pas, et j’ignorais ce dysfonctionnement. À son avis, c’était anormal. J’avais failli à ma mission. J’étais ennuyé, mais le trio m’a consolé quand je lui ai expliqué mon échec. Il allait me trouver une autre fille.

— Et tu as réussi avec cette fille-là, dit Aline.

— Il fallait commencer par la trouver. La troisième fille certifiée non dangereuse se faisait attendre. Le trio ne voulait pas m’envoyer à une fille douteuse. Il m’a appris ensuite que j’avais désormais la réputation d’être impuissant. On disait que mon trio pouvait m’utiliser comme un eunuque pour se protéger, sans que personne ne le trouve anormal. On s’esclaffait dans mon dos. J’étais l’eunuque protecteur d’un harem de trois filles. Le trio était gêné pour moi. Il ne me renvoyait pas. Pour lui, j’étais normal, et il réfutait que j’étais impuissant, mais on disait que ce n’était pas clair. Je n’ai pas essayé de rétablir la vérité. Je me moquais de ma réputation. Je préférais être avec le trio qui m’invitait à ne plus restreindre mes entrées chez lui.

— Pourquoi te déclarait-on impuissant ?

— L'impuissance a plusieurs interprétations. J'étais impuissant puisque je n'étais pas parvenu à faire l'amour avec ces filles, mais je ne le suis pas complètement. Ces filles généralisaient. Le trio a voulu rectifier, mais il est délicat de parler de ces choses-là sérieusement. C'est resté dans le flou, comme une bonne partie de la sexualité qui est un sujet tabou pour de nombreuses personnes. Tu es dans un famille où on en parle scientifiquement, mais il n’y en a pas beaucoup.

— Je l’ai constaté, dit Aline. Mes camarades racontent souvent des âneries. Les filles du trio n’étaient pas encore tes amantes.

— C’est venu assez vite, à la suite de cette histoire d’amour raté, quand l’une d’elles, après s’être préparée, s’est offerte à moi. Les deux autres se sont éclipsées, nous laissant en tête à tête dans une chambre. J’avais envie d’elle, et elle était là à s’offrir, beaucoup plus tentante que les deux filles que j’avais acceptées. Que faire ? J’étais quand même ennuyé. Je lui ai rappelé qu’elle était promise à un garçon, et qu’elle se gardait pour lui. Elle m’a rétorqué qu’elle devait attendre plusieurs années son promis, et qu’elle avait pris la pilule. Après mon aventure avec les deux filles, bien démarrer ma vie sexuelle devenait nécessaire. Ses deux amies étaient comme elle. Elles s’estimaient responsables de ma réputation d’impuissance. Si je n’y voyais pas d’objection à devenir quelque temps un amant caché, l’une d’elles, que je pouvais choisir, envisageait de s’essayer avec moi pendant quelques semaines.

— Qui as-tu choisie ?

— Aucune. Je n’ai pas voulu choisir, car j’aimais les trois. Elles l’avaient prévu. C’était elle que le hasard avait désignée, par un tirage au sort, pour s’offrir et me permettre de fonctionner normalement, en effaçant l’accusation d’impuissance qui devait me troubler. Avec un préservatif, elle s’en sortirait intacte. Elle était vierge, mais elle mettait, comme toi, des tampons qui avaient libéré le passage, et elle avait à se former à la vie de couple. Personne ne le saurait si nous ne disions rien, et il était nécessaire de le cacher pour ne pas choquer certains membres des familles. D’ailleurs, je ne devais continuer à ne jamais passer la nuit chez elles, mais, dans la journée, c’était possible. Avec un préservatif, ce serait anodin, pas plus méchant que la masturbation. Elle s’offrait parce que le trio m’aimait, et elle ne croyait pas que cela puisse l’empêcher d’aimer plus tard son mari. Elle faisait confiance dans ma discrétion et dans celle de ses deux amies. Si j’avais des problèmes, nous les résoudrions ensemble et, ensuite, elle reprendrait l’abstinence jusqu’au mariage, comme ses deux amies. Elle pensait que j’avais de l’amour pour elle. N’avait-elle pas tout ce que je cherchais d’une future épouse ? Elle aurait pu se proposer d’après mes désirs. Elle répondait à tous les critères que j’exigeais, et ses amies aussi. Il n’y avait que le mariage qu’elle ne pouvait pas me promettre, puisqu’elle était engagée avec un autre qui ne méritait pas qu’elle le rejette. Elle-même me connaissait bien. Elle avouait avoir envie de ma présence intime et était curieuse de la découvrir. Je pouvais être un amant caché pour quelques relations sexuelles bien protégées, et quand tout serait en ordre, nous reprendrions une vie normale. Bien sûr, elle ne me forçait pas, mais puisqu'elle avait le bonheur d’être avec un garçon comme moi, il aurait été absurde qu’elle ne se propose pas, car ceux qui étaient comme moi n’étaient pas nombreux. Je méritais amplement ce qu’elle me proposait, et d’après la loi, elle avait le droit de se donner à moi. J’avais aussi montré que j’acceptais une étudiante certifiée par le trio. Elle était certifiée. Les deux filles qui m’avaient repoussé, puis calomnié, étaient des imbéciles, incapables de comprendre qu’avec moi, il fallait seulement un peu de patience. Le trio m’avait envoyé au casse-pipe avec elles. Elle saurait me rendre ma dignité. Je n’avais pas à me considérer comme impuissant. J’étais seulement trop puissant. Elles s'étaient renseignées sur mon cas. En général, avec un peu de pratique, tout redevenait normal. Elle allait pratiquer avec moi. J’ai cédé, et j’ai ensuite cédé aux deux autres qui ont fait comme elle. Leur logique était la même. Elles avaient remarqué que cette affaire m’avait attristé, et que je devais la ruminer. Elles souhaitaient réparer l’aventure avec les filles, dont elles se sentaient coupables, et s’essayer avec moi, en me prenant comme amant.

— Y avait-il une bonne entente entre elles ?

— Oui. Parfaite. Jamais de discorde. Elles étaient complices, et tenaient à l’égalité entre elles. Elles prenaient toutes les précautions pour que personne n’intervienne dans leurs amours avec moi. Elles se modéraient et ne voulaient pas perturber l’avenir, ni le leur, ni le mien. Tout devait rester secret, mais elles saisissaient l’occasion d’être avec moi, en sécurité et sans excès. Ta mère est du même genre que ces filles. Pour elle, l’amour secret existe. Il est possible quand il ne change rien à ce qui existerait sans lui. Elle m’a dit avoir des amants, mais elle ne m’a rien révélé sur eux.

— Qu’elles sont tes relations avec tes amantes ?

— Elles se sont mariées comme elles l'avaient prévu, et elles me disent être heureuses. J’ai des relations épisodiques avec elles. Nous sommes des amis.

— Les aimes-tu encore ?

— Oui. Je les aimerais toujours, et elles m’aiment aussi.

— Plus ou moins que maman ?

— Il est difficile de répondre, mais je privilégie ta mère, car je vis avec elle, et nous nous aimons. Mes amours n’interfèrent pas les uns avec les autres. Quand j’aime une femme, je ne suis pas avec mes autres amours. Je me consacre à elle pendant la période où je suis avec elle. Comme j’ai toujours utilisé le préservatif, je n’ai jamais transmis de maladie de l’une à l’autre. Un amant caché n’a pas à perturber la vie normale d’une femme en lui transmettant une maladie ou en lui faisant un enfant. Je serais déshonoré si une de mes amantes avait été gênée par ma présence auprès d’elle. Je dois les protéger contre les ennuis venant de moi, et je ne vais avec elles que parce qu’elles le souhaitent.

— Tu ne les aimes pas en même temps, dit Aline.

— Je ne me vois pas avec deux femmes dans mon lit. Il me faut du temps pour changer de femme, et pour me réhabituer. Je ne peux pas servir un grand nombre de femmes. Une femme me suffit.

— Mais tu passes d’une femme à l’autre.

— Je passais par périodes, suivant les circonstances et les disponibilités. Quand j’étais avec mes trois amantes, elles se mettaient à ma disposition par périodes. L’une se familiarisait à la vie de couple avec moi. Les deux autres attendaient pour prendre la relève.

— Longtemps ?

— Elles s’astreignaient à des périodes d’abstinence assez longues, pour que les autres puissent bien comprendre la vie de couple continue. Chacune prenait son tour pour une période qui allait parfois jusqu’à un mois ou deux. C’était réglé comme cela, pour s'adapter aussi à moi, en ne me plongeant pas dans un tourbillon de plusieurs partenaires. Je n’étais pas surchargé. Je pouvais travailler, et elles aussi. C’était moins perturbant que de changer continuellement de partenaire. C’était bien pour moi. Je n’aurais pas aimé les avoir en même temps, ou en alternance. J’avais besoin de régularité pour bien fonctionner, comme celle que j’ai avec ta mère. L’inconvénient était qu’elles avaient des périodes d’abstinence, mais elles ne s’en plaignaient pas puisque, normalement, elles se seraient abstenues encore quelques années, et elles ne m'en rendaient pas responsable. Pour moi, comme elles se valaient, je les laissais gérer entre elles la durée des périodes, et l’ordre de passage. Je changeais de partenaire, le plus souvent, quand celle qui était avec moi avait une raison de se faire remplacer.

— Quelle raison ?

— Elle voyait, comme moi, que les deux autres souhaitaient participer. Je minimisais la petite contrariété de me réadapter qu’elles avaient bien perçue, et je faisais l’effort de les satisfaire. L’équilibre a été obtenu par des périodes de quelques semaines.

— Les trois ont été séduites.

— J’ai été séduit par les trois. Je les aime toujours.

— Et depuis que tu es marié, quelles ont été les périodes avec tes amantes ?

— Il n’y en a plus, ma fille ! Je n’ai plus eu que des relations ponctuelles d’amitié avec mes amantes. Ce ne sont plus des périodes. Quand on est marié avec une femme que l’on aime, les amants ne comptent plus beaucoup. J’ai de longues périodes avec ta mère.

— As-tu beaucoup d’amantes, dit Aline ?

— Non. Je crains de mal m’accorder. Je n’ai plus le trio pour sélectionner. Ce que j’ai appris sur les femmes ordinaires m’effraie un peu. Je me contente de valeurs sûres.

— Et maman ? A-t-elle des amants ?

— Elle sait que je les accepte. Je ne m’en préoccupe pas. Je ne sais pas si elle a découvert des amants depuis que nous nous sommes mariés, mais rien ne change pour nous. Laisse-la faire. Elle ne m’en parle pas, et c’est très bien. Je pourrais croire qu'elle n'en a pas.

— Pendant une période, dormais-tu toutes les nuits avec la même amante ?

— Non. Une amante n’a pas droit aux nuits d’amour. Elle n’est ni une copine à demeure, ni une épouse. Je n’ai jamais dormi chez le trio. Je ne voulais pas les compromettre en passant la nuit chez elles. Je n’ai jamais dormi avec une amante cachée. Je ne vivais pas continuellement avec mes amantes cachées. Nous nous rencontrions, comme des amis, en nous rendant service. L’amante cachée est avant tout une amie dont on doit respecter la vie sexuelle. Pour ceux qui nous entouraient, nous n’étions que des amis. J’allais dormir chez moi. Nous avions des motifs pour nous rencontrer dans la journée ou le soir, quand elles étaient ensemble dans l’appartement, mais c’est tout.

— Quels motifs ?

— C’étaient ceux qui nous avaient réunis avant de devenir amants. Les filles du trio se servaient de moi pour les protéger, en promenades hors du groupe de marche, et pour toutes leurs sorties. Je les raccompagnais chez elles. Je travaillais souvent chez elles, car elles avaient de la place, et c’était plus commode que dans mon studio. Je n’étais pas seul avec l’une d’elles dans l’appartement. Les deux autres étaient là. Sans l’accord des deux autres, rien n’était possible. Les trois filles se comportaient comme une seule avec moi. C’était possible parce qu’elles s’aimaient, et se respectaient. Je ne m’isolais avec l’une d’elles qu’en allant dans sa chambre, quand elle m’invitait. Les deux autres étaient toujours dans l’appartement, et elles auraient pu écouter derrière la porte.

— Si tu étais le seul avec elles à entrer dans l’appartement, dit Aline, on pouvait se douter de quelque chose.

— Ma mauvaise réputation d’impuissant m’a protégé un certain temps. D'ailleurs, je n’étais pas le seul près du trio. Il recevait d’autres filles, et les autres filles pouvaient venir avec des garçons. Nous allions chez les autres. Plusieurs des autres filles m’ont cherché, car ma réputation n’était pas la même pour tout le monde, et elle s’est estompée, car mon trio réfutait que ma réputation d’impuissant soit fondée. Il me cataloguait comme n’ayant pas de copine, mais ouvert à des propositions, et ne refusant jamais d’accompagner une fille. J’étais seulement difficile pour me mettre avec une copine, ce qui était vrai. Quand des filles réclamaient ma protection, je les accompagnais et les protégeais. Mes trois amantes n’avaient pas l’exclusivité d’être protégées. J’allais souvent à la piscine avec d’autres filles qui étaient très jolies, et j'ai cédé à l'une d'elles, puis à une autre plus récemment. J’ai eu des propositions pour devenir le compagnon de quatre filles, mais elles n’étaient pas mariables. Elles m’excitaient, mais je n’en ai pas voulu. C’était trop risqué. Je suis prudent. J’ai peur des maladies transmissibles. Je ne risquais rien avec le trio. Jamais l’une d’elles n’a été avec moi sans préservatif.

— Combien de temps es-tu resté avec le trio ?

— Pendant les années d’études supérieures. La dernière année, mon trio a fait venir les promis, et elles ont souvent passé des nuits avec eux en fins de semaine. Elles en étaient contentes, et elles ont confirmé qu'elles les prenaient comme époux. Je suis allé faire la cour à ta mère, qui m’a accepté comme amant, puis comme époux.

— Les premières années, demande Aline, quelles relations le trio avait-il avec les futurs époux ?

— Peu de relations. Elles ne les rencontraient que quand elles rentraient dans leurs familles, et ce n’était pas souvent, car elles travaillaient dur. La dernière année, elles se sont mises franchement avec eux, quand ils venaient les rencontrer, mais elles m’ont dit qu’elles étaient vierges quand elles ont démarré avec moi. Elles l’étaient probablement. Ce n’étaient pas des excitées du sexe.

— Ils n’étaient donc pas vraiment réservés si elles ne les avaient pas essayés.

— Mais si. Quand elles étaient au lycée, elles avaient prospecté, et elles avaient retenu les garçons en question, en accord avec les familles. Elles s’y étaient prises tôt pour avoir plus de choix. Elles étaient jeunes, et ne voulaient pas s’engager sans être majeures, mais elles voyaient loin. Comme elles étaient intéressantes, que leurs familles y étaient favorables, les garçons ont accepté d’attendre.

— Ils pouvaient changer d’avis.

— Oui, mais pour trouver mieux qu’elles, il fallait se lever tôt. Il n’y a pas eu de défection. Ils étaient intelligents. Ils savaient qu’ils les auraient, car elles ne se sont jamais dédites. Ils se sont mariés avec elles.

— Les garçons les ont-elles trompées ?

— Peut-être. Je n’ai pas cherché à savoir, mais ils étaient pour la liberté sexuelle. Elles les considèrent comme de bons maris. C’est le principal.

— Je ne comprends pas comment elles ont pu détecter les garçons qui leur convenaient.

— Moi, je sais. Je t’assure qu’elles étaient malignes. Je l’ai vu à la façon dont elles s’y sont prises pour trouver ta mère. Elles ont mis en fiches toutes les filles de notre entourage. À trois, rien ne leur échappait. Elles connaissaient tous les défauts et les qualités de chacune. Elles étaient expertes en caractérologie. Elles pouvaient prévoir les réactions. Moi, par exemple, elles ont tout de suite vu que je les aimais. Elles m’ont arrêté avant que je me déclare, en disant qu’elles étaient promises. Elles lisaient à livre ouvert en moi.

— Pourquoi t’ont-elles gardé ? C’était gênant que tu les aimes.

— Elles m’ont gardé, parce que je les respectais, et que je ne présentais aucun danger pour elles. Elles savaient que je ne les agresserais pas, car je savais me contenir. Je pouvais être utilisé pour les protéger. Elles avaient conscience qu’elles se protégeaient déjà mutuellement en étant trois, mais que c’était mieux d’avoir un garçon avec elles. J’étais le protecteur idéal pour leurs sorties. Je protégeais aussi leurs amies, en allant au cinéma, à une conférence ou à la piscine avec elles, et en les raccompagnant chez elles. J’avais aussi envie des amies, et certaines me faisaient comprendre qu’elles étaient bien disposées envers moi. J’ai ignoré la plupart des avances, parce qu’elles n’étaient pas mariables avec moi, et je ne suis pas sorti souvent de mon rôle de protecteur. D’ailleurs, le trio l’aurait su. Il n'aimait pas les garçons coureurs de filles. Je ne l'étais pas. Aimer une fille ordinaire aurait été déchoir. Je visais plus haut et je préférais être dans l’ombre du trio. Je voulais une compagne comme celles du trio, et j’ai eu miraculeusement ta mère. J’ai eu aussi le bonheur de devenir l’amant du trio.

— Étais-tu moins bien que ceux qu’elles ont épousés ?

— Ils étaient riches, ils étaient introduits dans les familles, et ils avaient autant de qualités que moi. Elles les avaient bien choisis. Ils étaient très bien. Elles avaient écrémé ce qu’il y avait de meilleur près de chez elles en s’y prenant tôt, avant qu’ils s’intéressent à d’autres filles. Elles étaient aussi les meilleures. Ils n’ont pas fait la bêtise de s'engager ailleurs.

— Pourquoi les promis n’étaient-ils pas des amants ?

— Il y avait la séparation géographique, et le trio ne voulait pas être perturbé pendant les études. C’était programmé qu’elles attendraient le mariage. Il n’y a qu’à l’approche du mariage qu’ils ont eu le droit de coucher avec elles pour confirmer leur entente.

— Et avec toi encore ?

— Uniquement en amant caché, dans la journée, quand ils n’étaient pas là, dans la semaine. Je n’ai été qu’un accident de parcours pour ces filles, qui n’a pas abouti à modifier leur programme de mariage. Elles ont voulu réparer une erreur avec moi. Sans cette erreur, je n’aurais pas accédé au rang d’amant caché. Quand les promis n’étaient pas là, j’avais accès au trio, mais sans jamais passer les nuits avec elles.

— Les garçons ont-ils des amantes en plus du trio.

— Je ne sais pas. Je n'ai pas enquêté de leur côté. Je sais seulement que les promis, contrairement à moi, avaient chacun une seule fille du trio, qui était toujours la même. C’était le prélude au mariage. Mon statut était différent du leur. Je n’ai jamais été qu’un amant sans aucun droit sur elles.

— Le trio t’a donc lâché, dit Aline. Les maris ont occupé la place.

— Je n’avais pas à me plaindre, puisque j’avais ta mère. Sans le trio, et les informations qu’elles me donnaient, je ne l’aurais jamais trouvée. J’aurais végété avec une fille quelconque sans grand intérêt.

— Étais-tu encore éjaculateur précoce avec le trio ?

— Je l’étais encore, mais de moins en moins avec le temps, et je le suis encore un peu avec ta mère. Je ne me maîtrise pas toujours parfaitement. Il m’a fallu plus d’un an pour parvenir à être à peu près normal grâce au trio. Avec l'habitude, je me suis corrigé. Le trio m’a été bénéfique. Il a supporté la plus grande partie de mes dysfonctionnements.

— Il n’y en avait qu’une tirée au sort. Pourquoi les trois ?

— C’était parti avec une seule qui devait normalement s’arrêter une fois ma normalité établie. Mais j’étais un cas difficile, et les autres l’ont aidée. Les quelques semaines prévues au début n’ont pas été suffisantes. Il a fallu un an.

— Comment t’y es-tu pris ?

— C’est le trio qui a su s’y prendre. Il m’a pris en main, et il est parvenu à me soigner. Les trois filles ont été admirables de patience. J’étais véritablement impuissant. Je n’ai pas pu faire l’amour avec la première que le tirage au sort avait désignée, mais elle ne m’a jamais rejetée. J’ai essayé de nombreuses fois, et, toujours, j’allais trop vite. Elle était encore vierge au bout de deux mois, alors, elle m’a passée à la seconde.

— Pourquoi changer ?

— Quand le trio a constaté mon incapacité avec la première, il a pensé que la seconde aurait peut-être plus de succès. Le temps qu’elle se prépare en se mettant à la pilule, je suis resté avec la première, et je n’y parvenais pas. La seule progression avec elle a été que j’arrive à passer le préservatif avant de me décharger.

— Qu’as-tu fait avec la seconde ?

— Après un mauvais départ, celle-ci a soupçonné que le préservatif était peut-être la cause de mon mauvais comportement. Elle a mis un préservatif féminin. C’était un peu mieux. Elle n’était plus vierge, mais j’étais encore trop rapide. Elle n’avait pas le temps de jouir. La troisième a pris la relève, et elle a eu quelques orgasmes. Le cycle a continué, et je me suis amélioré. Je n’étais plus aussi rapide. Je me contrôlais mieux. Nous avons travaillé sur la façon de procéder, sur le rythme à prendre. Il me fallait de la régularité et que j’acquiers des réflexes. Au début, cela me perturbait de changer de partenaire, et de me réhabituer. Elles ont gardé des périodes assez longues. C’était plus facile en ayant l’habitude. Elles m’ont préparé pour les rencontres avec ma future épouse qui a été ta mère.

— Comment ?

— En me mettant dans le rythme pour doser mon excitation. Nous avons essayé toutes les pistes. Je me suis surtout amélioré en faisant l’amour. Elles ont entretenu ma bonne forme jusqu'à mon mariage.

— Te faut-il toujours le préservatif féminin ?

— Bien utilisés, avec la collaboration des deux partenaires, la sécurité est analogue. Elle repose sur une bonne entrée avec le féminin, alors qu’avec le masculin, elle repose surtout sur une bonne sortie. Nous sommes vite revenus au masculin, plus facile à trouver.

— Étaient-elles identiques ?

— Non. Pas du tout, mais elles se complétaient, et je les aimais à égalité. Quand je suis passé à ta mère, j’étais capable de me comporter assez normalement. J’ai eu quelques défaillances, mais qui n’ont pas eu de conséquences. Je l’avais prévenue que cela pouvait m’arriver, et j’ai réussi avec elle les premières fois, grâce au trio. Je ne suis pas un très bon compagnon. Je vais encore trop vite, mais elles arrivent à la jouissance. Cela s’arrange avec l’âge et le temps, qui me rendent moins rapide.

— Quelles différences y avait-il entre tes amantes du trio ?

— Elles n’avaient pas le même physique. Pour l’amour, elles ne s’y prenaient pas de la même façon. Elles s’habillaient différemment. Elles n’aimaient pas les mêmes aliments. Elles n’avaient pas les mêmes manies. Elles étaient différentes comme toi tu l’es de ta sœur ou de ta mère. Leurs points communs venaient de leur caractère qui est le même que le nôtre. Que te dire de plus ? Elles étaient normales, intelligentes, bien éduquées, et aimaient être ensemble.

— Es-tu certain qu’elles ne t’ont pris comme amant, que pour te rendre ton honneur de mâle ?

— Elles ont eu pitié de moi. C’est certain. Je ne vais pas leur reprocher de m'avoir soigné en faisant ce qu'il fallait. J’ai toujours fait très attention à bien utiliser le préservatif, et à ne pas les compromettre. Elles n’avaient pas à craindre d’être enceintes de moi. Un amant caché ne doit rien perturber de la vie de l’autre. Il n’a pas à transmettre des maladies. Mon honneur était d’être bien intégré dans mon environnement. Je respectais les femmes et les hommes. Depuis que les filles sont éduquées, elles ont prouvé qu’elles sont aussi intelligentes que les garçons. Il n’y a plus lieu de leur refuser une plus grande égalité. Elles ne sont différentes que par le sexe et la force. L’usage de la force est interdit. Malheureusement, certains hommes l’utilisent contre les femmes. J’étais heureux de protéger les filles quand je pouvais le faire, tout en ne leur imposant rien en contrepartie. J’étais bénévole pour ce genre de bonne action. J'aurais eu honte d'en profiter. J’aimais la proximité des filles, et elles n’avaient rien à craindre de moi.

— C’était aussi une façon de faire la cour aux filles, dit Aline.

— Oui, mais je protégeais toutes celles qui me le demandaient, même celles qui ne me plaisaient pas. Mes amantes du trio sont venues au-devant de moi en réclamant ma compagnie, et ensuite, en s’offrant à moi, en jugeant que c’était utile. Je répondais mal au début. J’étais handicapé, et lourdement. Les filles du trio se sont renseignées pour savoir comment s’y prendre avec moi. Elles m’ont dit qu’elles savaient comment me soigner, et que je n’avais qu’à les laisser faire. Je n’étais pas impuissant, et seulement trop rapide. Avec un peu d’amour qu’elles étaient capables de me donner, tout s’arrangerait en pratiquant suffisamment. Elles m’ont aidé à surmonter mon handicap en pratiquant avec moi, et je leur en serai éternellement reconnaissant. Elles se sont dévouées, en me soignant de leur mieux, pour que j’arrive à peu près guéri quand j’ai rencontré ta mère. Elles ont suivi attentivement ma progression. Je suis à peu près certain qu’elles m’aiment ainsi que leurs maris. Elles m’ont affirmé ensuite que cela n’avait pas été pénible pour elles. Bien au contraire. Elles avaient progressé avec moi en apprenant l’amour et elles m’avaient aimé. Elles étaient motivées. C’était ce qui comptait. Leur bonne action ne les a pas trop gênées pour se marier. C’est heureux. J’aurais été désolé si j’avais contrecarré leur avenir. Avoir plusieurs amours n’est pas toujours gênant. Elles ont chacune deux amours, et moi quatre, et d’avoir ces amours ne nous perturbent pas. Ce sont des femmes admirables.

— Si l’un des fiancés du trio n’avait plus voulu de sa fiancée, que se serait-il passé ?

— Je me mariais avec celle-là au lieu d’aller avec ta mère.

— Tu étais une garantie au mariage pour elles s’il y avait eu une défection, dit Aline.

— Oui. Elles ne l’envisageaient pas vraiment, car les fiancés ne les ont jamais rejetées.

— Si les fiancés avaient su que tu étais un amant, ils ne se seraient pas mariés avec elles.

— Ils le savaient, et ils se sont mariés avec elles. Le trio a dit aux fiancés qu’elles prenaient un amant, et qu’elles pouvaient leur rendre leurs bagues de fiançailles. C’était une façon de parler, car elles n’étaient pas du genre à porter des bijoux ou des bricoles. Ils ont admis qu’elles aient eu des amants cachés, et que ce soit normal puisqu’elles avaient été plusieurs années sans eux. Ils ont réagi comme ta mère, en ne voulant pas connaître les détails. Ils n’étaient pas jaloux. Ils étaient bien adaptés à elles, ceux qu’elles avaient retenus.

— Et eux, avaient-ils eu des amantes pendant ces années ?

— Je ne sais pas, mais le trio l’admettait, comme je l’ai admis pour ta mère. Pour nous, il est normal d'avoir quelques amants, et d’aimer plusieurs personnes. La liberté sexuelle est naturelle dans les sociétés qui l’admettent.

— Maman a-t-elle du plaisir avec toi ?

— Elle a des orgasmes, et je ne pense pas qu’elle simule. Elle affirme avoir du plaisir.

— Maman était-elle une amante cachée ?

— Elle ne l’est restée que quelques jours, le temps de faire bien connaissance.

— Les filles qui t’ont rejeté, étaient-elles des amantes cachées ?

— Non. Je souhaitais que l’on sache que j’allais avec elles. Elles n'étaient pas cachées.

— Combien as-tu eu d’amantes non cachées ?

— Les deux premières, je ne peux pas les considérer comme des amantes véritables puisque je les ai ratées, et bien qu'il y ait eu une amorce de relation sexuelle. Il y a eu la troisième. Elle a été une amante affichée, qui nous a couverts contre les médisances. Mon trio étant parvenu à bien me stabiliser en un an environ, il a pu me livrer à la troisième certifiée acceptable. Elle n’était pas analogue aux deux autres qui n’avaient pas peur. C’était une étudiante qui se méfiait des hommes, et qui recherchait la protection des autres filles. Elle s’était rapprochée du trio qui avait de l’influence sur elle. J’étais en même temps qu’elle avec le trio. Elle a compris que je n’étais pas un danger pour elle, que je ne faisais que ce qui m’était permis. Le trio a eu l’idée de me la confier, et il l’a persuadée que je n’étais pas un méchant garçon avec qui elle pourrait s'isoler. Le trio lui a dit qu’elle pourrait même passer des nuits avec moi sans que je l’agresse, car j’étais très gentil, et que ce serait bien pour notre réputation de nous afficher ensemble. Le trio m’a averti quand elle a été prête à cohabiter avec moi. Elle a ainsi réussi à venir chez moi dans mon studio avec le trio, pour voir comment je pourrais l’installer. Elle est revenue à moi comme elle l’a voulu, et je ne l’ai pas forcée. Tout s’est bien passé, de son côté et du mien. C’était neutre au début, et c’est elle qui est venue à moi.

— As-tu donc bien fonctionné avec elle ?

— Presque merveilleusement. Elle est celle avec qui j’ai le mieux fonctionné. Je ne l’ai jamais ratée. J’étais en service commandé, attentif à ne pas l’effrayer. J’étais moins excité qu’avec celles que j’ai le plus aimées. C’est le paradoxe de mon amour. Pour bien aimer physiquement, il ne me faut pas trop aimer, et aimer de façon continue en dormant ensemble toutes les nuits.

— Elle a donc été ton amante, dit Aline.

— Il a fallu attendre. Elle était cataloguée comme n’étant pas capable d’aller avec un homme. Venir parfois chez moi, dans la journée avec, puis sans le trio, était déjà une avancée pour elle, mais ce n’était pas suffisant. Elle en avait conscience. Le trio lui a dit que de passer les nuits avec moi la dédouanerait, et que je n’y étais pas opposé, car ma réputation y gagnerait. Nous n’étions pas obligées de faire l’amour. Elle est restée chez moi, et je dormais près d’elle, en ne lui imposant rien. Cela me convenait, et j’allais encore chez le trio dans la journée. Nous avions trouvé le moyen de dormir sans nous gêner dans le petit studio. Je n’avais qu’un lit, mais il était large. Nous mettions un traversin entre nous, et cela aurait pu durer. Elle n’était pas gênante. Tout le monde savait que nous étions ensemble, ce qui était bien pour nous deux et le trio. C’était presque parfait. Nous rangions le traversin dans la journée pour que personne ne le remarque. J’étais parti pour continuer comme cela avec elle. Elle ne ronflait pas, ne parlait pas beaucoup, s’occupait de son côté, et j’aurais pu l’oublier. Elle se changeait dans la petite salle d'eau quand je n’y étais pas. Elle cohabitait avec moi. Elle était comme un animal de compagnie.

— Que s’est-il passé ?

— Elle est tombée malade. J’ai fait venir le docteur du cabinet médical voisin. J’ai aidé pendant la consultation à déplacer un peu la malade, et à la caler sur les oreillers. Elle était clouée au lit pour quelques jours. J’ai amené de la pharmacie les médicaments à administrer, et un bassin, qui était nécessaire, puisqu’elle ne se levait pas. Je l’ai soignée, lavée, assistée. J'ai nettoyé quand elle a vomi sur elle et je lui ai passé un autre pyjama. J'ai pris sa température plusieurs fois et passé le bassin. C’était pendant de petites vacances. Notre travail n’en a pas souffert. Je l’ai aidée à manger. Je l’ai soutenue quand elle a pu marcher et aller s’asseoir sur le siège des toilettes. Le trio est venu à notre secours, et plusieurs de ses amies nous ont rendu visite. À la fin, des vacances que je lui ai consacrées, elle était sur pied. Elle a enlevé le traversin, et elle s’est collée contre moi. Il en est résulté qu’elle est devenue mon amante. Mes nuits étaient pour elle. Elle savait que j’étais à sa disposition. Je la servais de mon mieux, quand elle se décidait. C’était facile avec elle. Le jour, je travaillais et je continuais ma vie avec le trio, qui ne m’avait plus beaucoup pour des relations sexuelles. J’ai progressé avec elle ; j’étais bien stabilisé, et les rumeurs sur mon impuissance avaient disparu. Elle était aussi devenue moins peureuse. Le trio a décidé de la caser avec un garçon mieux adapté. Mon amante s’est laissé convaincre qu’il était aussi bien que moi, et il est maintenant son mari. J’ai retrouvé mes périodes avec le trio, mais encore avec progression, jusqu'à ce que la fin des études arrive et que je m’affiche avec ta mère. Voilà ce qui s’est passé. Nous avons tous progressé vers le mariage.

— L’amante était-elle vierge quand elle est allée à toi ?

— C’était probable d’après le trio, mais elle ne me l’a pas dit. Elle était timide. Nous n’avons jamais beaucoup parlé. Je répondais à ce qu’elle disait. Je ne me suis pas risqué à aborder des sujets qu’elle aurait évités. Je craignais de l’effrayer. C’était déjà bien qu’elle supporte ma présence près d’elle. J’avais des renseignements sur elle surtout par le trio. Elle m’invitait plus par des gestes à peine ébauchés que par la parole. Nous étions ensemble pour progresser, et nous avons réussi. J’attendais qu’elle se décide, et elle se décidait à la longue. Quand elle est partie rejoindre l’autre garçon, elle n’avait plus peur de moi, et moi, j’avais plus d’assurance. Ensuite, je suis repassé au trio, qui était à l’aise avec moi, puis à ta mère, qui n’est pas restée longtemps une amante cachée. Tu m’as tout extirpé. Tu sais tout.

— Pas encore, papa. Aimais-tu ou non cette amante ?

— Oui et non. J’aimais plus le trio qu’elle. J’allais avec elle principalement pour protéger la réputation du trio. Je ne l’ai jamais vraiment aimée autant que le trio. Que l’amour physique se déroule bien avec elle, n’y a rien changé. Pour tout le reste, nous n’avions rien de commun. Elle aimait les petits plats compliqués et épicés avec du bon vin, et moi les mets simples, la grosse cuisine à l’eau vite faite du restaurant universitaire, auquel je ne rajoutais ni les sauces, ni les épices. Je l’accompagnais aux concerts, alors que je préférais le cinéma. Nous n’avions pas les mêmes façons de raisonner. Nos centres d’intérêt n’étaient pas les mêmes. Nous nous forcions à nous afficher et rester ensemble, pour ne pas être montrés du doigt par la galerie, moi comme amant du trio, et elle comme incapable d’aimer. Nous avons eu un plaisir ensemble qui nous a rapprochés, mais c’était le mariage de la carpe et du lapin. Elle a aimé ensuite le garçon que le trio lui a trouvé, et ta mère était ce qu’il me fallait.

— Quand ton amante a rejeté le traversin et s’est collée contre toi, comment as-tu fait l’amour avec elle ? As-tu mis un préservatif ?

— Je me méfiais d’elle, car le trio savait qu’elle ne se protégeait pas et il me l’avait dit. Je préférais aller avec le trio, dans la journée. C’était plus sûr. Je ne tenais pas à lui faire un enfant sans que ce soit justifié, et ce n’était pas le cas. Elle voulait de moi, et s’employait insidieusement à obtenir ce qu’elle désirait, même si elle n'en était pas complètement consciente. Étant réveillé, je pouvais la repousser, mais si elle m’avait voulu pendant que je dormais, je n’aurais pas pu garantir que j’aurais été capable de l’arrêter. Il y a des limites à la résistance à l’amour quand il a démarré. Cette fille se contrôlait mal. Elle avait basculé de la peur de l’homme à l’envie d’amour. J’avais à la protéger contre la possibilité de fécondation qui nous aurait impliqués. J’ai réussi à la freiner en limitant son approche, mais ce n’était pas facile. Par précaution, après quelques caresses, je remettais toujours le traversin pour dormir. J’ai averti le trio de son changement d’attitude. Que faire ? Le trio l’a incitée à se préparer à la contraception, et moi, à lui promettre de la satisfaire quand ce serait devenu possible. Le trio n’avait jamais pu se permettre de dormir toutes les nuits avec moi et de me préparer à plein temps au mariage, car je ne cohabitais pas avec le trio. Cette fille cherchait à être une amante réelle, et elle avait accepté la cohabitation, qui, pour nos connaissances, nous déclarait amants. Elle était ma petite amie. Il n’y avait pas à contrecarrer son envie, car, avec elle, je pouvais me retrouver dans les mêmes conditions qu’après le mariage. Pour connaître mes réactions nocturnes, il était bon de me tester, en passant toutes mes nuits, avec elle contre moi. Si tout se passait bien, c’était l’occasion de me perfectionner en même temps qu’elle. Mais, au préalable, j’avais à la préparer sérieusement à l’amour. Je n’ai donc pas fait ce qui aurait pu la féconder, ni ce jour-là, ni les jours suivants. J’aurais pu faire l’amour ponctuellement avec un préservatif, mais la contraception était aussi utile, car un peu de sperme peut s’égarer facilement. Je voulais une sécurité absolue. Je me suis contenté de sa présence près de moi quand j’étais éveillé et de me laisser approcher et caresser. Pour dormir, je remettais le traversin, pour éviter le contact par surprise. Cette barrière a été suffisante. Je lui ai appris la contraception, l’usage du préservatif, et l’amour en sécurité. Je lui ai administré les pilules comme il faut, sans en rater une. Elle a attendu dans mes bras le temps qu’il fallait pour être en état de me recevoir sans danger, et je l’ai laissé faire quand c’est devenu possible. Elle a eu la même période initiale d’attente que les filles du trio. Nous ne sommes pas des sauvages. Nous raisonnons avant d’agir. Je ne devais pas abuser de ses inconsciences. Elle n’a pas eu d’enfant avec moi. Elle a été livrée en bon état à son mari, débarrassée de sa peur des hommes. J’espère que tu es mieux informé qu’elle sur les dangers de l’amour. Une fille doit tout savoir avant de faire l’amour, et être bien préparée.

— Oui, papa, dit Aline. Elle t’a bien choisi pour s’initier. Au moins, avec celle-là, c’était facile, une fois bien préparée. Elle te convenait physiquement.

— Oui, ma fille. Je n’ai eu aucune ratée avec elle. Elle ne m’excitait pas trop. Je m’appliquais à la contenter. C’était un bon apprentissage. Elle a pris la pilule que le médecin lui a conseillée, et je lui rappelais quand elle l’oubliait.

— Tu m'as parlé d'une fille à la piscine. Qu'as-tu fait avec elle ?

— Elle avait un ami. Il devait partir. Je l'ai remplacé pendant la période où il n'était pas là. J'ai beaucoup hésité, mais le trio m'a convaincu de m'essayer avec elle, puisqu'elle se proposait à moi. J’étais déjà bien stabilisé par le trio. C’était pendant les vacances, et elle m’a pris chez elle. J'ai bien fonctionné, mais je n’ai pas continué avec elle.

— Pourquoi ?

— Je l’avais séduite sans le vouloir. Elle m’a proposé le mariage, mais je n’envisageais rien avec elle. Elle terminait ses études, et ce n’était pas mon cas. De plus, si un fiancé lâchait, je voulais me garder pour le trio. Je lui ai expliqué que j’étais engagé par ailleurs. Elle a été déçue. L'ami a repris la place à son retour, et le trio m'a repris. Elle s’est mariée ensuite.

— Mais tu n’as pas rompu avec elle.

— Je suis le seul amant qui ne l’ait pas abandonné après son mariage. Les autres voulaient rester des amants actifs, et elle s’est refusée à eux une fois mariée. Son mari me tolère, bien qu’il sache tout ce qu’elle a fait avec ses amants. Il aime sa femme, et il lui passe tout.

— Tu pourrais donc être encore son amant.

— Oui, mais elle a fait avec moi, comme avec ses autres amants. Elle préfère être fidèle, bien qu’elle m’aime toujours. Je ne la contrarie pas. Je veille seulement à ce qu’elle ne se laisse pas aller avec moi, en évitant une trop grande intimité.

— Elle n’est pas très facile, puisqu’elle est fidèle.

— Si je la voulais, je ne donnerais pas cher de sa fidélité.

— Qu’en sais-tu ? Elle te résiste.

— Mollement, et elle l’avoue. Elle me regrette. Je n’aurais pas grand-chose à faire pour qu’elle soit à moi, mais je n’ai pas à la forcer.

— Ainsi, tu ne le fais pas, puisqu’elle préfère que tu ne le fasses pas.

— Oui.

— Elle a confiance en toi. Et vas-tu encore à la piscine avec elle et son amie ?

— Oui. Elles me réclament. Je les protège encore.

— Je vois, dit Aline. Sont-ce Monique et Sandra ? Je vais parfois à la piscine avec vous.

— Oui. Mon amie est Monique et Sandra est son amie.

— Monique est gentille. Elle n’est donc plus ton amante.

— Effectivement, mais nous nous aimons encore. Je la protège des indésirables, principalement quand elle va nager, et nous sortons aussi ensemble. Je ne suis plus son amant, puisque nous avons décidé de ne plus l'être. Elle mène son mari par le bout du nez, mais il ne souhaite pas alterner avec un amant. Il est inutile de le provoquer. C'est plus sage. Je ne suis plus qu'un ami ordinaire, assez intime, qu’elle reçoit de temps en temps, et qui va à la piscine nager avec elle.

— Sandra est beaucoup plus jeune que Monique. Qu'est-elle pour toi ?

— C'est ambigu avec Sandra. Elle est encore très belle, car elle vieillit bien, et on la prend souvent pour une jeune fille. Elle est célibataire et doit supporter encore les hommes qui la veulent toujours. Elle n’a pas fini de les exciter à la piscine par son physique avenant. Tu as pu le constater. J'accompagnais Monique à la piscine depuis des années quand elle m'a présenté son amie Sandra pour aller avec nous. Sandra n’aimait aucun homme, et elle se cantonnait pratiquement à des milieux féminins. Il lui fallait une protection pour aller à la piscine, beaucoup plus que Monique, qui a considéré que j’étais tout désigné pour les sécuriser. Je ne voyais pas d'objection à accepter d'aller avec elles. Monique m'a présenté comme un homme à qui on pouvait faire confiance. D'après elle, je n'étais pas dangereux, et elle en mettait sa main au feu, car je ne prenais ni excitant, ni boisson alcoolisée, ni drogue pouvant obscurcir ma raison. J'étais toujours calme avec les femmes, et maître de moi-même. J'étais la protection idéale pour aller à la piscine, étant parfaitement neutre. Monique a ainsi plaidé pour convaincre Sandra d’y aller avec moi. Elle lui a expliqué que j'avais été un des garçons qu'elle avait fréquentés quelque temps avant son mariage, pendant une période où elle était disponible pour aller avec un garçon qu’elle n’avait pas à éviter puisqu’il était sérieux et aurait pu prétendre à devenir son mari. Elle m'aimait toujours, mais elle était fidèle à son mari. Nous étions naturellement excités tous les deux par nos souvenirs quand nous nous rencontrions, mais nous ne faisions pas l'amour pour autant, puisque nous ne voulions pas. Je la respectais, malgré nos excitations mutuelles. Monique a exagéré mes qualités. Sandra a été convaincue de la valeur de ma protection, et, à partir de là, elle a suivi Monique. Je vais donc à la piscine avec Sandra, et, maintenant, avec ou sans Monique.

— Et comment est le comportement de Monique ?

— Avec Monique, nous avons été amants. Quand je suis avec elle, elle considère que je connais tout d’elle, et elle de moi. Elle n’hésite pas à se changer devant moi, comme elle faisait quand nous étions amants. Ainsi, dans les cabines de la piscine, nous pouvons passer ensemble, ce qui évite de faire la queue. Monique m’a donné comme exemple d’homme sans danger pour elle. Elle est parvenue à ce que Sandra n’ait plus peur de moi. Elle a cherché à vaincre tout ce qui pouvait nous séparer. Monique est heureuse que je la respecte, de pouvoir jouir de temps en temps de ma compagnie et de parler des bons moments que nous avons eus ensemble.

— Qu’en dit son mari ?

— Il accepte ma présence près de Monique, car il est gentil avec elle. Je suis le seul ancien amant qui lui reste. Tous ses autres amants se sont brouillés avec elle ou ont disparu. Il a la promesse qu’elle est fidèle et ne fait pas l’amour avec moi, ce qui lui suffit. Il croit sa femme, et il a raison. Monique ne lui ment pas. Le problème que j’ai n’est pas avec le mari, mais avec Sandra. Monique voulait débloquer Sandra. Elle a d’abord proposé son mari à Sandra, mais celui-ci préférait lui rester fidèle. Monique a insisté, en disant que ce serait bon pour Sandra. Il aurait pu accorder quelques périodes à Sandra, mais celle-ci l’a refusé, en disant qu’elle me préférait. À partir de là, Monique s’est attaquée à Sandra en faisant tout pour qu’elle aille avec moi, et elle a réussi à ce que Sandra me demande si j’acceptais qu’elle m’aime. Monique a répondu à ma place que je pouvais être son amant, comme je l’avais été avec elle.

— Vous êtes donc devenus amants.

— Sandra a objecté que j’étais marié, donc, elle ne pouvait pas aller avec moi. Elle avait les mêmes principes que Monique qui faisaient qu'elle n’était plus mon amante. Monique a rétorqué que ta mère acceptait que j’aie des amantes, et qu’elle pouvait faire l’amour avec moi. Sandra a compris que, telle que je la concevais, la place d’amante était libre, et elle s’est proposée à moi. Elle m’a avoué plus tard qu’elle était devenue très amoureuse de moi. Elle était à ma disposition, mais j’étais réticent, car je faisais passer ma famille avant elle. Monique est allée voir ta mère, et lui a présenté la chose comme une bonne action visant à débloquer Sandra. J’ai été autorisé à faire comme je voulais. J’ai dit à Monique que j’aimais assez Sandra pour pouvoir faire l’amour avec elle, mais que je ne l’aimais que modérément, et que je ne voulais pas priver ta mère pour elle. En plus, une femme comme elle ne devait pas faire l’amour sans préparation. Elle n’en avait pas l’habitude. Elle serait perturbée. À son âge, il n’était pas très indiqué de commencer sans précaution. Je pensais qu’elle renoncerait quand Monique lui a révélé ce qu’elle avait à faire, mais Monique a relevé le défi de la préparer. J’ai utilisé une période où ta mère devait s’absenter pour son travail, et où je ne pouvais pas la suivre. Elle repoussait son départ depuis quelque temps. Elle pouvait partir en me livrant à Sandra. Elle a trouvé bien que je m’occupe de Sandra pendant son absence.

— Comment Monique l’a-t-elle préparée ?

— Comme tu l’as fait toi-même depuis quelques années. Elle s’est débarrassée de sa virginité en agrandissant le passage, ce qui n’était, paraît-il, pas facile. Elle est aussi allée voir une gynécologue. Après la préparation, j’ai eu une période d’amour avec Sandra. J’ai voulu arrêter quand ta mère est revenue, car elle serait perdante, mais Monique a dit qu’avec elle, je faisais plus souvent l’amour qu’avec ta mère, et que j’étais parfait. Je pouvais utiliser Sandra en supplément sans difficulté. Ce serait bien pour Sandra, et ta mère serait encore mieux servie que d’habitude, en me rendant plus lent. Plus je faisais l’amour, et meilleur j’étais, car au rythme prévu, je n’aurais pas été saturé. J’ai cédé à moitié en ne faisant plus l’amour avec Sandra que ponctuellement, comme avec le trio, en amante cachée.

— Quel est le rôle de Monique auprès de Sandra ?

— Monique est un peu comme une mère. Elle aurait voulu des enfants, mais elle n’en a pas. Elle a accaparé Sandra, et s’échine à lui préparer un avenir. Elle voudrait marier Sandra. Elle la prépare au mariage en m’utilisant. Sandra a pris goût à l’amour avec moi et elle tolère la présence du mari de Monique.

— Est-ce bien avec Sandra ?

— Assez bien. Elle adore l’amour, et sa jouissance n’est pas finte, mais changer de façon d’aimer ne me convient pas. Je ne peux pas aller souvent avec elle sans que ta mère soit perturbée. L’alternance serait bien pour qu’elle ait une jouissance plus fréquente, mais je la modère, car il ne faut pas exagérer. Ta mère en souffrirait.

— Es-tu partisan de périodes longues où tu ne t’occupes que d’une seule femme ?

— Oui. C’est la meilleure méthode. Il faut choisir.

— Tu es donc un adepte de la fidélité, dit Aline.

— Je suis malgré tout infidèle puisque j’aime plusieurs femmes. Je n’aime pas me disperser, ce qui n’est pas la même chose. Aller de l’une à l’autre n’est pas sérieux.

— N’est-ce pas ce que tu fais avec tes anciennes amantes ?

— Non. Avec elles, j’ai eu de longues périodes, mais ce n’est plus le cas. L’amour avec elles ne sert plus à satisfaire des besoins d’actions physiques. J’ai maintenant de l’amitié plus que de l’amour. Je ne m’occupe plus beaucoup d’elles, car elles se passent de moi et moi d’elles. Je m’occupe de ta mère et de ma famille. Avec Sandra, je dois être sérieux. Je ne vais pas négliger ta mère pour contenter une amante qui doit se passer de moi puisque je ne suis pas disponible pour elle. Sandra s’est toujours tiré des agressions sans être trop malmenée, mais elle a raison de chercher une protection. Je suis l’homme qui la met en sécurité, mais je ne souhaite pas être son compagnon. Je fais l’amour avec elle quand je vois qu’elle ne peut pas s’empêcher de m’aimer. J’ai pitié d’elle. Je ne nie pas que j’aime être avec elle, et lui faire plaisir, mais c’est à elle de trouver l’homme dont elle a besoin. Sandra a toujours attiré les hommes, et elle est encore très sollicitée. Elle a du choix. Elle doit trouver un mari. En conséquence, je ne fais pas souvent l’amour avec elle. Je lui conseille des hommes de son âge qui seraient intéressés par elle, mais elle n’en veut pas.

— Tu sais certainement mieux t’occuper de tes amies que moi. Je n'ai pas l'intention de devenir une célibataire comme Sandra. Je souhaite trouver l’homme que j’aimerai et me marier.

— Je t'approuve, ma fille. La vie familiale est agréable. Je ne souhaite pas rester l’amant de Sandra. Elle me perturbe.

— Tu n’es pas obligé de payer de ta personne avec Sandra. Avec Monique, je ne comprends pas pourquoi elle est fidèle à son mari, puisqu’elle t’aime et qu’il est accommodant ?

— Il est un bon mari qui comprend Monique et l’aime beaucoup. Il est comme moi. Il estime que Monique n’aurait plus à aller avec lui pendant une période où elle serait avec un amant. Il l’abandonnerait pendant cette période à l’amant si elle en avait besoin. Il lui a demandé de le prévenir si elle souhaitait une période réservée à l’amant, et il s’arrêterait avec elle jusqu’à ce qu’elle revienne à lui.

— Ce comportement me semble logique, dit Aline. L’amant et le mari se gênent l’un l’autre. Comme cela, il n’y a pas de dispute. Chacun sait à quoi il a droit durant la période. C’est une bonne méthode.

— Oui. Le résultat est que je laisse Monique à son mari, et qu’il n’y a pas de période pour moi. Elle l’aime au moins autant que moi, et j’ai ta mère. Les envies que j’ai de Monique et Sandra se reportent sur ta mère.

— Revenons à maman. As-tu des renseignements sur ses amants ?

— Je fais confiance à ta mère. Je ne cherche pas à savoir qui ils sont.

— Pourquoi ?

— Pourquoi dois-je ignorer ses amants ? Ma fille, chacun a son jardin secret. Sans secret, il n’y a pas de liberté. Une élection, sans isoloirs et sans alternative, n'a aucune valeur. Il n’y a pas à rendre des comptes à l’autre de ce qui ne le gêne pas. Je suis pour la liberté des individus. Ils ont le droit de penser ce qu’ils veulent, et d’aimer. Si ta mère veut aimer un autre homme, elle est libre. Si elle ne voulait plus de moi, nous divorcerions à l’amiable. Elle peut rester avec moi et avoir des amants s’ils ne me gênent pas. La femme libre a l’amour libre, et les moyens de le pratiquer. C’est fondamental. Sinon, elle est esclave de l’homme ou de la situation.

— Elle peut se soumettre.

— Dans ce cas, elle est esclave. Ce n’est plus l’égalité, sauf si l’homme est aussi esclave de la femme. Alors, c’est la soumission mutuelle. C’est possible, mais utopique. Je préfère la confiance dans l’autre.

— Sans jalousie.

— Oui, sans jalousie, un défaut malheureusement trop répandu. La jalousie est incompatible avec notre façon de vivre. Je dois l’éviter. Je fréquente le moins possible les jaloux. Ils ne sont pas sociables. La violence et la jalousie sont incompatibles avec la vie dans notre société.

— Pourtant, il y a beaucoup de jaloux qui vivent avec nous, dit Aline.

— Et aussi des violents. Cependant, s’ils ne manifestent pas leur défaut, on peut les tolérer, et vivre avec eux, mais avec prudence. Il est bon de se protéger d’eux pour s’épargner des ennuis. Dans ces conditions, généralement, ils ne gênent pas trop, mais je ne souhaite pas en faire des amis proches.

— Moi non plus. Suis-je ta fille ?

— Oui, puisque tu es la fille de ma femme. Tu es légalement ma fille, et je t’ai élevé jusqu’à ta majorité avec ta mère. Nous t’aiderons jusqu’à ce que tu prennes ton indépendance. Je te considère comme notre fille, et je ne te changerais pas pour une autre.

— Mais, ai-je un autre père ?

— Il faudrait le demander à ta mère, ou faire une analyse génétique. Mais, c’est pour moi inutile. Même si tu n’es pas de moi, cela ne change rien. Je t’aime et aucun autre père ne te réclame. Ne le demande pas à ta mère. Respecte son jardin secret. Tu es sa fille, et je suis donc ton père puisque je suis marié avec elle.

— Tu acceptes que maman te fasse un enfant d’un autre père.

— Ta mère est intelligente. Si elle a ses raisons de l’accepter, pourquoi m’y opposerais-je ? Elle peut aussi adopter si elle le désire. Elle a réussi avec toi et Lucie à me donner deux enfants presque parfaits. Je n’ai rien à critiquer. Ta mère a le droit d’avoir des amants qu’elle me cache, et de faire des enfants avec eux. C’est la liberté sexuelle, partie intégrante de la liberté des individus, garantie par la loi. La femme n’est pas réellement libre, si elle ne peut pas choisir ses partenaires. Elle n’a à rendre compte de ses actes qu’à la justice. Un mari n’a rien à lui imposer directement. Il peut divorcer s’il n’est pas content de sa femme. Nous vivons ensemble en bonne entente. Vivre en famille est plus agréable que d’être seul.

— Et toi, si une femme te demande un enfant, que fais-tu ?

— Ta mère me laisse libre de juger. J’ai aussi la liberté sexuelle. Il y a des hommes qui ne peuvent avoir d’enfant. Un remplaçant peut être utile. As-tu un autre point à éclaircir ?

— Non, papa, dit Aline. Pas pour le moment.

— Tu vas rencontrer des garçons. J’aimerais que tu te comportes aussi bien que mes amantes cachées et que ta mère. J’ai eu la chance inouïe de les rencontrer. C’est grâce à quatre femmes que toi et Lucie êtes là. Je les aime énormément.

*****  

2 La mère d’Aline

Aline s’adresse à sa mère :

— Maman, papa t’a-t-il parlé de ma contraception ?

— Oui, ma grande fille sage. Ta sexualité se réveille donc. J’espère que tu as bien lu le manuel de sexualité. Toi et Lucie pouvez rester à la maison, en étant libres de votre sexe. Vous recevez comme vous voulez ici. Nous n’avons pas à vous surveiller, car vous êtes toutes les deux sérieuses, et j’ai confiance en vous. J’attendrai que ta sœur veuille se protéger puisqu’elle ne se presse pas plus que toi. C’est donc à ton tour. Tu choisis ton mode de contraception avec le médecin. Nous allons prendre les rendez-vous. Tu n’oublieras pas que le préservatif est indispensable, mais le stérilet ou l’implant est la protection complémentaire que je préconise. J’utilise le stérilet depuis ta naissance. Je n’en avais pas quand j’avais ton âge. De mon temps, c’était la pilule, car les médecins ne le posaient qu’après avoir eu un enfant. Une fois posé, le stérilet s’est révélé pratique. Je l’ai bien toléré. Je le préfère à la pilule.

— Moi aussi, maman, si le médecin ne s'y oppose pas. À 18 ans, comme moi, te protégeais-tu de papa ?

— Non, car je ne l’ai connu que plus tard. Je me suis protégée et exercée avec d’autres garçons avant de le rencontrer. Nous sommes à l’ère de la contraception. Les femmes peuvent faire l’amour sans grand danger, presque comme les hommes. Je plains nos grands-mères qui n’avaient pas nos facilités. Cela m’a permis, comme à la plupart des filles actuelles, de savoir ce qu’est l’amour qui dure, et le faux amour qui disparaît. Il est normal que tu t’y mettes aussi si tu veux ne pas te tromper sur l’homme que tu épouseras. Cela m’a été bien utile. J’ai écarté ceux dont je n’ai pas voulus pour me marier. Quand j’ai pu essayer ton père, nous nous sommes choisi, et je suis toujours avec lui. Voilà une famille stable. Je te conseille de faire comme moi. Tu as quelques années pour trouver ton mari parmi ceux que tu rencontreras d’ici à la fin de tes études. Tu fréquentes ceux qui te semblent te convenir et tu en essayes quelques-uns. Sans flirter, tu n’avanceras pas beaucoup dans ta recherche. Il te faut un peu d’expérience, mais ne te marie pas avec le premier venu. Achever tes études est actuellement le plus important. Étudier les garçons et aussi à ne pas négliger. Tu peux y consacrer un peu de ton temps.

— Faut-il que je me donne à eux ?

— Ce n’est pas indispensable, mais je l’ai fait avec plusieurs quand j’ai estimé qu’ils pouvaient me convenir comme maris. Tu n’es pas obligée de suivre mon exemple, mais c’est le plus efficace. Je ne le regrette pas. J’ai ainsi beaucoup appris sur les garçons. Il y en a plus de mauvais que de bons. J’y ai perdu quelques plumes, car j’ai eu des déconvenues, mais quand ton père s’est présenté, j’ai su qu'il était celui que je devais retenir.

— Comment choisir un garçon ?

— Je n’ai pas trouvé facilement au début. Comme toi, je ne savais pas comment faire. Je manquais de repères. Il faut vivre quelque temps avec un autre dont on ignore presque tout. En plus, on ne se décide pas à la légère, puisque cela engage pour une grande partie de la vie. En conséquence, il ne faut s’engager qu’après être certaine de ne pas s’être trompée. Ne vois tes premiers garçons que comme du provisoire. Tu es incapable de bien les juger a priori. L’important est que tu dois prévoir l’échec, et que tu devras presque sûrement rompre. Il faut persévérer et jouer franc-jeu. Si tu te décides avec un garçon, tu lui dis que tu l’essayes, et que tu te libéreras probablement de lui parce que tu es difficile. Il ne doit pas s’attendre à plus de quelques relations sexuelles si tu les acceptes, et, ensuite, tu l’abandonnes comme tu l’as prévenu, dès que tu as jugé qu’il n’est pas pour toi. La plupart des garçons acceptent d’être quittés s’ils sont avertis au préalable que ton amour pour lui n’est pas très fort, et alors, ils ne s’accrochent pas trop à toi. Si tu te donnes, ils sont souvent contents d’avoir eu une fille de plus à leur tableau de chasse, et de s’essayer avec toi. Refuse ceux qui ne sont pas sérieux et qui ne veulent pas le préservatif. Tu leur demandes la discrétion, et, comme beaucoup de filles font comme toi, si cela se sait, ce n’est pas catastrophique. Tu n’as qu’à les faire venir ici dans ta chambre. C’est le plus simple. Nous serons là pour te sécuriser au besoin.

— Les bons garçons sont donc rares, dit Aline.

— Très rares pour une femme comme moi, dit sa mère. J’ai cherché beaucoup, et éliminé à tour de bras. Je voulais un homme comme ton père. Ils sont rares ceux qui n’ont pas de dépendance à une drogue, qui sont gentils, intelligents, non violents et sans vices.

— Mais tu tolères les infidélités.

— Elles sont sans conséquence, de mon point de vue, avec ceux que j’accepte. C’est un défaut mineur pour qui n’est pas sentimental.

— Admettons. Quelle position prendre pour une relation sexuelle ?

— Tu les connais. Elles sont décrites dans le manuel, et ce n’est pas l’important, bien que ton père n’aime pas en changer. À mon avis, les plus classiques se valent. J’en ai essayé plusieurs. Le plus souvent, l’un des deux agit et l’autre est passif. Je n’aime pas ce qui est acrobatique ou inconfortable. En général, je laisse l’homme choisir, mais tu peux préférer une position ou une autre. C’est à discuter avec ton partenaire. Je ne procède pas de la même façon avec tous. Un peu de variété ne fait pas de mal, mais il n’en reste vite que quelques-unes. On prend des habitudes.

— Dois-je le quitter si les relations sexuelles ne sont pas réussies ?

— Si elles ne le sont pas, c'est un mauvais point. Ne te mets pas avec un impuissant si tu aimes le sexe, mais un garçon peut avoir une simple panne ou une indisposition, et toi aussi. S’il se confirme que l’un des deux ne fonctionne pas bien en permanence, il ne doit pas s’imposer à l’autre, mais c’est assez rare. Je n’ai jamais eu de gros problèmes, mais je ne sais pas ce qui se passera avec toi. J’ai eu la chance de ne pas rencontrer un impuissant, un grand malade, un sadique ou un anormal. Par contre, les brutaux, les farfelus, les déviants et les excités ne manquent pas. Je ne les aime pas, et je ne me mets pas avec eux. L’incompatibilité de caractère est à éviter. Il ne faut pas trop de divergences.

— Es-tu contente de papa ?

— Oui, à quelques détails près sans importance.

— Lesquels ?

— Pour le plaisir physique, je préfère les garçons qui sont endurants et qui vont moins vite que ton père, mais c’est secondaire, car c’est vivre ensemble qui est difficile. Les garçons ne sont jamais exactement comme tu le souhaites, et eux n’aiment pas toujours ce que tu fais. Tu as des défauts, comme nous tous. J’ai eu la chance de rencontrer ton père, et que nous soyons en accord. Nous n’avions ni l’un ni l’autre de dépendance importante à un plaisir. C’est surtout cela qui l’a emporté.

— N’était-ce pas l’accord sexuel ?

— Non. Le principal est l’accord intellectuel et de comportement. Nous sommes tous faits pour les relations sexuelles, et dans 9 cas sur 10, j’ai eu des relations réussies. J’ai seulement refusé certaines méthodes et les hommes qui vont avec. C’est facile et simple quand on est en bonne santé et en forme. L’accord sexuel est bon avec ton père : j’ai du plaisir, mais il y a mieux. Les hommes ont tous du bon et du mauvais, mais avec ton père, il n’y avait pas beaucoup de mauvais. Il faut de la tolérance. Je n’ai pas cherché la perfection. On ne la trouve jamais. Je ne changerais pas ton père pour un autre homme. J’ai eu la chance de le rencontrer et qu’il soit libre. J’ai mes habitudes avec lui.

— J’aime bien papa. Il est gentil.

— Avec moi aussi.

— Il faut éviter les addictions, dit Aline.

— Il ne faut surtout pas commencer avec les dépendances les plus dangereuses. Je te l’ai enseigné, et tu sembles avoir compris. Contre l’esclavage à une addiction, il n’y a que le bâton ou la volonté et l’intelligence. Avec ton père, nous t’en avons préservé jusqu’à maintenant, mais, désormais, sans notre protection, c’est à toi d’éviter le piège d’une dépendance. J’y suis parvenue en refusant de commencer avec les drogues destructrices, celles contre lesquelles l’évolution ne nous a pas appris à nous prémunir. Elles donnent un plaisir immédiat en empruntant le circuit de récompense de notre cerveau, qui est utile pour nous faire manger, dormir et aimer, mais nuisible avec les produits toxiques auxquels l’homme n’a pas été habitué par l’évolution. Fais attention aux addictions des garçons. Elles sont destructrices. Mais si tu trouves une personne sans aucune sensibilité à un plaisir, c’est un phénomène. Tout plaisir doit être maîtrisé, et ne pas te conduire à la dépendance. C’est l’important. Être fol amoureux de l’autre est pour moi une anomalie, un déséquilibre dans lequel il est préférable de ne pas tomber. Il mène à l’esclavage, car on accorde tout à l’autre. Je l’assimile à une grave addiction contre laquelle il faut se prémunir. Refuse un homme fou de toi : il ne peut pas te comprendre. Le plaisir que donne l’amour doit être impérativement maîtrisé. Ton père et moi le maîtrisons.

— As-tu du plaisir ?

— J’ai du plaisir, et ton père aussi, car nous nous aimons. Nous avons du plaisir ensemble, et tout plaisir est un début de dépendance. Il faut savoir ne pas abuser des plaisirs et de l’amour, être capable de s’arrêter volontairement de temps en temps pour se tester. Avoir eu d’autres amours m’a été d’une grande aide. Cela permet de relativiser. C’est une autre façon de ne pas s’abandonner à un seul amour. Plusieurs amours permettent de ne pas avoir de dépendance d'un amour unique. Si c’était à refaire, je recommencerais en comparant encore avant de me marier.

— Le premier amour est unique. Il est donc dangereux.

— L’amour, dit unique, est rarement unique. Je ne crois pas à la plupart des amours uniques, car beaucoup de femmes se masturbent et ne l’avouent pas. Si tu te masturbes, c’est celui-là, ton premier amour, ton amour avec toi, plus facile à contrôler que l’autre. Tu obtiens des orgasmes qui ne valent pas ceux avec un homme, mais qui sont analogues. Alors, l’amour avec un seul homme n’est plus unique, bien qu’il soit porté aux nues par les partisans de l’amour absolu. Moi, je me suis masturbée quand j’étais toute petite, et j’avais des orgasmes. J’ai continué, puisque ce n’était pas dangereux. Maintenant, j’ai des orgasmes avec ton père et mes amants. Ma masturbation est devenue à peu près inutile. As-tu des orgasmes ?

— Parfois, maman. Au moins des débuts. Je fais attention à ne pas m’exciter en mettant des tampons, mais je suis sensible.

— Donc, tu as des excitations que tu aimes et des débuts de masturbation. La masturbation n’est pas interdite, et elle peut être utile, mais elle peut mener à la dépendance, comme tout plaisir. Les orgasmes sont meilleurs quand ils sont provoqués par une autre personne. Je l’ai appris avec une amie qui a eu des attouchements avec moi. Nous nous sommes excitées à deux, jusqu’à l’orgasme.

— En introduisant le doigt dans le sexe de l’autre ?

— Oui. Une masturbation croisée. Elle est plus suggestive avec un homme, car au lieu d’être semblable, elle est complémentaire.

— Es-tu homosexuelle ?

— Je ne crois pas que d’avoir aimé tactilement une femme me rende homosexuelle. Je préfère les hommes pour faire l’amour, à égalité de valeur et de comportement, car nos organes peuvent s’épouser. Avec mon amie, nous savions à peu près effectuer les préliminaires d'élimination d’un garçon en l’interrogeant et en en étudiant le comportement, la valeur intellectuelle, le caractère, les qualités et les défauts. Mais avec ceux que nous pouvions retenir, nous ne savions pas comment aborder l’amour physique. Que fallait-il faire ou refuser avec un garçon pendant les préliminaires physiques ? Ce que nous en savions n’était pas engageant. Beaucoup de partenaires aiment les jeux sexuels et se surexcitent par tous les moyens, y compris les drogues. J’ai peut-être tort, mais personne ne me fera aimer les jeux sadiques, les drogues, les euphorisants ou les fellations. Je ne critique pas ceux qui s’y adonnent si les deux partenaires en veulent en ne gênant personne. Tout est permis dans ce cas, même ce que je n’aime pas. D’ailleurs, il faut être tolérant pour tout ce qui ne gêne pas les autres. Nous sommes entourés de drogués et de jaloux, mais s’ils se tiennent bien, il n’y a pas à les sanctionner, et nous pouvons vivre avec eux. Mon amie pensait utiliser la bouche et la langue, mais, pour moi, c’était non hygiénique, donc, à éviter, même si beaucoup de couples les utilisent. En ce qui me concerne, je suis pour la simplicité, et je ne me soumettrai jamais. Nous avons expérimenté ensemble. Je l’ai limitée au toucher non buccal et aux caresses avec la main et le corps. Pour moi, l’amour physique se fait en activant le sexe du partenaire, après une approche essentiellement tactile et douce. Nous avons fait l’amour ensemble plusieurs fois, comme les lesbiennes. Je n’ai fait que ce qu’elle souhaitait. Après cela, j’étais plus à l’aise, en sachant à quelles réactions je m’exposais. J’ai récupéré un garçon effacé, gentil et timide, et je lui ai demandé de faire comme avec mon amie, sans brusquerie. Je lui ai donné l’autorisation de me tâter et je l’ai tâté à travers un préservatif. Nous avons eu, tous les deux, des orgasmes venant de l’autre, et plusieurs fois, sans pour autant faire l’amour avec le sexe. Il m’a explorée, et j’ai eu en main une verge qui me troublait. Je me suis habituée à lui et il a eu droit à ce que je l’accueille quelques semaines plus tard pour voir l’effet qu’il me ferait. Il a été notre premier amant. Mon amie me l’a subtilisé et elle en a fait son mari. Il m’a lâchée, mais nous avons appris l’amour ensemble, avec les seuls préliminaires que j’ai acceptés. Il a respecté mes consignes. Il m’a respectée.

— Était-ce comme la masturbation avec ton amie ?

— Du même genre, mais en mieux. C’était instructif, car ma partenaire n’agissait pas exactement comme moi. L’amour partagé est supérieur à l’amour de soi. La masturbation réciproque m’a conduite à l’amour à deux. C’était une bonne entrée en matière à l’amour avec un homme.

— Je peux donc me masturber en allant jusqu'à l’orgasme, dit Aline.

— Oui, mais avec modération. Je te l’ai déjà dit. C’est une question de dosage. Quand on mange, on aime manger, mais il ne faut pas se goinfrer. De temps en temps, on fait en excès, mais c’est exceptionnel. Quand tu seras la première fois avec un homme, de connaître au préalable l’orgasme te déstabilisera moins. Il faut savoir contrôler son plaisir, et ne pas le conduire à la dépendance. Il faut surtout éviter les dépendances dangereuses, qui sont de véritables maladies difficiles à soigner. Tu en connais l’origine. Ce sont les drogues, l’alcool, le tabac, le jeu d’argent, et maintenant, le téléphone, les écrans, toutes les passions dévorantes. La masturbation est tolérable à petites doses. L’amour avec un homme est aussi nécessaire que de manger ou dormir, si tu envisages une vie familiale. Si tu peux le contrôler grâce à la masturbation, tu ne seras pas esclave de ton amour. Les amants peuvent aussi nous éviter la dépendance. Se donner à un seul homme me semble conduire à l’esclavage.

— Me conseilles-tu la masturbation avant de passer à un homme ?

— C’est mon cas. Je ne m’en plains pas. Il me semble que c’est bénéfique, même s’il banalise l’amour physique. J’ai appris avec la masturbation que les réflexes qu’on a en faisant l’amour viennent de soi, et qu’il n’y a pas à les attribuer au partenaire, qui n’est qu’un déclencheur. Presque tous les hommes se masturbent très tôt, avec leur organe extérieur qui est très souvent en érection, et qui ne demande qu’à s’épancher. Ils se dispersent plus facilement que nous entre plusieurs partenaires, car le plaisir physique avec elles est presque le même qu’avec la masturbation. La femme est plus libre aussi quand elle connaît aussi ses réactions, car elle réagit alors à l’égal de l’homme. Elle voit l’amour plus objectivement, ce qui aide beaucoup à ne pas tomber sous l’emprise d’un homme particulier. La femme est alors moins soumise à l’homme.

— Avec un amour moins fort.

— Un amour qui fait moins la part belle à l’amour physique. L’amour avec un homme est alors plus raisonné, plus porté vers l’intellectuel. C’est l’amour du cerveau. Il est moins bestial. C’est pour moi, le véritable amour, l’amour le plus durable. Pour répondre à ta question, il est probable que la masturbation sans excès est utile si tu recherches une meilleure maîtrise de toi.

— Fais-tu encore l’amour avec une femme ?

— Je ne le recherche pas, puisque je préfère être hétérosexuelle, mais je pense avoir bien fait de ne pas rejeter l’homosexualité, ainsi que la masturbation.

— J’ai une amie qui utilise des jouets sexuels. En as-tu ?

— Non. Je n’ai jamais joué à cette forme de masturbation. Certains jouets sont réputés dangereux. Il faut savoir les utiliser. Ils peuvent blesser. Seuls les jouets bien manipulés et bien conçus sont à retenir. C’est tout ce que je sais.

— As-tu encore des relations avec tes anciens amants ?

— J’ai toujours essayé de ne pas brouiller avec eux, même quand des ruptures ont été difficiles, et d’en faire des amis que je garde. J’essaie d’avoir des relations normales avec tout le monde.

— Relations sexuelles ?

— Avec les amants ? De temps en temps avec ceux que je fréquente encore, et je n’en ai pas honte, mais elles sont devenues rares. Je n’en ai pas vraiment besoin sexuellement puisque j’ai ton père, mais il y a parfois des raisons d’en accorder quelques-unes à un ami, quand il en a besoin, ou quand je suis longtemps séparée de ton père. Cela ne fait pas de mal. Ton père n’en souffre pas. Il m’autorise quelques amours de ce genre.

— Papa sait-il avec qui ?

— Il me fait confiance et ne me questionne pas. Il sait que j’ai eu des amants que j’ai aimés, et je sais qu’il a connu d’autres filles qu’il a aimées. Nous savons que nous n’aimons pas que nous, et que nous ne sommes pas jaloux. Je n’interdis pas à ton père d’aimer une autre femme, et il ne m’interdit rien. C’est ce qu’il est entre nous qui m’intéresse. Je suis heureuse qu’il soit la plupart du temps avec moi. Je couche avec lui le soir, et j’ai une vie familiale, mais nous ne sommes pas toujours ensembles. S’il a du plaisir ailleurs, je ne l’empêche pas de le prendre quand l’occasion se présente, mais il ne doit pas rejaillir négativement sur nous. La famille passe avant l’amour extérieur. Sa vie en dehors de nous ne me gêne pas. Je n’ai pas besoin de la connaître de façon précise. Je n’interviens pas dans son travail, et il n’intervient pas dans le mien. Sa vie intime avec d’autres femmes ne me regarde pas. Je l’autorise. Les amantes ne sont pas un obstacle si elles restent dans leur rôle d’amantes, avec des vies séparées des nôtres. Je pense que notre amour est assez fort pour nous permettre ces amours secondaires. Ils ne nous perturbent pas, car nous savons qu’avec les amants, ce n’est pas de l’amour aussi important que le nôtre. Nous réclamons cependant la discrétion, car notre comportement n’est pas approuvé par tout le monde. Inutile de provoquer ceux pour qui ce n’est pas normal ou contraire à leurs convictions. Je me cantonne à vivre surtout avec ceux qui ne me posent pas de problème.

— As-tu le même comportement que papa ?

— Oui. Il faut la plus grande égalité possible dans un ménage. Ce qui est permis ou interdit à l’un est permis ou interdit à l’autre. Je suis infidèle, car je n’aime pas que ton père, mais je respecte notre vie familiale. Elle est sacrée pour moi. D’avoir eu des amants, conduit naturellement à l’infidélité, mais l’infidélité se maîtrise comme l’amour, de façon qu’elle ne gêne pas. Les amours ne se ressemblent pas complètement. C’est instructif. On découvre des choses nouvelles. On sort de l’ordinaire. Tu seras infidèle si tu prends des amants que tu aimeras. J’ai aimé avant ton père. Je n’en ai pas honte. C’était nécessaire pour que je comprenne les garçons. Comment faire autrement sans se marier au hasard ? Il a aimé avant moi. Je suis infidèle, et il est infidèle. L’infidélité comme la nôtre n’est pas gênante. Elle n’est pas importante. Elle nous permet d’être bien avec des amis, et contribue à notre indépendance. Je n’envisage pas d’être accrochée à 100% à mon mari en en dépendant aveuglément, et il n’a pas à être toujours avec moi. Je le respecte, et il me respecte. Nous ne jalousons pas les autres.

— Tu me conduis à la débauche, dit Aline.

— La débauche arrive avec le laxisme et les addictions que je refuse. Il faut s’en garantir, et je ne pense pas que tu y seras sujette. J’aime sans débauche en gardant la maîtrise sur l’amour physique, et en ne fréquentant de près que des gens qui sont comme nous.

— Tu me recommandes au moins l’infidélité.

— À l’infidélité peut-être, mais tu n’es pas obligée d’y adhérer. Tu es majeure, et c’est à toi de décider de ton avenir et d’en prendre la responsabilité. Je t’ai expliqué ma façon de voir. Tu peux refuser la masturbation, qui est le premier degré de l’infidélité, même si c’est avec toi-même. Tu peux refuser d’aimer une femme. Tu peux prendre l’option de n’aimer qu’un homme, en n'en aimant jamais d'autres. Cela a été longtemps pratiqué dans le passé, car, sans contraception, c’était la méthode la plus simple pour éviter les grossesses. Certaines filles s’y astreignent encore, et ne veulent pas de la contraception. Tu serais fidèle, mais alors, tu serais presque certaine d’être malheureuse en amour, car trouver du premier coup le bon mari est hasardeux. Je ne te la conseille pas. Il faudrait qu’une autre femme de confiance teste à ta place pour te renseigner. Ce n’est pas à exclure ; je l’ai fait avec mon amie, mais prends plutôt des amants toi-même. C’est assez facile, car tu n’es, ni repoussante, ni trop timide. Il n’y a pas beaucoup de garçons qui refuseront une fille comme toi. Mais tu peux te heurter à la jalousie, à la bêtise, à l’incompréhension, et à certaines morales surannées. Tu dois apprendre à les désamorcer et à ne pas provoquer inutilement. Sois discrète, mais, avec un amant, joue toujours franc-jeu, et explique ce que tu souhaites. C’est indispensable. Pris par surprise, l’amant peut devenir dangereux. Il ne doit rien pouvoir te reprocher de l’avoir laissé dans l’ignorance de ton comportement. Il doit avoir été averti que tu n’es pas engagé avec lui, que tu as déjà connu d’autres hommes, et que tu peux donc le quitter.

— Si je comprends bien, dit Aline, il n’est pas facile de trouver un mari. Quelle est ta proportion de mariables ?

— Elle n’est pas nulle, mais les amants mariables sont rarement disponibles. J’en ai eu qui me convenaient, et ils se sont mariés ailleurs. Je ne suis pas jalouse des femmes plus aimées que moi.

— Comment t’y es-tu pris pour te marier avec papa ?

— J’ai eu la chance que l’on me l’apporte, presque sur un plateau. J’ai eu l’opportunité de l’avoir avec moi. J’ai failli ne pas saisir l’occasion, et j’aurais eu tort.

— Explique-moi.

— Si tu n’en parles pas à ton père.

— Pourquoi, maman ?

— S’il savait tout ce que je sais et fais, cela pourrait le troubler. J’ai pris des libertés qui pourraient le heurter, bien qu’il me les conseille. Moins on en parle, et mieux c’est.

— Mais, maman. Si vous avez eu des amants, ce n’est pas très grave. Tu le dis toi-même.

— Oui. Je ne suis pas contre les amants, mais promets-moi le secret, et je t’explique. Je fais une exception pour toi.

— Bien, maman. Je t’écoute.

— J’avais déjà eu des amants, mais je n’en étais pas très satisfaite. Aucun ne me convenait comme mari, et mon but était le mariage. Je ne me décourageais pas. Je flirtais et me renseignais. Un jour, trois filles sont venues me voir. Elles savaient que je cherchais un mari. Elles connaissaient un garçon qui pouvait m’intéresser. Lui-même ne me connaissait pas. Voulais-je qu’elles m’en parlent ? Elles ne me l’imposaient pas. J’ai dit oui.

— Était-ce papa ?

— Oui, ma fille. Elles m’ont exposé qu’elles étaient fiancées, et que les fiancés devaient se marier avec elles. Elles aimaient les fiancés, car elles les avaient choisis elles-mêmes dès le lycée, mais elles ne les voyaient pas souvent. Elles me l’ont expliqué. Elles ne se marieraient qu’à la fin des études, quelques années plus tard. Les familles tenaient à ces mariages des deux côtés. Si un fiancé ne voulait plus du mariage, à l’issue des études, la fiancée pouvait garder la bague, mais elles préféraient se marier, car elles aimaient les fiancés. Elles avaient rencontré ton père, qui leur plaisait, mais il n’était pas question qu’elles refusent les fiancés. Ton père était souvent avec elles, et elles l’aimaient aussi. Elles ne le prendraient comme mari que si un de leurs fiancés ne voulait plus du mariage, dans quelques années. Il était une sorte d’assurance contre une défection. Si les trois fiancés se mariaient avec elles, elles me proposaient de diriger ton père vers moi, car elles le voyaient fait pour moi, comme pour elles. Étais-je preneuse ? Ton père m’était inconnu. Elles n’étaient pas venues avec lui. J’avais d’autres garçons à étudier, et ton père n’était pas une priorité pour moi, puisqu’elles se le réservaient et me laissaient dans l’ignorance sur son identité. Je n’ai pas dit non. J’ai dit que j’aviserais, quand il serait disponible.

— Il est devenu disponible, dit Aline.

— Effectivement. Je l’avais presque oublié. J’ai été avertie qu’elles se mariaient comme prévu, et que ton père acceptait de me rencontrer. Mes recherches de mari n’avaient pas abouti vraiment. Je n’étais pas emballée par ceux qui étaient possibles. J’hésitais beaucoup. Je me suis retournée vers la proposition qui tenait toujours, mais elles m’ont averti des défauts de ton père. Il était moins bon que d’autres en amour, et il était serviable au point qu’il était facile d’abuser de ses services. Elles l’avaient protégé jusque-là en lui évitant les mauvaises rencontres, mais elles ne pouvaient pas continuer puisqu’elles se mariaient. Que faire ? Je l’ai fait venir pour le juger. Les défauts étaient effectifs, mais je ne l’ai pas repoussé, et je suis heureuse avec lui. Globalement, il était objectivement le meilleur, comparé aux autres disponibles. Ne parle jamais de ces défauts à ton père. Je ne sais pas comment il le prendrait. Pour moi, ses défauts existent, mais ils sont mineurs. Ménage les hommes, Aline. Tu t’en trouveras bien.

— Oui, maman, mais tu peux m’en parler quand même puisque je dois m’informer sur les hommes.

— Comme j’étais passée par d’autres garçons, j’étais capable d’évaluer ses défauts. Avec pratiquement tous mes amants, j’ai beaucoup de plaisir physique. Mon sexe s’accorde facilement avec celui d’un homme. Avec ton père, c’était parfois trop court pour que j’arrive à un orgasme.

— Est-ce de l’éjaculation prématurée ? Cela doit se soigner.

—  C’est ça. Ce n’est pas moi qui vais lui dire de se soigner, si ça se soigne maintenant. À l’époque, les seuls soins consistaient à pratiquer au maximum, et j’ai pratiqué avec lui pour l’améliorer. Les médicaments, dont on m’a parlé, ne sont pas très efficaces et ont des effets indésirables dissuasifs. Il est préférable d’apprendre les bons réflexes. J’aime maintenant ton père comme il est. Je n’en souffre pas. Je me suis adaptée à lui, et lui à moi. C’est très bien. J’ai beaucoup de plaisir avec lui, et si je voulais plus de plaisir, j’utiliserais beaucoup plus les amants. Ils sont preneurs. Je dois les freiner. Ton père se trouve bien avec moi, et moi avec lui. Cela dure depuis que je l’ai rencontré. Quand on a trouvé un équilibre, autant le garder. Le plaisir, que j’ai avec un amant, dure plus longtemps qu’avec ton père, mais il n’est pas plus intense. Je retourne à volonté avec ton père quand j’en ai envie. J’ai le plaisir que je souhaite avec lui, et il a du plaisir. Il n’y a rien à changer. Quand il a envie de moi, je suis à lui, et il ne me refuse jamais. Nous sommes bien ensemble. Si tu trouves un amant que tu aimes et qui est libre, tu le gardes comme mari, et tu ne perds pas ton temps à le modifier ou à en chercher un autre quand c’est inutile.

— Est-ce utile d’avoir beaucoup d’amants ?

— Non. La violence et la jalousie existent, et peuvent tout perturber. Tout amant présente un risque, et souvent un risque dont on n’a pas prévu l’origine. Il ne faut pas les multiplier. Pour les amants d’initiation, ceux que l’on prend au début sans bien savoir choisir, je me suis limité à quelques-uns. C’était bien assez. Avec eux, j’ai appris l’amour physique. Il est bon pour moi, donc ce n’est pas mon critère de choix le plus important. J’en savais suffisamment pour ne plus me donner à d’autres. C’est le comportement dans la vie courante et la valeur intellectuelle qui ont orienté mes choix. J’avais acquis le sixième sens me permettant de détecter un garçon mariable ou un amant possible. Je flirtais encore, et je sélectionnais en me gardant bien d’amour physique quand c’était inutile. Je n’allais qu’avec ceux qui avaient une chance que je les épouse. C’est comme cela que je n’ai pas raté ton père quand il est venu me voir. J’ai évalué ses défauts, qui étaient acceptables, et je me suis mariée.

— N’as-tu donc vraiment aimé que papa ?

— Mais non. J’ai aimé beaucoup d’hommes, et j’en trouve encore à aimer. Il n’y a pas que ton père.

— Sont-ils nombreux ?

— Oui. Je suis devenue capable de détecter ceux que j’aime de façon durable grâce à mes premiers amours et à ceux qui ont suivi. Ceux que j’aime sont nombreux, mais ils sont généralement inaccessibles, et je n’ai pas à me déclarer à eux. Ce sont des hommes trop éloignés, trop vieux, trop jeunes, des hommes mariés ou en couple, ou des hommes qui ne m’aiment pas. Je ne cherche pas ces hommes que j’aime puisque je suis mariée, mais quand l’un d'eux me cherche et veut de moi comme amante, je ne dis pas toujours non, si c’est absolument sans risque et possible facilement sans gêner personne. Je préfère l’homme qui serait mariable en cas de défection de ton père, et que je ne perturbe pas trop. Je ne veux pas de relations trop suivies. Sa vie est ailleurs, comme la mienne, mais avoir des amants est enrichissant. Il n’y a pas à repousser par principe tous les hommes parce que je suis mariée. Je peux avoir quelques relations amoureuses, comme ton père peut en avoir aussi. Ce n’est pas le principal de ma vie, mais quand je peux faire plaisir à un homme que j’aime, je ne me dérobe pas. Je ne diabolise pas les amants. Je ne vois pas comment on peut se marier avec un homme convenable sans avoir eu des amants. Si tu trouves un autre moyen que d’avoir des amants pour se marier dans de bonnes conditions, j’aimerais bien le connaître. Je vois tellement d’échecs dus à des choix hasardeux, que j’en suis effrayée. Il faut chercher un peu avant de se lancer. On en a les moyens. Avec un peu de jugeote, en y mettant du sien, on trouve. Quand on a un échec avec un amant, on l’abandonne, et celui avec qui ça va bien devient un ami.

—  Combien faut-il d’amants pour pouvoir repérer un mari ?

—  Tout dépend des circonstances.

—  Pourrais-tu me donner une moyenne que tu juges convenable ? dit Aline.

—  J’ai regardé récemment une statistique fournissant une moyenne. Je crois me rappeler qu’elle est de 12 amants pour toute une vie, dont 2 en fin de vie, mais il y a d’autres statistiques qui ne sont pas en accord. Les femmes déclarent nettement moins d’amants que les hommes, bien que l’équilibre doive s’imposer. Il semble que bien des femmes ne décomptent pas les amours d’une nuit exceptionnelle dans l’euphorie. De même pour les essais sans suite qui ne sont pas du véritable amour, je suis la première à le reconnaître. Je ne sais pas comment on décompte les prostituées, les collectionneurs de partenaires, les viols et les incestes. Les statistiques sont ainsi sujettes à caution, mais elles donnent un ordre de grandeur. Dans le milieu que nous fréquentons, en ne se précipitant pas trop, en étudiant bien les amants, je dirais qu’une dizaine d’amants importants suffisent amplement, quand on désire se marier. Avant le mariage, sauf exception, avoir eu deux ou trois amants, est un minimum, pour acquérir une expérience suffisante. Au-delà de 10, on se disperse trop et on perd son temps. On n’a rien sans rien. Il faut s’informer sérieusement avant de se marier en testant la vie de couple, et la contraception le permet. Dans les générations qui m’ont précédée, il fallait beaucoup plus se limiter, car c’était risqué. Aller à 10 n’était pas conseillé. Tout a changé avec la plus grande indépendance matérielle des femmes, l’éducation, la meilleure hygiène, la contraception, le dépistage rapide des maladies transmissibles et l’évolution des mœurs. J’aurais pu te dire 5 au maximum, mais 10 me semble plus réaliste, et 12 conduit à la fin de vie. Il ne faut pas négliger quelques petits amours, en plus de son compagnon habituel.

—  En gros, dit Aline, ce sont donc 3 à 12 amants à envisager pour éviter l’échec d’une vie. C’est beaucoup.

— Pour des gens comme nous, il ne faut pas avoir peur des amants d’essai si on veut la réussite du mariage, mais il faut exiger le préservatif. Nous sommes capables d’en tirer le meilleur.

— Quand on se marie, que doit-on promettre ?

— De bien se comporter ensemble. Avec ton père, nous avons mis nos ressources en commun pour mener une vie de couple avec des enfants. Nous nous épaulons. Ton père nous a protégé des indésirables, et il a continué de protéger des amies puisqu’il aime ça. Nous nous sommes promis la liberté sexuelle. La fidélité n’est pas indispensable, et je n’ai pas été fidèle.

*****  

3 Amours, Monique et Sandra

— Papa, dit Aline. J’ai réfléchi à ce que tu m’as dit. Dans ton trio, en aimais-tu une plus que les autres ?

— Non. J’aimais le trio comme si c’était une seule personne, et c'est ce qu'il souhaitait.

— Pourtant, passer de l’une à l’autre te perturbait.

— Je devais me réhabituer à des pratiques différentes, réacquérir des réflexes, mais intellectuellement, elles se valaient et communiquaient entre elles. Avec trois corps et une tête commune, elles ne faisaient qu’un. J’aimais le trio. Il ne s’est désuni qu’avec le mariage.

— L’une d’elles t’aimait-elle plus que les deux autres ?

— Peut-être, mais je n’étais pas capable de le discerner. Elles agissaient également avec moi, en formant bloc. Elles ne se dénigraient pas et ne se mettaient pas en avant.

— Pourquoi le trio t’aimait-il ?

— Il avait de l’empathie pour moi, car j’avais de l’empathie pour ceux qui acceptaient ma protection. C’était presque maladif chez moi. J’étais là quand il y avait un danger que je pouvais éloigner facilement, ou simplement pour faire plaisir.

— Aimes-tu le danger, comme ceux qui le recherchent pour épater la galerie ?

— Non. J’évite le danger quand c’est possible. Là, je l’écartais en offrant ma protection. C’était une bonne action gratuite qui était devenue un réflexe pour moi. Quand des femmes m’ont demandé de les aimer, je n’étais pas capable de les aimer correctement. Le trio a eu pitié de moi. Il m’a soutenu, comme j’ai soutenu d’autres personnes. Il m’a rendu ma bonne action. Il faut aimer son prochain, au moins quand on ne risque rien et que c’est facile. Nous étions en harmonie.

— Les filles du trio risquaient de perdre leurs fiancés en allant avec toi.

— Le risque était faible et calculé. Avant que la première veuille faire l’amour avec moi, elle a téléphoné à son fiancé, en lui expliquant qu’elle souhaitait se donner à un amant, et en me faisant écouter. Il lui a répondu que toutes les filles convenables qui l’entouraient avaient des amants, et que dans une vie, une grande majorité d’individus ont au moins une dizaine d’amants. Il se méfiait de celles qui n’en avaient pas et atteignaient la fin des études longues en perdant l’habitude d’aimer. Puisqu’il était partisan de la liberté sexuelle, ce qu’elle demandait lui semblait normal, à condition de le faire discrètement pour ne pas choquer certains membres de l’entourage ayant des réflexes d’un autre âge. Qu’elle se donne à quelques amants, avant le mariage pour se mettre à l’amour, était un acte naturel, preuve de bonne santé. De son côté, il envisageait de se marier avec elle comme prévu, mais il lui recommandait de se protéger, car il ne voulait pas de maladie et d’enfant avant la vie commune. Si elle ne voulait plus de lui, elle n’avait qu’à lui dire, mais il était attaché à elle. Il préférait la garder. Les deux autres fiancés n’ont pas fait non plus beaucoup d’objections. Ils ne cherchaient pas à dominer leurs futures épouses, mais plutôt à collaborer avec elles.

— Elles n’étaient pas obligées de prévenir les fiancés. Tout pouvait rester secret.

— C’est vrai, et les fiancés n’ont pas su qu’il s’agissait de moi. Elles en ont parlé aux fiancés, car s’ils avaient refusé, elles auraient rompu. Elles voulaient bien les aimer, mais moi aussi. Elles étaient confrontées à un double amour. On accorde logiquement le double amour quand il est sans conséquences graves. Les fiancés avaient tout avantage à être accommodants, car ils auraient eu du mal à trouver mieux. Elles n’ont jamais rompu avec eux, puisqu’ils n’étaient pas jaloux de ma présence près d’elles.

— Quand tu es passé à maman, pourquoi lui as-tu accordé la liberté sexuelle ? Était-ce pour qu’elle jouisse pleinement avec d’autres ou par principe ?

— C’était parce que j’avais été amené à utiliser la liberté sexuelle avec le trio. J’ai acquis des principes en les pratiquant. J’avais constaté que cette liberté était bonne pour des non-jaloux. La liberté sexuelle dans ces conditions m’est devenue naturelle, et avec ta mère, cela ne présente aucune difficulté. Je suis toujours en contact avec les femmes du trio, et je suis encore leur ami et parfois amant. Ce n’est pas fréquent, mais je dérogerais à ne pas répondre. Mon amour pour elle ne s’est pas éteint, et le leur pour moi non plus. J’aurais honte de les oublier. Elles ont toujours été bonnes avec moi. C’est de l’amour d’amitié.

— Se protègent-elles de toi ?

— Elles sont raisonnables, éduquées, gentilles et intelligentes. J’ai toujours fait ce qu’elles souhaitaient, et elles ne m’ont jamais empêché de mettre un préservatif. Peu de temps avant de se marier, elles ont reçu les fiancés.

— Avec ou sans contraception ?

— Je ne sais pas, mais je crois qu’elles n’ont plus utilisé la contraception à l’approche du mariage puisqu’elles ont eu des enfants assez tôt. Elles étaient majeures, éduquées et responsables. Elles ont fait ce qu’elles ont voulu.

— De qui sont leurs enfants ?

— Elles ne me l’ont pas dit et je ne leur demanderai pas. Dans le contexte actuel, où une femme sait se protéger, elles mettent ou non une protection, et elles demandent ou non le préservatif.

— Que font-elles encore quand tu les rencontres ?

— Elles sont sérieuses. Elles savent ce qu’elles font. Elles ont la tête sur les épaules. Elles utilisent au mieux la liberté sexuelle qui leur a été accordée quand elles l’ont réclamée avant leur mariage pour que je puisse encore les rencontrer. Elles ont le privilège de choisir leurs amants. Sans cela, il n’y a pas de liberté sexuelle. Elle n’est pas limitée au seul plaisir physique. L’amante peut même vouloir être fécondée par l’amant, et celui-ci accepter. Actuellement, elles ont un stérilet. Je n’aurais plus à mettre un préservatif, mais je le mets quand même par principe, car j’ai la liberté de ne pas vouloir leur faire un enfant quand elles ont des maris qu’elles aiment, et de mettre un préservatif coupe la chaîne des maladies transmissibles.

— C’est donc cela la liberté sexuelle. Chacun prend ses responsabilités. C’est la femme qui choisit celui qui fait l’enfant, mais c’est le mari qui reste le père.

— Oui, ma fille. C’est le plus simple. L’enfant est protégé par sa mère et celui qui vit avec elle. La liberté oblige à cacher certaines choses, comme le nom du concepteur si on le connaît, pour ne pas troubler l’enfant avec deux pères. On ne peut pas tout savoir. Quand on aime son conjoint, il faut lui faire confiance, et j’ai confiance dans ta mère. Ses amants sont bien choisis. Ils n’interviennent pas dans notre vie commune, et mes amantes non plus. Ils ne réclament pas la paternité de mes enfants.

— Tes amantes sont-elles encore les filles du trio ?

— Bien sûr.

— L’une d’elles aurait pu te choisir.

— Oui, mais notre choix commun a été d’aller au plus simple. Un homme avec une femme pour former des couples. Que j’aille avec le trio, c’était de la polygamie, et elle n’est pas autorisée dans notre pays. On doit respecter les lois, même si on ne les approuve pas toutes, et les faire respecter par la police et par le civisme. J’y contribue en protégeant des faibles. C’est la seule façon d’avoir une société stable. Ici, tout est axé autour de la vie de couple en famille. Que je prenne une de ces filles, c’était aux dépens d’un fiancé. Ta mère n’aurait eu personne. Nous avons fait le bon choix. Nous avons contenté tous ceux qui étaient concernés.

— Pourquoi le trio a-t-il décidé de faire l’amour avec toi ?

— J’ai voulu le savoir, et je lui ai demandé. Il a réagi comme moi vis-à-vis des personnes qui pouvais avoir besoin de moi et que j’assistais. Mon plus grand plaisir était d’assister au leur. Pour le trio, son plus grand plaisir était de me faire plaisir, puisqu’il m’aimait. J’avais envie de l’aimer. Il a tout fait pour que je l’aime.

— Mais sans l’obstacle de l’éjaculation trop rapide, il n’y aurait rien eu.

— Mon dysfonctionnement a été l’élément déclencheur qui a libéré leur amour pour moi. J’ai eu leur aide pour me comporter normalement.

— Elles ont donc eu pitié de toi.

— Oui. Mais, en même temps, elles ont compris que l’amour multiple était possible, que j’aimais les trois, et qu’elles aimaient chacune deux hommes. L’amour unique vers lequel elles se dirigeaient leur est devenu absurde, contraire à ce qu’elles ressentaient, et la liberté sexuelle leur est apparue nécessaire. Sans cela, elles n’auraient pas exigé la liberté sexuelle qu’elles ont réclamée à leurs fiancés avant de se mettre avec moi. Nous en avons longuement discuté, comparé le pour et le contre. Avec ta mère, j’ai poursuivi dans la même voie. Je ne sais pas si c’est la bonne pour toi, car elle est difficile à suivre quand il y a des jaloux. Les jaloux sont majoritaires, même si la loi est pour nous. Les amours multiples sont difficiles à bien gérer. Ils peuvent conduire à la débauche et provoquer des désordres. Comme tu es raisonnable, tu peux t’y risquer, mais sois prudente.

*****  

 

— Aline, dit Monique. Ton père t’a expliqué que je suis plus qu’une amie ordinaire. Je ne cherche pas à perturber votre vie, mais tu dois savoir ce que Sandra est pour moi. Je l’aime beaucoup. Je serais désolée que nous puissions lui nuire.

— Papa m’a dit qu’elle est un peu votre fille.

— Sandra n’a plus de famille. Je lui offre la mienne. J’ai l’amour d’une mère pour une fille que je n’ai pas. C’est vrai. Je m’occupe d’elle, mais Sandra est adulte depuis longtemps, et elle mène sa vie comme elle veut. Elle vient chez moi librement. Je suis heureuse qu’elle soit souvent avec moi. Sandra a découvert l’amour, et nous cherchons à la marier avec le meilleur mari possible. Ce serait assurer son avenir. Mais ce n’est pas facile.

— Pourquoi ?

— Sandra a été agressée par des hommes, ce qui laisse des séquelles. Heureusement, elle sait se défendre, mais elle en a quand même peur. Deux fois, elle a été bien près d’être violée. J’ai eu du mal à lui faire comprendre qu’elle ne craignait rien avec mon mari et ton père. Elle rejette encore tous les autres hommes.

— Que voulez-vous de moi ?

— Une collaboration pour le bien commun.

— Vous l’avez. Si je peux contribuer facilement à son bonheur, je ferai le nécessaire.

— Mon mari et moi te remercions, dit Monique.

*****  

 

— Aline, dit Sandra. Ton père m'a informé que tu vas te lancer avec des garçons, et qu'il t'a tout dit de sa vie amoureuse, y compris de celle avec moi. J'espère que la tienne se passera mieux que la mienne. Je ne sais pas comment il te l'a présenté. Je tiens à te préciser mon point de vue, car je suis consciente de l'intrusion de ma personne dans votre vie familiale. Je ne voudrais pas que quelqu'un pâtisse de ce que j'ai fait. Je suis responsable de la plus grande partie de ce qui est arrivé en ne sachant pas accorder ma conduite à la situation. Je suis prête à réparer si c'est possible.

— À votre place, dit Aline, j'aurais agi de façon voisine. Je ne vois rien à vous reprocher.

— Tant mieux. J'aurais aimé avoir une famille alors qu'actuellement je suis célibataire. Il ne faut pas faire comme moi, rester pendant des années à l'écart des hommes. L’essentiel est d'avoir un bon mari. L'amour ne m'a pas souri. Je ne suis pas un bon modèle. Cependant, mon histoire ratée peut t'être utile.

— Papa m'a dit que vous faites l'amour avec lui. Êtes-vous mécontente de lui et de son amour ?

— Ton père est le meilleur des hommes. Monique m'a convaincue qu’une femme doit savoir faire l'amour. Elle a demandé à ta mère la permission que ton père puisse m'initier à l'amour. Il était le plus indiqué selon Monique. Je vous en remercie tous. Je n'ai pas eu ton avis à l'époque, mais tu étais bien jeune. J'espère que tu n'es pas choquée de ce que tes parents ont fait pour moi.

— Non. Pas du tout. Dans ma famille, nous l'admettons. Mais vous continuez avec papa de temps en temps.

— Oui, dit Sandra, ce qui est critiquable. Monique me dit de continuer, pour m'améliorer, et ne pas m'encroûter. Je continue, car ton père l'accepte, mais je ne dois pas abuser. En principe, je devrais m'abstenir, mais ton père est gentil avec moi. Il m'accorde quelques rencontres, pour m'entretenir et me perfectionner. Ce sont mes déboires en amour qui m'ont conduite là où j'en suis. Je n'ai pas réagi comme il fallait. Il ne faut pas m’imiter en refusant l’amour. Veux-tu que je t'explique ?

— Bien sûr, dit Aline. Je suis tout ouïe.

— Voilà, dit Sandra. J'ai eu une petite enfance heureuse, mais mon père est mort, puis ma mère, puis ma grand-mère qui m'avait recueillie. Mes parents étaient enfants uniques, et j'étais pratiquement sans famille, mais j'avais de quoi vivre, et j'ai pu poursuivre mes études jusqu'à leur terme. J'ai un travail rémunérateur, et je n'ai pas à me plaindre de mes conditions matérielles. J'étais belle.

— Et vous l'êtes encore, dit Aline.

— Oui. J'ai un physique qui excite les hommes. C'est un désastre, mais je ne peux pas me changer. Jeune fille, j'étais innocente. Je croyais que je pouvais côtoyer sans danger les hommes. Ils m'ont prouvé le contraire. J'ai encore tout le temps des propositions à repousser. Ainsi, un garçon qui était un ami, ou plutôt une connaissance, a essayé de me forcer quand j'étais plus jeune que toi. Je me suis défendue, et il m’a relâchée. Il était nettement plus fort que moi, et il avait réussi à me mettre à sa merci, malgré mon opposition verbale déclarée. Il me tenait, par la force et l’intimidation, mais j’ai réagi au bon moment. J'ai eu la chance qu'il me lâche quand j’ai réussi à le neutraliser par un coup bien appliqué. Un an plus tard, un autre ami m’a fait répéter la même chose. Ces garçons m'ont considérée comme une proie, et, à cette époque, ma vie est devenue un enfer. J'étais assaillie par tous ceux qui voulaient de moi, et ils étaient nombreux. J'ai recherché des protections. Je me suis enfermée, j'ai vécu dans des milieux féminins, mais c'était insuffisant. Les garçons me voulaient, surtout les mauvais, et ils s'employaient à profiter de moi. J'ai réussi à presque tous les éviter, mais ces deux faux amis sont presque parvenus à leurs fins à un an intervalle, et de la même façon. Ils ont réussi à m’isoler avec eux. Ils m’ont brutalement attrapée et ils ont imposé ma soumission, m’obligeant à leur obéir. Heureusement, quand ils ont baissé le pantalon, j'ai attaqué leur nudité de toute ma force, et j'ai réussi à suffisamment leur faire mal pour qu'ils me lâchent. Je me suis sauvée et ils sont partis sans me poursuivre. Je n'en ai plus entendu parler. J'ai eu très peur de ces garçons qui était dans l'euphorie de l'alcool ou d'une autre drogue. Ils ne raisonnaient plus. Que je ne veuille pas, ne les empêchait pas de vouloir me posséder. Quand je fais des cauchemars, je me réveille sur le point d'être violée par un de ces garçons, qui se sont comportés de façon presque identique. Je les confondais, et j’ai généralisé à tous les hommes. Pendant des années, j'ai traîné la peur de ce comportement agressif de drogué si commun, et ce n'est pas encore terminé. Heureusement, j'ai rencontré Monique à qui je dois ma renaissance. Elle m'a affirmé que quelques hommes ne sont pas méchants, et qu’il est possible de vivre avec eux. Elle m'a prise avec elle, m'a montré que son mari était inoffensif, et qu'elle pouvait en faire ce qu'elle voulait. Elle l'aimait et était bien avec lui. Je vis maintenant avec eux, et je le côtoie sans problème, mais j'ai quand même quelques répulsions instinctives quand je me rappelle que c'est un homme. Je suis handicapée en amour. Je contrôle mal mes répulsions. Dès que je rencontre un homme euphorique, expansif ou jovial, la peur revient. Je ne suis pas à l'aise en société, en particulier dans les beuveries organisées. Il n'y a qu'avec ton père que je suis à peu près parvenue à me décontracter et à l’aimer, comme Monique le désirait. Il m'a prouvé que je peux aimer un homme respectueux. J'en suis heureuse. Je suis normale, mais j’ai eu tort de mettre toutes ces années à m’en rendre compte. L’amour est important. Il est indispensable à la vie normale.

— L'amour vous plaît-il ?

— Oui, avec ton père. C'est délicieux avec lui. Je suis incertaine avec les autres. L'amour m'effraie encore. J'ai toujours ces réactions instinctives de méfiance, même avec ton père. S'ils étaient tous comme lui, ce serait plus simple, mais ce n'est pas le cas. La protection de ton père quand je vais à la piscine est indispensable.

— Je l'ai constaté, dit Aline. Tous les hommes vous regardaient et vous faisaient des signes. Je n'avais pas d'admirateur. N'avez-vous pas du plaisir avec papa ?

— Je suis handicapée en amour. C'est certain, même avec lui. Je n'ai cependant aucun déplaisir avec ton père, et c'est le seul amour que j'ai accepté jusqu'à maintenant. Monique m'a proposé son mari, puisque je peux vivre avec lui, mais je préfère ton père. Il est très patient avec moi. Quand il voit que je me crispe, il ne me force pas à continuer. Il ne fait que ce que je lui demande de faire. Il me dit qu'il était lui-même handicapé lors de ses premiers amours et qu'il me comprend. Je l'excite, comme tous les hommes, et, souvent, il reste sur sa faim, car je l'arrête dans son action. Je ne suis pas une bonne compagne. La raison est qu'avant de me mettre avec Monique, j'avais une peur bleue de tous les hommes, et cette peur n'a pas complètement disparu. Il y a peu d'hommes convenables.

— Quelles ont été les conséquences de votre peur ?

— Importantes et disproportionnées, dit Sandra. C'est cela qui n'a pas fonctionné correctement avec moi. J'ai été marquée par les deux tentatives de viol, et surtout parce qu'ils étaient des amis que je n'aurais jamais pensé qu'ils puissent chercher à me violer. Ces deux amis, en qui j’avais confiance, se sont transformés en monstres pour moi, pendant très longtemps. J'ai compris qu'il fallait éviter les hommes, car ils s'intéressaient trop à moi. Ainsi, pendant des années, j'ai considéré que l'amour était dangereux, et que je ne devais pas le pratiquer. Je me suis protégée en les fréquentant le moins possible. Je suis arrivée à me construire une vie sans hommes, et, pour ne plus être isolée, je me suis mise ensuite avec Monique et son mari qui m'ont accueillie à bras ouverts, moi, pauvre femme dans ce monde hostile. Monique est parvenue à me montrer que certains hommes sont vivables. J'ai découvert le véritable amour avec ton père. Elle souhaite me marier avec un homme qui ne se drogue pas.

— Mais c'est vous qui êtes concernée, dit Aline, et non elle.

— Monique aussi, dit Sandra. Je vis avec elle et son mari. Elle tient à ma compagnie, et moi à elle. Nous habitons ensemble. Je n'ai plus de famille, et elle non plus. Monique a une maladie qui ne lui permet pas d’avoir d'enfant. Comme je suis beaucoup plus jeune qu'elle, elle me domine de son expérience, et je remplace un peu un enfant ou une petite sœur. En même temps, elle verrait d'un bon œil que je me marie et que je lui donne des petits enfants qu'elle rêve d'élever. Je n'ai rien contre, mais trouver le mari me semble difficile.

— Cherchez-vous réellement un mari ?

— Je souhaite un mari comme ton père, mais je n’en vois pas. Je suis bien quand je suis avec lui et quand cela ne dérange personne. Pour ne pas avoir d’enfant, puisqu’il ne le souhaite pas, j’utilise la contraception, et je ne l’empêche pas de mettre un préservatif.

— Papa vous donne du plaisir.

— Le plaisir d'être avec un homme que je suis parvenue à aimer, dit Sandra. Je l'adore, mais je n'ai pas à l'écarter de sa famille et de l'empêcher d'aimer ailleurs. Il a l’amabilité de m’offrir sa présence et sa protection à la piscine. Ne cherche pas à modifier ma situation, Aline. Elle est inespérée. Je l’aime trop pour vouloir plus. C’est à toi de trouver un mari et de faire des enfants. Je souhaite rester l’amie de votre famille sans perturber votre vie. Monique m'a proposé le sien, mais je ne suis pas tentée. Monique lui suffit. Je ne veux pas le déranger.

— Vous abandonnerait-elle son mari ?

— Non. Ils s'aiment. Il me ferait l'enfant, pour plaire à Monique, mais Monique ne l'impose pas. Monique s'éclipserait pendant qu'il serait avec moi.

— Avez-vous refusé ?

— Provisoirement. J'ai demandé à réfléchir. Il n'est pas chaud. Il aime surtout Monique, et je serais une complication pour lui. Il obéira à Monique, par amour pour elle. Ton père accepte mes défauts. Je préférerais un homme comme lui, mais il est à trouver.

— Il n'y en a pas beaucoup, dit Aline.

— C'est vrai. Les seuls que je pourrais accepter sont mariés, et je suis trop vieille pour un jeune. Je dois me résigner. J'ai raté ma vie. L'amour n'est pas pour moi.

— Papa vous l'a apporté.

— Ton père m'a initiée, ce qui n'était pas facile avec mes réactions, mais il y est parvenu sans me traumatiser. Je ne vais pas lui infliger en plus de s'occuper continuellement de moi et de me faire un enfant. Il y a des limites à ce que je peux lui demander. J'abuse déjà de lui. Il ne refuse jamais de m'accompagner à la piscine, et il cède à Monique quand elle me l'envoie.

— Lui avez-vous demandé un enfant ?

— Non. Il prend toutes les précautions pour ne pas me féconder quand il fait l'amour avec moi, et j'utilise la contraception, comme il l'a souhaitée. Je respecte ses consignes. Je n'ai pas à m'imposer. Il fait ce qu’il veut avec moi. Je ne le force pas à s’occuper de moi. Mon amour pour lui ne l’oblige pas à m’aimer. Je n’ai pas à prendre la place de ta mère. J’ai la chance que ta mère et ton père me tolèrent. C’est à Monique qu’il a obéi en me permettant de connaître l’amour. Monique est la responsable de mon bonheur. Qu’il m’aime un peu est déjà beaucoup. De temps en temps, Monique le dirige vers moi, et votre mère ne s’y oppose pas. Je les remercie de ce qu’elles font pour moi. C'est déjà beau qu'il me prenne quand Monique juge qu'il doit le faire sans que ce soit une trop grosse charge pour lui. Ce n'est pas inutile. Je m'améliore petit à petit. Le temps fait son œuvre. En vieillissant, la beauté diminue, et les réactions sont plus rares. Je le constate. Les hommes me font moins peur. Je progresse vers l'amour normal. C'est trop tard, mais j'en suis contente. Je ne me sens plus rejetée par la société.

— Je vais lui parler de l'enfant que vous souhaitez.

— Ne dérange pas ton père parce que Monique rêve d'un petit enfant, dit Sandra. Monique ne m'impose pas un enfant, et son mari peut me le faire. Ce que ton père a déjà fait pour moi est énorme. Je ne veux pas troubler votre famille. C'est à Monique de savoir ce qu'elle souhaite. Je ferai pour le mieux.

— Je connais papa. Laissez-moi lui en parler. Vous aurez l'enfant que vous souhaitez. Il va tout de suite dire oui. Vous êtes une amie. Je dirai à papa de ne plus mettre de préservatif, et de vous permettre d’avoir un enfant. Il n’attrapera pas de maladie avec vous.

— Merci d’essayer, Aline. Je rêve aussi d'un enfant qui te ressemble, mais c'est utopique. La génétique brouille tous les pronostics. Ne dis rien à ton père. Je ne mérite pas qu'il me rende ce service. Je ne veux pas exploiter sa gentillesse.

— Mais si, dit Aline. Il aime faire plaisir en payant de sa personne. Moi je vous admire de vous être mis à l'amour après ce que vous avez vécu.

— L'important n'est pas moi, dit Sandra. J'ai la peau dure, trop dure. Je n'ai jamais eu à subir un homme dont je n'ai pas voulu, et il est idiot d'avoir refusé l'amour parce que deux imbéciles me l'imposaient. Je n'ai pas voulu être dominée. Un réflexe inapproprié m'a éloignée des hommes. Pourquoi me suis-je bloquée en généralisant ? Qui sait ? D'autres hommes m'ont abordée poliment, et ils n'avaient pas bu. J'aurais dû en accepter, au moins quelques-uns. Je serais peut-être mariée avec des enfants, et j'aimerais un homme ressemblant à ton père. La roue tourne. Je suis célibataire. C'est toi qui dois faire attention aux hommes. Il y en a qui sont bons. Ce sont ceux que tu dois retenir, et n'attends pas d'être aussi vieille que moi pour t'en rendre compte. Je n'aurais jamais dû attendre d'être réveillée par Monique pour accepter l'amour. Il y a des hommes adorables comme ton père. L'amour avec lui est agréable. Cherche les bons sans traîner. Ils vont être récupérés par d'autres filles si tu ne te presses pas. Le temps nous est compté.

— Comment les repérer ?

— Prends conseil auprès de Monique ou de ta mère. Ce sont des femmes d'expérience. Elles l'ont prouvé en repérant leurs maris.

— Mais elles ont dû essayer des garçons, dit Aline. Elles ne sont pas fidèles.

— Ne soit pas idiote comme je l'ai été trop longtemps, dit Sandra. Je me suis reprise grâce à Monique. Je n'ai pas honte d'avoir fait l'amour avec ton père, et je suis prête à passer à un autre homme pour l'évaluer. L'infidélité a du bon. Elle permet de se connaître soi-même et ainsi que les autres par l'expérience. Ne mets pas tous les hommes dans le même sac. Ils ne sont pas tous égoïstes et sauvages au point d'oublier qu'une femme est un être sensible. Si grâce à l'infidélité, on trouve un mari en évitant les mauvais, il n'y a pas à se l'interdire, et surtout si le mari le comprend. Ton père est infidèle à ta mère à cause de moi. Je ne lui reproche pas, et j'aimerais être aussi bonne que ta mère qui tolère ma présence.

— Vous êtes bonne si vous tolérez maman et si vous faite un enfant à Monique, dit Aline.

— Si j'ai un enfant, dit Sandra, je ne refuserai pas l'aide de Monique et de son mari. Mais je peux aussi l'élever seule s'il les gêne.

— Et si c'est l'enfant du mari de Monique ?

— C'est valable pour les deux pères possibles actuellement. Je préfère ton père. Tu l'as compris, mais ne vas pas nous compliquer la vie pour un rêve d’enfant. J’ai bien d’autres rêves.

*****  

 

— Papa, dit Aline. J’ai parlé à Sandra, et elle désire un enfant. Il n’y a que toi pour lui faire. Fais-le. Ce sera une bonne action. Tu n’as qu’à traiter Sandra comme tes autres amantes, sans préservatif et en lui faisant arrêter la contraception.

— Il fallait que cela m’arrive. Sandra désire donc un enfant, et c’est moi qui serais le père. Je ne suis pas bigame. Elle a besoin d’un mari ou d’un compagnon. Voilà ce qu’il lui faut. Je lui dis constamment.

— Mais, papa, Sandra ne te demande pas de t’occuper de l’enfant et de te marier avec elle. Elle désire seulement un don de sperme. Tu n’es pas concerné par ce que sera cet enfant. Elle en prend l’entière responsabilité. Tu n’as qu’un simple petit cadeau à faire. Tu déposes en elle ce qu’elle souhaite, et elle s’en occupe. Ce n’est pas compliqué, et elle sera contente. Elle préfère que l’enfant soit de toi, parce qu’elle te connaît et t’aime bien. Ne l’oblige pas à aller chercher ailleurs un inconnu qu’elle n’aimerait pas.

— Elle pourrait trouver un mari si elle se démenait un peu et m’écoutait.

— Elle t’a trouvé comme amant. C’est déjà beaucoup pour une fille de son âge, et même inespéré.

— J’aurais mieux fait de ne pas être son amant. Je suis avec ta mère, et c’est la famille qui compte.

— Maman t’a donné la liberté sexuelle. Tu peux féconder Sandra. La famille n’en sera pas perturbée.

— Parce que d’avoir un demi-frère ou une demi-sœur ne te fait-il rien ?

— Si Sandra l’aime bien et l’élève convenablement, je n’ai rien contre. Il me semble qu’elle a un bon métier, donc, des revenus, et qu’elle sera une bonne mère. Elle ne boit jamais de boisson alcoolisée. Le cerveau de l’enfant ne sera pas plus attaqué par l’alcool que le mien et celui de Lucie l’a été avec maman. Tu n’attraperas pas de maladie avec elle. Elle ne va qu’avec toi.

— Et tu voudrais que je ne m’occupe pas de cet enfant. Ta mère est très claire à ce sujet. J’ai la liberté sexuelle, à condition que rien ne rejaillisse sur la famille. Sandra n’est qu’une amie, une amante qui n’a pas à interférer avec notre famille. La famille de Sandra ne doit pas avoir de relation visible avec la mienne. Son enfant ne peut être le mien. Je ne dois pas m’en occuper, l’idéal étant qu’il ignore complètement mon existence. Elle peut se faire féconder artificiellement, de façon anonyme. En admettant qu’elle ne veuille que de moi, ce ne peut être qu’un don complet sans suite.

— Oui. Cet enfant ne sera pas le tien. Tu fais un don de sperme sans conséquence pour toi. L’enfant sera sans père, et ce n’est pas gênant à l’heure actuelle, puisque Sandra a les moyens de l’élever seule. Tu n’as rien à voir avec cet enfant que tu n’élèveras pas. Quelques cellules de toi à l’origine de sa conception ne t’en font pas le propriétaire. Sandra aura tout le travail. Tu peux bien sûr refuser, et d’ailleurs Sandra ne te demande pas de la féconder, car elle a peur que tu le prennes mal. Elle est timide. Elle ne fait rien sans ton accord. C’est moi qui te le demande, car si j’étais à la place de Sandra, je voudrais cet enfant.

— Mais es-tu certaine qu’elle veuille cet enfant ? Elle n’en a jamais parlé, ni à moi, ni à Monique.

— Je l’ai questionnée, et elle désire un enfant de toi s’il ne te gêne pas.

— Nous pensions, avec Monique et le trio, qu’il lui fallait un mari. Nous avons œuvré dans ce sens. Je l’ai initiée pour lui montrer qu’elle était capable d’aimer, comme Monique le souhaitait. Elle ferait le bonheur d’un bon mari, mais elle rejette tous ceux qui l’ont sollicitée. Nous avons du mal à la caser. Pour le trio, elle est trop difficile, et elle ne verrait que moi. Pourtant, je limite au maximum les relations sexuelles avec elle. Elle n’est qu’une amante que je ne veux pas déstabiliser par des relations fréquentes. Après son initiation, autorisée par ta mère pendant un temps limité, et où j’ai dû quand même ne pas trop la restreindre, je n’ai plus accordé que quelques relations ponctuelles d’amitié, comme avec le trio. Je laissais la porte ouverte à un futur mari qui lui aurait donné les enfants qu’elle souhaite. Le temps passe, et rien ne change. Elle doit se presser si elle veut un enfant. Elle est sur la pente descendante de la fécondité. Même si elle arrive à faire féconder ses ovocytes, la plupart seront défectueux. Elle a attendu trop longtemps. Une femme doit faire ses enfants quand elle est jeune.

— Je sais, papa. Je m’y mettrai moi-même le plus tôt possible, mais pour Sandra, je doute qu’elle trouve un mari. C’est toi et tes femmes qui avez perdu du temps en songeant à la marier. Tu lui fais son enfant si c’est encore possible. C’est la seule solution. Tu lui donnes, et tu n’interviens plus. L’enfant sera sans père.

— Tu es bien la fille de ta mère. Tu as les mêmes idées que les siennes. Pour vous, l’homme est secondaire.

— Mais non, papa. L’homme n’est pas secondaire. Tu m’as élevée avec maman, et tu t’es bien occupé de moi. Je suis heureuse d’être ta fille. Je t’aime autant que maman, mais je considère que ce que Sandra souhaite n’est pas la Lune, et qu’il est absurde de lui refuser ce qui est facile à réaliser, sous prétexte que tu n’aurais pas d’importance. Tu es très important, car tu es le seul qui puisse lui donner un enfant. Sans toi, elle n’en aura pas. Tous les hommes potables de son âge que je connais sont mariés. Il est utopique qu’elle trouve un mari disponible qu’elle aimerait autant que toi, et elle n’a plus beaucoup d’années à pouvoir enfanter. Il est urgent que tu la satisfasses. Il est déjà presque trop tard pour elle.

— Ne dramatise pas. Elle est en bon état et fait l’amour convenablement. L’alcool ne l’a pas vieillie prématurément comme des femmes que je connais. Elle serait encore apte à faire des enfants. Je ne savais pas qu’elle en voulait un sans mariage. Si mes femmes, dont tu es la digne représentante, jugent que je dois faire un enfant à Sandra, je peux essayer, mais si cela ne marche pas, il ne faudra pas m’en vouloir. Je ne suis plus tout jeune.

— Tu es gentil, papa, dit Aline. Sandra a raison de t’aimer.

— Je suis peut-être gentil, mais ce n’est pas facile à organiser.

— Il suffit de ne pas mettre de préservatif et qu’elle abandonne la contraception. Elle est saine. Tu ne risques rien.

— J’aimerais que ce soit aussi simple. Avec une fille et un homme de ton âge, ce serait facile. On les met à dormir ensemble tous les jours, et elle est vite fécondée. Sandra et moi ne sommes plus aussi féconds. Il faudra du temps. L’ennui est que je ne dors pas avec Sandra. Je dors avec ta mère, et il n’est pas question de changer mon comportement avec elle. Actuellement, je ne vais pas souvent avec Sandra. Je l’ai initiée à l’amour, mais je ne suis plus qu’un amant ayant des relations ponctuelles avec elle, comme avec le trio. C’est très marginal. Cette année, je n’ai été avec elle que deux ou trois fois, et encore parce que j’ai pitié d’elle et que Monique me pousse à le faire. Je me force à la contenter un peu parce que je l’entretiens au minimum. Ce que tu demandes est que je sois très souvent à faire l’amour avec elle, pratiquement en alternance avec ta mère, presque tous les jours, et cela peut durer longtemps.

— Tu en es capable.

— Oui, mais cela ne me plaît pas. Je suis mal à l’aise d’avoir deux femmes en même temps, de penser à l’une en étant avec l’autre. Cependant, je ne vais pas laisser tomber Sandra si c’est possible. Je peux faire l’effort que tu souhaites. Je peux trouver un moment dans la journée pour rencontrer Sandra. Je devrais recommencer comme pendant l’initiation, mais cela risque de durer beaucoup plus longtemps.

— Si je peux faire quelque chose pour vous aider, dit Aline, tu me fais signe.

— Oui, ma fille, mais tu ne peux ni être son mari, ni prendre ma place auprès d’elle. Je vais demander à ta mère si je peux faire ce que tu me demandes.

— Je croyais que maman ne devait rien savoir de tes amantes.

— C’est vrai pour toutes les amantes sans importance, mais dans le cas de Sandra, il faut que je recommence en plus grand ce que j’ai fait quand je l’ai initiée. Ta mère l’avait accepté, car elle n’était pas trop gênée. Pour son travail, elle devait faire un stage l’obligeant à s’absenter pendant une assez longue période. Mon travail ne me permettait pas de la suivre. Elle avait déjà repoussé plusieurs fois ce stage, mais elle devait s’y astreindre. Je me suis occupée de Sandra pendant que ta mère n’était pas là. Une fois initiée, ta mère est revenue, et Sandra s’est retrouvée au régime d’une amante occasionnelle. Je ne sais pas si ta mère va accepter ce que tu proposes, car la famille ne peut qu’être perturbée par ce que je devrais faire avec Sandra. Ce n’est pas une mince affaire de la féconder. Nous devons aussi nous assurer que l’enfant n’en souffrira pas. Toute la famille est concernée : toi et Lucie aussi. L'affaire est trop importante pour être traitée à la légère. Il faut l’accord de tous.

— Tu as le mien, dit Aline, et je ne pense pas que Lucie s’y opposera si moi et maman sommes avec nous tous. C’est à maman de décider, mais je suis prête à défendre Sandra.

 

Sandra ne s’attendait pas à voir se concrétiser son désir d’enfant quand la famille lui propose d’être fécondée discrètement, mais elle accepte ce que l’on lui propose, prête à revenir en arrière si l’avis change. Les parents se réservent de dormir ensemble, mais Sandra a sa part. Elle a autant d’occasions d’amour que la mère d’Aline, et elle s’épanouit, manifestement aux anges d’avoir cet amour entretenu qu’elle n’envisageait pas. L’enfant, elle l’espère, mais elle sait aussi que tout cet amour qui lui arrive sera mis en sommeil quand il s’annoncera, car on ne lui cache pas qu’alors elle ne sera plus accueillie que comme amante cachée.

En attendant l’enfant, le père d’Aline a à assurer le plein service de deux femmes. Il le craignait, se souvenant de ses problèmes avec le trio, où la stabilité n’était obtenue d’avec toujours la même femme. Il a pourtant une production suffisante pour deux, mais il ne parvient pas à la stabilité. Il a des habitudes qui ne sont pas les mêmes avec les deux, car les deux ne sont pas identiques. Elles nécessitent une adaptation personnalisée, et il a à acquérir des approches différentes. Il cherche à y parvenir, mais quand il croit y être arrivé avec l’une, il a un réflexe qu’il a répété avec l’autre. Il est comme ce conducteur automobile qui a du mal à passer d’une voiture à vitesses manuelles à une autre à vitesses automatiques, et qui appuie sur le frein du pied gauche en voulant débrayer. Ce n’est pas aussi catastrophique avec les femmes, car elles supportent qu’il les confonde, mais il n’est pas content de constater son manque de maîtrise. Il voudrait être aussi parfait que dans les périodes qu’il a pratiquées seul avec l’une d’elles. Il ne réussit pas mieux, avec Sandra et sa femme, à obtenir l’équilibre, que quand il était avec le trio. Elles n’ont, ni l’une, ni l’autre, un compagnon stable, capable de s’adapter sans heurt à leurs particularités. Si sa femme ne savait pas qu’il est aussi avec Sandra, elle serait étonnée de son changement. Elle en avertit Aline. Son mari qui se partage entre deux femmes n’est plus le même. Il est plus nerveux, inquiet, et moins attentionné. Il ne faut pas exagérer avec l’amour libre, qui a ses inconvénients. Elle ne permettra pas que Sandra soit longtemps avec lui, car c’est mauvais pour la famille, bien que ce soit une bonne action qu’il n’y a pas à regretter. Il sera libéré quand Sandra sera enceinte et redeviendra une amante cachée ordinaire.

*****  

 

Aline suit les conseils de ses parents. Étudiante en sciences, elle travaille sérieusement, et cherche à l’occasion celui avec qui elle désirerait se marier vers la fin des études. Quand elle a le temps, elle se mêle pour cela à des groupes d’étudiants, et va à des réunions. Elle se fait des amis, garçons et filles. Elle les invite aussi parfois chez elle, à plusieurs. Elle étudie les comportements. Elle présélectionne ceux qui ne lui déplaisent pas trop. Sur ceux-là, elle récolte tout ce qui peut la renseigner, et le met en fiches. Elle écoute les commentaires des étudiantes sur les garçons. Elle constate que beaucoup d’étudiants sont drogués ou fument, et que l’alcool coule à flots. Les anniversaires, les fêtes et toutes les occasions de se réunir, conduisent souvent à des beuveries ou des tabagies. La propreté est rare. Le nombre de ceux qu’elle envisage pour le mariage se réduit fortement. Pendant la durée des années d'études, elle fait l'effort, après avoir bien observé, d'en convoquer quelques-uns individuellement.

Aline reçoit dans sa chambre, chez ses parents, ceux qu’elle estime pouvoir avoir un avenir avec elle. Elle a des surprises. Deux des garçons qu’elle reçoit ne tardent pas à vouloir abuser d’elle. Elle s’en tire en appelant ses parents et sa sœur à la rescousse. Ils sont renvoyés. Elle évitera désormais ce genre de garçon. Avec d’autres, elle comprend vite qu’ils n’étaient pas à retenir.

Échaudée, Aline demande à sa mère qui elle devrait choisir, en lui présentant les renseignements qu’elle a dans ses fiches. Celle-ci écarte les fumeurs, ceux qui ont une copine connue, ceux qui sont trop expansifs, et ceux qui l’ont sollicitée trop activement. Elle lui conseille les timides sans addiction, et ayant de bonnes notes.

Aline s’est bien préparée, avec le manuel d’éducation sexuelle. Romain, son premier amant timide, est accommodant. Il n’a pas l’habitude des femmes, et il avoue ne pas savoir comment s’y prendre avec elle. Il lui dit de faire ce qu’elle veut, de lui dire ce qu’elle souhaite. Aline n’a pas non plus l’habitude des hommes, mais elle est bien renseignée sur l’amour. Elle est capable de passer de la théorie à la pratique, et elle aurait refusé s’il avait imposé sa méthode. La sienne est de ne pas engager de préliminaires, car elle est chatouilleuse. Les mains de Romain ne doivent pas la toucher, et c’est elle qui agira. Elle lui dit de se déshabiller et de l’attendre sur le lit. Aline ôte son pantalon et sa culotte, mais ne juge pas nécessaire d’enlever le haut. Elle s’approche et tâte avec précaution la verge qui se dresse. Elle en frémit, car c'est la première fois qu'elle en a l'occasion. Elle ne s’attendait pas à un contact aussi doux et ferme. Elle déroule le préservatif qu’elle a préparé. Il est lubrifié, ce qui en facilite la pose. Ensuite, elle l’enfourche, s’approche doucement, rectifie de la main la position pour faciliter l’entrée, s’abaisse lentement, puis, sans hâte, masse progressivement.

Aline n’a pas d’appréhension. Elle est décontractée, et se repose de temps en temps sur Romain qui a l’air aux anges. Auparavant, elle s'est masturbée de nombreuses fois jusqu'à l'orgasme pour apprendre à ne pas perdre complètement le contrôle. Elle arrive ainsi à l’orgasme, qui la fait défaillir, mais avec un Romain emprisonné dans une position passive. Le massage qu’elle continue lui offre d’autres orgasmes, et Romain finit par se vider. Alors, Aline le libère.

Aline a ressenti ce qu’elle a prévu, et même plus. Elle a été inhibée, submergée par les hormones et le plaisir physique. Mais, chaque fois, elle a repris le contrôle après un moment d’affaissement qui a abouti à un petit repos sur son amant. La masturbation ne lui a pas tout appris. Romain est heureux. Aline doit y réfléchir.

Aline reprend Romain d’autres jours, et il se passe la même chose. Sa mère l’interpelle après son départ.

— Ton amant a utilisé les toilettes en aspergeant le siège. Je ne suis pas sa bonne. Qui va nettoyer ? Dis-lui de ne pas recommencer. La cuvette est faite pour recevoir l’urine. Elle est lavée quand on actionne la chasse d’eau, et non le siège et ce qu’il y a autour. Il n’a qu’à baisser le pantalon comme nous, et s’asseoir. Ton père le fait bien. Il n’a jamais souillé le siège.

— Je lui ai déjà dit de ne pas salir, maman. J’ai nettoyé.

— Lui as-tu bien expliqué ?

— Je lui ai expliqué que ce n’était pas propre, maman. Il m’a dit qu’il n’avait pas réussi à bien viser.

— Et c’est sale encore aujourd’hui. Ici, ce n’est pas une toilette publique. Celles qui sont propres sont rares. Je vais surtout dans celles qui sont nettoyées après chaque passage, soit par une préposée, soit automatiquement. Ici, il n’y a que la cuvette qui est nettoyée automatiquement avec la chasse d’eau. Le siège et tout ce qu’il y a autour, ne le sont pas. Tu lui as mal expliqué.

— Il pisse debout, maman, comme la plupart des hommes.

— Et la plupart des hommes sont des cochons quand ils n’ont pas d’urinoirs adaptés. Ton père réfléchit à ce qu’il fait. Il utilise les urinoirs quand il y en a, pisse debout dans la nature, et dos au vent. Ici, nous nous asseyons sur le siège, et l’urine va dans la cuvette qui est la seule lavée quand l’eau coule. Quand les hommes viennent ici, il faut leur dire de faire comme les femmes. Ton père ne souille pas. Il baisse le pantalon comme nous, et s’assied sur le siège.

— C’est le premier gros défaut que nous découvrons, dit Aline. Crois-tu que je doive le quitter ?

— À toi de décider, mais tu laveras après lui s’il reste ici. L’aimes-tu bien ?

— Je découvre l’amour avec lui, ce qui n’est pas rien. Cela correspond à ce qui est décrit dans le manuel, mais je n’avais pas bien compris. Je l’aime beaucoup physiquement. C’est mieux que la masturbation. Il me respecte, mais il ne respecte pas les lieux où il se trouve. L’hygiène n’est pas son fort. C’est dommage. Il est trop sale.

— J’ai mis du temps à vous rendre propres, toi et Lucie. Ton père avait été bien dressé.

 — Ce n’est pas le cas de mon amant. Si j’étais sûre qu’il puisse se réformer, je n’aurais pas à en tester un autre. Je n’ai pas envie de le dresser. Il m’oblige à le quitter. Que ferais-tu à ma place ?

— Tu as raison de le renvoyer. Un malpropre de son âge reste sale. Un manque d’hygiène est pour moi un gros défaut, et passer par-derrière un homme, c’est se soumettre à lui.

— Je n’ai personne pour le remplacer.

— Une période d’abstinence est salutaire, ma fille. Il en faut une de temps en temps. Tu trouveras un autre amant.

— Quels sont les gros défauts, pour toi ?

— Tout ce dont on peut devenir l’esclave. L’alcool, le tabac, les drogues, mais aussi les plaisirs que l’on ne maîtrise plus. Le pire, c’est quand on ne s’en rend pas compte. Ce peut être la musique, le sport, l’automobile, les jeux, la liste n’est pas exhaustive. Il faut se méfier surtout de ce qui peut devenir dangereux. Prends par exemple la conduite automobile. Je ne me marierais pas avec un homme qui ne respecte pas le Code de la route. Je n’aimerai jamais un amateur de vitesse. Il me fait peur. Quand il y a un trottoir, je l’utilise, et je traverse la chaussée avec circonspection.

— Avec toi ou papa, je n’ai pas peur. Presque tous les autres conducteurs me font peur.

— Cela veut dire que tu auras du mal à trouver ton mari. J’ai eu du mal aussi. J’ai eu la chance que les trois filles comprennent que ton père qu’elles aimaient était aussi fait pour moi. Elles étaient servies avec leurs fiancés. Elles me l’ont confié. C'étaient des filles intelligentes. Elles l’aimaient. Elles ne l’ont pas abandonné. Elles ont assuré son avenir et le leur.

— Es-tu en relation avec elles ?

— Ton père surtout. Ce sont les amies de ton père. Elles sont venues me voir deux fois. Une fois, quand elles m’ont appris qu’elles étaient fiancées et étaient avec ton père ; l’autre fois, avant que ton père vienne à moi. Nous ne nous ignorons pas, mais je préfère que ton père aille les voir sans moi.

— Quelles relations papa a-t-il ?

— Je ne m’en occupe pas. Il fait ce qu’il veut avec elles ; ce sont ses amies. Je n’ai pas à mettre mon nez dans ses affaires.

— Sont-elles ses amantes ?

— C’est probable. Au moins avec une.

— Laquelle ?

— Je ne sais pas. Je ne cherche pas à savoir. Ces amies de ton père ne nous dérangent pas, et j’aurais mauvaise grâce à l’empêcher de faire ce qu’il m’accorde. J’ai des amants.

— Pourquoi ? Papa ne te satisfait-il pas ?

— Il me satisfait et j’aime le satisfaire, mais j’aime aussi satisfaire des hommes que j’aime. D’avoir recherché un mari, fait que je sais maintenant quel homme j’aime et peut m’aimer. Ce n’est pas difficile pour une femme comme moi d’avoir un amant, mais les bons sont rares. Je ne me trompe plus. Quand un homme m’aime et que je l’aime, je me laisse parfois convaincre d’être son amante, quand les circonstances s’y prêtent.

— Maman, dit Aline. Comment as-tu su que papa avait des amantes ?

— Je te l’ai dit. Les filles me disaient que ton père était trop rapide. Je l’ai su avant de le rencontrer.

— C’était de l’éjaculation prématurée.

— Oui. Il avait au moins tenté de faire l’amour. Je m’étais renseigné sur ton père. La rumeur était qu’il était impuissant. J’ai vérifié que les filles du trio avaient raison. Ce n’était pas un gros handicap comme l’impuissance, et surtout, il n’en était pas responsable. Il s’est d’ailleurs amélioré progressivement. Il est pratiquement normal.

— S’il avait été responsable, qu’aurais-tu fait ?

— Ce n’était pas le cas, mais quand je vois une personne handicapée par sa faute, je ne l’excuse pas aussi facilement. Quand on a le mépris du danger, on doit accepter les conséquences de son imprévoyance. Celui qui est dans une chaise roulante parce qu’il a fait de la moto ou celle qui a une maladie transmissible parce qu’elle a accepté sans préservatif, ne doit pas se plaindre. Je n’excuse pas non plus les filles qui se saoulent ou se droguent en boîte de nuit, et qui le lendemain sont incapables de se souvenir de ceux qui ont couché avec elles. J’aime ton père parce qu’il le mérite.

*****  

4 Des amours

— Maman, dit Aline. Je n’ai pas bien compris. Tu as des amants cachés que tu vois de temps en temps et que papa accepte. Comment les as-tu récupérés ?

— Tu es plus curieuse que ton père, qui me fait confiance. Je n’ai que des amants qui ne posent pas de problème, parce qu’ils sont discrets, non jaloux, et que je ne les rencontre pas souvent. Ce sont des amis avant tout. Je pourrais m’en passer comme amants. Je n’irais pas avec eux si ton père ne l’avait pas souhaité, et si, de leur côté, ce n’était pas possible. Je ne souhaite indisposer personne, et ton père en premier. J’aime mes amants, et puisque je peux les aimer, je les aime. Mon amour pour ton père n’en est pas diminué. Il m’a poussé vers la liberté sexuelle. Je pense, à l’usage, que c’est une bonne chose. Il est malheureux que beaucoup de gens n’en veuillent pas, et qu’ils ne comprennent pas que l’on puisse aimer plusieurs personnes. Ma morale l’admet, mais ce n’est pas la leur. Plusieurs amours sont compatibles, mais il est gênant d’en parler avec ceux qui ont des opinions tranchées et opposées. Je préfère le secret, et ne pas en discuter avec des tiers.

— Est-ce du grand amour ?

— Oui, Aline. Ce n’est pas de l’amour au rabais. Je n’aime pas résister à certains hommes que j’admire, et je crois que beaucoup de femmes sont dans mon cas. Il y a un instinct qui nous pousse à aimer certains hommes. Qui ne rêve pas du prince charmant ? Ces hommes aimés sont généralement inaccessibles, et je ne les dérange pas, mais quand ils me veulent aussi, je me donne à l’occasion. C’est ton père qui m’a proposé de le faire quand nous avons décidé de nous marier. C’était pour compenser ses déficiences, et je n’ai pas voulu aller contre, car c’était important pour lui. Je me devais de le comprendre. Il ne concevait pas de m’avoir égoïstement, alors qu’il n’était pas parfait, et que je pouvais obtenir mieux. Il voulait que j’aie de temps en temps les longues relations sexuelles qu’il ne parvenait pas à me donner. J’aurais pu m’en passer, mais il ne voulait pas me priver du plaisir des hommes moins rapides que lui. Je lui ai promis de ne pas refuser si l’occasion se présentait. Il ne voulait pas se marier si je repoussais cette compensation. J’étais faite physiquement pour d’autres que lui, et je l’avais constaté. À l’usage, j’apprécie ce privilège de pouvoir aimer des amants cachés sans tromper mon mari. Je prolonge ce que j’ai fait avant le mariage. Je n’ai pas à me priver des hommes que j’aime, puisque je sais que mon mari y est favorable. Ton père a transformé son défaut en qualité en me poussant vers cette liberté sexuelle complète que je n’envisageais même pas, et dont je pourrais me passer. Je l’aime d’autant plus.  Mais je ne veux pas être, par principe, infidèle avec n’importe qui. J’avais appris à sélectionner, ceux qui méritaient que je les fréquente. J’ai poursuivi mes fréquentations dans l’esprit de ce que je faisais avant le mariage, en ne passant au lit qu’avec des amants dont j’étais certaine de les aimer.

— La fidélité est généralement réclamée, car elle est prônée par la plupart des morales.

— La tradition est pour la fidélité, comme elle était pour l’esclavage de la femme, et tu trouves des morales qui suivent les traditions. On constate que l’homme et la femme ne sont fidèles que par périodes. La fidélité ne doit pas être imposée à vie. Ce n’est pas en imposant la fidélité que l’on éradiquera la jalousie. J’ai abandonné la fidélité dans le mariage grâce à ton père, et nous devons nous cantonner entre gens qui comprennent que c’est une bonne façon de se comporter. J’estime que ma morale est faite pour nous. Si tu acceptes l’infidélité en ayant un amant, tu seras infidèle, comme moi, et il te faudra un mari qui l’accepte. Ton père m’a accepté infidèle, parce qu’il l’était aussi. Il n’a pas à renier ses amours, et moi non plus. Nous aimons plusieurs personnes, et il n’y a pas à le déplorer. Ton père m’a dit d’aimer en dehors de lui parce qu’il n’était pas capable d’un amour physique parfaitement normal. J’étais déterminée à ne plus aimer que lui quand je l’ai épousé. Qu’avais-je à faire d’un autre homme ? Il n’a pas voulu. Il m’a donné la liberté sexuelle, en me disant de ne pas hésiter si j’avais d’autres amours. Je l’ai utilisée, et maintenant, en regardant le résultat, je trouve que c’est le plus beau cadeau que m’a fait ton père. Je suis pleinement satisfaite. Quand une occasion se présente, je n’ai pas à lui demander l’autorisation. J’y ai droit, et je ne faute pas. J’adore ton père.

— Aimes-tu tes amants plus que papa ?

— Je ne les aime pas pareillement. Ce n’est pas comparable. Je ne mène pas ma vie avec eux, car je ne suis pas mariée avec eux. Ces amours ne sont que des intermèdes, des moments courts de liberté avec des amis que je remercie ton père de me permettre d’avoir. Je ne vis pas dans un monde d’amour uniquement centré sur mon mari et séparé des autres. Quand c’est possible sans gêner, je ne refuse pas des amants que j’aime et qui désirent m’aimer. Je suis libre d’aimer sans œillères. Ce sont des relations ordinaires d’amitié, complétées par le plaisir d’être ensemble. C’est la vraie liberté, celle qui devrait s’imposer comme étant la meilleure, et que je souhaite à toutes les femmes. La femme ne doit pas être enchaînée à un homme, et l’homme à une femme. Les amants sont utiles. Ils sont une ouverture vers le monde extérieur. Il y a heureusement des gens qui le comprennent. D’ailleurs, la fidélité n’existe pas dans certains pays. Ce n’est pas une conduite naturelle. Elle dépend de l’organisation de la société. Elle n’est apparue dans notre pays que comme une façon de se conduire réglementée. La femme devait être fidèle puisqu’elle était l’esclave de l’homme qui en avait la propriété. L’esclavage est naturel, et entraîne la fidélité. Il faut être dans une société à droit égalitaire pour que l’esclavage disparaisse. Il est normal que la loi de notre société n’impose plus la fidélité.

— On peut être fidèle par contrat.

— Oui, mais ce genre de contrat n’est plus imposé par la loi. L’infidélité n’est plus réprimée, et elle est désormais banale. Elle s’affiche de plus en plus au grand jour. Elle reste une raison de divorce. Il n’y a pas à considérer qu’une relation sexuelle consentie des deux côtés est anormale. C’est la jalousie qui est anormale, en attentant à la liberté des autres. Les jaloux sont des asociaux, tout comme ceux qui utilisent la force.

— Le jaloux est gêné, dit Aline, par la présence de l’autre.

— Oui, mais il ne devrait pas être gêné. La jalousie ne doit pas pousser à enfreindre la loi, même si certaines coutumes ont permis autrefois aux jaloux de se venger, à l’image des héros cornéliens. Si le jaloux garde pour lui sa jalousie, il est sociable. Il faut tolérer les jaloux quand ils ne gênent pas les autres, et apprendre à tout le monde à ne pas être jaloux. Sandra a une passion amoureuse pour ton père, et sa conduite est irréprochable. Elle n’est pas jalouse et ne s’impose pas. Monique l’a bien sermonnée.

— Te protèges-tu contre la fécondation avec tes amants ?

— Je me suis beaucoup protégée avec mes premiers amants. Je ne voulais qu’un enfant désiré, et dans le mariage. Je préfère un enfant élevé avec un père à demeure.

— Et depuis, sans protection avec les amants ?

— Je n’accepte pas les hommes douteux, ma fille.

— Il peut y avoir une suite si tu ne te protèges pas assez.

— Une suite que j’assume, Aline. J’ai la liberté sexuelle pleine et entière, et ton père me comprend et assume aussi ce que je fais. Il me permet tout, y compris d’avoir des enfants qui ne seraient pas de lui. Il m’a offert là, la plus grande preuve d’amour qui puisse exister. Je suis vraiment libre avec lui, avec en plus sa protection contre tout ce que je ne souhaite pas. J’ai eu la chance inouïe de me marier avec lui. Il est pour moi le mari idéal. Je te souhaite un mari adapté à toi, mais il faut le mériter en le recherchant.

— As-tu un amant préféré ?

— Oui. J’ai rencontré mon amant principal avant ton père. J’avais une amie, et nous étions deux à l’aimer. Je désirais me marier avec lui, mais elle aussi. Il nous avait toutes les deux, à peu près à égalité. Nous ne nous sommes pas battues, car nous nous respections. C’était à lui de décider. Nous restions amies quoi qu’il arrive.

— Il s’est décidé pour l’autre.

— Oui. Elle a accepté de vivre avec lui, et moi non, car mes études n’étaient pas terminées. Je ne voulais pas les compromettre. Il s’est marié avec elle.

— Mais il est ton amant.

— Oui. Mon amie n’a pas voulu nous séparer et perdre notre amitié. Il nous aimait les deux, et il a continué avec nous deux. Mon amie ne voulait pas abuser de sa position dominante. Le mariage n’a pas arrêté notre amour. Nous nous aimons toujours, bien que nous ne soyons pas souvent ensembles.

— Est-ce toujours ta meilleure amie ?

— Oui.

— Je vois qui c’est. Ils sont bien, tous les deux, et leurs enfants aussi.

— Et ton père aussi. Il doit se douter de mon amour pour eux. Il me laisse souvent avec eux, et mon amie me laisse le champ libre avec son mari. Je peux l’aimer librement.

— Je n’avais rien remarqué, dit Aline.

— Tout se passe en douceur. Nous ne sommes pas expansifs. Nous coopérons vers le même but.

— As-tu d’autres amants ?

— Il est mon seul amant régulier, mais j’utilise de temps en temps ma liberté sexuelle, au mieux avec d’autres, ce qui est agréable, mais moins souvent qu’avant le mariage, car alors, j’avais à trouver mon mari. Me critiques-tu ?

— Non, mais suis-je l’enfant de papa ?

— Ma fille, quand je me donne à un homme que j’aime beaucoup, je ne le fais pas à moitié. Je désire même souvent ne pas me protéger. Je suis parfaitement libre. C’est merveilleux, la liberté complète. Il y a des hommes intéressants qu’il est bon de fréquenter et d’aimer, quand on est en accord intellectuel et physique avec eux. Je peux aimer au point d’accepter la fécondation, puisque j’ai la liberté d’aimer. La femme reste l’esclave de l’homme si elle n’a pas la liberté sexuelle complète. L’homme n’a pas à se réserver une femme. S’il s’impose, il la viole.

— Dis-moi qui est mon père concepteur.

— Pourquoi ? J’ai la liberté de le garder pour moi, et je tiens à cette liberté. Je ne sais pas qui est mon propre père concepteur. Je n’ai jamais questionné mes parents. Peu importe si j’ai un autre père. Je suis la fille du père qui m’a élevée. Mon père officiel me suffit. Je n’ai pas à rechercher mon ascendance. Ce n’est pas un grand secret depuis que les analyses génétiques existent, et tu as le droit de les demander et de les obtenir, mais il y a mieux à faire qu’explorer le passé pour un renseignement sans intérêt. Dans les milliards de spermatozoïdes qui ont côtoyé mes ovules, il n’y en a que deux qui ont fécondé, et les enfants sont tous différents. Bien sûr, quelques spermatozoïdes ne venant pas de ton père ont pu me féconder, en particulier quand des protections ont été défectueuses, mais ils viennent d’hommes que j’ai aimés, car je n’ai jamais été violée. La génétique est si compliquée, que l’on a une personnalité qui frise les lois du hasard. Je suis le fruit du hasard et toi aussi. Toi, tu es ce que tu es, un enfant que j’ai porté et aimé, et tu n’as pas le moyen de modifier ton héritage génétique. Je t’ai élevée avec ton père, qui t’aime beaucoup. Les détails de ta conception ne sont pas importants. Tu as été désirée et obtenue par tes parents, quels que soient les moyens employés. Regarde l’avenir, et fais ce que tu dois. Élève tes enfants le mieux possible, en leur choisissant les meilleurs pères disponibles. C’est tout ce qui compte pour toi.

— Bien, maman, dit Aline. Tu as raison. Papa connaît-il tes amants ?

— Je ne lui cache pas vraiment. Il n’est pas bête, ton père. Je pense qu’il sait avec qui je vais, et qu’il fait tout pour favoriser ma liberté. Il est heureux que je sois libre. Il ferme les yeux. Nous ne nous surveillons pas. Quant à mon amie, elle m’est reconnaissante de ne pas lui avoir disputé son mari. Elle connaît ma liaison avec lui, et l’approuve. Entre gens intelligents, il n’y a pas à se battre. Il n’y a que des avantages à coopérer.

— Son mari met-il un préservatif avec toi ?

— Non, et ton père non plus. Nous sommes des gens sérieux. S’il y avait un doute, nous ne prendrions pas le risque.

— Ton amie n’est pas jalouse.

— Elle ne l’est pas. Je travaillais souvent avec elle, et nous parlions des garçons qui nous entouraient. Elle n’avait jamais osé se donner à un garçon. Elle était trop timide pour faire comme moi. Elle attendait le miracle d’une rencontre heureuse. Je lui racontais mes déboires amoureux et les particularités des garçons. L’année précédente, elle avait rencontré un garçon qui lui plaisait, mais qui ne s’était jamais déclaré à elle. Il n’était avec personne. Elle n’osait pas aller le chercher. Je lui ai proposé d’intercéder en sa faveur, pour rompre la glace, mais c’était encore trop osé. Elle a accepté que je le rencontre sans parler d’elle, et il m’a tout de suite acceptée comme amie. J’ai étudié son caractère. Il a répondu à mes questions. Il était flegmatique et timide, sans aucune méchanceté. J’ai renseigné mon amie. Il était fait pour elle.

— Elle a donc pu l’aimer.

— Pas tout de suite. Je n’avais pas de renseignement sur sa façon d’aimer, et mon amie était effrayée par ce que certains garçons faisaient avec les filles. L’amour débridé, la brutalité, l’alcoolisme, la drogue, le sadisme l’inquiétaient. Je devais encore explorer ce côté de la personnalité de ce garçon. Comment s’y prendre ? Il était pour elle, et elle me demandait des renseignements intimes. Était-il comme elle le souhaitait ? Ferait-il l’amour comme elle le désirait ? Elle n’en voulait pas si elle n’était pas renseignée. Ce que je connaissais de ce garçon commençait à me plaire. J’ai proposé à mon amie de le tester physiquement. Elle m’a encouragé à le faire, et je l’ai proposé au garçon. Il n’avait pas d’expérience. J’avais à le guider et l’habituer à moi. Je l’ai rencontré plusieurs fois, jusqu’à ce que je sois certaine de son comportement et de l’absence de dérive. Il a fait ce que je lui ai proposé, et j’ai pu donner un avis éclairé à mon amie. Ce garçon était très bien. Il lui convenait parfaitement. J’ai embarqué l’amie dans la contraception, et elle a pu rencontrer le garçon, bien préparé par moi. Que pensait le garçon d’elle ? Le garçon nous a dit nous aimer toutes les deux. Mon amie et moi étions amoureuses. Il ne voulait déplaire, ni à moi, ni à mon amie. Il pouvait nous servir comme nous le désirions. Puisque nous étions amies, il a déclaré que c’était à nous deux de faire le choix. Il se conformerait à ce que nous déciderions.

— Qu’avez-vous décidé ?

— Nous voulions, chacune, offrir la place à l’autre, mais mon amie était plus pressée que moi, car je ne voulais pas du mariage tout de suite. Elle s’est mise entièrement avec lui, et j’ai eu la petite place d’amante secrète ayant mes entrées chez eux.

— Et tu l’as gardée jusqu’à maintenant, dit Aline.

— Oui. C’est une des raisons qui m’ont fait accepter la liberté sexuelle, presque sans discuter avec ton père. Cela s’arrangeait bien pour nous deux. Nous pouvions garder nos amants respectifs. Cela n’a gêné en rien nos ménages.

— Ton amie t’accepte encore.

— Oui, Aline. Elle n’a jamais varié dans sa détermination à me laisser une place. Elle s’efface quand je suis avec eux. Son mari est un ange. Il fait ce que nous lui réclamons en commun, et il est heureux de notre bonne entente. Cette famille est adorable.

— C’est vrai, maman. Je les aime bien, et papa aussi. Il m’en a toujours dit du bien. As-tu d’autres amours ?

— Oui. J’ai souvent envie d’hommes qui ont envie de moi, mais ce n’est pas toujours une raison suffisante pour s’adonner à l’amour. Je te l’ai expliqué. Je suis libre. Souvent, il y a des amours réels, mais qui ne se concrétisent pas. Même avec ton père, nous pouvons nous abstenir quand les circonstances l’exigent. Le travail ou d’autres nécessités peuvent passer avant l’amour. Quand nous demandons une séparation, nous l’accordons. Par exemple, je n’aime pas me donner quand je suis malade. Alors, ton père le sait et il ne me réclame pas. Je ne l’empêche pas de se défouler ailleurs. Je n’ai pas à l’empêcher de découcher, et je n’ai pas à lui en demander la raison. La décision d’aimer doit être commune, et ne pas gêner l’entourage. Je ne viole pas ton père et il ne me viole pas. La bonne façon d’aimer est d’améliorer l’amour de nos proches, et alors, ils nous le rendent bien, ce qui est possible dans un environnement comme le nôtre. Je suis parfaitement heureuse d’être dans une famille réussie. Je souhaite que tu réussisses aussi bien la tienne. Tu as à la construire, en prenant notre exemple. Je pense que tu en as les moyens. Après quelques coups durs, tu devrais y arriver. Sois optimiste.

*****  

Aline sélectionne un second amant timide. Elle a les mêmes réactions sexuelles agréables qu’avec le premier, mais elle lui découvre des défauts qu’elle ne pardonne pas. Comme avec Romain, elle le remercie d’avoir bien voulu s’essayer avec elle. Elle explique qu’elle n’est pas en harmonie parfaite avec lui et qu’il est mieux de se séparer. Il est long à se laisser persuader, et il revient plusieurs fois pour renouer, mais elle arrive à s’en débarrasser. Ainsi, ce n’est pas une rupture trop brusque. Elle est découragée par cet autre échec. Il est instructif : l’amour ne se réduit pas à l’entente sexuelle. Si c’était à recommencer, elle ne se donnerait pas avant d’avoir sérieusement étudié l’amant. Elle lui dit qu’elle ne l’aime plus, mais qu’elle peut encore le supporter provisoirement. Elle lui conseille une autre fille qu’elle estime adaptée, mais aussi pour s’en débarrasser, et, assez rapidement, il la quitte.

*****  

5 Aline, Jean-Marie et Jérôme

— Madame. Je voudrais vous parler de mon fils Jean-Marie. Me le permettez-vous ?

— Bien sûr. Que voulez-vous de moi ?

— Mon fils a remarqué votre fille Aline. Il est très timide avec les filles. Il les regarde sur l’ordinateur, mais il n’osera pas parler avec Aline si c’est à lui de faire le premier pas. Il n’aime pas les filles qui se proposent à lui. Il les juge trop sottes. Il faut pourtant qu’il se marie un jour s’il veut avoir des enfants.

— Aline n’est pas très pressée de se marier, mais elle s’informe sur les maris possibles qui ne sont pas sots. Elle n’est pas sotte.

— Est-ce que je peux dire à Jean-Marie que votre fille souhaite qu’il prenne contact avec elle ?

— Vous pouvez. Sait-il ou la trouver ?

— Oui, dit la mère de Jean-Marie.

 

Aline est avertie que Jean-Marie doit l’aborder. C’est un étudiant qu’elle voit souvent, et dont le physique ne lui est pas indifférent. Elle sait qu’il est recherché par d’autres filles qui n’arrivent pas à l’accrocher. Il a du choix, mais il refuse les avances. Ce n’est pas un coureur de filles. Il est à étudier.

— Mademoiselle Aline, dit Jean-Marie. Je crois que vous êtes seule. Je m’intéresse à vous.

— Pourquoi ?

— Vous voyez bien. Vous êtes sérieuse. Je pense que je serais bien avec vous.

— Pour quoi faire ?

— J’envisage de me marier. Je cherche les filles avec qui j’aimerais être. Peut-être me convenez-vous ?

— Je crois que je ne suis pas la seule possible. J’en connais beaucoup qui aimeraient être avec vous.

— Je sais, mais les filles dont vous parlez ne me conviennent pas. Je ne les retiens pas. Je ne me vois pas avec elles.

— Qu’ai-je de particulier qui vous attire ?

— Il me semble que vous ne fumez et ne buvez pas.

— C’est exact.

— C’est une particularité importante et rare. Mes parents sont d’accord pour que je me marie avec une fille venant d’une famille ne buvant et ne fumant pas.

— Je comprends, dit Aline. Je préfère la même chose pour les hommes.

— C’est mon cas. En plus, mes parents veulent une fille intelligente, saine, gentille et sérieuse. Pour eux, vous convenez. Pour le moment, ils cherchent, et ils ne m’ont indiqué que vous. Je ne me marierai qu’à la fin des études. Ils m’aident à trouver.

— D’en trouver d’autres ?

— S’il y en a d’autres possibles, et je peux vous refuser si elles sont mieux que vous.

— Suis-je la première ?

— La première que nous estimons être mariable. J’ai rencontré une fille qui s’est proposée pour essayer de me convaincre d’aller avec elle. Elle me semblait acceptable au premier abord, ainsi qu’à ma mère. Nous avons un peu discuté. Elle n’est pas intelligente. Je ne la fréquente plus. Je la laisse à d’autres.

— N’est-elle plus acceptable ?

— Nous avons admis qu’il valait mieux nous quitter sans éclat. Nous avons des divergences. Elle aime la fête, et boit à l’occasion. Je n’aime pas les personnes euphoriques. Elles ne savent plus ce qu’elles font. C’est pour cela que je souhaite maintenant une femme qui ne boive pas du tout, comme moi et vous.

— Oui, dit Aline. Cependant, je ne suis pas la fille sérieuse et sans problème que vous espérez. Je suis indépendante. Vous ne seriez pas le premier non plus avec moi, car j’en ai essayé plusieurs qui ne sont pas mariables. Je rejette les hommes qui ne me plaisent pas, et je ne veux pas être dominée.

— C’est votre droit. Je ne m’impose pas. Je propose de nous rencontrer pour voir si nous pourrions nous accorder.

— Avec les études, dit Aline, je n’ai pas beaucoup de temps, mais je vais faire un effort. Je peux vous recevoir chez mes parents dans les trous de mon emploi du temps. J’étudierai ce que vous me proposerez, mais ne comptez pas trop sur des relations sexuelles. Je suis difficile.

*****  

 

Aline se méfie. Elle ne va pas se donner comme qu’aux deux premiers amants, car ils y prennent goût et réclament une suite difficile à interrompre à l’amiable. La marche arrière est malaisée : elle en a fait l’expérience. Elle envisage une étude complète du caractère du garçon. S’il n’est pas celui qu’elle souhaite, elle n’engagera pas de relation intime.

Aline se tient à ce programme avec Jean-Marie. Elle le reçoit plusieurs fois, et l’interroge longuement. Il se prête à cette analyse poussée, et répond sur tout à la satisfaction d’Aline. Il approuve les idées qu’elle lui expose, et ce qu’il avance a son accord. Il se comporte aimablement. La réserve d’Aline mollit ainsi progressivement, à mesure qu’elle juge qu’il est acceptable et sans grand défaut. L’attrait physique indéniable qu’elle a pour lui, joue sur elle d’une façon qui la dérange. Elle manque d’amour, mais elle tient à ne pas le montrer jusqu’à ce qu’elle soit à peu près certaine de ne pas se tromper sur la valeur intellectuelle du garçon. Elle l’a bien analysé. Elle est en accord avec lui. Elle n’a rien d’important à lui reprocher. Serait-il mariable ? Elle en est de plus en plus persuadée.

Aline estime qu’elle est désormais en mesure d’accorder des rapprochements plus intimes, car il est très gentil. Pour la première fois, elle envisage des préliminaires physiques, mais en les limitant aux caresses manuelles. Voyant que Jean-Marie y est favorable, elle enlève ses vêtements et lui dit de faire de même. Ils explorent désormais leurs corps avec douceur, d’abord avec réserve sur les zones sensibles, puis sans restriction. Aline est tellement excitée par les attouchements mutuels qu’elle va jusqu’à l’orgasme. Elle a envie de se donner. Arrive ainsi le moment où elle va achever ce moment d’amour partagé en apothéose. Ils sont sur le lit. Aline aspire à ce qu’elle a apprécié avec ses premiers amants, mais elle n’a pas envie d’agir elle-même, et elle s’abandonne déjà. Elle l’attire pour qu’il s’installe sur elle. Il est maladroit pour bien se placer. Il doit s’appuyer, principalement sur ses mains, et un peu sur ses genoux, pour ne pas tomber sur elle, et aussi garder la possibilité de faire quelques mouvements d’aller et retours. Où doit-il poser les mains ? Il trouve enfin une place, dans l’axe du corps d’Aline, les mains posées fermement sur elle, qui est alors plaquée sur le lit, à sa disposition. Jean-Marie commence à s'activer, mais Aline crie et appelle ses parents tout en cherchant à se débattre. Interdit, Jean-Marie ne bouge plus, l’interrogeant du regard. Il la croyait consentante. A-t-elle changé d’avis ? Elle lui crache au visage et crie encore. Il s’écarte d’elle. Le dérapage d’une de ses mains l’avait fait basculer. Pour Aline, c’est fini avec lui. Elle n’en veut plus. C’est terminé. Il n’est pas pour elle.

Jean-Marie est penaud. Il ne comprend pas la réaction d’Aline. De quoi est-il coupable ?

— Qu’ai-je fait ?

— Pourquoi nous appelles-tu, demande en même temps la mère d’Aline en arrivant au secours de sa fille avec son mari ?

— J’ai mal, dit Aline. Il m’a scié la peau. Regarde !

— Je vois une petite marque.

— Il m’a pincé très fort. J’ai eu très mal.

— Je ne m’en suis pas rendu compte, dit Jean-Marie.

— J’aurais voulu vous voir à ma place, dit Aline. Je ne veux plus de vous. Allez-vous-en !

— Je vous prie de m’excuser. Je m’y suis mal pris, mais je n’ai pas l’habitude de cette position. Je ne savais pas où mettre mes mains pour ne pas tomber sur vous.

— Vous voyez bien que ma fille ne supporte pas votre présence, dit la mère d’Aline. Prenez vos vêtements et sortez. Mon mari va vous accompagner dans la pièce à côté pour que vous puissiez vous rhabiller avant de partir.

— Merci, maman, dit Aline. Il m’a blessée. C’est un sadique. Il m’a plaquée sur le lit. Je ne pouvais plus bouger. J’étais prisonnière. J’ai eu peur. J’ai failli le croire convenable, mais il a révélé ses défauts. Il est trop brutal, et, tu as pu le voir comme moi et papa, il a oublié de mettre le préservatif. Grâce à votre intervention rapide, il n’y pas eu de pénétration, et je n’ai rien reçu. Je n’aurais jamais cru qu’il pouvait être aussi violent. C’est une brute. J’étais consentante. Il n’avait pas à m’immobiliser comme un violeur.

— C’est dommage que tu ne l’aimes plus, dit sa mère. J’aimais bien Jean-Marie. Tu m’en as tellement parlé. Il avait toutes les qualités que tu recherches, et qui sont les miennes aussi. J’ai fantasmé sur lui autant que toi.

— Je ne t’empêche pas de l’aimer, et d’en faire ton amant.

— Il est trop jeune pour moi, et je doute qu’il me recherche.

— Mais tu as envie de lui.

— Oui. Bien sûr. Je suis sensible aux hommes comme lui. Il me fait de l’effet. Je l’aime.

— Malgré ses défauts ?

— Les défauts que tu vois n’en sont pas pour moi. Toi, tu ne les supportes pas. Moi, je les tolère.

— Voudrais-tu que je le reprenne ?

— Tu es assez intelligente pour savoir choisir. C'est toi qui décides de ton avenir, en fonction de ce que tu es. Je n’ai pas à te pousser dans un sens ou dans l’autre. Tu agis à ta façon, et moi à la mienne. Tu voulais qu’il parte, et je l’ai aidé à partir, puisque nous t’assistions. Tu nous as donné l’ordre de le faire sortir. Il est sorti. Toi, tu n’aimes plus Jean-Marie, et moi, je l’aime encore.

— Pourquoi l’aimes-tu encore, après tout ce qu’il m’a fait ?

— Il nous a demandé de l’excuser. Sans toi, je l’aurais excusé de s’être appuyé sur toi. N’était-il pas au-dessus de toi sur le lit ?

— J’étais allongée sous lui, bien décontractée, les jambes écartées pour qu’il puisse s’installer. Je m’abandonnais en le laissant faire. Je croyais qu’il saurait faire.

— Ma fille, cette position demande de la pratique. Ton père ne met jamais les mains sur moi dans ce cas, ce qui nous explique pourquoi il t’a fait mal. Tout le poids se porte sur les mains. Ce n’était pas volontaire qu’il te blesse. Il aurait dû s'appuyer sur le lit, et non sur toi, mais c'est moins pratique pour se positionner en donnant moins de débattement, et il peut t'écraser de son poids sur le ventre et la poitrine si le poids n'est pas reporté sur les bras. C’est commode pour l’homme d’appuyer ses mains sur toi. Comme cela, il est à l'aise pour s'agiter sans t'écraser. Si tu ne peux pas supporter d’être sous lui, tu n’as qu’à te mettre au-dessus lui ou sur le côté, ou encore sur le bord du lit. Dans ces conditions, comme il est novice, je l’excuse de s’être appuyé sur toi et de t’avoir paralysée. Il n’est pas sadique d’avoir fait cela.

— Il n’est pas novice, dit Aline. Il m’a fait mal. J’ai la marque.

— La seule chose que je lui reprocherais, est qu’il s’y est mal pris. Il a probablement dérapé, ce qui t’a pincée. Il a été maladroit, mais il en a conscience. C’est à demi réparé.

— Non, maman. J’ai mal. Il a été trop brutal. Je ne veux pas d’un homme brutal.

— Il est seulement fort. Il ne t’a pas frappée. Il ne t’a pas attachée. Dans quelques semaines, ta blessure sera cicatrisée.

— Oui, mais il n’a pas mis non plus de préservatif. Tu l’as vu comme moi avant qu’il sorte. J’ai subi des contacts dangereux. Je lui avais dit d’en mettre un, et il avait dit oui. Il n’a pas tenu parole.

— Je l’ai vu sortir avec un préservatif. Tu as mal regardé. Tu devais fermer les yeux quand il l’a mis. Tu lui as fait confiance, ce qui n’est pas bon les premières fois. Mais a-t-il refusé que tu lui mettes ?

— Non. Je ne lui ai pas proposé, car il avait dit qu’il le mettrait. Je ne l’ai pas remarqué quand je l’ai attiré à moi. Je l’ai seulement vu quand il s’est retiré.

— Tu as mal vu et tu l’as attiré sans vérifier sérieusement. Tu es plus fautive que lui. C’est toi qui as engagé la relation sexuelle sans prendre toutes les précautions. Il ne peut mettre le préservatif qu’en érection, donc juste avant que tu le prennes. Ne le savais-tu pas ?

— Mais si, maman. Il était en érection depuis longtemps. J’ai massé sa verge pendant les préliminaires. Elle était dure comme il faut. Pourquoi le défends-tu ?

— Un homme n’est jamais parfait, ma fille. Nous non plus. Lui as-tu proposé une autre position pour qu’il t’aime ?

— Non. Je préférais qu’il agisse, et me décontracter. C’est le contraire qui est arrivé. C’est sa faute.

— Ne l’accuse pas d’un accident involontaire, dit la mère d’Aline. Je vous renvoie dos à dos. La responsabilité est partagée. Moi, je l’aime toujours.

— Je le convoquerai peut-être si tu m’y obliges, mais pas tout de suite. J’ai beaucoup de travail.

— Je ne t’obligerai pas, dit la mère d’Aline. C’est ton affaire. À toi de décider de la suite. N’attends pas trop. Tu l’as choqué. Il n’osera pas te rencontrer sans que tu l’invites.

— Il a à méditer ce qu’il m’a fait, dit Aline.

 

Jean-Marie ne contacte pas Aline, qui travaille et cherche un garçon du même genre pour le remplacer. Elle n’en trouve pas.

*****  

 

Cher Jean-Marie,

J’ai pris quelques semaines de recul pour évaluer la situation. Je balance entre deux façons de vous juger. J’ai considéré que vous étiez un genre de sadique qui m’a blessée sauvagement. Cela explique que je vous ai craché au visage. Je n’en suis pas fière, mais un sadique me dégoûte. Par contre, mes parents considèrent que je suis responsable de ce qui m’est arrivé, et que vous avez fait pour le mieux. Qui a raison ? Vous ne me harcelez pas. C’est bien, mais je n’ai rien pour juger. J’ai décidé de repartir à zéro avec vous, si vous le voulez bien, et de vous donner une chance de revenir dans mon estime. Je suis disponible, pour vous tester, demain soir à l’heure habituelle. Si vous ne me clouez pas sur le lit, si tout se passe bien avec vous, je reprendrai nos relations là où elles se sont arrêtées, en vous permettant de jouir avec moi. Je ne veux pas être dominée, et je vous rappelle que le préservatif est indispensable.

Je vous aime à moitié.

Aline

 

Chère Aline,

Je viens de lire votre message. Il est très clair. Vous n’avez pas à regretter de m’avoir craché au visage. Je ne l’ai pas compris tout de suite, mais je le méritais. C’était le moyen le plus logique pour que je cesse de vous faire mal. Je suis impardonnable de vous avoir blessée, car je vous aime. Vous me proposez une nouvelle rencontre pour vérifier que nous pouvons encore nous aimer. Malheureusement, ce n’est plus possible, et je le déplore. J’ai attendu un message de vous. Il a tardé à venir. Entre-temps, maman m'a envoyé à une fille qu’elle avait en réserve, et elle a insisté pour que je m'engage rapidement avec elle, car elle n’en avait plus d’autre à me proposer, et elle craignait un second échec, car la fille était pressée. Je l’aime aussi, bien qu’elle ait des défauts que vous n’avez pas. Elle s’est donnée à moi quand je lui ai promis le mariage. Contrairement à vous, elle réclame la fidélité. Il était plus facile de parler avec vous qu’avec elle, car vous me compreniez plus vite, mais elle a de l’éducation et elle a d’assez bonnes notes. Je n’ai pas osé lui dire que je vous aime, mais je vais me contenter d’elle. Je serai fidèle et je n’irai pas chez vous. Ne m’en veuillez pas.

J’aurais aimé vous contenter, car je n’ai rien à vous reprocher, mais le destin nous est contraire. J’ai le souvenir d’une femme exceptionnelle que je n’ai pas réussi à garder. Je fantasme sur vous, même quand je suis avec ma fiancée, en me demandant ce que vous feriez à sa place, mais j’espère parvenir à vous oublier.

Adieu. Je vous prie de ne pas chercher à me rencontrer.

Jean-Marie

 

Aline accuse le coup. Elle est rejetée par ce garçon qu’elle aime. Elle regrette maintenant d’avoir temporisé. Sa mère avait raison. Pourquoi a-t-elle attendu avant de vouloir reprendre contact ? Ce garçon qui lui plaisait lui échappe. Elle a inutilement cherché un remplaçant au lieu de renouer rapidement. Jean-Marie a trouvé une remplaçante qui est moins bien qu’elle, et qu’il garde. Elle l’approuve malgré tout. Tant pis. C’est la vie. Elle espère qu’il sera heureux.

 

Cher Jean-Marie,

Maman m’a aidé à reconstituer ce qui s’est passé. Elle vous aime. Elle a raison. Je me suis mal conduite. Que vous me quittiez est une bonne leçon, et je n’ai pas à m’en plaindre. J’en suis responsable, et je reconnais que vous avez été plus gentil avec moi que moi avec vous. Mon amour pour vous n’a pas été à la hauteur de ce que vous en espériez. Que vous choisissiez votre fiancée est normal. Cependant, sachez que ce n’est pas de m’avoir blessée que je vous ai accusée en vous repoussant, mais du sadisme de m’avoir dominée en m’ayant immobilisée sur le lit. Maman a fini par me convaincre que ce n’était que la conséquence de la position que je vous avais fait prendre. Donc, en réalité, j’aurai dû ne pas me refuser.

Soyez gentil avec votre fiancée. Elle vous aimera mieux que moi. Je romps avec vous, comme vous le souhaitez, car je n’ai pas à perturber vos relations avec celle que vous aimez. Je souhaite beaucoup de bonheur à votre couple. Ce message termine donc nos essais de relations.

 Adieu, mon ami.

Aline

 

Aline parvient à flirter avec un autre garçon qu’elle rejette très vite, sans se donner. Comparé à Jean-Marie, il ne fait pas le poids. Ce serait déchoir.

*****  

 

 Après une période d’abstinence qui ne résout rien, Aline découvre Jérôme, un cinquième qu’elle teste, puis commence à aimer sans avoir grand-chose à lui reprocher. Il devient un amant régulier, qu’elle accepte de temps en temps, et qui est bienheureux de ce qu’elle lui offre. Bien organisée, Aline lui propose un calendrier de rencontres possibles dans sa chambre où il doit venir sans se faire remarquer quand elle est disponible et lui aussi. Le calendrier évolue en fonction de leurs emplois du temps. Ils communiquent entre eux par de petits messages écrits ou vocaux. Elle a retenu la leçon de l’absence de contacts dont elle a pâti avec Jean-Marie. Ils peuvent ainsi déplacer ou annuler des rencontres quand ils ont des empêchements. Comme Aline a beaucoup de travail, les rencontres sont souvent repoussées et ne durent pas longtemps. Quand elle est dans une période surchargée, elle se passe d’amour, mais elle en explique la raison. Jérôme ne proteste pas, car il connaît l’importance du travail pour elle. Il est avec elle quand elle en a envie.

 

Aline va-t-elle se décider pour Jérôme ? Elle a le temps, car elle n’est qu’au début des études supérieures. Jérôme est gentil et ponctuel. Il vient exactement aux heures et dates prévues du calendrier. Il aimerait un peu plus, mais Aline modère ses envies, et limite les rencontres, car une addiction à Jérôme serait malvenue. Elle a aussi quelques périodes d’abstinence volontaire. Elle les supporte assez bien, car elles coïncident avec ses périodes de surcharge. La routine s’installe. Ils s’aiment, par périodes.

Aline reçoit Jérôme discrètement dans sa chambre, et elle ne vit pas avec lui. Il a l’air attaché à elle. Il dit l’aimer, et envisage le mariage. Elle l’aime aussi, mais moins que Jean-Marie.

Jérôme était avec une fille avant de fréquenter Aline. Il ne lui en a jamais parlé, mais Aline découvre des messages d’amour qu’il a échangés avec elle. Aline se renseigne directement auprès d’elle.

— Vous étiez avec Jérôme l’année dernière. Je le reçois de temps en temps. Il me semble bien. Je me demande si je dois me mettre avec lui ?

— Voulez-vous savoir pourquoi nous avons rompu ? Je ne suis pas obligée de vous le dire. Allez avec lui, s’il vous plaît et vous accepte. Je n’ai pas à médire sur lui. Il a de bons côtés. Il peut faire un bon mari. Il m’a quitté sans m’expliquer pourquoi, mais je m’en doute.

— Il est gentil, dit Aline.

— Il est gentil, mais il a trouvé mieux que moi. Il était déjà avec une autre fille quand il m’a quittée.

— Vous l’aurais-je pris ? Je suis désolée.

— Mais non, dit la fille. Je suis avec un autre garçon qui a pris la place qu’il avait chez moi. Jérôme a préféré la fille qui est chez lui. C’est très bien. Je suis pressée. Que voulez-vous encore savoir ?

— La fille de chez lui, est-elle encore avec lui ?

— Je crois. Il est préférable de ne pas être jalouse avec un garçon comme lui. Si vous voulez en savoir plus, comme je dois m’en aller, recontactez-moi. Au revoir, et bonne chance.

— Merci, dit Aline.

 

Aline est étonnée, car elle se croyait seule avec Jérôme. Il a une fille chez lui. Elle n’avait pas prévu qu’il ne se contente pas d’elle. Elle lui avait dit qu’elle-même pouvait aimer en dehors de lui, mais lui ne se privait pas d’aimer ailleurs. Comment réagir ? Qu’il fasse ce qu’elle avait prévu possible pour elle, la prend au dépourvu. La première chose à faire est de contrôler l’information. Elle n’a pas de mal à la vérifier. Tout le monde sait qu’il est avec une fille, et ce n’est pas elle. Personne ne se doute qu’elle est aussi avec Jérôme. Il a su lui fournir un emploi du temps ne gênant pas l’autre fille. Aline est une amante cachée de Jérôme, et celle avec qui il est, le garde jalousement. Aline n’a pas du tout envie de se frotter à elle.

 

— Maman, dit Aline. Je suis avec Jérôme. Il a chez lui une autre fille. Que faire ?

— L’aimes-tu ?

— Oui, maman.

— T’aime-t-il ?

— Je crois. Il envisageait même le mariage avec moi.

— Que lui reproches-tu ?

— Il est avec une autre fille.

— Tu n’as pas à lui reprocher, Aline. C’est son droit. Le seul contrat que tu as avec lui est que tu es son amante. Sa vie en dehors de toi ne te regarde pas. Si cela ne te plaît pas, tu peux le quitter.

— Que me conseilles-tu ?

— Envisages-tu le mariage avec lui ?

— Je ne sais plus, maman. Qui aime-t-il ? Moi ou l’autre ?

— Qui choisit-il ?

— Je ne sais pas s’il a choisi, mais il me propose encore le mariage.

— L’aimes-tu encore assez pour te donner à lui ?

— Oui. J’aime faire l’amour avec lui. Il est prévenant. Je n’ai pas grand-chose à lui reprocher, mais j’ai commis l’erreur de lui dire au début tout ce que je n’aimais pas. Je me réserve de lui dire oui ou non pour le mariage. Je ne me suis pas engagée.

— Comme rien ne presse, reste avec lui jusqu’à ce que tu saches quoi faire. Teste-le encore. Tu décideras ensuite.

— Dois-je lui dire que je sais qu’il est avec une autre fille ?

— Je ne le ferais pas. Garde plutôt cette information pour toi. Ne répète pas ton erreur. D’ailleurs, ne lui reproche pas, car tu dois accepter l’autre fille. L’infidélité n’est plus une tare. Il est libre d’aller avec deux femmes, comme toi avec deux hommes. Tu n’as pas à lui dicter sa conduite, et il n’a pas à te dicter la tienne. C’est la liberté sexuelle. Vous êtes libres de rester ensemble ou de vous séparer. Tant qu’il n’y a pas d’enfant à charge, ou de contrat de mariage, votre liberté est totale, et vous n’avez pas à prévenir l’autre de ce qui ne le concerne pas. C’est différent quand on est mis en danger ou dérangé par ce que fait le partenaire. Ainsi, avec Sandra, ton père a été obligé de m’avertir et de demander mon accord, une première fois quand il l’a initiée, et une seconde fois quand tu as eu l’idée qu’elle fasse un enfant.

— Il était normal que Sandra ait cet enfant.

— Oui, mais si Sandra avait été capable d’aimer un des hommes qui lui ont été proposés par Monique et par ton père, elle serait mariée, et elle ne l’aurait pas dérangé. Il est bon de pouvoir aimer plusieurs partenaires et d’en changer.

— Aucun ne lui convenait.

— Si elle les avait essayés, elle aurait pu en trouver un. Ce n’est pas très compliqué.

— Elle a peur des hommes, dit Aline.

— Non, puisqu’elle aime ton père, mais elle baisse les bras pour en trouver un autre.

— Regrettes-tu ce que nous avons fait pour elle ?

— Non. Toute la famille l’a souhaité, et Sandra a des qualités qui la rendent intéressante. Mais que se serait-il passé si nous avions été partisans de l’amour unique ? Nous l’aurions rejetée. Heureusement pour elle, nous sommes sociables. Partager les amours est une bonne chose. Si je disparaissais, ton père aimant d’autres femmes, il ne serait pas privé d’amour. Il pourrait même se remarier.

— Avec Sandra ?

— Avec elle ou une autre, ma fille. Avec Sandra, il ferait une bonne action en donnant un père à son enfant, et Sandra est agréable et nous respecte. Ce serait un bon choix, malgré son amour bloqué sur un seul homme. Comme je préfère rester vivante, je continue avec ton père, et Sandra devra se contenter d’être une amante. Heureusement qu’il n’y a pas trop de femmes comme elle et que tu n’es pas de ce genre. Je ne me fais pas de souci pour toi. Tu sauras quoi faire avec Jérôme.

— Sandra arrive-t-elle à élever son fils ?

— Tout se passe bien. Monique s’occupait déjà de Sandra. Comme Monique et son mari ne peuvent avoir d’enfant, ils s’occupent de son fils. Il a une famille. Ils sont heureux de la situation.

*****  

 

Sans rien dire à Jérôme, Aline reste avec lui, et ne change rien de son comportement. Il est toujours gentil avec elle. Il ne lui parle pas de son autre amour, et il fait l’amour avec elle normalement, de temps en temps, quand elle le réclame les jours prévus. Ils sont habitués l’un à l’autre. Les rencontres ne sont toujours pas très fréquentes. Rien n’est modifié sur leur façon d’aimer jusqu’à ce que Jérôme lui dise qu’il doit partir à la fin de l’année dans une autre ville. Va-t-elle le suivre ? Pour Aline, son travail est sacré. Aller ailleurs, c’est changer son plan d’études. Ici, elle sait ce qui l’attend. Dans l’autre ville, l’enseignement qu’elle suit n’a pas aussi bonne réputation. Elle n’a pas l’intention de perturber ses études, d’autant plus qu’elle ne souhaite pas quitter ses parents. Elle en fait part à Jérôme, qui lui dit que ce n’est pas grave. Il peut se passer d’elle, puisqu’il a supporté les périodes d’abstinence qu’elle lui a imposées. Désire-t-elle rester avec lui jusqu’aux vacances ? Elle accepte.

Aline doit se décider de ce qu’elle doit faire de Jérôme. L’amour avec lui ne lui a pas tout appris. Elle retourne voir la fille que Jérôme a quittée, et lui demande des renseignements sur lui. La fille confirme ce qu’elle sait, mais elle lui offre une boisson. Aline a le choix entre café, thé, vin, bière ou apéritif. Elle demande de l’eau. Elle apprend que Jérôme boit comme la fille, mais ce n’est pas un gros buveur. Il tient bien l’alcool, et boit du vin pendant les repas. Il n’est euphorique que pendant les fêtes. Jérôme ne boit pas, quand il est avec Aline, puisqu’elle lui a révélé qu’elle ne fréquente pas les drogués, les fumeurs et les buveurs. Aline ne dit rien, mais elle est maintenant décidée à quitter Jérôme. Qu’il s’en aille est l’occasion qu’elle va saisir d’organiser la séparation, mais elle le reçoit encore jusqu’à son départ. Elle l’aime physiquement, mais, désormais, elle ne souhaite plus faire sa vie avec Jérôme. Elle lui dit qu’elle va chercher un autre amant pour le remplacer, car elle a besoin d’amour, ce qui n’est pas un mensonge, et qu’elle le préviendra si elle souhaite se marier avec lui quand ses études seront achevées.

Quand les vacances arrivent, Aline et Jérôme se disent adieu. Aline ne se préoccupe pas de savoir si l’autre fille part avec lui. Aline n’a plus d’amant, et l’abstinence ne l’effraie pas. Elle sera très prudente dans le choix d’un autre amant.

*****  

 

— Papa, dit Aline. Où en es-tu avec Sandra ?

— Elle a eu son fils, et son fils a trouvé un père qui est le mari de Monique. Je ne suis plus qu’un amant ordinaire. Ta mère en souffrirait si je la voyais plus souvent.

— Sandra désire un autre enfant.

— Voudrais-tu que je recommence avec elle ? C’est non. J’accepte seulement de la rencontrer de temps en temps, disons, pas plus d’une fois par mois.

— Au moins, ne mets plus de préservatif, pour lui faire plaisir, et laisse-lui choisir les jours.

— Ce sera pour te faire plaisir, mais je ne ferai rien qui déplaise à ta mère.

 

Sandra parviendra à être enceinte quelques mois plus tard, car elle est aidée par Monique et Aline dans le choix des jours des rencontres avec un amant qui accepte de la rencontrer une fois par mois.

***** 

 

— Maman, dit Alice. M’en veux-tu d’avoir incité papa à faire des enfants à Sandra ? J’ai pensé que c’était bon pour elle.

— Tu as eu raison, ma fille. Tu as obtenu le bonheur de Sandra.

— Mais papa a dû s’éloigner de toi.

— Pas beaucoup. Il est heureux d’avoir réussi avec Sandra, et moi aussi. Ton père aide tout le monde. Je ne vais pas lui reprocher d’aimer faire le bien. Ton père est un saint, ma fille.

— Crois-tu ?

— Mais oui, Alice. Il en a toutes les caractéristiques. Il est très respectueux. Il aime son prochain et agit en conséquence. L’amour qu’il apporte fait que tout le monde l’aime. Sandra n’aimait pas les hommes. Elle l’a aimé et maintenant elle se comporte en femme. Elle vit avec Monique et son mari. Tu as fait le bonheur de cette famille reconstituée autour des enfants, en ouvrant les yeux de ton père sur ce qu’il pouvait faire pour aider ses amis. Ils sont maintenant au paradis avec les enfants. C’est une réussite exceptionnelle. C’est très bien d’avoir aidé ton père à faire plaisir à Sandra.

 ***** 

 

Monique, Sandra et son mari, ont élevé ensemble le premier enfant de Sandra. La maladie de Monique s’est aggravée. Avant de mourir, Monique a persuadé Sandra de se marier avec son mari, et celui-ci a accepté, pour continuer d’élever les enfants de Sandra en tant que père effectif. Il se mariera avec elle avant qu’elle accouche du second.

 ***** 

 

6 Consanguinités

 

— Papa, dit Aline. Tu as fait des heureux en donnant des enfants à Sandra. Ils auront maintenant un père et une mère à demeure. Il n’y avait pas à lui refuser ceux qu’elles souhaitaient. C’est dommage qu’elle n’ait pas pu les avoir plus tôt. Elle a perdu quelques années à t’attendre. Son futur mari, qui a ton âge, est plus âgé qu’elle. Ses enfants auront des parents âgés.

— Oui, mais ce n’est pas catastrophique. Tu me reproches d’avoir perdu du temps, mais je me demande si j’aurais dû la contenter puisqu’elle va désormais avec le mari de Monique.  J’ai cédé parce que vous vouliez tous ces enfants, et c’était justifié. Elle a maintenant un homme en permanence avec elle, mais nous avons cru qu’elle ne se marierait pas. Je n’ai pas un très bon souvenir des fécondations. La première a été laborieuse. La seconde a été plus facile. Ta mère n’aurait pas supporté longtemps que je recommence le cirque de la première. J’étais sur le point d’abandonner quand Sandra a obtenu ce qu’elle voulait. N’en parlons plus. C’est du passé. Tout est bien.

— Qui devra faire à Sandra d’autres enfants si elle en veut encore ? Toi ou son mari ?

— C’est au mari de lui faire si elle peut encore en avoir. Je vais nager avec elle, car son mari ne nage pas, et c’est tout. Je la protège volontiers, mais elle n’est plus mon amante.

— La page est tournée. Ce n’est pas tous les jours que tu auras à féconder une autre femme que maman ou Sandra. Les filles du trio ont-elles désiré un enfant de toi ?

— Une des filles du trio m’a dit un jour qu’elle oubliait souvent la pilule, ce qui augmentait sérieusement le risque de fécondation. Elle m’aimait assez pour accepter un enfant de moi et l’élever comme s’il était de son mari, mais elle ne souhaitait pas avoir un enfant hors mariage. Elle allait se marier avec son fiancé, donc jusqu’au mariage, je devais faire attention. J’étais d’accord avec elle. À moi d’éviter l’accident en mettant soigneusement le préservatif. Elles ont été enceintes pratiquement en même temps dans les mois qui ont précédé le mariage. Elles ont anticipé le mariage, mais c’est devenu habituel pour le premier enfant. Comme elles dormaient avec les fiancés, cela devait arriver. J’avais trouvé la parade avec un traversin, mais elles n’ont pas dû l’utiliser.

— Sa préférence aurait pu la conduire à avoir un enfant avec toi. La liberté sexuelle le permet.

— Je n’allais pas marcher sur les platebandes du mari. L’amant n’a pas à contrer le mari et à provoquer sa jalousie. Il doit se montrer discret si la mariée l’accepte encore. Elles étaient engagées avec eux. La suite a montré que j’avais raison. Leurs ménages marchent bien, ce qui prouve que je ne gêne pas. Ils ont des enfants dont ils sont contents. Tu devrais aller voir leurs quatre fils.

— Oui, dit Aline. Je suis curieuse de voir les rejetons de tes amantes.

— Je vais prendre un rendez-vous pour toi. Ils te plairont probablement. Tu trouveras peut-être un mari.

 ***** 

 

— Bonjour Aline, je suis une amie de ton père. Il m’a dit qu’il allait te faire connaître nos garçons. T’en a-t-il parlé ?

— Oui, dit Aline. Papa m’a parlé de vous et de vos enfants. Je crois que vous êtes une des femmes qui constituent ce qu’il appelle son trio. Jusqu’à maintenant, nous n’avions pas à chercher de votre côté, car maman ne souhaite pas interférer avec vous, mais il a pensé que vos fils pourraient m’intéresser. Puis-je aller les voir ?

— Tu peux, mais je te contacte pour t’expliquer le point de vue du trio, et te mettre en garde, pour que tu n’aies pas de problème avec nos fils.

— Pourquoi aurais-je un problème avec vos fils ?

— Tout simplement parce que vous êtes probablement consanguins, et qu’ils sont en âge d’aimer. Ils ne doivent pas te faire d’enfant. Sais-tu pourquoi ?

— Les enfants de consanguins ont souvent des tares qu’il est préférable d’éviter.

—Tu as compris. C’est le principal de ce que je voulais te dire. De notre côté, nous avons informé nos garçons et nos filles concernés que toi et ta sœur êtes consanguins avec eux. Je ne vous empêche pas de vous rencontrer, mais vous devez vous considérer comme des demi-frères et demi-sœurs du point de vue sexuel.

— Je vous remercie de m’avoir informée. Je ne savais pas que vos enfants étaient de papa. Je pensais qu’ils étaient de vos maris, d’après ce que papa m’a dit.

— Nous ne l’avons pas informé. Nous avons abusé de sa gentillesse, et nous le reconnaissons. Nous aimons nos maris et ton père. Nous avons préféré avoir des enfants avec ton père, car, à cette époque, nous connaissions insuffisamment nos fiancés pour leur permettre d’avoir des enfants avec nous, ce qui aurait compliqué un divorce possible. Par ce moyen, nous gardions la main sur nos enfants. Nos fiancés les ont acceptés en devenant nos maris et ton père n’a pas eu à intervenir dans nos familles, car il n’y a pas eu de conflit avec nos maris. Nos familles pensent que nous sommes fidèles à nos maris et que nous n’avons connus qu’eux. Impliquer ton père et les familles ne nous a pas paru souhaitable, et comme tout s’est bien passé, nous sommes heureuses d’avoir misé sur la discrétion. Nous allons continuer dans cette voie. Nos enfants garderont le secret.

— Vos maris ont-ils accepté facilement des enfants de papa ?

— Oui. Facilement. Ils sont de la génération favorable à l’égalité homme-femme. Ils ont considéré, comme nous, que la liberté sexuelle de la femme lui permettait de choisir qui ferait l’enfant. Ils ont décidé de se marier avec nous, même si nous choisissions un donneur pour nous féconder. Nous avions alors un doute sur la pérennité de notre amour avec eux, et nous avons opté pour ton père. Ils ne sont pas troublés de cette situation. Ils ne sont pas jaloux de ton père. Ils auraient aussi accepté l’adoption. Ils voulaient seulement des enfants rapidement.

— Vous aimez plus papa que vos maris.

— À l’époque, c’était vrai, mais nos amours ont évolué. Ce sont des hommes différents, que nous n’aimons pas de la même façon, mais nos amours sont très forts et s’ajoutent une fois qu’ils sont bien implantés. Nos maris sont agréables et pleins de qualités. Nous ne regrettons pas de nous être mariées avec eux. Ils nous aiment et aiment nos enfants. Nous les aimons. Nous sommes particulières, avec nos amours pluriels, mais ils nous prennent comme nous sommes, avec notre amour persistant pour ton père, et maintenant aussi pour eux. Je vois que cela t’intéresse. Veux-tu que je t’explique comment nous avons obtenu nos enfants ?

— Oui, dit Aline.

— Tout est venu de ce que nous n’avions pas prévu notre amour pour ton père, en le fréquentant, alors que nous étions fiancées. Ainsi, pendant plusieurs années, quand nous étions étudiantes, nous étions très souvent avec lui et séparées de nos fiancés. Nous le connaissons ainsi en détail, avec ses immenses qualités et ses défauts qui sont aussi peu importants que ceux de nos maris. Sans qu’il le cherche, parce qu’il nous respectait tout en nous aimant, il a séduit les trois membres du trio que nous formions. Il avait le même caractère que nos fiancés, celui qui éloigne des addictions et qui minimise les conflits. Tout pouvait s’arranger entre nous. Nous nous sommes données à lui, les trois, sans nous disputer, et tout naturellement, par amour. Nous savions, qu’avec le préservatif et la contraception, nous étions bien protégées des maladies et des enfants, ce qui ne contrarierait pas nos mariages qui étaient planifiés pour la fin des études. Nous lui accordions des périodes de rencontre où chacune d’entre nous avait la possibilité de l’aimer sans que les autres interviennent. C’était ce qui lui convenait le mieux, car il avait du mal à passer souvent de l’une à l’autre. Nous respections son désir de ne pas nous aimer toutes en même temps, mais c’était merveilleux d’avoir une période avec lui. Nous l’avions alors entièrement et de plus en plus longtemps, pour lui plaire. L’idéal, pour lui, était d’aller toujours avec la même, avec des relations fréquentes, et, pour nous, de l’avoir le plus souvent possible, sans le gêner dans la recherche d’une fille à marier lui convenant. Quand nous avions terminé une période, il allait avec une autre du trio, et nous attendions avec impatience le retour d’une autre période pour nous. Elle finissait par venir, car nous coopérions et ne voulions ni le monopoliser, ni l’empêcher de se marier. Cela a duré plusieurs années, des années inoubliables d’amour à trois avec lui.

— Mais vous aviez vos fiancés.

— Oui. Nous nous étions fiancées dès le lycée, avec des garçons que nous considérions comme les plus intéressants, et que nous avions ainsi réservés. Nous nous étions engagées à les prévenir si nous changions d’avis sur eux, et eux à le faire avec nous. Nos avis n’ont jamais changé, ni de leur côté, ni du nôtre. Ton père savait que nous nous étions réservées pour eux, et qu’il n’était qu’un amant pour nous. Nous devions nous marier avec eux à la fin des études, et la fin s’annonçait. Que faire ? Nos fiancés nous plaisaient, car nous les avions choisis, mais nous devions encore finir de les tester, et nous n’avions pas encore avec eux la confiance absolue que nous avions acquise dans l’amour que nous portions à ton père. Ils sont venus coucher avec nous quand ils pouvaient venir en fin de semaine. Nous les avons évalués dans l’intimité, en prenant les mêmes précautions qu’avec ton père. Ils étaient agréables et mettaient bien le préservatif. Nous pouvions les aimer, mais nous aimions ton père plus qu’eux, et nous ne l’avons jamais rejeté. Il nous avait encore, quand les fiancés n’étaient pas là, mais nous savions qu’il y aurait une fin avec le mariage. Nous n’avons pas caché aux fiancés que ton père était notre amant et que nous l’aimions beaucoup. Nous étions quand même partantes pour le mariage avec eux, puisque nous ne pouvions pas nous marier les trois avec lui. Nous espérions les aimer par la suite autant que ton père.

— Et c’est ce qui s’est produit.

— Oui, mais plus progressivement qu’avec ton père, et principalement après le mariage. Pour que notre amour des fiancés arrive au même niveau, il manquait quelques années. Nos fiancés ont bien compris que nous avions encore de la réserve avec eux, qui ne se manifestait pas au lit, mais dans les projets d’avenir. Nous hésitions à démarrer des enfants avec eux. Ils étaient comme nous, à les souhaiter cependant le plus tôt possible. À combien de temps estimions-nous le temps où nous pourrions en avoir avec eux ? Honnêtement, nous n’en savions rien, mais, de l’expérience que nous avions toutes les trois de l’amour avec ton père, nous déduisions que cela pouvait durer des années avant que nous trouvions tout ce qui pouvait nous écarter d’eux. Nous refusions les enfants venant de façon prématurée, obtenus avec des maris pour qui notre amour n’aurait pas encore rejoint celui que nous avions pour ton père, car il y avait eu des divorces douloureux avec enfants, mal vécus par nos proches. Les enfants étaient donc repoussés de plusieurs années.

— Vous pouviez prévoir que tout irait bien avec eux.

— Nous le souhaitions, mais nous étions prêtes à divorcer si les maris se révélaient inadaptés. Avec des enfants, le divorce est difficile, et l’enfant en aurait pâti. Nous voulions des ménages stables, et donc attendre que nos maris ne nous réservent plus aucune surprise. L’enfant avait ainsi des parents stables.

— Vous vous êtes retournées vers papa.

— Nous connaissions l’opinion de ton père. Il respectait la loi qui était pour l’égalité homme-femme. Il défendait les femmes et leurs libertés. La femme choisissait à quel moment elle désirait être fécondée, et avec qui. C’était à elle de décider. Le compagnon de la femme recevait, avec elle, la charge des enfants de la femme. Nous avions adhéré à cette façon de voir, et c’est tout naturellement que nous en avons parlé à nos fiancés. Ils ont admis que la stabilité était indispensable pour l’enfant. Notre choix était de nous marier, et d’attendre le moment où nous les aimerions sans réserve, comme ton père, et alors de démarrer les enfants. C’était le plus simple.

— Je ne vois pas pourquoi vous avez retenu papa.

— Nous aurions attendu pour avoir les enfants d’aimer durablement nos maris. Ce sont nos fiancés qui, à la réflexion, ont préféré que ton père fasse les enfants pour les avoir plus tôt. Ils avaient compris que nous mettrions du temps avec eux, quand nous leur avons révélé le temps que nous avions mis avec ton père pour l’aimer sans réserve. Ils préféraient avoir des enfants le plus tôt possible, plutôt que de les avoir avec un décalage de plusieurs années. Sans attendre, nous étions libres de faire les enfants avec celui qui nous plairait. Cette liberté nous a surprises, mais nous l’avons vite considérée comme logique, car ce n’est pas à l’homme d’imposer son choix à une femme qui a les mêmes droits que les siens. Ils faisaient confiance à la fiancée pour bien choisir le concepteur. Ils nous donnaient en même temps la preuve qu’ils n’étaient pas jaloux.

— Vous dites que l’amour pour papa était plus fort. Comment dosiez-vous votre amour ?

— L’amour avec lui nous a réservé des surprises. Tout en nous mettant avec ton père, nous gardions nos fiancés, et nous ne pensions pas nous attacher autant à lui. Nous maîtrisions les orgasmes, qui n’étaient que des pertes fugitives de capacité à résister physiquement. Cela ne nous empêchait pas de continuer d’être fiancées. Il aurait pu y avoir une addiction au plaisir sexuel, mais nous étions heureusement trois, ce qui nous obligeait à de longues périodes d’abstinence. Si j’avais été seule à aimer ton père en permanence, j’aurais peut-être succombé plus tôt, et alors je serais mariée avec lui. La raison m’a imposé de tenir compte de mes amies en leur laissant une place aussi grande que la mienne. Je résistais au début facilement à l’amour de ton père, car il était partagé avec elles.

— Et vous n’avez pas résisté au plaisir d’avoir des enfants de lui.

— La nature cherche à l’obtenir la fécondation par le plaisir physique, mais, avec les protections par la contraception et le préservatif, la fécondation n’a pas lieu, et il n’y a plus que le plaisir. Il était possible d’en jouir sans grand risque si nous n’en abusions pas. Le risque d’addiction était divisé par trois en le partageant. Nous souhaitions rester fiancées. Nous n’avions pas prévu la suite.

— Quelle suite ?

— Nous avions du plaisir physique, bien contenu dans des limites acceptables, par périodes. Quand nous nous sommes données à nos fiancés, nous avons pu comparer. Le plaisir physique était le même. Il s’ajoutait à celui donné par ton père. Le problème n’était pas là. Ce que nous n’avions pas prévu est, qu’avec ton père, nous ne prenions plus les pilules régulièrement, ce qui n’était pas raisonnable. Il révélait le désir d’enfant, un désir sournois qui nous perturbait. Nous aimons trop ton père. Nous lui avons parlé ce qu’il ferait si nous avions un enfant d’un amant comme lui sans le chercher. C’était simple. Si nous étions mariées ou en passe de l’être avant la naissance, l’enfant était celui des mariés, et non de l’amant. L’amant n’avait pas à réclamer l’enfant. Il ne pouvait le récupérer qu’en se mariant avec celle qui était enceinte, s’ils s’acceptaient. Quand nos fiancés sont venus coucher avec nous, nous ne prenions plus la pilule depuis un certain temps. Nous leur avons imposé le préservatif en leur expliquant le problème que nous avions avec ton père et l’abandon de la contraception par la pilule. Nous les voulions encore comme maris, mais notre amour pour eux, qu’ils nous en pardonnent, était inférieur à celui pour ton père. Comme ils faisaient l’amour à volonté et avec préservatif quand ils étaient avec nous, ils n’ont pas été trop troublés, et ils voyaient notre plaisir. Nous pouvions faire ce que nous voulions avec ton père quand ils n’étaient pas là. Ils pensaient que se marier était l’important et que ton père serait alors relégué à l’état d’amant sans importance, comme c’était déjà le cas, puisqu’il ne dormait jamais la nuit avec nous.

— C’est ce qui s’est produit.

— Oui, sauf pour les enfants. Ils voulaient des enfants rapidement, et nous non. Nous avions aussi une très grande envie d’enfant, qui s’était révélée avec ton père, mais nous voulions temporiser avec les fiancés. L’accord ne se faisait pas. Nous refusions un enfant tout de suite. Ils ont alors envisagé de rompre les fiançailles. Pourquoi ne les acceptions-nous pas sans préservatif ? Pour eux, il n’était pas réaliste d’attendre, car nous avions promis le mariage à la fin des études, et ils se mariaient pour avoir des enfants. Une solution, qu’ils pouvaient accepter et nous aussi, était de persuader ton père de nous féconder. Mais, le connaissant, nous savions que c’était impossible. Il nous renverrait à nos maris. Nous étions résignées à attendre que notre amour arrive à se débloquer avec nos maris, mais eux préféraient avoir les enfants rapidement quitte à ce qu’ils ne soient ni de nous ou ni d’eux. Ils envisageaient donc des dons de sperme anonymes ou de se marier avec d’autres filles qu’ils connaissaient et qui les avaient sollicités, mais ils nous aimaient plus qu’elles. Nous n’avons pas souhaité qu’ils en arrivent à une de ces extrémités. Si c’était réalisable, nos fiancés ont accepté qu’un amant nous féconde avant le mariage. À nous de le choisir. Nous l’avons réalisé avec ton père sans lui demander son consentement. Nos fiancés pouvaient se marier avec nous puisque nous étions enceintes, et prêtes à leur donner l’enfant à élever.

—  Comme vous n’avez pas prévenu papa, le problème était réglé. Papa a évolué. Il a accepté de faire des enfants à une femme qui était incapable d’aimer un autre homme que lui, et qu’il n’aimait pas énormément.

— Le persuader de nous féconder était peu probable. Nous n’avons pas voulu le heurter, et nous étions pressées. Nous avons appliqué un autre de ses principes. L’amant ou l’amante peuvent agir à leur guise s’ils ne perturbent en rien la vie normale de la compagne ou du compagnon, et de la famille. En ne l’informant pas, nous ne le dérangions pas.

— Papa a mis maman dans le coup pour faire les enfants à une femme. Il est vrai qu’il s’est fait tirer l’oreille.

— Ton père nous a parlé de Sandra. Il a été perturbé d’avoir accepté de faire ses enfants, et ta mère aussi. Nous aurions probablement fait échouer le mariage avec ta mère, et il n’en était pas question. Le plus simple était de ne rien lui dire, et nous avons eu nos enfants sans attendre. C’était la bonne décision. Nous nous sommes retrouvées toutes les trois enceintes de ton père avant que le mariage arrive.

— Mais vous étiez aussi avec les fiancés, dit Aline. Ils peuvent être les pères.

— Avec eux, nous nous protégions avec le préservatif, comme c’était devenu habituel avec ton père qui l’exigeait, et nous avons vérifié qu’ils le mettaient bien. Nous avons contourné les protections avec ton père, et nous ne lui avons rien dit, pour qu’il ne s’attache pas à nous par le biais des enfants. Il ne devait pas savoir qu’il avait des enfants de nous. Nous sommes responsables de ce qui est arrivé. Nous n’étions pas encore convaincues de la valeur réelle de nos fiancés. Celle de ton père était bien assise. C’était le seul dont nous pouvions accepter des enfants. Nous souhaitions avoir assez vite des enfants pour satisfaire nos fiancés. Nous avons constaté que nous étions, après discussion, toutes les trois du même avis. L’occasion était là. Nos maris nous permettaient d’avoir des enfants sans eux pour les avoir plus tôt, en nous laissant le choix des concepteurs et de la méthode. Quand nos fiancés sont venus nous rencontrer avant le mariage, j’avais une longue période d’amour avec ton père. C’est pendant cette période que nous avons obtenu les premiers enfants du trio, sans lui demander.

— Par quel moyen, s’il mettait un préservatif ?

— Il paraît que tu es maligne. Trouve comment nous avons fait.

— La fécondation peut avoir lieu avec un préservatif mal utilisé, qui déborde ou qui est poreux. Vous avez choisi des préservatifs avec des trous.

— Ton père manipule très bien, et ne perce pas le préservatif. Il n’utilise que des préservatifs d’une bonne marque. Il n’y a pas eu d’incident de préservatif. Il a été manipulé correctement, aussi bien par ton père que par nos fiancés. Ce n’était pas notre méthode.

— Sans sperme, dit Aline, il n’y a pas fécondation.

— Oui. Qui s’occupe des poubelles, chez toi ?

— C’est papa. Il est méticuleux. Il sait toujours dans quelle poubelle il faut mettre un déchet particulier.

— Chez nous, nous nous occupions du tri des poubelles. Ton père procède toujours soigneusement de la même façon avec moi. C’est impeccable. Il est effectivement méticuleux. Quand il a fini, il sort de moi avec le préservatif, en le tenant contre lui avec la main, pour qu’il reste en place sur lui pendant qu’il s’éloigne de moi. Ensuite, loin de moi, il le tire de lui en évitant toute souillure. Sans que rien ne sorte, il le ferme et le met dans un mouchoir en papier qu’il me donne pour que je le transporte jusqu’à la poubelle adaptée à ce déchet. Il va se laver, sans rien toucher, pour enlever les éventuelles traces de sperme qui restent sur lui. Il est propre quand il revient vers moi. Il ne m’a jamais souillée. Je restais toujours vierge de sperme avec lui. Je n’avais à laver que mes propres secrétions. Nos oublis de pilules n’ont jamais eu de conséquence.

— Vous avez utilisé le contenu des préservatifs.

— Tout juste. Tu as trouvé.

— Vous avez congelé le sperme, et vous l’avez utilisé à votre convenance par la suite.

— Presque. Nous n’avions pas le matériel pour congeler rapidement sans former de cristaux de glace destructeurs du sperme. Son préservatif passait entre nos mains quand il fallait le jeter. Nous avons prélevé le sperme frais pour nous l’injecter. Chaque fois qu’il me le donnait, il était, à rapidement diluer légèrement par un sérum, à récupérer par aspiration, et à diviser en doses pour celles qui voulaient l’injection. Nous doutions de l’efficacité de la méthode, qui demande du soin, de la rapidité, de l’hygiène et de l’organisation, mais nous l’avons tentée. Nous pouvions perde nos fiancés. C’était un échec si nous ne risquions rien. Il n’y avait rien à perdre, et c’était facile à organiser, puisque nous étions dans le même appartement et le matériel réduit à une seringue, avec une casserole pour stériliser. Je faisais souvent l’amour avec lui, puisque nous le préparions pour le mariage avec ta mère. Nous avions la dextérité nécessaire pour manipuler de façon hygiénique, dans la plus grande asepsie possible, en évitant la dégradation du sperme par la température et les pollutions. Le résultat a dépassé nos espérances. Nous avons été surprises d’être enceintes dans les derniers mois avant les mariages. Nous ne pensions pas que ce serait aussi rapide, et en plus avec nous trois, alors qu’il n’était qu’avec moi. Fallait-il dire à nos fiancés que nous allions abandonner les protections avec eux, et les impliquer dans la fécondation ? Nous n’avons pas voulu les tromper. Nous avons préféré avouer que nous étions enceintes de ton père sans qu’il le sache. Ils devaient donc se marier avec nous. Nous n’avons rien dit à ton père, car nous souhaitions que tout se passe bien avec ta mère, et il aurait refusé. En gros, on peut dire que tout s’est passé comme s’il avait fait l’amour sans préservatif avec nous trois et sans qu’il le sache.

— Vous avez violé papa en ne demandant pas son avis.

— Je n’ai pas eu la sensation de l’avoir violé. Il était heureux d’être avec moi, en amant auquel j’apprenais le comportement qu’il devrait avoir avec ta mère. J’ai volé son sperme, mais je ne l’ai pas violé.

— La loi n'interdit-elle pas la fécondation artificielle à domicile.

— Cette loi est peut-être appliquée si elle lèse une personne. Ton père m’avait dit que si j’étais enceinte par accident avec lui, l’enfant allait à mon mari, puisqu’il n’était qu’un amant caché. C’est ce qui s’est passé. Ton père n’était pas impliqué. Le risque était moins grand que de mécontenter nos fiancés en les privant d’enfants.

— Où avez-vous trouvé la seringue ?

— Dans un catalogue de matériel de laboratoire. Nous avons hésité entre plusieurs pipettes et seringues. Celle que nous avons choisie a la bonne taille, ne blesse pas, ne casse pas, aspire et injecte comme il faut avec les bons embouts. Elle dose aisément par pressions successives donnant chaque fois le même volume d’injection. Elle est facile à aseptiser dans l’eau bouillante. Elle dort chez moi dans un placard.

— J’aimerais la voir quand j’irai chez vous. Vos fiancés auraient pu vous rejeter d’avoir des enfants de papa.

— Non, puisqu’ils étaient à l’origine de nos fécondations par ton père. Nous leur avons obéi en allant acheter la seringue et en nous faisant féconder. Ils n’avaient pas à nous rejeter, et ils ont approuvé. Ton père a toujours répondu à nos appels, car il sait que nous n’abusons pas. L’amour pour ton père a été le plus fort. Nous lui avons imposé de nous faire des enfants sans qu’il le sache, ce qui ne le gênait pas, et nous avons obtenu d’autres enfants par la suite en appliquant la même méthode approuvée par nos maris qui étaient contents des premiers enfants. Elle a l’avantage d’économiser le nombre de relations sexuelles avec un amant, et de brouiller les dates. Elle empêche ton père de comprendre facilement comment celles avec qui il n’a pas eu des relations au moment où elles ont été fécondées, accouchent 9 mois plus tard. Il a attribué logiquement toutes les fécondations à nos maris. Nos maris sont les pères officiels des enfants qu’ils ont voulus. Ils n’ont rien à nous reprocher.

— Vous aimez les coups tordus. Vous ne dominez pas vos instincts.

— Nous sommes heureuses d’avoir des enfants de ton père. C’était possible. Nous l’avons fait, pour ne pas attendre plus longtemps de les avoir, et contenter nos maris qui les désiraient à ce moment-là. Nous avons été très prudentes en doutant de l’amour durable pour nos maris. Nos maris le comprennent, et nous leur avons tout dit. Ils sont gentils, nos maris. Ils ont compris que nous avions raison de nous méfier d’eux avant de bien les connaître. Nous n’avons pas divorcé, ce qui montre que notre amour est devenu stable. Ils disent qu’ils ont des femmes adorables et des enfants charmants, et que notre seul petit défaut est d’avoir un amant que nous aimons autant qu’eux.

— En somme, tout se passe bien.

— Oui.

— Vous auriez pu avoir aussi des enfants avec vos maris.

— Ils en ont. Nous avons proposé de compléter la famille avec eux quand nous avons achevé de les tester, mais ils ont dit qu’ils ne nous critiquaient pas d’aimer ton père, et de faire ce que nous voulions. Ils nous ont même incitées, pour d’autres enfants, à choisir ton père plutôt qu’eux. Ils ne nous imposaient rien, et ils nous donnaient ainsi la preuve que nous étions toujours libres avec eux. Ils étaient surtout très curieux de participer à la fécondation. Nous avons relevé de défi, et nous les avons impliqués dans l’usage de la seringue. Nous avons fonctionné comme la première fois, avec ton père qui a répondu à notre désir de faire l’amour avec lui. Nos fiancés étaient, d’après eux, payés au centuple par notre gentillesse. Ils exagèrent, mais ils se sont beaucoup amusés de voir que nous savions nous féconder sans le dire à ton père. Ils nous pardonnent ce travers. Ils ont la satisfaction d’avoir supplanté ton père en obtenant le mariage et en vivant avec nous. L’important est que nos enfants se soient attachés à eux. Nous regrettons d’avoir été assez longues à reconnaître que nos maris étaient dignes de nous féconder. Mais nous avons des enfants aimés en commun, et ils n’ont pas recherché le plaisir égoïste d’avoir fécondé. Nous ne les empêchons pas d’êtres donneurs de sperme pour des femmes qui en ont besoin.

— Vous auriez pu vivre avec papa.

— Ce n’était pas possible à trois avec lui. Nos enfants ont une vie de famille normale. Ils aiment nos maris. Ils sont réellement les enfants de nos maris. Ils savent depuis quelques années qui est leur concepteur. Ils n’ont pas besoin de ton père, et ils savent qu’il est préférable d’être discret pour ne pas gêner la famille.

— L’ont-ils bien pris ?

— Oui. Nous leur avons expliqué la raison : c’était le moyen le plus simple d’avoir des enfants sans attendre. Le seul inconvénient est qu’ils devaient savoir qui étaient leurs demi-sœurs et demi-frères, pour ne pas se marier avec eux. Nous leur en avons fait la liste, où tu y figure avec Lucie. Ils ont eu la consigne de vous laisser tranquilles. Il me semble nécessaire que tu sois informée aussi.

— Mais, moralement, est-il bon que papa ne sache rien ?

— Nous pensons que oui. Avec des amours pluriels libres, chacun est libre d’aimer les personnes qui l’acceptent, et personne ne doit imposer son amour. Nous nous sommes proposées, et ton père nous a acceptées comme amantes. Il n’y a pas à critiquer ces amours qui sont respectueux. Le respect doit s’étendre aux enfants et aux conjoints, qui ne doivent pas avoir leur vie perturbée. Ce but a été atteint. C’est le résultat qui compte, sans que ton père soit gêné.

— En le disant à papa, le résultat aurait été le même. Il l’a prouvé avec Sandra.

— Il se serait fait du souci pour nos enfants. Il est préférable qu’il n’en ait pas eu. Il n’a pas été gêné d’aimer ta mère.

— Vous avez la chance que vos maris ne vous aient pas rejetées en apprenant que vous étiez enceintes. Ils ont dû être surpris.

— Oui. Comme nous, par la rapidité, et nous trois en même temps, mais ils l’avaient proposé, et cela a grandement contribué à ce que nous les acceptions. Ils ont montré qu’ils n’étaient pas jaloux. Nous pouvions aimer un autre homme au point d’avoir un enfant avec lui. Nous avions la réelle liberté d’aimer. Nous ne regrettons pas de nous être mariés avec eux.

— Que disent vos enfants de nous ?

— Ils ont été surpris de la complexité de nos amours, mais ils ont compris nos raisons. Leurs pères ont expliqué qu’ils étaient à l’origine de notre comportement, et qu’ils étaient ainsi à l’origine de leur existence. Ils étaient donc leurs vrais pères. Ton père n’était qu’un donneur de sperme nous ayant convenu et ayant une vie familiale séparée de la nôtre. Il n’y avait pas à le déranger.

— Avez-vous sciemment recherché ce que vous avez fait avec papa ?

— Ce sont plutôt les circonstances qui s’y sont prêtées. Il est bon d’avoir les enfants tôt, et nos maris le souhaitaient vivement. Ton père est très bon. Nous savons aussi qu’il nous pardonnera s’il l’apprend. Nous l’aimons.

— Vous vous adaptez, et tout est bien, dit Aline. J’aimerais trouver un mari aussi accommodant que les vôtres.

— Il suffit de chercher en s’y prenant assez tôt pour qu’il ne soit pas pris par ailleurs. Il y a des hommes qui acceptent que leur femme puisse être aimée par d’autres, et ils la respectent. Notre trio a eu la chance de rencontrer ton père. Il a été notre premier amour, et nous avons bien progressé avec lui. Nous sommes heureuses qu’il ait réussi sa vie avec ta mère. Nos maris comprennent les amours pluriels. Nous pouvons aimer sans restriction en dehors d’eux. Ils approuvent la liberté sexuelle telle que nous la pratiquons. Ils respectent notre amour pour ton père qui est justifié par le nombre d’années que nous avons passées avec lui dans la plus merveilleuse des ententes.

— Et en ayant des enfants avec papa.

— Nous avons pris ces enfants pour nous en espérant qu’il n’en saurait rien.

— Je peux lui dire.

— Ne le fais pas. Il a confiance en nous pour gérer notre sexe intelligemment.

— C’est ce que vous avez fait.

— Tu es indulgente. Nous avons récupéré une semence qui était bonne à jeter, mais qui nous convenait. Nous avons recyclé un déchet. Regrettes-tu que ton père ne le sache pas ?

— Non, dit Aline. Ce sont vos maris et vos enfants qui sont les plus concernés. Ils sont intelligents de vous approuver. Je pense qu’ils ont eu raison de vous suivre et qu’ils ont la chance de vous avoir.

— Et nous de vivre en famille avec eux. Je ne nous vois pas être restée avec ton père dans une communauté à quatre parents et tous nos enfants. Dans notre société, on ne vit pas en tribu. Elle est composée de familles avec deux parents vivant dans une maison ou un appartement. Il ne faut pas trop s’écarter de ce modèle. Ce serait mal vu, et difficile à organiser.

— Oui, dit Aline. Papa préfère un foyer avec un homme, une femme et des enfants.

— Nous le savons. Ne lui dis pas qu’il a eu des enfants avec nous, mais renseigne ta sœur éventuellement.

— Les femmes ont besoin de leur jardin secret, dit Aline. Vous avez le vôtre. Voilà de quoi démarrer le mien et celui de Julie.

— Viens voir nos enfants, comme ton père le souhaite, mais sois sage avec eux.

— Si je ne suis pas la fille de mon père, je peux les aimer.

— Oui, mais il faudrait le prouver. Sans la preuve, tu es consanguine avec eux. L’as-tu ?

— Non.

— Dans ces conditions, mes enfants gardent la consigne de te refuser.

— Bien, dit Aline. Je ne les provoquerai pas.

— Est-ce tout ce que tu souhaites savoir ?

— Je suis curieuse. Vos trois maris vont-ils avec vous trois ? Ils semblent interchangeables. Vous n’êtes pas obligée de répondre.

— Nous avons chacune le nôtre. Nous ne cherchons pas les complications. C’est déjà assez compliqué d’avoir un amant comme ton père.

— Sont-ils fidèles ?

— Tout se passe comme s’ils l’étaient. Ils ont les mêmes droits d’aimer que nous. Si une femme a besoin d’eux, nous les invitons à l’aider, comme tes parents l’ont fait avec Sandra. La jalousie nous semble absurde. Un mari ne nous est pas entièrement réservé. Il a le droit d’aimer en plus de nous.

— Vous respectez leur jardin secret.

— C’est exact. Nous avons pris le temps de les évaluer. Ils ne sont pas parfaits. Nous les aimons tels qu’ils sont, comme ton père. Nous leur faisons confiance en ne les surveillant pas. Ils sont libres.

— Ont-ils connu d’autres femmes ?

— Probablement, comme ton père. En nous fiançant avec eux, nous les réservions pour vivre avec eux dans le mariage. Ils étaient pour nous les meilleurs, et ils ont montré par la suite qu’ils tenaient à nous. Nous savions que nous allions être séparés pendant plusieurs années, et qu’il fallait régler le problème de notre comportement sexuel pendant cette longue période de séparation. Nous étions pour une liberté sexuelle n’aboutissant pas à perturber l’avenir, et donc pour la pérennité de nos fiançailles. Notre trio avait alors opté librement pour la fidélité absolue, sans le dire aux fiancés, car nous ne voulions pas leur imposer. Nous avons abandonné par la suite la fidélité absolue avec ton père, ce qui n’était pas en contradiction avec ce que nous avions promis. Des filles allaient certainement essayer d’accaparer nos fiancés. Ils pouvaient les fréquenter sans nous demander, mais leurs fiançailles devaient être officielles et donc connues des filles. Nous connaissions des filles qui nous semblaient les plus aptes à les satisfaire sans danger pour s’essayer avec eux. Nous avions analysé leurs caractères, et le plus simple était qu’ils choisissent dans la liste. Ils avaient nos fiches pour les renseigner. Ils pouvaient aussi ajouter des filles du même genre si la sécurité était assurée. Ils nous ont remercié de leur permettre d’avoir des amantes et nous faisaient confiance pour les amants que nous pourrions avoir de notre côté. Nous pouvions aussi changer d’avis en ce qui concernait le mariage, mais nous devions impérativement avertir en cas de rupture des fiançailles. Tout s’est bien passé. Pendant longtemps ils ont ignoré que notre amant était ton père. Les connaissant, nous pouvions leur faire confiance. Nous les avions bien analysés. Nous n’avons jamais rompu. Il n’y a eu aucune difficulté venant d’amantes de nos maris. La concurrence d’autres filles ne nous a inquiétées que lorsqu’ils ont voulu des enfants rapidement. Nous gardions le contact avec nos fiancés, et ils nous voulaient toujours. De notre côté, nous avons dit à ton père que nous étions fiancées et qu’en conséquence, nous ne pouvions lui promettre le mariage, même si nous l’aimions. Nous avons tous respecté nos engagements. Il n’y a jamais eu d’ambiguïté. Quelques-unes de leurs amies ou amantes auraient aimé se marier avec eux, mais ils n’avaient pas envie de nous quitter. Ils nous l’ont avoué. Nous leur avons cédé en ayant des enfants rapidement, mais ils auraient accepté de patienter. Ils ont eu un peu honte de nous avoir fait du chantage, et nous de les prendre au mot pour aller chercher l’aide de ton père et ne rien lui dire. Ils nous aiment et nous les aimons, malgré nos défauts. Maintenant, nous sourions de ce qui s’est passé. Nous avons eu la vie que nous souhaitions.

— Et vos amies du trio, comment les aimez-vous ?

— L’attirance sexuelle que nous avons pour certains hommes n’existe pas avec nos amies. J’adore mes amies et vivre avec elles, mais je préfère la vie de famille que j’ai avec un homme et mes enfants. Ton père nous a initiées à la vie avec un homme respectueux des femmes, et qui protégeait même celles qui ne le méritaient pas. Avec Sandra, il est allé jusqu’à faire l’amour, alors qu’il ne l’aimait pas particulièrement et aurait préféré être avec sa femme. Il nous a converties à l’amour pluriel. J’aime mes amies, j’aime ton père, et j’aime mon mari. Personne ne m’empêche d’aimer d’autres personnes. Ton père est toujours mon amant, et je suis heureuse que mon mari ait favorisé mes relations avec lui. Ta mère se comporte comme nous. L’équilibre actuel me satisfait.

— Vous parlez de périodes d’amour avec papa. Qu’est-ce que cela implique ?

— Nous avons constaté que ton père réagissait mal aux changements de partenaires. Il devenait nerveux, et perdait une partie de ses moyens. Quand il a été en cohabitation avec une fille qui s’est mise à l’aimer, il se comportait bien, et mieux qu’avec nous. Les essais avec nous ont confirmé qu’il était bien de lui confier toujours la même partenaire faisant fréquemment l’amour en couchant avec lui. Nous en avons cherché la raison. Il est routinier, ce qui est assez normal, bien que d’autres personnes cherchent le contraire. Comme nous ne faisions pas l’amour de la même façon, l’adaptation au passage de l’une à l’autre était lente. Nous avons allongé le plus possible les périodes, pour moins le troubler. Nous avons testé des coupures ponctuelles de la période par une autre partenaire qui nous auraient arrangées. Il le tolérait à condition de copier la méthode d’aimer de la principale partenaire de la période. Nous avons évité de recourir à ces coupures puisqu’elles le gênaient. Les périodes étaient devenues sans coupures de notre part et pouvaient aller jusqu’à plusieurs mois.

— Et les deux autres n’avaient-elles rien pendant la période ?

— Rien, mais elles avaient la satisfaction de faire pour le mieux. Nous gérions le calendrier en commun. Nous avions de la patience, comme tous les flegmatiques.

— Je suppose que vous vous masturbiez pendant les périodes des autres.

— C’est une méthode que nous avons utilisée pour éponger nos surplus d’amour. Un carrousel d’amantes n’étant pas du goût de ton père, nous nous sommes adaptées. Nous avons compris que ton père n’avait besoin que d’une femme.

— Vous êtes quand même encore amantes de papa.

— Nous avons demandé à ton père comment ta mère procède, pour la copier, ce qui minimise les effets sur ton père. Nous aurions aimé que Sandra copie ta mère, mais son caractère n’est pas assez souple. Elle est trop impulsive. Sa bonne volonté ne suffit pas. Elle impose sa méthode, et c’est à ton père de s’adapter. Tous les caractères ne s’accordent pas toujours facilement. En ce qui concerne le tien, ton père te considère comme intelligente et curieuse, ce que je constate, mais il craint que tu ailles parfois trop loin dans tes déductions.

— Sans aller trop loin, papa dit que vous êtes très intelligentes, et que vous avez su trouver vos maris, mais vous avez mis très longtemps à parvenir à les aimer. Avec lui, vous auriez compris rapidement qu’il vous aimait.

— C’est vrai, mais nous étions très souvent avec ton père, et nous étions trois à l’analyser, en nous communiquant les résultats. Avec nos maris, nous étions seules avec l’un d’eux. En plus, je m’étais engagée auprès de ma mère à être certaine de l’amour de mon mari avant d’avoir un enfant de lui. Ma mère a eu deux maris qui étaient des frères. Elle a eu ma sœur avec le premier, et moi avec le second. Elle a divorcé à l’amiable du premier quand elle a compris qu’ils ne s’aimaient plus et qu’elle s’était mariée sans se renseigner suffisamment sur lui. Ils n’étaient pas faits pour être ensemble. Elle a soigneusement choisi le second, frère du premier, en tâtant auparavant de plusieurs hommes, malgré la réprobation de l’entourage, hostile à ce comportement. Ma demi-sœur a été élevée avec moi. Vue de l’extérieur, elle était ma vraie sœur, car elle a le même nom que moi. Cependant, elle avait l’obligation d’aller chez son père périodiquement. Nous allions toujours toutes les deux chez tonton, et non chez son papa. Elle a eu du mal à supporter que tonton soit aussi son père. Il est resté notre tonton, et papa notre père commun, ce qui arrangeait tout le monde. Ma famille n’a jamais admis le divorce de maman et son remariage, mais elle a enterré l’affaire. Maman n’a pas soufflé sur le feu, mais elle m’a toujours dit de tâter de plusieurs hommes avant de me marier, et d’attendre de bien connaître mon mari avant de lancer un enfant. Je me suis fiancée à la sortie du lycée, et mon choix me semblait bon. Elle me serinait de fréquenter d’autres garçons, mais j’avais un fiancé, ce qui me semblait suffisant, car les autres garçons ne me plaisaient pas autant. Quand elle a connu ton père en venant nous voir, elle m’a poussé vers lui, en même temps que vers mon fiancé. Je devais fréquenter les deux, et comparer. Je n’y tenais pas, craignant de me mettre trop tôt à l’amour avant le mariage. Je me voyais fidèle à mon mari. Ma mère ne voulait pas que j’aie un enfant tiraillé entre deux pères, comme ma sœur. J’ai promis à ma mère de repousser les enfants jusqu’à ce que je sois certaine de mon amour pour le père de mes enfants et de son amour pour moi. J’ai tenu parole. J’ai contenté ma mère et mon mari. Je n’avais pas prévu d’aimer deux hommes, mais je ne le regrette pas. Je suis devenue partisane de la liberté et de l’égalité de la femme et de l’homme, mais je ne milite pas, pour ne pas me couper d’une partie de ma famille. Ma mère ne s’affiche pas, comme moi. Elle ne clame pas qu’elle a eu plusieurs amants, et je cache ton père à cause de ma famille. Je n’ai qu’exceptionnellement passé une nuit au lit avec lui, pour éviter les cancans, et, pourtant j’aurais aimé le faire plus souvent. Entre plusieurs façons de se comporter, il faut souvent choisir, et c'est difficile. Nous avons tenu ton père à l’écart de nos enfants en favorisant le choix de nos maris. J’espère que les enfants sauront se tenir, et toi aussi.

— Je comprends mieux, dit Aline. J’irai voir vos enfants pour contenter papa, mais ce sera pour la forme, car je préfère ne pas trop les rencontrer à cause de maman.

— Bien, Aline. Il faut la ménager. Elle est très compréhensive, mais ne créons pas de problème quand c’est inutile.

— J’ai du mal à analyser le comportement des garçons. Vous avez choisi des fiancés qui se sont révélés êtres de bons maris. Comment avez-vous procédé ?

— Par affinité avec ceux qui pensent comme moi et qui sont sages.

— Quel genre de sagesse ?

— Par exemple de ne pas vivre avec un petit ami avant le mariage. Je ne suis jamais allée passer la nuit chez ton père. Il était et est toujours un amant secret.

— Admis par les familles ?

— Toléré si invisible. Nous devions nous marier, et être, en principe, vierges jusqu’au mariage et fidèles à nos maris. Nous avons sauvé la face en cachant ton père, et nos fiancés nous ont aidées en acceptant un amant peu gênant. Nous ne sommes pas allées coucher avec plusieurs hommes comme les filles le font couramment. Je ne leur reproche pas. Je revendique ce que j’ai fait avec ton père, comme étant normal, ce que mon fiancé a admis. Quand nous étions au lycée, le mariage était pour plus tard, mais nous pouvions nous fiancer. C’est ce qui s’est produit au sein du club des sérieux.

— Comment ce club s’est-il constitué ?

— Nos parents nous envoyaient aux réunions de jeunes de notre âge. Cela ne nous plaisait pas toujours. L’alcool, le tabac, la drogue étaient trop présents. Des garçons nous soulevaient les jupes. Nous n’aimions pas la fête et ses excès. Nous avons fait bande à part avec les sérieux, et le club des sérieux en a découlé.

— Je vois, dit Aline.

— Nous avons eu à définir ce que nous admettions et les droits de chacun pour faire partie du club. Le consensus s’est fait autour de l’égalité homme-femme, de la liberté d’aimer, et du respect des autres, tels qu’ils étaient prévus par la loi. Certains se sont pris d’amitié ou d’amour. Je me suis fiancée. Nous pouvions rompre les fiançailles à tout moment en prévenant de notre changement d’orientation. Voilà, c’est à peu près résumé. Le choix des fiancés est venu de la création du club des sérieux. Nos principaux amis sont venus de ce club sans débauche. Ton père a rejoint nos idées par la suite. Il a ajouté la possibilité d’avoir des amours pluriels permanents, ce qui a compliqué la façon de vivre. Des gênes en découlent actuellement pour nos enfants. Nous les regrettons.

— Vous les gérez bien.

— Avec ton aide. Merci, Aline.

— Je connaissais 4 enfants de papa : les enfants de maman et ceux de Sandra. Combien en avez-vous ?

— 8 pour le trio ; 4 garçons et une fille de ton père ; 3 filles de nos maris. Nous commencions à bien aimer nos maris.

— 3 enfants seulement de vos maris, dit Aline, et 5 enfants avec papa. Vous aviez manifestement une addiction pour papa. Pour les 2 derniers enfants de papa avec vous, vous étiez mariées au moment de la conception et lui aussi. Il a quand même fallu un grand nombre de relations sexuelles avec lui pour les obtenir. Il était un amant privilégié.

— Oui et non. Le nombre de fécondations est lié au nombre de tentatives de fécondation sans protection ou par l’usage d’une dose de seringue. Nous faisions principalement l’amour avec nos maris, mais en imposant encore la protection. Ton père était marginal, reçu discrètement, de temps en temps, sur rendez-vous, mais en contournant toujours la protection tant que nous avons voulu des enfants de lui. Nous avons aussi exploité les bonnes dates, et nos maris collaboraient pour que nous ayons des enfants de ton père, car ils ne voulaient pas nous contrarier. Ils adoraient nos premiers bébés. Ils en voulaient d’autres. Ils nous accordaient la liberté de prendre des rendez-vous efficaces avec ton père quand nous étions fécondables. Ils pariaient sur la probabilité de réussir les enfants, et ils nous aidaient lors des injections auxquelles ils aimaient participer chacun avec sa propre femme. Ils ont eu les enfants de ton père qu’ils voulaient. Ta mère n’a jamais empêché ton père de venir nous voir. Nous étions trois à le solliciter en permanence. Il pouvait venir librement avec celle qu’il choisissait. Puisque nos maris étaient complices, c’est lui qui a fixé le rythme des rencontres, et indirectement ta mère qu’il n’a jamais voulu pénaliser, mais qui manifestement, le poussait vers nous. Il venait quand elle n’était pas disponible, et quand elle lui disait d’aller nous voir. Elle n’était pas dupe. Elle favorisait, comme nos fiancés, ses rencontres avec nous, et elle continue à le faire. Souvent, il proposait plusieurs dates, et nous l’orientions vers celles qui nous convenaient le mieux. Nous avons obtenu assez rapidement 2 enfants supplémentaires de ton père que nos maris souhaitaient, sans trop gêner ta mère. Nos maris mettaient le préservatif quand nous le réclamions. Quand nous n’avons plus voulu d’enfant, nous avons utilisé le stérilet, et ton père a continué à venir de la même façon, alors que nos maris ont pris plus de liberté en abandonnant le préservatif quand nous ne le demandions pas. Notre amour pour lui n’a pas varié. Il est toujours notre amant, et nous souhaitons qu’il le reste. Il a libre accès à nous, comme nos maris. Quant à ta mère, nous la vénérons. Elle fait le bonheur de ton père. Nous sommes heureuses de l’avoir choisie pour lui.

— Le préservatif de papa avait-il du spermicide ?

— Ton père apporte ses propres préservatifs, et il n’aime pas les produits toxiques ou irritants.

— Quelle a été la fréquence de réussite ?

— Un peu plus élevée que pour des relations ordinaires sans préservatif puisque nous étions trois à pouvoir en bénéficier. Avant le mariage, pour les trois premiers enfants, j’étais seule à préparer ton père pour ta mère. Je le recevais de façon intensive, environ tous les deux jours, et nous utilisions tout ce qu’il fournissait, ce qui explique le succès avec nous trois. En trois mois, nous avons été fécondées. Les enfants suivants ont demandé plus de temps, car nous étions moins pressées. C’était surtout nos maris qui étaient intéressés par les manipulations. Le taux de réussite était analogue pour ton père et les maris.

— Vos maris étaient aussi efficaces que papa.

— C’est normal. Sais-tu que ton père a été considéré comme impuissant quand il a rencontré ses premières filles ?

— Oui.

— Nous lui avons demandé de faire analyser son sperme, et, par la même occasion, nous l’avons demandé à nos fiancés. Ils étaient tous les quatre normaux. Es-tu satisfaite de ma réponse ?

— Oui, dit Aline. Vous vous êtes bien débrouillées avec papa et vos fiancés.

— Crois-tu ? Ce n’est pas notre avis. Nous avons commis des erreurs, avec des conséquences qui ne sont pas satisfaisantes. Tu le vois par exemple avec ma démarche auprès de toi. Elle est la suite de nos aventures amoureuses.

— Quelles ont été vos erreurs ?

— Nous n’avons pas maîtrisé l’amour. Nous n’avions pas encore compris comment il fonctionnait. Il est bon de pratiquer avec plusieurs hommes, et assez longtemps avant de bien comprendre. Quand nous avons envisagé de le pratiquer avec ton père, nous avons voulu l’égalité dans le trio. Le résultat de nous faire des politesses a été que nous avons été toutes les trois amoureuses. C’était idiot. Le mieux aurait été qu’une seule d’entre nous s’y mette. Elle aurait été seule amoureuse, et elle se serait mariée avec lui.

— En abandonnant un fiancé.

— Oui, mais c’était possible sans drame. Une autre erreur a été de faire les premiers enfants avec ton père. Les fiancés nous disaient qu’ils voulaient des enfants rapidement, même si c’était en étant fécondées par ton père. C’était un peu une bravade de leur part, une façon de nous prouver qu’ils acceptaient la liberté sexuelle sous tous ses aspects. Nous les avons pris au mot. Le mieux aurait été d’accepter de les faire avec eux dans le mariage. Il suffisait d’utiliser la contraception pendant six mois, ou un an ou deux, sans le dire à nos maris, jusqu’à ce que nous souhaitions la fécondation ou le divorce. Ils auraient patienté pendant cette période, ce qui n’aurait pas été pire que ce que ton père a subi. Nous avons bêtement utilisé ton père sans rien lui dire, alors que cela ne résolvait pas le cas d’un divorce avec enfant. Ensuite, pour les enfants suivants, nous aimions assez nos maris pour les avoir avec eux. Nous avons suivi nos maris qui s’amusaient de notre méthode de fécondation et qui voulaient la tester jusqu’au bout en participant aux manipulations pour bien comprendre comment nous avions procédé. C’est notre mari qui tenait la seringue pour nous féconder, toutes les fois, jusqu’à ce que nous décidions d’arrêter, puisque nos maris nous suffisaient. Nous avons arrêté le jeu, mais ils auraient continué pour voir jusqu’où nous étions capable d’aller.

— Vous n’êtes pas pour les amours pluriels.

— Il aurait mieux valu nous en passer. Ne crois-tu pas ? Je ne serais pas là à t’expliquer nos problèmes.

— Je ne serais pas là non plus, dit Aline. Si c’était à refaire, vous procéderiez autrement.

— Je ne crois pas. Tout a découlé de notre environnement et des circonstances. Dès que le club des sérieux a été constitué, nos parents ont favorisé la rencontre avec les garçons et les filles du club, car ils les jugeaient sérieux. Ils étaient sélectionnés d’après les critères qui sont les nôtres et que tu connais : bonnes notes en classe, bonne tenue, calme, absence d’addictions, etc. Le club des sérieux a grossi progressivement par apport de frères, de sœurs et d’amis répondants aux critères. C’est là que le trio s’est formé et là que nous avons rencontré nos fiancés. Nos parents nous faisaient confiance pour rester sérieux. Nous étions tous pour l’égalité homme-femme et une liberté sexuelle sans tapage. Nous envisagions l’avenir avec des enfants dans le mariage, et nous nous sommes choisi des fiancés. Notre vie a été programmée comme le désiraient les parents. Il n’était pas sérieux d’avoir de petits amis couchant en permanence avec nous pendant les études. Pouvions-nous avoir des relations sexuelles en attendant ? Elles étaient tolérées si elles étaient discrètes et sans danger. Le trio a opté pour le plus simple qui était de rester vierges jusqu’au mariage avec les fiancés. Comme cela, nous aurions été fidèles à nos maris.

— Malgré la liberté sexuelle ?

— La liberté sexuelle permet la fidélité. Ce n’est pas incompatible.

— Et vous n’avez pas été fidèles.

— Nous sommes fidèles à nos maris et à ton père.

— Donc infidèles.

— Nous n’avons pas la sensation d’être infidèles au sens le plus courant. Nous préférons donc remplacer infidélité par fidélités multiples, car nous sommes fidèles à deux amours qui sont compatibles, ce qui explique mieux ce que nous sommes.

— Les autres membres du club des sérieux ont-ils fait comme vous ?

— Ils ont presque tous trouvé un conjoint dans le club après quelques essais du genre de ceux que tu as pratiqués. Notre trio a été plus sage qu’eux. Nous nous sommes passé d’essais, car notre idéal était la simple fidélité, pour nous, sans l’imposer aux autres. Nous ne voulions pas déclencher un amour pour nous sans suite en cas de mauvais choix, ce qui aurait peiné celui que nous aurions quitté. Nous ne voulions pas perturber les autres.

— Bon, dit Aline. Vous étiez plus sérieuses que les autres. Mais, pouviez-vous vous masturber avant d’aller avec papa ?

— Oui. C’était recommandé aux jeunes filles par les sexologues que nous connaissons, mais on n’en parle pas, car cela gêne ceux qui ont de la pudeur. Grâce à une masturbation régulière et sans excès d’environ deux ou trois fois par semaine, nous résistions facilement aux sirènes de l’amour et elle nous entretenait dans le désir d’aimer. Quand nous avons accepté ton père, elle nous a permis d’avoir de longues périodes sans lui, ou avec lui. L’important dans la masturbation était de ne pas l’afficher, comme les amants, pour ne pas troubler l’entourage. C’est un bon substitut aux amants, que nous avons abondamment utilisé, qui est très facile à cacher et qui est peu dangereux. Un amant caché est également tolérable, mais c’est un moins bon régulateur au désir sexuel que la masturbation, car il est moins disponible, et il est plus dangereux. Un amant comme ton père est cependant plus agréable que la masturbation, car ton père est peu dangereux : il a toujours imposé le préservatif. Nous avons fait pour le mieux, en combinant les possibilités. Nous nous masturbons encore quand nous sommes séparées de nos maris ou de ton père. La masturbation est toujours notre régulateur final, bien pratique en cas de séparation. Elle comble les trous d’amour. Nous plaignons les femmes qui refusent de se masturber. L’indépendance passe par la masturbation.

— Vous avez obtenu ce que vous vouliez.

— Oui. Nous voulions, de bonnes études, avoir ensuite un bon métier, et nous marier avec ceux qui avaient les mêmes idées que les nôtres. Nous approuvions le sérieux, le travail, la maîtrise de soi, la résistance aux drogues, le respect des autres et des lois. Comme la majorité des gens étaient dépendants d’au moins une drogue, nous estimions impossible d’interdire les drogues dangereuses. Il fallait vivre le mieux possible entouré de drogués, mais nous désapprouvions l’usage d’une drogue pouvant gêner un autre individu. Le drogué tolérable était celui qui ne gênait que lui-même. Nous tolérions par exemple les fêtards, qui respectaient la loi puisqu’elle tolérait, comme nous, l’alcool, le tabac et l’amour entre des individus consentants, mais nous évitions nous-mêmes d’être des fêtards. Nous ne voulions pas nous marier avec des drogués. Nous aimions nous rencontrer entre sérieux, et il nous semblait hasardeux de copier ceux qui s’abandonnaient à l’amour dans l’euphorie et sans réfléchir. Il y avait près de nous des garçons non drogués, au moins en apparence, qui nous plaisaient, et ils se plaisaient avec nous. Nous avons résisté à cet amour naissant, car nous n’approuvions pas la débauche, et nos familles nous imposaient une conduite sage et non provocatrice. Pour la sagesse pendant les études, nous n’envisagions pas de prendre un amant. J’ai cohabité avec deux filles et sans garçon dans l’appartement offert par nos parents. Nous n’avions pas prévu d’aimer ton père, mais, le connaissant, il était logique de l’aimer. Il est devenu notre amant caché à la famille et accepté aussi comme amant caché par les fiancés. C’est quand ils sont venus coucher avec nous qu’ils ont réclamé des enfants rapidement, ce que nous n’avions pas programmé aussi tôt. Le recul nous a manqué. Nous avons paniqué quand les trois fiancés ont évoqué une rupture si nous refusions les enfants, et nous avons accepté leur solution qui n’était pas la meilleure. Heureusement, les enfants n’en ont pas pâti et l’accord s’est fait avec nos maris qui ont toléré notre amant. Tout s’est déroulé logiquement, et en recommençant, rien ne changerait.

— Pourtant, vous estimez avoir fait des erreurs.

— Oui, car nous avons acquis de l’expérience et les mœurs ont évolué. Je ne juge pas le passé avec les données du présent. Nous avons réagi en fonction de notre environnement de l’époque. Tu as une génération d’écart. Dans le contexte actuel, nous conseillons à nos enfants ce que ton père te conseille. Il est bon pour toi d’avoir une expérience des garçons, meilleure que la nôtre, ce qui nous a manqué pour bien maîtriser l’amour avant le mariage. Dans mon milieu, les filles de ma génération n’avaient pas toutes la même liberté sexuelle que les garçons. Nous n’avons pas voulu mécontenter nos familles. Nous avons compensé partiellement notre manque d’expérience par une étude poussée à trois, qui nous a permis de ne fréquenter chacune que deux hommes de qualité. Il y a plus de liberté sexuelle actuellement, mais, en contrepartie, les addictions sont plus nombreuses à surveiller. Ce qui est une erreur aujourd’hui, ne l’était pas en ce temps-là, et réciproquement. Nous avons ménagé les ainés.

— J’ai compris, dit Aline. J’ai une liberté que vous n’aviez pas. Avez-vous amélioré votre liberté depuis le mariage ?

— La liberté ? Tu veux savoir si le trio a pris d’autres amants. N’est-ce pas ?

— Oui.

— Comme les hommes que nous avons choisis nous suffisent, c’est non.

— Mais aimez-vous les autres maris du trio ?

— Oui, et ils le savent. Nous ne leur cachons pas la réalité.

— Les autres maris vous aiment-ils ?

— Oui. Ils nous ont dit nous aimer aussi, mais ils respectent notre désir de ne pas le manifester. Ce sont des amis, des amis que nous aimons beaucoup, mais non des amants. Nous maîtrisons ces amours qui ne nous perturbent pas beaucoup. Ils sont en sommeil. Tous nos amours n’ont pas besoin de se manifester.

— Que se passera-t-il si l’un de vous disparaît. Réveillerez-vous des amours en attente ?

— Nous aviserons à ce moment-là. Actuellement, nous n’avons chacune qu’un mari et un amant. C’est tout.

— Vous n’avez eu chacune qu’un amant. C’est très peu par rapport à la moyenne. J’ai déjà eu plus d’amants que vous.

— Oui. C’est vrai. Mais, pour sélectionner, tu étudies les hommes par la méthode expérimentale. Après une petite étude préliminaire qui élimine ceux qui ne conviennent manifestement pas, tu prends ce qui vient, et tu abandonnes quand cela ne va pas. Le nombre d’échecs est assez élevé, car tu ne te renseignes pas assez au préalable. C’est le plus simple, et c’est assez efficace, mais il y a le risque de tomber sur des indésirables. Notre méthode est différente. Notre trio accumule les informations avant de choisir, et à trois, nous sommes efficaces. Nous n’avons pas eu d’échec. Nos sélections ont été bonnes, malgré quelques accrocs. Nous avons minimisé les risques. L’idéal aurait été de ne pas avoir d’amant. Nous avons eu ton père comme premier amour avéré, au lieu que ce soient nos maris, mais la vie réserve souvent des surprises. Nos maris admettraient aussi que nous ayons d’autres amants en plus de ton père, à condition qu’ils restent cachés et non dangereux, comme lui. Deux amours nous suffisent, et nous en sommes contentes, car nous recherchons le calme. Moins on parlera de nous, et mieux ce sera. Comme tu es concernée, nous pouvons cependant en parler entre nous, et je le fais ici avec toi, et en te demandant de tenir ta langue.

—  C’est très clair. Vous avez la chance d’être trois pour analyser, ce qui économise des amants. Je garde tout cela pour moi. J’ai appris beaucoup de choses avec vous. Je vous en remercie.

— Fais-en bon usage, Aline. À bientôt. Ton père te dira quand nos enfants seront prêts à t’accueillir.

 ***** 

 

— Ma fille, quelle impression te font les enfants des amies de ton père ?

— Ils sont très bien, maman, dit Aline. J’ai été bien reçue.

— Tu peux essayer de te mettre avec un des garçons.

— La place est prise, maman. J’arrive trop tard. Ils ont tous une fille avec eux.

— Tu peux te mettre sur les rangs.

— Les filles n’ont pas l’air de vouloir les quitter. Je n’avais pas à m’interposer.

— Sont-elles jalouses ?

— Je n’ai pas eu le temps d’étudier la question. Elles semblent sérieuses.

— Quand vas-tu y retourner ?

— Ils sont loin, maman, et je vais bientôt partir en Angleterre.

— Tu n’es pas très motivée. Il ne faut pas que je t’empêche d’aller chez les amies de ton père qui sont ses amantes. Je n’ai rien contre elles. Ton père fait ce qu’il veut avec elles et toi avec leurs enfants.

— Oui, maman, dit Aline. Je retournerai les voir quand j’aurai le temps.

— Je dirai à ton père de se renseigner sur les garçons auprès de ses amies.

— C’est la meilleure solution, maman, dit Aline.

 ***** 

7 Aline et John

Pendant les vacances d’été en Angleterre, John, étudiant anglais, enseigne l’anglais à un groupe d’étudiants étrangers venus en séjour linguistique. Il donne aussi quelques leçons particulières, à prix d’ami, à ceux qui lui demandent. Aline prend des leçons, car elle est perfectionniste. Ils commencent par une leçon ordinaire en s’asseyant face à face de chaque côté d’une table, avec des manuels. Elle connaît déjà bien l’anglais écrit, car elle en a beaucoup lu. Elle a une connaissance du français que John reconnaît vite comme presque parfaite. Il l’utilise alors comme professeur, car il cherche à acquérir les subtilités de la langue maternelle d’Aline, qu’il possède déjà très bien. John trouve en Aline une collaboration efficace. Il la dispense de payer, puisqu’elle lui apprend le français, avec son accent, autant qu’il lui enseigne l’anglais. Aline a un niveau qui permet l’étude de textes scientifiques qui ne sont pas dans les manuels dont ils disposent. Ils les recherchent par Internet et sur le même écran, en se plaçant côte à côte. Comme John n’ose pas se serrer contre elle pour se rapprocher de l’axe de l’écran, Aline l’invite en souriant à venir près d’elle, de façon qu’ils ne se fatiguent pas trop la vue. Elle a déjà eu des fréquentations amoureuses, et elle n’a pas peur d’un étudiant comme John qu’elle juge respectueux et à son goût. Ils sont dans la chaleur commune, ce qui n’est pas désagréable.

Voulant devenir interprète, John doit connaître le vocabulaire et les expressions de nombreux domaines dont il n’est pas spécialiste. Sur chaque sujet qu’ils abordent, ils classent les textes selon leurs types, littéraires, sérieux, techniques, vulgaires ou argotiques, puis, ils les étudient. Aline lui apporte sa compréhension des mots scientifiques, une bonne culture générale, un très bon sens des tournures et des expressions de sa langue maternelle qu’elle a toujours pratiquées avec rigueur, en excluant les mots douteux, et en respectant la grammaire. Les deux étudiants étant des bourreaux de travail, ils passent de nombreuses heures ensemble sur des textes divers qu’ils récoltent dans les domaines qu’ils ont choisis.

John est un bon professeur à formation littéraire et un bon élève pour Aline. Il a la logique qui lui aurait permis de se diriger vers les sciences, ce qui plaît à Aline. Ils admirent mutuellement l’acharnement au travail de l’autre, et les bons résultats qu’ils obtiennent dans leur collaboration. Au bout de quelques jours de travail fructueux, Aline, heureuse de travailler efficacement, constate qu’elle a des amorces de réactions sexuelles auprès de John, et il lui semble qu’il en a aussi.

— Ma présence vous gêne-t-elle ?

— Voulez-vous dire sexuellement ?

— Oui.

— Vous voulez savoir comment je réagis, dit John. Je n’éluderai pas la question, bien qu’elle soit indiscrète. Je suis sensible instinctivement. Je ne le nie pas, mais je résiste. Je suis troublé quand je suis à côté d’une fille qui ne m’est pas totalement indifférente. J’ai des érections avec vous, mais c’est tellement fréquent avec beaucoup de filles, que cela ne veut plus rien dire. Il suffit que je pense à l’amour, et cela démarre. J’en ai deux heures par jour. Cela fait partie de ma vie quotidienne. Je suis habitué. Et vous ?

— C’est voisin, dit Aline, mais c’est plus profond chez les femmes. Quand nous avons de l’intérêt pour un homme, une petite gêne existe. Elle vient de quelques sécrétions sexuelles. Heureusement, je ne suis pas une fontaine, et je n’ai donc pas besoin de couches parce que je suis près de vous. Je suis cependant plus humide que d’habitude. Je pense comme vous à l’amour, mais non à un homme particulier. Vous êtes là pour déclencher ce réflexe physique, mais vous n’êtes pas le seul à pouvoir le faire. Ce n’est pas bien méchant. Je tolère près de moi un homme qui est sérieux. Je préfère vivre dans une société sans séparation entre les hommes et les femmes. Avec vous, il est possible de se côtoyer sans avoir peur. Si tous les hommes étaient aussi respectueux que vous, ce serait idyllique. Vous n’avez pas l’air d’avoir les principaux défauts qui me font fuir.

— Quels sont-ils ?

— La violence, l’agressivité, les addictions, le manque de calme, la futilité, la nullité, la primarité. J’en passe. Je suis difficile en amour. La plupart des hommes ne me conviennent pas. Je cherche encore celui que je prendrais comme mari. Je ne suis engagée avec personne.

— C’est comme moi pour les femmes. Elles sont décevantes.

— Que leur réclamez-vous ?

— Ce que vous réclamez, dit John, mais aussi d’être libre d’aimer sans être critiqué. Je ne veux pas qu’une femme me reproche d’en aimer une autre. J’ai de l’excitation pour plusieurs, et non uniquement avec vous. C’est naturel. Je les aime toutes, au moins un peu. Je ne sais pas faire autrement. Pourquoi me le reprochent-elles ?

— Elles veulent la fidélité, dit Aline.

— Mais pourquoi ? Si j’aime deux femmes, je peux en aimer une, passer à une autre, et revenir à la première. J’aime encore les deux femmes. Je pense à d’autres femmes tout en étant près de vous. Je suis comme cela. J’ai plusieurs amours possibles. Ils se complètent. Ils s’ajoutent.

— Je l’admets, mais acceptez-vous qu’une femme fasse comme vous ? Peut-elle aussi aller avec deux hommes ?

— Si c’est successivement, sans bousculade, je n’y vois pas d’objection. C’est la liberté d’aimer. Ce qui gêne est qu’il faut être avec chacune d’elles dans l’intimité pour savoir comment elles sont vraiment. Il faut bien les aimer un peu. Aimez-vous plusieurs hommes ?

— Si c’est un peu comme vous, je dis oui, mais un seul grand amour me suffirait.

— Que je puisse aimer plusieurs femmes vous éloignerait-il ? Les filles convenables, à qui j’en ai parlé, et que je voulais tester, réclament la fidélité. Leur amour est exclusif. Elle ne comprenne pas que je puisse en aimer plusieurs. Elles me repoussent si j’aime ailleurs. Elles voudraient que je n’en aime qu’une. Où est le mal ? Je continue d’aimer. Je rêve de plusieurs femmes.

— Deux femmes en même temps ? Rêvez-vous de partouses ?

— Non. Jamais deux femmes en même temps. Je ne me vois qu’avec l’une ou l’autre. Mon amour ne se fixe pas sur une seule. Je n’ai pas encore choisi.

— Vous êtes infidèle. Elles rejettent l’infidélité. Je n’avais pas envisagé la situation de double ou triple amour persistant. Cela demande réflexion. Êtes-vous pour la polygamie ?

— Je n’envisage pas de me marier avec plusieurs femmes. Je suis comme vous. Un seul grand amour me suffirait, mais je ne me vois pas rejeter une femme parce que j’en aime une autre. Elles doivent seulement comprendre, que si j’ai deux amours à servir, je suis infidèle. Pour moi, plus on aime et mieux c’est si on n’agresse personne.

— Souvent, on divorce et on se remarie, dit Aline. On passe alors effectivement d’un amour à l’autre, comme vous l’envisagez. C’est de plus en plus fréquent.

— Divorcer est long et difficile, dit John. Je souhaite l’éviter, par exemple en testant les filles jusqu’à ce que j’en trouve une à marier avec qui je resterai. Avant le mariage, quand rien n’est encore décidé, je demande à pouvoir me séparer facilement, sans les contraintes du divorce, et à l’amiable, sans qu’il en résulte une brouille. La fidélité est possible, mais elle ne doit pas être une obligation. Mes besoins sexuels ne se manifestent pas envers une seule femme, ce qui me permettrait d’en tester plusieurs. Il est illogique de m’en imposer une seule. Si je me trompe sur la valeur d’une femme, je souhaite pouvoir passer à une autre. Les tests doivent être possibles. Si cela ne va pas, on arrête, et on repart avec une autre. Mais les femmes ne sont pas des hommes. Celles que je connais refusent mon raisonnement. Avec la contraception et les préservatifs, les femmes sont protégées, mais elles réclament impérativement la fidélité, même pour un test. Je ne les comprends pas. Vous êtes sans doute comme elles.

— Je n’en suis pas certaine, dit Aline. Les hommes aussi aiment la fidélité. Ils veulent des femmes fidèles, mais ils mettent souvent la main dessus et ils les gardent. J’ai constaté cette tendance. La femme n’est plus libre. Elle devient la propriété de l’homme, et son esclave. Certains ont même plusieurs esclaves. Je ne peux pas aimer un homme qui s’impose de cette façon. Avec vous, serais-je libre ?

— Naturellement, dit John, car j’accorde logiquement à la femme, ce que je m’accorde, puisque je suis pour l’égalité. Je la respecte si elle me respecte aussi. Je demande la liberté d’aimer. Elle a la même liberté. Elle peut me quitter pour aller avec un autre et me revenir quand elle veut si je l’accepte. Je peux aller avec une autre puis lui revenir. N’est-ce pas logique ?

— Même dans le mariage ?

— Si je me marie, je lui accorderai en plus la priorité sur mes autres amours. Elle aura des enfants que nous élèverons ensemble, et j’espère ne pas avoir à divorcer. Il faut, que sur tout cela, elle soit bien d’accord avec moi avant le mariage. Je ne me marierai pas sans être sûr que ma femme partage mes principes et me convienne. Je ne souhaite pas ne plus l’aimer une fois marié, et la même chose pour elle.

— Et ses enfants ? Seront-ils de vous ou d’un autre ?

— Ce n’est pas un problème. Je ne me marierai qu’avec une femme qui m’aime, et qui accepte que j’élève ses enfants avec moi. En se mariant, la femme fait don de ses futurs enfants au couple. La vie commune inclut les enfants. Ils doivent avoir une vie familiale avec le père et la mère qui ont la charge de les élever. Le voyez-vous comme moi ?

— Oui. Avez-vous un mariage en vue ?

— Non, dit John. Je suis franc avec les filles. Aucune n’a accepté mes principes d’infidélité. Vous voyez que je suis mal parti pour le mariage. Personne ne veut de moi avec la tare de l’infidélité. C’est désolant, mais je ne vais pas en faire une maladie. Les femmes ne sont pas pour moi. Je dois me résoudre à aimer dans le vide.

— Savez-vous bien vous y prendre, dit Aline ? Je pourrais être celle que vous cherchez. Me permettez-vous de tester si je peux vous convenir en me mettant avec vous, en attendant que je reparte chez moi ? Les semaines qui viennent devraient permettre de me faire une opinion sur vous, si vous m’acceptez dans votre intimité, en plus du travail que nous avons à poursuivre, et que je souhaite ne pas interrompre.

— M’avez-vous compris ? N’avez-vous pas peur de mon infidélité ? Je viens de vous l’affirmer. J’aime plusieurs femmes.

— J’ai compris que les autres femmes que vous avez sollicitées ont peur de l’infidélité que vous affichez. Ce n’est pas mon cas. Je vous ai déjà été infidèle avec plusieurs hommes que je n’aime plus. Je suis parvenue à éviter de me brouiller avec eux en les quittant. Nous nous sommes séparés à l’amiable, et nous sommes encore amis. J’en côtoie encore.

— Combien en avez-vous fréquenté ?

— J’ai commencé à rechercher vers 18 ans. J’ai hésité à me livrer à une douzaine d’étudiants que j’avais remarqués. Je n’en ai retenu que cinq. Cela n’a pas marché avec les quatre premiers. Ils avaient des défauts. Le dernier a duré plus longtemps. Il vient de s’en aller, et nous nous quittons. Je suis disponible pour vous. Êtes-vous libre pour la fin des vacances ?

— Oui, mais il faudrait qui vous acceptiez mon infidélité.

— J’adhère à vos principes d’égalité des sexes, d’indépendance totale dans le mariage, et de la possibilité d’infidélité quand les circonstances amènent à une séparation provisoire. Je vous quitterais comme les autres si vous bridiez ma liberté. Nous n’en sommes pas encore là. Je ne décide encore rien pour le mariage. Nous aurons le temps d’en discuter. N’est-ce pas ? Nous testons-nous pour savoir si nous sommes faits l’un pour l’autre ? C’est ce qui conditionne tout le reste.

— Bon, dit John. Je ne sais pas où vous voulez me conduire, mais je n’ai rien à perdre en allant avec vous. Vous me plaisez, et ce sera instructif. Testons si nous pouvons nous aimer. Cependant, si j’ai bien compris votre logique, pour envisager le mariage, il faudra aussi que nous testions tous les deux que nous nous supportons encore en aimant en dehors de nous. Sinon, c’est l’échec.

— Mais oui, dit Aline. Vous avez à trouver un autre amour pour me tromper, et c’est fait pour moi. Je vous ai déjà trompé avec plusieurs garçons.

— Ce n’est pas vrai. Pour tromper, il faut déjà s’aimer. M’aimez-vous ?

— Pas encore. Les quelques réactions que j’ai sont aussi banales que les vôtres, mais vous me plaisez. Et vous ?

— Vous me plaisez aussi, mais nous pouvons essayer de nous aimer.

— Si nous arrivons à nous aimer, faudra-t-il donc que chacun teste un nouvel amour supplémentaire ?

— Oui, dit John. Un pour vous et un pour moi. Comme cela, nous serions en mesure de savoir si nous supportons l’infidélité et permettre le mariage.

— Petit amour, dit Aline, comme les premiers que j’ai eus, ou grand amour ? Le grand est le seul que j’envisage pour me marier. Il est difficile à trouver. J’en sais quelque chose. Les amants que j’ai eus n’étaient pas mariables avec moi.

— Si l’amour est trop grand, il incite à une autre orientation. Un petit amour suffit, mais il faudrait le grand amour pour nous. Comment distinguez-vous le petit amour du grand ?

— En réalité, il y a toute une hiérarchie. L’amour commence quand on se sent attiré ou en harmonie avec autre. C’est à peine sensible, mais il peut augmenter. Des réactions hormonales interviennent alors, et l’amour se déclare. Je l’ai ressenti avec plusieurs hommes, et ce sont ceux-là qui sont devenus mes premiers amants. Mais mon amour évolue. Il augmente ou diminue en fonction de ce qui se passe dans mes relations. Je ne suis encore jamais parvenue au grand amour, bien que je l’aie approché.

— Pourquoi celui-là a-t-il avorté ?

— Il a d’abord diminué quand j’ai su que mon cinquième amant voulait partir sans se rendre compte que je ne pouvais pas le suivre puisque mon travail en aurait pâti. Ensuite, j’ai découvert que mon amant cachait qu’il buvait. Il n’avait pas osé me le dire, car il avait compris que je l’aurais écarté. Je l’avais aimé sans savoir.

— Ne l’aimez-vous plus ?

— Encore un peu, mais beaucoup moins. Il a abusé de moi, ou plutôt, il m’a piégée, car il savait que je détestais des addictions majeures. Avez-vous une de ces addictions ?

— Non. Quand on est logique, on comprend qu’il est préférable de ne pas avaler ou inhaler ou se piquer avec des toxiques. Je ne suis pas suicidaire. À quel niveau se situe votre amour pour lui par rapport à celui qu’il a pour moi ?

— Il est tombé assez bas, tout juste bon à permettre l’amour physique. Vous l’avez dépassé, mais, à son maximum, il était beaucoup plus aimé que vous.

— Peut-il de nouveau progresser ?

— Je ne crois pas, mais il m’a marquée.

— Marquée comment ?

— Par la déception d’un amour qui chute. Cela vous intéresse-t-il que je vous en parle ?

— Je suis curieux d’en savoir plus.

— Je trouvais en lui, tout pour que je l’aime beaucoup. Tout allait bien avec lui. J’étais de plus en plus amoureuse, et il m’aimait. Je lui aurais pardonné de partir au loin sans moi et avec une autre fille, mais j’ai appris qu’il buvait. Je suis tombée des nues, car il n’avait jamais été ivre avec moi. J’ai dû l’admettre. Dans ces conditions, il n’était pas pour moi. L’alcool ronge les buveurs. Le mariage devenait impossible avec lui. Je n’ai pas osé lui dire que je savais. Heureusement, il devait partir avec la fille pour poursuivre ses études. Il a lui-même déclaré qu’il me quittait, au moins pour une année ou deux. Rester avec lui était un obstacle à ma vie familiale future. J’ai accepté de le recevoir jusqu’à ce qu’il parte.

— Malgré l’autre fille ?

— Il m’avait proposé le mariage, tout en étant avec l’autre fille. Il me préférait.

— Vous avez donc encore fait l’amour avec lui.

— Oui. Je ne me suis pas séparée brutalement, par pitié pour lui. C’était un malade de l’alcool. J’espère qu’il se soignera. J’ai continué avec lui, jusqu’à ce que je vienne ici. C’est probablement fini avec lui, car il ne m’a pas laissé entendre qu’il me reviendrait. Il ne doit pas m’empêcher d’aimer.

— Avez-vous eu du plaisir avec lui ?

— Oui. Je l’avais beaucoup aimé. Après avoir décidé de m’en séparer, le plaisir sexuel était encore là. Je l’ai accepté, mais en me l’attribuant entièrement. Ce n’était pas une corvée physique pour moi. Il était encore gentil, et je pense avoir contribué à ce qu’il boive moins. Il n’a pas beaucoup bu pendant cette période, car il n’a jamais atteint le niveau de dérèglement critique que j’aurais remarqué. Il a participé à mon équilibre physique et je lui ai fait plaisir. Il ne fallait pas que je l’empêche de faire sa vie et je devais faire la mienne. La séparation était nécessaire puisque je ne l’aimais plus beaucoup. Elle est survenue en douceur. Il est capable d’en aimer une autre. Des filles boivent comme lui. Ce sont les plus nombreuses. Son avenir est avec l’une d’elles. J’ai veillé à ce qu’il ne s’accroche pas à moi. Je veux bien être gentille, mais il ne devait pas abuser de moi. J’aime mon prochain, mais il y a des limites. Cette liaison est terminée. J’aurai rompu de toute façon.

— La boisson a donc provoqué votre décision de rompre.

— Si l’alcool ne provoquait pas la violence et d’autres dérèglements, je l’accepterais. On a le droit de se suicider avec une drogue, lentement ou rapidement, mais cette addiction ne doit pas rejaillir sur les autres. Je m’accuse quand même de ne pas avoir cherché à savoir s’il limitait sa consommation par amour pour moi. C’est ce qui m’a fait continuer avec lui. J’ai pris la bonne décision. J’avais encore du plaisir sexuel avec lui, car il était calme avec moi, mais je ne le recevais que quand mes parents étaient là. J’avais peur de le voir un jour arriver ivre.

— Je vous comprends, dit John. Vous pourrez utiliser ce petit amour si vous parvenez à un grand amour avec moi.

— Non, dit Aline. Il ne compte plus. Je ne renoue pas. Je ne vais pas le prier. Il est trop loin. Je préfère un autre. J’ai encore des vues sur quelques hommes à tester. Je peux facilement en obtenir un ou deux que j’excite et que je ne rejette pas a priori. J’arriverai à en aimer un. Je suis attractive. Et vous ?

— Moi non. Je n’excite pas beaucoup de femmes. Mes idées les refroidissent. Mais si je décide de me marier, je ferai aussi l’effort. Il y a des filles faciles.

— Je peux vous en dispenser. Refusez les filles faciles. Elles sont dangereuses.

— Il n’est pas question que je me marie avec vous sans avoir aimé un tiers, dit John. On ne s’engage pas sans avoir exploré les autres possibilités.

— Le programme se précise, dit Aline. Vous avez raison. C’est logique. Si je repère une fille pour vous, je vous l’indiquerai. Pour le moment, me prenez-vous avec vous ?

— Pour m’aimer ? M’aimez-vous ? Comment envisagez-vous de tester notre amour ?

— J’aimerais vivre quelque temps avec vous, en nous comportant comme nous le faisons dans le travail, en nous complétant mutuellement, pour voir si nous nous aimons vraiment.

— Voulez-vous dire sexuellement ?

— Bien sûr, mais pas seulement. J’ai rencontré des hommes, que j’ai aimés sexuellement, mais je ne les ai pas beaucoup aimés globalement. Le manque d’amour intellectuel et le comportement ont écarté mon amour. Ainsi, j’élimine les hommes qui ont des addictions, le défaut le plus fréquent, donc presque tous. L’amour sexuel me semble indispensable, mais il ne suffit pas.

— Pour celles que j’ai rencontrées, l’amour sexuel exclusif était le principal.

— Pas pour moi. Je vous l’ai expliqué. Et pour vous ?

— Je ne sais pas très bien ce qu’est l’amour sexuel, car je ne l’ai jamais pratiqué avec une femme. Elles m’ont refusé.

— Ce n’est pas compliqué, dit Aline. Je peux vous l’apprendre. Voulez-vous ? Cela me plairait.

— Ce serait gentil de votre part, dit John. Je ne veux pas vous forcer. Je connais la théorie. Je sais ce que je dois faire.

— Justement, je demande à tous mes amants, ce qu’il envisage de faire sexuellement avec moi. Il y a des précautions à prendre. Je vous écoute.

— Voyons, dit John. Pour commencer, j’ai à vous présenter un certificat récent de bonne santé sexuelle.

— Très bien. Je vous présenterai le mien. Il est dans mon sac. Ensuite ?

— Nous devons éviter des partenaires multiples. Nous devrons éviter que nos sécrétions et nos muqueuses se rencontrent, et prendre des protections en conséquence. Un préservatif est indispensable et doit être bien posé. Les relations buccales et anales sont à éviter. L’hygiène est à respecter. Le sperme, qui suinte presque constamment, ne doit pas arriver sur la peau de la fille. Dormir ensemble ne doit pas dispenser du préservatif.

— Avec cela, toutes les filles peuvent se donner à vous. Appliquerez-vous ces principes ?

— Oui, dit John.

— Dans ces conditions, je dormirai avec vous. Si j’ai bien compris, les embrassades sont à éviter.

— Oui. Les salives se mélangent, et arrivent sur les muqueuses de la bouche. C’est permettre le passage de maladies transmissibles. Le baiser sur la bouche est dangereux, car il se pratique sans protection.

— Effectivement, dit Aline. Il faudrait changer les habitudes. Nous nous contenterons des baisers sur le front ou la joue. Ce que vous proposez est très bien. Je n’ai jamais eu de relations buccales ou anales, et je n’y tiens pas du tout, même si c’est à la mode, ce que je déplore. Pourquoi aller chercher des substituts à la relation sexuelle ? Mon amour est classique. Je suis prête à vous enseigner sa pratique, mais, même si tout se passe bien, cela ne voudra pas dire que je vous aime. Votre comportement et vos idées sont plus importants pour moi que le plaisir sexuel. Il faudra me laisser le temps de vous aimer ou de vous repousser, et que je juge si je vous aime.

— Je ferai de même, dit John. Allons chez moi si vous êtes décidée.

— Allons-y, dit Aline, mais il ne faudra pas m’en vouloir de vous rejeter si je ne vous aime pas. Vous me direz aussi si vous ne m’aimez pas. Dans ces deux cas de rupture, je souhaiterais rester quand même votre amie, et poursuivre le travail que nous avons commencé ensemble, comme prévu.

— Et donc tirer un trait sur le test ?

— Oui. Le test nous informe objectivement sur l’autre, et il est préférable de se séparer avant de s’engager si l’amour n’est pas persistant. Une rupture ne doit pas nous fâcher.

 

Pour la première fois, Aline reste avec un homme, dort et s’affiche avec lui.

*****  

 

— Nous voilà parvenus à la fin des vacances, dit Aline. Nous nous aimons bien. Que décidons-nous ?

— Vous pouvez rester avec moi, dit John. Je vous garde si vous voulez.

— Non, dit Aline. Je termine mes études. Elles passent avant l’amour. Venez avec moi si vous pouvez.

— Je ne l’envisage pas avant l’année prochaine. J’ai du travail ici.

— Alors, je reviendrai les vacances prochaines, comme cette année.

— Nous quittons-nous donc ?

— Oui. Nous pouvons utiliser l’année qui vient pour le petit amour supplémentaire. Quand nous nous retrouverons, nous déciderons de la suite.

— Faisons comme cela, dit John.

*****  

 

Mon cher John,

Depuis les vacances, je suis séparée de vous. Votre souvenir me suffisait. Bien que, par principe, je ne sois pas fidèle et qu’il soit bon de le prouver, je n’avais plus envie de trouver un autre homme que vous, et je m’étais résolue à vous attendre chastement, repoussant à plus tard la petite épreuve d’essayer de provoquer votre jalousie, qu’il faut rechercher avant le mariage. Or, j’ai rencontré un garçon de ceux que je sélectionnais avant de vous connaître et je m'en serais voulu de ne pas le tester s’il l’acceptait. J’ai participé à une conférence scientifique qui m’intéressait. Il était venu de loin spécialement pour y assister. Il a posé de nombreuses questions pertinentes, et moi quelques-unes. À la fin, nous avons continué à discuter ensemble. Ainsi, je l’ai accompagné jusqu’à son hôtel, et nous avons dîné ensemble en buvant de l’eau. Il ne boit pas d’alcool, et n’a pas d’addiction, comme nous. Je suis montée avec lui dans sa chambre pour prolonger la discussion. Il n’a pas hésité à me faire entrer. Il m’a acceptée dans son intimité. C’était l’occasion rêvée de tester vos réactions à mon infidélité. Je sentais que ce serait facile, car mon corps, assez sevré, réclamait de le recevoir. Je n’envisageais qu’une petite rencontre neutre et décontractante, dans le genre d’un de ces tests sans suite, très bien pour affirmer mon indépendance et me rendre infidèle à vos yeux. Je lui ai dit que ses idées m’avaient séduite (ce qui était vrai, et je débordais d’amour). Je me suis offerte pour le remercier de la bonne soirée que je passais avec lui, mais c’était aussi pour affirmer mon indépendance à votre égard. Je lui ai précisé que j’en avais besoin pour des raisons personnelles venant de mes principes. J’avais à me donner à un homme pour garantir mon indépendance vis-à-vis de celui que j’épouserais. Je ne souhaitais pas le faire sans aimer. Puisque je l’aimais, pouvait-il m’aider dans cette épreuve ? Il était étonné par cette demande, et j’ai invoqué notre façon de voir l’égalité homme-femme, nous obligeant à une véritable indépendance sexuelle conduisant à l’infidélité sans jalousie. Je reconnais que je n’ai pas été très claire. Je pensais à vos réactions quand vous l’apprendriez. Il a vu que je m’embrouillais, mais je serais parvenue à m’exprimer sur ce sujet délicat, sans vous mettre en cause. L’explication complète se faisant attendre, il m’a devancée en affirmant qu’il connaissait ma logique et qu’elle lui suffisait pour savoir que j’avais besoin de lui.

Donc, sans bien me comprendre, il a admis que ma logique voulait que je l’aime pour que je conforte mon futur ménage en faisant l’amour avec lui. Il m’aimait aussi, mais sa logique était qu’il n’était pas concerné. Il avait sa vie chez lui, et il ne souhaitait pas qu’elle interfère avec la mienne. Son avenir pouvait en être changé. Cependant, il tenait à me faire plaisir. Par exception, il était à mes ordres. Il faisait ce que je voulais et il me souriait. Il était gentil. Je me suis donc donnée. Il était charmant, attentif à me satisfaire. C’était délicieux. Les orgasmes qui m’ont emportée ont dépassé ce à quoi je m’attendais. En émergeant, j’ai réalisé que je l’aimais physiquement beaucoup, en plus de ma grande attirance intellectuelle, disons autant que vous. J’ai donc brusquement découvert que j’aimais fortement deux hommes, et non plus un seul, car tous les autres n’ont jamais réellement compté. Nous avons terminé la soirée en parlant sciences, et je serais restée avec lui toute la nuit, mais il devait se lever tôt pour rentrer chez lui. Avant de partir, je lui ai demandé son numéro de mobile. Il m’a regardée gravement. Nous savions que nous nous aimions, mais était-il sage que je continue avec lui ? Il avait sa vie ailleurs, et il préférait que nous ne poursuivions pas ensemble. La logique le voulait. Comme il connaissait la mienne, si je l’aimais, elle devait me pousser à ne plus essayer de le revoir. C’était la sagesse de couper les ponts. Je suis revenue chez moi. Je l’ai laissé dormir. Il repartait chez lui à l’aube. Je ne sais pas qui il ai. Je n’ai ni son nom, ni son adresse, ni son numéro de mobile. Il n’a pas non plus le moyen de me contacter. Il n’a rien sur moi, même pas mon prénom. Je sais seulement qu’une voix féminine lui a téléphoné et fait préciser quand il arriverait. Je ne serais pas étonné qu’il soit marié, mais il n’a pas d’alliance. Comme nous ne porterons pas ce symbole d’allégeance quand nous le serons, il pense peut-être comme nous. Je ne le reverrai probablement jamais, mais je l’aime toujours. Ce qui m’étonne est l’intensité de mon amour persistant pour lui. Comment l’expliquer ? Interrompre une période de chasteté n’est sans doute pas aussi anodin que je le pensais. Il est certainement plus sage que je reste chaste jusqu’à ce que je vous retrouve. J’ai prouvé mon amour à un autre homme et mon infidélité au-delà de ce qui aurait été raisonnable. Quelle est votre réaction ?

Nous avions décidé qu’il fallait tester notre amour avant de nous marier. C’est fait de mon côté. Je me sentais forte avec votre amour. Il avait estompé ceux que j’avais eus, minimisés au point qu’ils n’étaient plus que des souvenirs ordinaires. J’ai découvert un amour parallèle au vôtre, capable de le concurrencer. Comment évoluera-t-il ? Pour le moment, il résiste au vôtre. Je ne vous aime plus exclusivement, mais comme mon second grand amour ne peut plus s’exprimer, je continue avec vous, comme auparavant.

Aline qui vous aime.

*****  

 

Chère Aline,

Je suis chaste ici, car je n’aime personne ici, même pour un test. Vous n’êtes pas tenue à la chasteté et à la fidélité. Vos réactions sont normales. Je ne suis pas jaloux. Vous êtes libre.

John qui vous aime.

*****  

8 Marcel et les anges

Marcel est un étudiant qui réussit en sciences grâce à une bonne logique qui se poursuit même pendant le sommeil. Il se souvient parfois de ce qu’il a rêvé, ce qui est en général une suite logique d’événements. Quand il se pose un problème, il l’étudie en détail, et, si la solution n’est pas évidente, au petit matin, après avoir bien dormi, il le résout alors souvent facilement. Il rêve de tout ce qui le préoccupe, et il a constaté que c’est toujours plus clair le lendemain. Aussi, Marcel ne prend jamais une décision importante sans avoir dormi. Quand il se réveille dans la nuit, il ne saute pas du lit. Il attend l’heure du lever. Il profite du temps d’insomnie pour réfléchir à des sujets qui l’intéressent, et il se rendort facilement. Il constate généralement que son cerveau a continué la réflexion. Il fantasme aussi avant de se rendormir. C’est pour lui un demi-rêve, qui a l’avantage qu’il s’en souvient après le réveil. Ainsi, il fantasme sur le vol des avions, des insectes, des oiseaux, des mammifères comme la chauve-souris, et de l’exocet, un poisson qui vole. Il pense à la mouche capable d’aller s’accrocher et marcher au plafond sans tomber, aux oiseaux qui décollent facilement comme les mouettes, mais aussi aux canards et aux cygnes qui ont besoin d’un grand plan d’eau pour décoller. Les cormorans, plus denses, décollent encore moins bien, mais grâce à des plumes qui prennent l’eau, ils poursuivent les poissons dans l’eau, comme les manchots. Le martinet dort en volant, et Marcel voudrait voler en dormant. Une de ses autres sources de fantasmes est la présence d’étudiantes, comme Aline, qui va prendre une place importante dans ses rêves, en écho à son intérêt pour elle. Il a presque des visions, des personnages qui lui parlent et à qui il parle, ce qu’il ne confond pas, au réveil, avec la réalité. Il ne s’en émeut pas. C’est pour lui une façon de penser un peu désordonnée dont il ne maîtrise pas toujours le sujet, mais qui n’est pas gênante, puisqu’elle ne concerne que lui. Il passe de bonnes nuits, longues et reposantes. Bon dormeur, il est toujours calme dans la journée.

*****  

 

— Bonjour, Marcel.

— Bonjour, Monsieur.

— As-tu un vœu à exprimer ? Je suis en mesure de l’exaucer. Dis-moi ce qui te ferait plaisir ?

— Un grand plaisir ou un petit plaisir ?

— Quelle différence fais-tu ?

— Un petit plaisir est facile à obtenir.

— Comme quoi, par exemple ?

— Un bonbon.

— Tu n’es plus un gamin. Je suis prêt à t’offrir un grand plaisir.

— Un plaisir difficile à obtenir ?

— Dis toujours. J’aviserai.

— Je voudrais voler, aller dans les airs.

— C’est facile. Tu vas à l’aéroport et tu prends un billet d’avion.

— Je voudrais voler sans avion, et pouvoir me poser ici ou là.

— Comme en hélicoptère ?

— Non. C’est trop bruyant et trop volumineux.

— Alors, comme un oiseau ou une mouche ?

— Je voudrais sans les ailes, sans mécanique, pouvoir me déplacer à volonté rien qu’en y pensant, en restant comme je suis.

— Ce que tu réclames est contraire aux lois de l’univers. Les humains doivent se plier à ces lois. Pour voler dans l’air, il faut s’appuyer sur l’air ou sur des forces. Tu ne disposes ni de la surface nécessaire pour t’appuyer, ni du dispositif pour créer une force.

— Donc, c’est impossible. Je ne peux pas voler comme je veux.

— C’est peut-être possible.

— Comment ?

— En utilisant d’autres moyens.

— Lesquels ?

— Je ne vais pas te les expliquer. C’est le résultat qui compte.

— Vais-je pouvoir voler ?

— Ce ne sera pas facile, mais en te guidant et si tu en as la volonté, tu devrais y arriver.

— J’ai la volonté. Demain, volerai-je ?

— Ne soit pas aussi pressé. Il faut apprendre à voler.

— Allez-vous m’apprendre ?

— Moi ou une autre personne. J’ai à ta disposition une fille qui s’appelle Aline et qui peut t’apprendre.

— Qui est Aline ?

— Une jolie jeune fille de ton âge qui sait déjà voler. Elle sera ton maître.

— Comme fille, je connais déjà une Aline.

— Celle-là devrait te plaire. Préférerais-tu un garçon ?

— Je n’ai pas l’habitude des filles. Je ne les ai jamais fréquentées.

— Tu verras. Cette Aline n’est pas exactement comme l’autre, mais elle est très bien et facile à fréquenter. Je n’ai pas de garçon à te proposer. J’oubliais. Tu feras ton apprentissage seul avec elle.

— Pourquoi ?

— Parce que les humains ne volent pas. Tu vas voler dans un monde parallèle différent du leur. Si tu as quelques autres petits désirs, elle est autorisée à les exhausser.

*****   

 

— Bonjour, Marcel. Je suis Aline. Vous êtes certainement l’élève à qui je dois apprendre à voler.

— Oui, Mademoiselle. Êtes-vous un ange ? Vous apparaissez comme le monsieur qui vous a introduit, mais vous n’avez ni ailes ni cercle lumineux au-dessus de la tête ?

— Je n’ai pas jugé bon d’avoir un diadème ou une auréole. Je peux m’en procurer si vous le désirez, mais vous vouliez voler sans ailes. J’ai supposé que c’était aussi sans diadème. Était-ce bien votre vœu ?

— Oui, dit Marcel. Vous ressemblez trait pour trait à une Aline que je connais et qui a le même prénom.

— C’est tout à fait normal dans le monde du rêve. Je m’inspire d’elle. Je vais vous donner la première leçon, pour répondre à votre désir, mon gentil Marcel.

— D’accord, mademoiselle Aline. Que faut-il faire ?

— Nous allons marcher l’un à côté de l’autre, pour prendre le rythme. Vous me donnerez la main.

— Ce n’est pas difficile.

— Ensuite, nous courrons. Nous allons décoller comme les albatros qui s’élancent d’un aérodrome en allant de plus en plus vite pour augmenter la portance des ailes.

— Et nous allons voler.

— Je vais voler. Pour vous, c’est une autre affaire. Ne brûlons pas les étapes. Commencez par courir.

Ils se prennent par la main et s’élancent. Marcel est essoufflé. Il a couru comme il en a l’habitude. Aline reste fraîche comme une rose. Elle a volé en rase-mottes à côté de lui, apparemment sans effort.

— Ce n’est pas encore au point, dit l’ange Aline. Avez-vous senti que vous voliez ?

— Non, dit Marcel. Quand je cours, je saute du sol, et je retombe.

— C’est juste, mais tout l’art est de freiner la chute, et j’ai senti que vous y êtes parvenu fugitivement. Recommence-t-on ?

Marcel court. L’ange Aline vole à son côté.

— C’est difficile de voler. Je suis épuisé.

— Ne vous découragez pas. Vous avez décollé un petit moment. Avez-vous senti la chose ? Moi, je l’ai senti par la main.

— Rien.

— Il faudra vous concentrer pour le percevoir. Faites des sauts plus longs, plus traînés, et cela va venir.

— J’en ai assez pour aujourd’hui. Je transpire à grosses gouttes.

— Alors, à demain. Reposez-vous.

*****   

 

Nuit après nuit, ils se retrouvent et Marcel progresse. L’ange Aline lui serre la main quand elle détecte qu’il vole, ce qui l’avertit. La sensation de voler lui parvient enfin. Il se fatigue moins.

— Il faut parvenir à planer, dit l’ange Aline, à évoluer sans effort. Encore une dizaine de leçons et nous y arriverons.

— Je ne suis pas doué.

— Si vous n’aviez pas le don, vous resteriez collé au sol, écrasé par l’attraction de la Terre.

— Pourquoi est-ce si long à venir ?

— Il est difficile de savoir voler sans apprentissage. Ne vous plaignez pas. Il n’y en a pas beaucoup qui y arrivent. Vous volez déjà un peu, et cela me permet d’être avec vous.

— Vous êtes très patiente. Je ne progresse pas vite.

— Vous êtes un bon élève. Vous ne vous mettez pas en colère et vous tenez compte de ce que je dis. Est-ce que je vous plais ?

— Si j’avais connu ma mère, j’aurais aimé qu’elle soit comme vous.

— Je suis comblée par ce beau compliment. Je vous aime bien. Cherchons encore à planer. Donnez-moi la main. Je vais vous tirer un peu pour faciliter le vol.

*****  

Mon cher Marcel,

Ce petit courriel pour vous dire que le week-end dans huit jours, Georges m’a annoncé qu’il part. Je serai donc seule. Je n’aime pas rester seule. Pour me sécuriser, venez passer les deux jours avec moi. Nous ferons plus ample connaissance. Georges me parle beaucoup de vous. Vous êtes le copain qu’il préfère, mais quand vous venez le voir ici, vous ne vous séparez pas et il est ainsi toujours entre moi et vous. Êtes-vous indifférent à ma personne ? J’aimerais le savoir.

Ne tardez pas trop à répondre. Si vous ne pouvez pas venir, je contacterai Robert, mais je vous préfère.

Une Sylvie bien disposée envers vous et qui espère que vous viendrez.

*****  

 

— Vous volez mal aujourd’hui.

— Je suis préoccupé par un message de Sylvie, dit Marcel. Georges est mon copain depuis toujours. Sylvie est avec lui depuis quelques mois et elle me demande de coucher avec elle. Je ne veux pas prendre Sylvie à Georges, et d’abord je n’aime pas Sylvie. Je préfère Aline.

— Si vous n’allez pas avec Sylvie, y en aura-t-il un autre avec elle ?

— Oui. Robert.

— C’est donc Sylvie qui ferait la crasse à Georges. Rien ne change pour Georges si c’est vous ou un autre.

— Je ne saurais pas comment m’y prendre avec Sylvie.

— Serait-ce plus facile avec Aline ?

— Oui.

— Comme vous ne seriez pas à l’aise avec Sylvie. N’y allez pas.

— Je vais expliquer à Georges ce qu’il lui arrive.

*****  

 

— Tu ne devrais pas laisser Sylvie toute seule en fin de semaine, dit Marcel à Georges.

— Elle se passe de moi. Ne t’inquiète pas.

— Elle m’a proposé de coucher avec elle quand tu ne seras pas là.

— C’est qu’elle t’apprécie.

— Je n’y vais pas.

— Elle sera déçue.

— Voudrais-tu que j’y aille ?

— C’est ton problème, et non le mien.

— Mais tu es bien avec Sylvie ?

— Oui. Elle est très bien, Sylvie.

— Explique-moi.

— Tu n’as pas l’habitude des femmes, et cela se voit.

— Parce que toi, tu les comprends ?

— Il n’y a rien à comprendre, dit Georges. Elles sont incompréhensibles. Tu penses qu’elles vont faire une chose ? Elles font le contraire. Il faut les prendre comme elles sont, sans vouloir les changer. La seule constante est qu’elles ont besoin des hommes. Tu n’as même pas à lever le petit doigt. Il y en toujours une qui s’offre. J’en ai connu deux avant Sylvie que tu connais puisque tu les as vues avec moi. Elles sont venues me chercher, et Sylvie aussi. Je fais ce qu’elles me demandent et dont j’ai envie.

— Bon, mais si Sylvie me cherche, elle n’est pas qu’avec toi.

— Mon cher, pour tenir une femme, il faut se lever tôt. Si tu as un moyen, fais-en moi part. On n’enferme plus les femmes à la maison, et on n’est plus à l’époque des ceintures de chasteté, mais à celle de la contraception, une ceinture moderne qui revient au même et qui est heureusement efficace. Cela a été une invention merveilleuse pour les femmes. Elles sont aussi libres que les hommes et elles en profitent. Elles peuvent passer de l’un à l’autre sans casse et sans que personne ne le remarque. Il faut s’y faire et aller avec son temps. Prends les femmes comme elles sont, et ne cherche pas à les changer. Tu t’y casserais le nez. Si Sylvie te veut, elle se débrouille avec toi, et je n’ai pas à intervenir.

— Tu l’acceptes.

— Si j’étais jaloux, je ne serais pas avec elle. Ce n’est pas la première fois qu’elle fait ça.

— Tu la supportes ?

— Elle est très bien, Sylvie. Elle est propre, intelligente, fait le ménage, fait la cuisine, a de la conversation, est agréable au lit, travaille bien de son côté, et me laisse travailler sans me déranger. Que demander de plus ?

— Elle trouve sans doute avantage à être avec toi.

— Elle conduit ma voiture et dépense mon argent dans des limites très raisonnables. Elle est économe. Elle a quelques défauts, mais le bilan global est positif.

— Les autres qui couchent avec elle ne te dérangent-ils pas ?

— Non. Je ne sais pas tout, mais ceux que je connais sont discrets et ne me jalousent pas. C’est comme s’ils n’étaient pas là. Je ne vais pas me brouiller avec eux parce que Sylvie leur accorde un peu de temps. Elle s’arrange pour être avec moi tous les soirs où je suis là, et je ne crois pas qu’elle oublie le préservatif. C’est une fille sans risque. Avec elle, c’est royal.

— Va-t-elle t’abandonner un jour ?

— Cela, c’est possible. Il y a des hommes plus attractifs que moi. Toi, par exemple. Elle te cherche manifestement. Elle me trouve trop décontracté.

— Que feras-tu si elle te quitte ?

— Une autre fille se présentera, et je te parie que ça ne traînera pas. J’en ai quelques-unes en réserve qui se disputeraient plutôt pour m’avoir. À ce moment-là, il faut prendre la meilleure. Vas-tu avec Sylvie ce week-end ? Son choix est bon. Tu es mon ami. Je te préfère à tout autre et je t’assure qu’elle vaut le coup. Si tu arrivais à la garder, vous feriez un beau couple. Je te la conseille.

— Tu es gentil, mais je ne me sens pas d'aller avec elle. Si j’y allais, il faudrait que j’y retourne, et je vise plutôt une fille comme Aline qui n’a pas de copain. Sylvie a trop l’habitude des hommes, et moi pas assez celle des femmes.

— Comme il te plaira. Je vais lui dire qu’elle ne doit pas t’attendre puisque tu seras occupé.

*****  

 

— Vous volez encore mal. Vous pensez à Sylvie.

— C’est une fille qui n’est pas mal, mais à qui je préfère une autre, dit Marcel.

— C’est le problème éternel du choix à faire.

— Aline n’a pas de copain. Elle me semble plus stable que Sylvie.

— Alors, voyez du côté d’Aline.

*****  

9 Marcel vole

Enfin, Marcel plane assez longtemps sans poser les pieds sur le sol, mais il va tout droit.

 

— Vous allez apprendre à tourner, dit l’ange Aline. Cela nécessite certains mouvements du corps. Vous allez m’imiter.

 

Marcel s’applique, mais ses mouvements se terminent par une culbute. Aline est obligée de le prendre à bras-le-corps pour amortir et éviter qu’il se fasse mal. Elle le presse contre elle pour le maintenir en vol et guider ses mouvements. Elle lui demande de la prendre par la taille pour qu’il sente ce qu’elle fait. Petit à petit, il comprend, mais il faut plusieurs leçons. Le contact d’Aline lui plaît, mais il n’en dit rien. L’ange Aline ne proteste pas quand il tâte un peu à travers les vêtements.

 

— Vous savez planer et tourner horizontalement, dit l’ange Aline. Il faut apprendre à se lancer rapidement sans courir ou presque pour vous. Donnez une impulsion.

 

Après quelques essais, Marcel décolle court.

 

— C’est à peu près bien, dit l’ange Aline, mais il faut aussi poser les pieds correctement sans être obligé de courir à la vitesse de vol. Il faut freiner avant de se poser. Tenez-moi, et observez comment je me comporte quand j’arrête.

 

Marcel essaye, mais il est emporté par son élan, et seul l’ange Aline freine. Marcel la percute, parfois durement. L’ange Aline ne bronche pas, attendant qu’il comprenne la manœuvre. Sans trêve, ils recommencent et au bout de quelques leçons, Marcel obtient des arrêts irréprochables.

*****  

 

Tous les jours, l’ange Aline donne la leçon. Ils ne se lassent pas. Ils se sont fixé un but. Ils sont aussi acharnés l’un que l’autre à y parvenir. Marcel doit voler. Les incidents sont acceptés. L’ange Aline est plein d’hématomes, mais ne s’en plaint pas.

 

— Vous savez vous arrêter. Il faut aussi savoir ralentir, changer de vitesse, et accélérer. Je vais vous relier à moi par une corde pour vous tirer dans un sens ou dans l’autre. Vous avez à vous adapter à ma vitesse.

 

Ainsi font-ils. Cela ne va pas sans quelques anicroches. Marcel chute souvent, mais l’ange Aline est là pour amortir les chocs.

 

— Cela fait beaucoup de leçons, dit Marcel. Je ne suis pas très doué.

— Mais si, dit l’ange Aline. Vous avez beaucoup progressé. Vous volez au ras du sol à plusieurs vitesses sans mon aide. Vous allez maintenant apprendre le surplace. Ce n’est pas le plus simple.

 

En effet. Marcel n’arrive pas à se stabiliser. Il dévie toujours d’un côté ou de l’autre. L’ange Aline, placé devant lui, le guide, inclinant les deux index levés dans un sens ou dans l’autre pour qu’il rectifie la position. À force de patience, il parvient à ne plus bouger, compensant les dérives.

 

— Maintenant, dit l’ange Aline à Marcel, vous allez tourner sur vous-même.

 

Cela semble simple quand on est sur ses pieds, ou même en nageant dans une piscine, mais ce mouvement se révèle difficile. L’ange Aline montre comment il procède. Marcel met longtemps pour l’obtenir, et d’autant plus qu’il faut pouvoir tourner à plusieurs vitesses et dans les deux sens.

 

— Ouf, dit Marcel. Que faut-il encore apprendre ?

— Vous devez pouvoir voler de côté, vers l’arrière et pas seulement en avant.

 

Ayant maîtrisé le vol sur place et les rotations, Marcel n’a pas trop de mal à obtenir ces mouvements. Il est fier de son rapide succès.

 

— Bien, dit l’ange Aline. Puisque vous vous sentez d’attaque, vous allez m’accompagner et essayer de me suivre en faisant comme moi. En principe, vous savez faire tout ce que je vais vous demander.

 

Marcel suit l’ange Aline, qui volette à droite, à gauche, va d’un endroit à l’autre, accélère, ralentit, s’arrête et repart. Au début, tout se passe à peu près bien, mais quand Aline complique les évolutions, Marcel se rend compte qu’il est loin d’avoir la maîtrise de l’ange Aline. Ses mouvements sont hésitants, incomplets, et sont même désordonnés. Il va falloir un grand nombre de séances pour qu’il parvienne à coordonner ses trajectoires. Aline lui sourit. Il s’améliore.

 

— J’ai la maîtrise de moi, dit Marcel. Je sais maintenant voler.

— Croyez-vous ? Regardez ce que nous faisons. Bien sûr, nous volons, mais nous sommes toujours à la même hauteur au-dessus du sol. Si nous posons les pieds au lieu de voler, nous pouvons faire la même chose. Le vol horizontal n’a pas grand intérêt. Il faut s’éloigner du sol, pour vraiment voler, passer d’un espace plat à deux dimensions comme le sol à un espace à trois dimensions. Il faut voler comme les oiseaux du ciel et non comme une poule qui n’utilise ses ailes que pour marcher plus vite.

— Allez-vous m’apprendre ?

— Bien sûr.

*****  

 

— Pour commencer, vous allez basculer, faire la pirouette. Comme cela, en avant, en arrière, d’un côté et de l’autre.

— Je ne sais pas si j’y arriverai.

— Je prévois quatre ou cinq séances.

— Moi aussi.

— Nous sommes d’accord. Que demander de mieux ? Allez ! Au travail.

 

Ils ne s’arrêtent pas souvent, mais l’ange Aline le laisse souffler quand il voit que Marcel est saturé.

*****  

 

— Que faites-vous dans la vie, interroge Marcel ?

— Je poursuis des études, dit l’ange Aline. Je suis en sciences.

— Moi aussi, mais je vole ici aussi avec vous. J’ai de bonnes notes.

— Comme moi. On reprend ? La tête ne me tourne plus.

— Allez-y. Pirouette à gauche sans dérive.

*****  

 

— Claudine, dit la vraie Aline qui ne vole pas. Avec qui vous mettez-vous en travaux pratiques ? On nous a dit de se mettre par deux. Comment choisissez-vous ? Moi, je préfère une personne de mon niveau. À égalité, on travaille mieux. Il n’y a que vous et Marcel pour moi. Les autres sont nuls.

— Je suis moins sélective que vous, dit Claudine. L’égalité n’est pas toujours le meilleur. Il faut de la diversité dans la vie, et savoir composer avec les inférieurs et les supérieurs.

— Aimez-vous traîner un boulet qui se contente de copier sur vous ? Moi, non. Vous mettez-vous avec moi ? Si ce n’est vous, ce sera avec Marcel, ou je demande à être seule. Nous sommes en nombre impair.

— Une fille m’a déjà demandé. Je n’ai pas dit non.

— La place avec vous étant prise, il ne me reste que Marcel.

— Prenez-vous un garçon ? Il faut accepter la promiscuité et les conséquences. Vous risquez qu’il s’occupe de vous au lieu de travailler.

— Pour moi, un garçon est l’égal d’une fille tant qu’il la respecte. Il n’a pas à s’occuper de moi si je ne le désire pas. S’il nous considère à égalité, il n’y a pas à le rejeter. Marcel est-il irrespectueux ? S’il se croit supérieur, je n’en veux pas.

— Marcel me semble fréquentable, dit Claudine, car aucune fille ne s’en plaint. Il n’a pas la main baladeuse et vous avez un pantalon. Vous avez peut-être raison de le choisir. Il est le seul ici à pouvoir nous intéresser vraiment. Je peux encore changer. Il faut que je réfléchisse. Pourquoi rejeter un garçon comme lui ? Me le laissez-vous ? Il faudrait que je me décommande. Mais vous, que préférez-vous ? Marcel ou moi ? Je ne veux pas vous déplaire. Je balance encore. C’est à vous de décider.

— Puisqu’il faudrait vous décommander pour venir avec moi, dit Aline, je prends Marcel, mais si vous le voulez, je m’incline.

— Je vous le laisse, dit Claudine. C’est le plus simple. Allez-vous lui faire du charme ?

— Y verriez-vous un inconvénient ? Avez-vous un penchant envers lui ?

— Je n’ai jamais bien réussi avec les garçons. Ils sont décourageants. Pour que je penche, il faudrait que j’étudie sérieusement ce Marcel. Il est peut-être celui qu’il me faudrait.

— Travailler ensemble est la bonne méthode pour se renseigner. Qui de nous deux l’étudie ?

— Vous êtes la première à y avoir pensé, dit Claudine. Allez-y, et bonne chance.

— Merci, dit Aline. Je vous dirai ce que j’en déduis.

*****  

 

— Les pirouettes sont des préliminaires, dit l’ange Aline. Nous allons aborder le vrai vol. Il est plus dangereux que le vol horizontal, car on peut tomber de haut. Puisque vous êtes scientifique, je vous donne la marche à suivre. Il faut bien maîtriser la compensation de la force d’attraction terrestre, comme en vol horizontal. Quand on monte, on fournit de l’énergie et on en récupère quand on descend. Je vais vous assurer avec une corde pour les premières évolutions en me plaçant au-dessus de vous. Nous allons faire comme en vol horizontal, mais vous allez monter progressivement. Ensuite, vous redescendrez doucement.

 

L’ange Aline ne fait monter Marcel que de quelques mètres, réservant aux séances suivantes des altitudes plus élevées.

 

— Avez-vous le vertige ?

— Je ne suis pas très rassuré.

— N’ayez pas peur. Je vous tiens.

— Je vous fais confiance.

— Vous allez vous habituer. Il faut seulement avoir le réflexe de compenser convenablement l’attraction. Lors de mes premiers exercices, je n’étais pas fière. Maintenant, vous voyez, je suis comme un oiseau.

— Mieux qu’un oiseau. Vous n’avez pas besoin d’ailes. J’admire vos évolutions.

— Vous n’êtes pas loin de pouvoir faire les mêmes. Dans quelques semaines, vous m’aurez rattrapée.

— Il n’y aura plus rien à apprendre ?

— Vous en saurez autant que moi.

— Je ne vous verrai plus ?

— Cela dépend de vous.

— En quoi ?

— Si vous le désirez, je peux continuer à venir vous voir et évoluer avec vous.

— Ce serait bien. On verrait le monde d’en haut.

— Oui, dit l’ange Aline.

M’avez-vous initié pour que l’on reste ensemble ?

— Oui.

— Pourquoi moi ?

— Pourquoi vous ? Je vais vous le dire. Être seule n’a pas grand intérêt. Ceux qui savent voler sont rares. Je n’en connais pas beaucoup.

— Il y a cet homme qui m’a parlé de vous.

— Oui, et il sait voler aussi. C’est le seul qui s’est intéressé un peu à moi. En général, ceux qui peuvent voler ne savent pas qu’ils en sont capables, et le plus souvent, ils ne me plaisent pas. Inutile de leur révéler le vol.

— Pourquoi me l’avez-vous révélé ?

— Pour ne plus être seule, et parce que le vol vous intéressait. Cependant, la vie dans le monde du vol est monotone. On vole, mais à quoi cela sert-il ? On ne voit presque personne. C’est un monde presque vide qui ne contient que quelques individus comme vous. J’aime les contacts, et quand je vole, voler en compagnie.

— Je ne comprends pas bien. Moi, je connais quantité de gens. J’ai des copains d’étude.

— Combien avez-vous vu de gens dans le monde du vol ?

— Le monsieur et vous.

— Vous voyez bien. Vous n’avez pas été facile à trouver. Moi, je vous ai cherché.

— Comment ?

— En volant. Le monde du vol est quasi désert. Je vous ai repéré d’en haut. Vous êtes le seul qui n’est pas très loin d’où j’habite et qui me plaît. Les garçons qui connaissent les lois du vol ne sont pas nombreux.

— Le monde ordinaire ne vous suffit pas ?

— Et vous, maintenant que vous savez voler, est-ce que le vol vous suffit ?

— Je préfère connaître aussi le monde du vol. Grâce à vous. Comment avez-vous appris à voler ?

— J’ai appris seule, mais j’ai fait comme vous. Je suis tombée un jour sur un réflexe de vol. J’aurais pu ne pas faire attention, car c’était fugitif, mais je m’y suis attardée et j’ai voulu le retrouver. J’ai étudié le vol. J’ai commencé comme cela, et je suis passée par les mêmes étapes que vous. Je me suis perfectionnée. C’est long d’apprendre à voler.

— Pourquoi avez-vous accepté de m’enseigner le vol ?

— Je ne l’ai pas accepté. Je suis allée vous chercher.

— Ce n’est pas cet homme qui m’a donné le don de voler ?

— Vous aviez le don et je le savais. Ceux que l’on rencontre dans le monde du vol ont le don. J’ai demandé à l’homme de m’introduire auprès de vous.

— Directement, ce n’était pas possible ?

— Une jeune fille hésite à s’adresser à un garçon.

— Vous vouliez m’apprendre ?

— Oui. Pour voler avec vous et pour ne pas voler toujours seule dans un monde presque vide. Ceux qui volent réellement sont rares. Sans apprentissage, ils restent au sol.

— Vous avez voulu vous rapprocher de moi ?

— Oui. Vous êtes scientifique et êtes capable de comprendre ce qu’est une force de gravitation, la force qui permet de la vaincre, et comment utiliser les énergies au service des mouvements. J’ai vu que je vous intéressais. Nous avons été mis ensemble en travaux pratiques. Vous avez l’air d’approuver mon travail.

— Attendez ! Êtes-vous l’autre Aline, celle avec qui je suis amené à travailler parce que l’on nous a mis ensemble en travaux pratiques ? Vous lui ressemblez beaucoup.

— Je ne suis pas l’autre, mais j’ai des points communs. J’ai les mêmes qualités qu’elle.

— Vous manipulez donc convenablement et comprenez ce que vous faites, dit Marcel. Vous rédigez bien.

— Merci pour le compliment. Je peux vous le retourner. Les relations avec moi sont plus faciles qu’avec l’autre, car je sais ce que vous pensez.

— Je ne suis pas couplé avec une imbécile. À la fin de la séance de travaux pratiques, le compte rendu est dans votre espace informatique et vous recevez une bonne note.

— Vous aussi.

— Vous ne copiez pas bêtement ni sur moi, ni sur un autre.

— Copier est une bonne méthode pour ne rien apprendre. Je regarde quand même ce que vous faites. Je m’inspire parfois de votre réflexion.

— Moi, de même, dit Marcel, et c’est parfois utile quand certaines choses nous échappent.

— Nous sommes donc satisfaits l’un de l’autre, dit l’ange Aline. Envisagez-vous de demander à changer pour être mis avec un autre étudiant ou une autre étudiante ?

— Non.

— Ne me prenez-vous pas pour l’autre Aline ?

— Je suis effectivement en train de vous confondre, dit Marcel.

— Garder l’esprit clair. Je ne suis qu’une Aline-bis, un ange qui sait voler. L’autre ne vole pas. Elle est bien réelle, dans le monde éveillé.

*****  

10 Aline et Marcel

Tête froide, Aline affirme son sérieux, et elle désire réellement l’être en tout. Elle y parvient dans la plupart des domaines, grâce à sa logique et son flegme, quand elle sait comment s’y prendre. En sciences, elle est à l’aise. Elle l’est moins dans ce qui relève des sentiments. Elle a décidé de se marier à la fin des études avec un bon mari, mais elle a eu du mal à en trouver un qui soit convenable. Sa mère lui ayant proposé très tôt la contraception, elle a fini par l’accepter pour la tranquilliser quand elle a estimé qu’elle devenait utile. Elle pouvait alors recevoir librement des étudiants dans sa chambre, en restant prudente. Elle n’a pas utilisé cette possibilité avant 18 ans, et uniquement pour de courtes périodes. Elle a réalisé qu’il était indispensable de se renseigner sur les garçons pour éliminer les mauvais. Sans les inviter, c’était difficile. En les invitant, la plupart s’excitaient et voulaient l’amour. Dans l’incertitude sur la méthode, en minimisant les risques, elle a cédé à quelques-uns, mais elle n’a trouvé le véritable amour qu’aux dernières vacances avec John en Angleterre, un étudiant anglais donnant des cours de langue à d’autres étudiants comme Aline et venant de l’étranger apprendre l’anglais. Si John n’existait pas, Marcel l’intéresserait beaucoup plus.

Le professeur de physique interroge les étudiants pendant ses cours et la correction des exercices. Quand l’étudiant répond mal, il demande qui peut avoir la bonne réponse, et il envoie souvent ce volontaire au tableau pour poursuivre. Aline, Marcel et Claudine sont les seuls à posséder convenablement les mathématiques et les lois physiques nécessaires pour répondre et avancer dans les calculs en sachant s’adapter à la situation. Les étudiants et le professeur ont vite reconnu qu’ils sont les meilleurs.

L’instinct de Marcel le pousse vers les filles qu’il côtoie comme Aline et Claudine, mais il ne les connaît pas vraiment. Il sait qu’elles travaillent sérieusement, d’après leurs résultats brillants, et qu’elles n’ont pas de liaison apparente, mais c’est à peu près tout.

*****  

 

— Je vole avec vous, dit Marcel, mais dans l’autre monde, nous n’avons pas beaucoup de relations. Nous ne parlons que du sujet de travaux pratiques.

— C’est limité, dit l’ange Aline. Nous sommes plus libres dans le monde du vol. En réalité, c’est différent. La seule interférence entre les deux mondes est ce que vous pensez.

— Cela veut-il dire que quand je vous rencontre dans ce monde, vous ne savez pas ce qui se passe dans l’autre ?

— Oui. Le monde du vol nous est propre.

— En me rapprochant de vous ici, rien n’est-il fait dans l’autre ?

— Ce sont des mondes indépendants, avec leurs lois propres. L’Aline de l’autre monde ne sait pas que j’existe. Je ne suis qu’une Aline-bis.

— C’est bien dommage, mais effectivement, elle n’a pas l’air de connaître votre existence.

— Ce serait trop compliqué, si les mondes interféraient.

— Vous pouvez quand même me conseiller.

— Je suis à vos ordres. Je fais ce que vous voulez.

— Tout ce que je veux ?

— Tout.

— Pouvez-vous m’embrasser ?

— Voilà, dit Aline-bis. C’est facile.

— Et l’autre Aline ne le sait pas ?

— Elle ne sait pas que vous la trompez avec moi.

— Je ne la trompe pas puisque je ne suis rien pour elle.

— Vous aspirez à ce qu’elle vous aime à l’égal de moi, et que vous soyez beaucoup pour elle. Vous l’aimez.

— Est-ce que je vous aime parce que je l’aime ?

— Oui, mais je ne pense pas qu’elle approuverait de me confondre avec elle.

— Je ne comprends plus rien. Comment faire ?

— Soit vous vous contentez de moi. Soit vous cherchez à séduire Aline dans l’autre monde.

— En vous gardant ?

— En me gardant ou sans me garder. Comme je suis à son image, vous pouvez nous confondre. Je ne serais jamais avec vous en même temps qu’elle, puisque nous ne sommes pas du même monde.

— Mais vous pouvez être en même temps dans mes pensées.

— À vous de gérer vos pensées et de ce qui en découle.

— Je pourrais me spécialiser et rester soit dans un monde, soit dans l’autre, ce qui éviterait des conflits.

— À mon avis, ce n’est pas possible. Aucun des mondes ne vous lâchera. Il faut vivre avec les deux. Quand vous dormez, vous pouvez être avec moi. L’autre Aline est dans le monde éveillé.

— Ce n’est pas simple.

— Il est normal de vouloir séduire l’autre Aline. Je ne suis pas jalouse.

— Est-elle exactement comme vous ?

— Non. Je suis idéalisée, déjà séduite et à votre service. L’autre Aline ne vous connaît que par les travaux pratiques et les rencontres dans la salle de cours. Elle est loin d’être à vous. Si vous la voulez, il faut vous remuer. En attendant, allons voler et oublier tout cela.

*****  

 

— J’ai suivi Aline, dit Marcel. Elle habite chez ses parents et a une chambre au premier étage. Vole-t-on jusqu'à sa maison pour que je vous la montre ?

— Allons-y, dit Aline-bis, mais je connais.

— Vous connaissez la maison ?

— Oui. C’est la mienne. Je connais tout ce que vous connaissez. C’est une particularité de notre monde.

— Et vous êtes aussi Aline ?

— En doutez-vous ?

— Pourquoi êtes-vous si gentille avec moi ? Vous êtes la fille idéale.

— Je suis là pour vous plaire. L’autre Aline étudie. Elle a moins de temps à vous consacrer. Il est plus facile de la perdre que moi qui vous suis à la trace.

— Je suis très bien avec vous. Je peux me passer de l’autre Aline.

— Ne la négligez pas. Sans elle, je ne serais plus qu’un souvenir paré sans doute de grandes vertus. Vous ne devez pas vous cantonner dans le monde du vol, un monde secondaire, désert et pauvre. Voler n’avance pas à grand-chose. Nous tournons en rond.

— Mais vous êtes là pour m’aimer.

— Je ne suis que l’image servile de l’autre Aline. Si vous vous enfermez avec moi dans le monde du vol, vous allez vous replier sur vous-même. Ne perdez pas le contact avec l’autre monde. Il est beaucoup plus riche.

— Que me conseillez-vous ?

— Faites votre vie avec l’autre Aline.

— Beau programme, mais comment y arriver ?

— Proposez-lui de travailler plus souvent avec vous. Elle est comme vous. Elle travaille seule et n’a pas de copain connu.

— C’est une idée.

*****  

 

— Aline, dit Marcel ? Avez-vous résolu le problème que l’on nous a posé ?

— J’ai la solution, dit Aline. Et vous ?

— Je l’ai aussi. Voulez-vous voir la mienne ?

— Comme j’ai déjà trouvé, inutile de voir la vôtre.

— Vous ne copiez jamais ?

— Et vous ?

— Je ne copie pas. Les solutions que je donne viennent de moi.

— Cela ne m’aurait pas plus de vous voir copier et avoir des notes non méritées. Travaillons chacun de notre côté. C’est plus profitable.

*****  

 

— L’autre Aline m’a éconduit quand je lui ai proposé de travailler avec elle, dit Marcel à Aline-bis. Elle n’a pas besoin de moi.

— Vous n’avez pas à faire son travail à sa place, ni elle faire le vôtre. Proposez-lui votre collaboration pour augmenter votre efficacité globale.

— C’est à quoi je songeais, dit Marcel. Un petit tour dans le ciel avec vous ? Vous passez devant moi.

— Pour me regarder ?

— Oui. Vous êtes comme l’autre.

*****  

11 Aline et Marcel s’étudient

Mon cher John,

Ce message pour vous annoncer que j’ai rencontré Marcel, un garçon qui suit les mêmes cours que moi. Il m’intéresse parce qu’il est intelligent, et je me suis arrangée pour me mettre avec lui en travaux pratiques pour mieux travailler. Notre collaboration est fructueuse et efficace. Il me change des garçons scientifiques ordinaires, qu’il faut rejeter rapidement et que je fréquente le moins possible, car ils ne sont que des copieurs tout justes bons à chercher les solutions toutes faites sur les écrans. Marcel est souvent avec moi. La proximité me provoque des réactions, comme celles que j’ai eues avec vous et avec mon inconnu. Je ne fais rien pour le séduire puisque mon infidélité est déjà prouvée, mais s’il se met à m’aimer, que faire ? Dois-je dire que je suis avec vous ? Allez-vous être jaloux de lui ? Il est sérieux. Pour le travail, ce serait dommage de le rejeter. Je suis ici en cure de chasteté, comme vous là-bas, pour une période que je me suis fixée et ne souhaite pas écourter. Pour garder notre indépendance, le sexe doit nous obéir. J’y parviens en oubliant l’amour par un peu plus de travail. Je n’ai même pas à me masturber. Marcel m’a perturbée pendant quelques jours, mais je n’ai plus de réaction gênante près de Marcel. Je me contrôle. La présence de Marcel est supportable. Je ne le perturbe pas trop non plus, car il travaille bien. Je vous tiens informé de la suite.

Aline qui vous aime.

*****  

 

— Que diriez-vous d’étudier aussi le cours ensemble, dit Marcel ? L’un pose des questions. L’autre répond.

— J’allais vous le proposer, dit Aline. On peut aussi faire réciter les formules importantes à mémoriser.

— On ne peut pas parler à la bibliothèque, dit Marcel. Cela gênerait. Venez chez moi.

— Dans votre chambre ?

— Oui, si vous voulez.

— Je me méfie des garçons. Je préfère ma chambre quand mes parents sont là. Ils peuvent écouter, mais ils ne nous dérangeront pas.

— Vous êtes sérieuse.

— Et vous ?

— Moi aussi.

— On fait l’essai, dit Aline. Si ça ne marche pas, je vous largue.

*****  

 

— Je travaille avec elle, dit Marcel, et je joue avec vous à voler.

— Je peux aussi réciter avec vous et réfléchir à vos problèmes, mais je ne suis pas capable de résoudre ceux qui sont insolubles pour vous, dit Aline-bis.

— C’est votre limite ?

— Oui. Tout vient de vous.

— L’autre Aline est moins limitée.

— Elle est plus intéressante que moi. Je ne suis qu’une poupée vide avec des dons de perroquet. Pensez à elle plus qu’à moi.

— Vous au moins, vous savez voler.

— Comme vous l’avez souhaité. Je vole comme vous, en utilisant vos compétences en la matière. Je n’ai rien inventé.

— Si je n’avais pas souhaité voler, sauriez-vous voler ?

— Seulement si vous aviez voulu que je vole sans vous et comme vous voulez.

— Tout dépend de moi.

— Je suis votre esclave, votre jouet, que vous pouvez modeler à votre convenance.

— Est-ce que je peux vous faire faire n’importe quoi ?

— Oui, mais sans dépasser la limite. Je n’ai pas de réalité matérielle.

— Vous n’êtes qu’une émanation de moi ?

— Le monde du vol dont je fais partie dépend de vous.

— Ce monde est un mirage.

— Le spectacle que nous regardons en volant vient de votre mémoire. Vous déplorez qu’il ne soit pas très riche, mais avec le temps, vous allez l’améliorer. Un mirage permet la réflexion. Il n’est pas inutile. Vous êtes parvenu à voler avec votre logique. Vous êtes engagé maintenant avec Aline. Elle vous reçoit. C’est le fruit de votre passage dans le monde du vol.

— Si j’ai bien compris, dit Marcel, vous n’êtes que l’image de mes réflexions. Je peux vous changer.

— Oui. Voulez-vous que je devienne une harpie ? C’est facile. Je peux même vous battre.

— Non. Je ne souhaite pas vous transformer en cauchemar. Vous me plaisez comme vous êtes, une jolie fille à ma disposition et qui ressemble à Aline.

— Vous ne savez pas tout d’Aline.

— Pouvez-vous m’aider à savoir ?

— C’est plutôt vous qui me renseignez. Savez-vous comment sont les aréoles de ses seins ? Roses ou brunes ?

— Croyez-vous que je puisse lui demander ?

— J’ai la même opinion que vous. C’est personnel. Je ne le ferai pas.

— Alors, pourquoi posez-vous la question ?

— Vous aimeriez savoir, et ça, je le sais.

— Montrez-moi vos seins. Je saurai si vous êtes bien l’image d’Aline.

— Regardez. Que voyez-vous ?

— Rose. Les aréoles d’Aline sont roses.

— Je rectifierai si elles sont brunes.

— Pourquoi avoir choisi le rose ?

— C’est vous qui avez opté pour le rose.

— Je n’ai pas opté.

— Mais si. Dans l’image que vous vous faites d’Aline, ses aréoles sont roses, et la forme de mes seins est celle que vous croyez qu’elle a : des petits seins mignons et bien fermes. Il est probable que vous vous trompez, car il y a des seins de toutes les formes.

— Je peux vous modeler comme je veux ?

— Oui.

— Montez-moi comment le maquillage peut vous changer.

— Je vais vous en monter plusieurs, en modifiant les cheveux, les sourcils, les cils, la couleur des lèvres et des ongles, et la crème du visage. C’est parti. Celui-ci vous plaît-il ?

— Non.

— Et celui-là ?

— Non.

— Vous m’arrêtez quand vous voulez…

— Aucun ne me plaît. Revenez au premier.

— Le premier est naturel, sans maquillage, avec des cheveux courts sans teinture, les ongles courts et sans vernis, les yeux sans rien, le plus simple à obtenir et à maintenir.

— C’est celui d’Aline. Restez comme ça et ne mettez pas de bijou.

— J’étais sûre que vous iriez dans le sens du naturel. Vous n’aimez pas la complication.

— J’aime ce qui est pratique, peu coûteux, efficace et simple. C’est ce qui m’attire chez Aline. Je préfère les filles qui ne se pomponnent pas, qui ne se fabriquent pas une façade artificielle.

— Et qui sont propres. L’autre Aline doit vous convenir.

— Étant l’image d’Aline, vous devez me convenir aussi. En plus, vous pouvez vous adapter à mes désirs.

— Vous faites de moi ce que vous voulez.

— Voulez-vous avoir des relations sexuelles avec moi ?

— Cela revient à les avoir avec vous-même, ce qui est moins satisfaisant qu’avec une autre. Je suis une image érotique du monde du vol. L’avenir est très réduit avec moi puisque tout vient de vous par l’intermédiaire de votre mémoire. Faire l’amour avec moi est comme se masturber. Je suis une impasse sexuelle.

— Il est préférable que je m’adresse à l’autre Aline.

— Oui. Vous êtes hétérosexuel. Elle a de quoi vous satisfaire mieux que moi.

— Que faut-il faire pour la séduire ?

— Vous avez bien commencé en travaillant avec elle. Sondez-la. Vous serez renseigné.

*****  

12 Aline et Marcel se rapprochent

— Aline, dit Marcel ? Que pensez-vous de moi ?

— C’est pratique de vous avoir avec moi. Je progresse plus vite avec vous que sans vous. J’ai eu raison d’accepter de travailler avec vous.

— C’est tout ?

— Que voulez-vous de plus ? Vos notes aussi sont bonnes. C’est bénéfique pour vous aussi.

— C’est évident. M’aimez-vous ?

— Voilà la question que je craignais et que posent les garçons en pensant au lit, dit Aline. Je vais vous répondre franchement. Je n’envisage pas de coucher avec tous les garçons qui me demandent. Je ne ferais que ça. Je déteste la débauche, les boîtes de nuit, les bals, les fêtes de buveurs et les déviations sexuelles comme la fellation. C’est certainement bien pour d’autres filles, mais non pour moi. Mon but actuel est d’étudier, pour obtenir ensuite un métier qui me donnera l’indépendance matérielle. Je veux du sérieux pour me marier avec un garçon sérieux. Je ne vais pas compromettre cet avenir par des parties de jambes en l’air avec des inconnus sans intérêt.

— Je ne suis pas un inconnu sans intérêt. Je ne suis pas un débauché, et je vous respecte. Aujourd’hui, vos parents ne sont pas là et vous m’accueillez quand même. Leur absence est une invitation à plus d’intimité.

— Je sais, et je le déplore, mais je vous ai fait confiance. Je n’ai pas envie de coucher avec vous. Vous avez la force, mais si vous abusez de moi, c’est fini entre nous.

— L’amour est agréable. Vous pouvez vous laisser faire. Le grand lit est là qui nous tend les bras.

— Prenez la porte Marcel. J’en ai assez entendu. Si vous voulez revenir pour travailler, oubliez tout ça. Ce n’est pas d’actualité.

— Travaillons. Je n’ai rien dit.

— Est-ce bien vrai ?

— Oui, dit Marcel.

*****  

 

— J’ai sondé Aline. Elle est plus difficile à convaincre que vous.

— Elle sait maintenant que vous l’aimez. Laissez-la évoluer. Inutile de la relancer. Elle va penser à vous. Volons-nous ?

— Oui.

*****  

 

Mon cher John,

Marcel s’est déclaré. Il est amoureux. Je l’ai remis à sa place. J’aurais dû me mettre avec une copine, mais c’est trop tard.

Aline qui vous aime.

*****  

 

— Aline n’évolue pas vite. Nous travaillons seulement.

— Deux jours seulement après vous êtes déclaré : c’est peu. Soyez plus patient qu’elle. Plus c’est long et plus elle pense à vous. Elle ne vous considère plus de la même façon, depuis qu’elle sait que vous l’aimez. Avez-vous vu ses regards ?

— Oui. Elle m’observe.

*****  

 

— Elle a bougé. Elle m’a invité à sortir avec elle à vélo dimanche. Cela ne vaut pas le vol, mais je vais me rattraper avec vous.

— Laissez-la venir. Pas de précipitation.

*****  

 

— Aimez-vous le sport, dit Aline ?

— Je ne suis pas un grand sportif, dit Marcel.

— Moi non plus, dit Aline, mais bouger permet de rester en forme. Je marche et je roule à vélo. Avec le ménage, c’est à peu près tout mon sport. Je n’aime pas pousser à fond, mais les kilomètres ne me font pas peur. Je ne vais pas très vite et je laisse la compétition aux autres. Je n’utilise qu’un vélo ordinaire avec des suspensions qui absorbent les chocs. Je préfère le confort à la vitesse.

— Moi aussi. Avez-vous quelque chose contre la compétition ?

— Non, en général, mais je suis par principe contre tout ce qui est dangereux ou blesse. La compétition conduit souvent à des excès, comme le dopage, des accidents ou des prises de risque comme l’absence de suspension d’un vélo de course qui augmente les performances, mais ne filtre pas les secousses. J’aime être première dans les études, mais je tiens à conserver ma santé. La plupart des sports sont dangereux. Il n’y a qu’à consulter les statistiques pour s’en rendre compte. Ceux qui prônent la prise de risque sans en connaître la portée sont des criminels. Ma façon prudente de rouler, avec un vélo qui ne me casse rien, vous plaît-elle ?

— Elle me va, dit Marcel, puisque j’ai fait aussi le choix d’un vélo ordinaire robuste et confortable, mais il y a toujours quelques risques à rouler à vélo. Je porte un casque.

— Moi aussi, bien sûr, dit Aline. Dans presque tout, on rencontre des risques. J’essaie de bien les évaluer, de les comparer et de choisir la solution la moins risquée. En pesant le pour et le contre, j’estime que le vélo, la natation et la marche sont des sports praticables. Le conseil de ceux qui soignent les articulations est de bouger, mais d’éviter les percussions. Le vélo est bon pour la santé s’il est bien suspendu et si on évite les accidents. Le vélo et la marche sont recommandés, mais encore dangereux quand ils mènent en des lieux dangereux. Je refuse d’aller loin sans votre protection ou celle de mon père. Sans cela, je suis moins libre d’aller où je veux. Je pense avoir raison de vouloir rouler avec vous, car vous me respectez, et ma santé s’en portera mieux.

 — Je raisonne comme vous. Nous allons rouler pour notre bien, en douceur. J’emporterai de quoi réparer.

 

Sur la piste cycliste, Marcel suit Aline, la côtoie ou la précède. Ils ne forcent ni l’un, ni l’autre, rétrogradent dans les côtes en gardant le même rythme, et les paysages défilent. De temps en temps, ils font une pause de quelques minutes, pour changer d’être toujours collés à une selle et s’étirer. Quand Aline juge qu’ils sont allés assez loin, elle donne le signal du retour. Ils n’ont presque pas parlé, mais ils se sont bien regardés.

— Est-ce que ça vous a plu ?

— Oui, dit Marcel. Et à vous ?

— Oui, dit Aline. Comme papa ne peut pas toujours se libérer, et que mes copines ne sont sportives qu’en parole ou devant un écran, nous pourrions recommencer. Dimanche prochain, êtes-vous partant s’il ne pleut pas ?

— Ce sera avec plaisir.

— D’autres dimanches, si je vous demande ?

— Oui, dit Marcel.

— Ma sœur Lucie a aussi besoin de sortir, dit Aline. Puis-je l’amener avec moi pour marcher ou rouler ? Elle n’est pas bavarde. Ce serait bien pour elle.

— Comme vous voulez, dit Marcel.

*****  

 

— Je vais demain à la piscine en soirée, dit Aline. Voulez-vous m’accompagner ? Je n’ai personne en dehors de vous pour me protéger des imbéciles. Papa est pris.

— Je ne sais pas très bien nager, dit Marcel, mais je plonge, je flotte et je sais faire la planche.

— C’est à peu près comme moi. Je ne me noie pas dans le grand bain, mais je n’avance pas aussi vite que papa. Je manque d’entraînement.

— Sera-ce avec Lucie ?

— Lucie n’aime pas s’exposer, même à la maison avec nous. Elle est devenue très pudique. Elle estime qu’un maillot de bain moulant attire les voyeurs. Je doute qu’elle accepte si je lui propose. Elle a déjà eu du mal à se décider à nous suivre pendant les promenades.

— Pensez-vous que je l’effraie ?

— Ça doit être ça, dit Aline. Elle se méfie des hommes. Sans moi avec vous, elle resterait à la maison.

— Et vous ?

— Moi, dit Aline, je vous fais confiance. La natation est un bon sport. J’estime que la piscine est moins dangereuse que la chambre. Dans la foule des baigneurs, le risque est faible.

— Oui, dit Marcel.

*****  

 

Mon cher John.

Je ne vous cache rien. Je ne vais pas souvent à la piscine, car papa est rarement libre à mes heures, Lucie n’y va pas, et maman ne sait pas nager quand il n’y a pas pied. J’ai invité Marcel. J’ai vu comment il est. Il n’est pas mal du tout. Il m’a aussi vue. Ce n’était pas la chose à faire, et Lucie me l’a reprochée, mais je n’avais que lui pour m’accompagner. J’en ai assez de l’abstinence et d’un Marcel que je ne n’aime qu’à moitié. Pourquoi n’êtes-vous pas avec moi ? Une femme a besoin d’un homme. Ma cure de chasteté ne va pas durer éternellement. Vivement les vacances pour que nous nous retrouvions.

Aline qui vous aime.

*****  

 

— Pourquoi m’a-t-elle invité à la piscine, dit Marcel ?

— Pour voir comment vous êtes fait, dit Aline-bis. Le physique a son importance.

— J’ai, de mon côté, une idée plus précise de son anatomie, et en particulier des jambes. Elle ressemble à la vôtre, mais elle ne se rase pas les poils sous les bras. Elle est nature. Ses doigts de pieds ne sont pas déformés et le gros orteil est largement séparé du doigt suivant, ce qui est rare chez les filles.

— Elle ne met pas de talons hauts et de souliers serrés, ce qui explique les doigts de pieds non retroussés. Voulez-vous que je me rectifie de ce que vous avez vu à son image ? J’ai attendu avant de le faire.

— Je vous accepterais sans poils aux aisselles, car c’est sans importance, l’entretien étant sensiblement le même. Je ne sais pas ce que les femmes font d’habitude. Moi, je ne les rase pas. Mettez-les pour être plus conforme. Sur les jambes, elle a aussi de petits poils. Ils sont à peine visibles, mais je les ai vus. Elle ne s’épile pas.

— Dois-je en avoir ?

— Enlever des poils si petits, pour donner un effet de lisse que je juge sans importance, est un travail idiot. Aline a raison de ne pas les enlever et de ne pas martyriser sa peau. Laissez-les pousser à leur guise. Je me rase la barbe parce que l’entretien est plus facile que de la garder, mais avec le rasoir électrique, c’est très rapide, ne blesse pas, et je n’ai pas la hantise du rasage de près de ceux qui veulent une lame. Si j’oublie de me raser certains jours, je n’en fais pas une jaunisse. Pour les cheveux et les ongles, c’est plus pratique quand ils sont courts.

— Aline a l’air de raisonner comme vous. Elle est conforme à ce que vous aimez. Elle va au plus pratique et simple.

— Donc, elle ne perd pas son temps à cela comme les autres filles. Maintenant, on sait comment sont les doigts de pieds. Les ongles ne sont pas vernis. Ils me plaisent. Alignez-vous. Elle ne porte que des chaussures plates qui ne serrent pas. Elle a raison, car les orteils et les ongles n’en souffrent pas. J’ai constaté qu’elle marche bien et longtemps. Je l’approuve dans son choix. Le corps était caché par un maillot. Gardez ce que nous en pensons. C’est une fille propre, qui se lave souvent les mains. Soyez propre.

— Je peux changer de nom.

— Quand on aime deux femmes et que l’on les confond un peu, il est préférable qu’elles aient le même nom.

— Avez-vous peur de lui parler de moi ?

— C’est de la prudence. C’est trop personnel.

— Il faudra vous renseigner pour savoir si elle est jalouse.

*****  

13 Aline et Marcel s’acceptent

— Je vais vous présenter à mes parents, dit Aline.

— Je les ai déjà entrevus, dit Marcel. Nous nous sommes salués. Ils sont discrets et restent à distance pour ne pas nous déranger. Mais votre chambre est presque indépendante.

— Oui, mais étant chez eux, ils doivent savoir qui leur fille fréquente. Les bruits de ma chambre leur parviennent. Ils savent que vous êtes là.

— Pour quoi faire ?

— Jusqu’à maintenant, vous n’êtes qu’invité à travailler avec moi. Si j’évolue, je dois les prévenir.

— Ont-ils besoin de savoir ?

— Oui. J’y tiens. Ils m’ont toujours fait confiance.

— Avez-vous fréquenté d’autres garçons ici ?

— Mes parents savent qui j’ai déjà amené ici et pourquoi. Je les préviens toujours de ce que je fais, étant chez eux. Par contre, vous n’avez pas à savoir qui est venu, car beaucoup de garçons demandent la discrétion, et moins on ébruite et mieux c’est. Je suis plutôt pour le secret en ce qui me concerne, à cause des commérages, et je le respecte rigoureusement quand un autre est également concerné. J’ai confiance en vous pour ne rien divulguer. On n’a pas à savoir que vous êtes avec moi.

— Vous avez raison. Je fais de même dans un tel cas.

— Sachez que je mène ma vie d’adulte comme je le veux et que ce n’est pas vous qui me dicterez ma conduite. Ma vie privée ne vous regarde que dans ce que vous faites avec moi. Ce que je fais avec d’autres n’a pas à être interdit par vous. Je respecte la loi qui dit que je suis libre d’aller avec qui m’accepte, et je respecte l’hygiène. Ce n’est pas la peine d’essayer de m’aimer si vous êtes jaloux, et je ne vous parlerai pas de la vie privée intime que je peux mener avec d’autres, par respect pour eux.

— Je ne suis pas jaloux, dit Marcel. Ce qui m’intéresse est ce que vous faite avec moi, et non ce que vous faites avec les autres, si rien de désagréable ne rejaillit sur moi.

— Bien, dit Aline. Précisons votre comportement. Si je me donnais à vous, accepteriez-vous que je puisse me donner à d’autres ?

— Cela, c’est la vraie indépendance. C’est concret et sans ambiguïté.

— Exact. J’y tiens. Répondez s’il vous plaît ?

— Vous y avez droit, dit Marcel, car la loi est pour vous, donc, je l’accepte si ça ne va pas jusqu’à perturber vos relations avec moi. Je vous ai dit que je ne suis pas jaloux. Je réclame seulement, que, par prudence, si vous avez un autre amoureux, il ne soit pas jaloux, car alors là, il pourrait être dangereux.

— Pensez-vous cela sincèrement ?

— Oui. Mais quand on aime plusieurs partenaires, il ne faut pas non plus trop d’interférences. Le nombre des conflits amoureux est là pour nous inciter à la prudence. La plupart des gens ne sont pas capables de maîtriser leurs sentiments. Comme vous semblez maîtriser les vôtres, ce qui est rare, je peux m’en accommoder. Si votre amour est aussi sincère que le mien, c’est possible.

— Vous êtes logique, dit Aline. Je partage entièrement votre point de vue et j’en suis heureuse. Je vous classe dans ceux que je peux fréquenter sans trop de risques. J’envisage donc de vous prendre comme partenaire, mais je garde la possibilité de vous virer si vos paroles ne coïncident pas avec vos actes et si vous voyez d’un mauvais œil mes amis.

— Des amis de lit ?

— Des amis que je peux prendre au lit sans vous demander et si ça me chante. Je suis pleinement adulte, et majeure depuis longtemps. Mon sexe est à moi. Je le gère comme je veux. Voulez-vous l’utiliser en sachant qu’il peut être utilisé aussi par d’autres à ma convenance ? Je vous offre cette possibilité si je ne vous dégoûte pas. Pour être plus précise, sachez qu’il a déjà été visité par d’autres qui y ont déposé leur obole empaquetée dans le préservatif que j’exige avec la propreté. Évidemment, je ne suis pas vierge. Vous l’avez certainement compris. Est-ce clair ?

— Je ne voudrais pas d’une fille qui court les garçons. C’est dangereux.

— Je ne cours pas tous les garçons, et j’espère que vous ne courez pas toutes les filles, mais je suis émancipée, comme la plupart de celles qui nous entourent. Je suis comme elles.

— Elles prennent des risques.

— Les risques ce celles qui ne veulent pas d’un mari inconnu qui leur réservera des surprises. Je dois m’informer avant de m’engager pour la vie. Vous devez aussi vous informer sur votre future femme. Votre vie est en jeu, comme la mienne. Il faut être sérieux. C’est l’avenir qui me guide, et non le plaisir sexuel. Je ne regrette pas de m’être engagée dans cette voie, car je constate qu’il y a très peu de garçons que je supporte. J’ai à trier. Le préservatif, bien utilisé, est heureusement là pour me sécuriser. Il n’est pas parfait. Je vous l’accorde, mais je veux un mari que j’aimerai. Cela me semble impossible en prenant un garçon non testé. Donc, je teste et je ne suis plus vierge. Voulez-vous une vierge, comme autrefois ? Pensez-vous que les quelques garçons que j’ai déjà connus me dévalorisent ?

— Non. L’expérience vous permet de mieux juger, mais il ne faut pas exagérer et tomber dans la débauche.

— Effectivement. Je me limite aux seuls garçons sérieux, et aucun d’eux ne mettra la main sur moi sans que je le veuille. J’abandonne ceux qui me déplaisent.

— Il y a des garçons violents qui peuvent vous soumettre.

— Je les évite soigneusement. Vous ne l’êtes pas. Je vous ai présélectionné comme étant sérieux, et j’ai pu vous inviter dans ma chambre.

— Où j’aurais pu vous forcer.

— Ce n’est pas arrivé, mais, par prudence, j’ai un stérilet, ce qui sécurise quand même, en plus des parents qui sont souvent là, et du préservatif que j’exige.

— Vous êtes organisée. Vous n’êtes pas innocente du tout.

— Je suis ce que je suis, dit Aline. Je me méfie de ce que je ne veux pas. J’aime faire l’amour, et je ne vois pas pourquoi je m’en priverais quand c’est possible sans conséquences néfastes. Je ne suis pas la seule. Les filles d’aujourd’hui connaissent trois fois plus d’hommes que celles d’il y a cinquante ans. Les mœurs ont évolué, et sont plus libres. Je suis dans la ligne des filles qui testent les hommes pour savoir avec qui se marier. À un amant, je réclame le calme, la douceur et l’amour ordinaire non débridé, sans débauche. Si ça ne va pas, si vous désirez des fellations, des lècheries intimes, des partouses, du sadisme ou autres fantaisies de ce genre, je ne suis pas pour vous. J’en ai déjà assez dit sur moi pour que vous sachiez à peu près à quoi vous en tenir. Vous êtes libre de me refuser. Pourquoi voulez-vous qu’à mon âge, je sois innocente ? Pour que je devienne une vieille fille racornie ? Même si je ne suis pas innocente, voulez-vous que nous allions voir mes parents ? Ce n’est pas pour que vous me demandiez en mariage. Je n’ai encore rien décidé à ce sujet. J’ai un lit qui grince quand il est chargé, même si nous ne bougeons pas beaucoup. Je ne voudrais pas qu’ils s’inquiètent. C’est simplement pour qu’ils sachent que vous ne me violez pas, et que c’est moi qui vous ai invité. Ils admettent que je prenne un petit ami sérieux. Ils sont compréhensifs et préfèrent que je ne leur cache pas mes amants. Je désire savoir comment vous vous comportez, et je suis en mesure de vous répondre, si vous avez des besoins à satisfaire, sans que cela vous engage envers moi. Je ne vous force pas la main. Je m’informe.

— Pourquoi m’avez-vous refusé quand je vous l’ai demandé ?

— Parce que, pour vous accepter, j’ai pris le temps de vous évaluer. Quand vous m’avez demandée, je vous connaissais insuffisamment. Je ne choisis pas au hasard. Je ne me mets pas avec n’importe qui. Je vous ai observé et je pense que vous me convenez. Le principal est que vous êtes intelligent, que vous n’avez pas d’addiction dangereuse, et que vous n’aimez ni la fête prétexte à boire et à se droguer, ni les excentricités. Ne me faites pas regretter l’offre de me mettre avec vous pour vous jauger complètement. Soyez comme je l’espère. Mais attention : en nous mettant ensemble, nous n’allons pas nous disperser. Si vous voulez aller avec une autre fille en même temps que moi, je vous rejette. Aucun mélange. Que faites-vous ?

— Je me mets avec vous.

— Admettons, dit Aline, mais je voudrais être encore plus certaine de ce que je souhaite de vous. Nous serions libres tous les deux d’aimer, et notre liberté s’arrêterait à celle de l’autre. Autrement dit, nous n’avons rien à imposer à l’autre, qui est libre de dire oui ou non, et de faire ce qu’il veut sans en référer à l’autre.

— Sans aucune fidélité ?

— Je ne suis pas fidèle ! J’ai testé d’autres garçons. Je les ai presque tous quittés définitivement avant de me donner, car je suis difficile. J’ai cessé de les aimer, mais je suis capable d’en aimer plusieurs et d’être ainsi infidèle. Pour moi, la fidélité est généralement un esclavage contraire à la liberté de l’individu. Elle résulte souvent d’un conditionnement de l’individu pendant sa jeunesse, qui lui impose un comportement réflexe fidèle qui, pour moi, n’est plus justifié quand il est devenu adulte, éduqué et responsable. Sans pression extérieure, on est naturellement infidèle ou fidèle. La fidélité n’est acceptable que libre, donc hors promesse, dressage ou contrainte, et l’infidélité ne doit pas non plus conduire à l’insécurité de soi et du partenaire. Vous pouvez êtes fidèle si vous le voulez, mais vous ne devez pas me l’imposer, même contre votre propre fidélité. Vous respectez l’autre en ne lui imposant rien, en ne le mettant pas en danger par un autre partenaire dangereux, et en le prévenant, dans la mesure du possible, des périodes d’infidélité où vous ne serez pas disponible, pour lui permettre de prévoir son emploi du temps. Je réclame la garantie d’aucun transfert de l’un à l’autre des maladies transmissibles. Cela implique l’hygiène par le préservatif et un emploi non sexuel de la bouche, que trop de gens utilisent sans protection et sans en voir le danger qui vient de ce que nos muqueuses et nos sécrétions ne doivent jamais entrer en contact avec celles du partenaire. Le baiser sur la bouche n’est pas hygiénique, et il est préférable de l’éviter. Ma sexualité est libre, respectueuse, et elle le restera. Elle est là pour me conduire, le moins dangereusement possible, vers un mariage avec un homme adapté. Comme vous êtes un mari possible, je dois m’informer plus avant sur vous. Si vous ne vous y opposez pas, je consulterai votre dossier médical, et je vous testerai. Est-ce clair ?

— Pas très, dit Marcel. Je suis perdu. Vous ne voulez pas de mélange.

— Aucun mélange, dit Aline. Le mélange, c’est avoir deux partenaires en même temps. Je n’en veux pas. On se consacre à l’un ou à l’autre.

— Donc, il faut être fidèle à l’un d’eux.

— Non. Ce n’est pas indispensable. On peut avoir des partenaires successifs, par périodes. Je suis allée avec des hommes. Je peux aller avec vous, car je ne suis plus actuellement avec un de ces hommes. Si je vous quitte, je peux avoir un autre partenaire. Mon amour n’est pas exclusif. J’ai le droit d’aimer plusieurs hommes. Pour bien vivre en société, il faut aimer son prochain, et ne pas être égoïste.

— Bon, dit Marcel. Je vous fais confiance de savoir ce que vous faites, et je vous accepte comme vous êtes.

— Puisque vous accepter une infidèle, dit Aline, vous vous mettez avec moi pour que je teste l’accord possible avec vous, en vivant comme en couple. Commençons par les parents. Je vais vous présenter. Ils n’interviennent pas dans mes décisions, mais je les informe et ils viennent à mon secours si je les appelle.

*****  

14 Aline, Marcel et Christiane

— Aline est à moi, dit Marcel à Aline-bis.

— N’est-ce pas plutôt vous qui êtes à elle ?

— Je vous aime encore. Ma pensée est libre.

— Croyez-vous qu’elle me découvrira ?

— Elle est favorable aux amours multiples. Le monde du vol étant bien séparé de l’autre, je n’ai pas l’intention de lui parler de vous, bien que vous ne soyez pas dangereuse pour elle. Nous volerons encore ensemble, si vous le permettez.

— Je fais ce que vous voulez.

— Et Aline fait ce qu’elle veut, mais j’aime les femmes qui ont du caractère.

— Je n’en ai pas beaucoup.

— Du caractère, il en faut pour voler.

*****  

 

Mon cher John,

Ma période d’abstinence est terminée. Vous êtes trop loin. Je suis avec Marcel. Il est parfait et très gentil. La vie est douce avec lui. Je vais l’aimer autant que vous. Alors, êtes-vous jaloux ?

Aline qui vous aime encore, malgré Marcel.

*****  

 

Ma chère Aline,

Je n’ai pas votre chance. Pour tester votre jalousie, je n’ai pas encore trouvé la perle. Il n’y a pas ici de fille à tester. Je vais redoubler d’efforts, mais il faudra sans doute que j’attende la fournée des vacances pour avoir un choix parmi celles qui viennent pour améliorer leur anglais. Il y en a peut-être qui aiment travailler comme vous.

Je souhaite bien du plaisir à Marcel. J’ai hâte de prendre sa place.

John qui vous aime.

*****  

 

Mon cher John,

Marcel ne vous gêne pas puisque vous n’êtes pas ici. Essayez de faire de même avec une fille. N’oubliez pas que j’ai réservé les vacances avec vous. Je vous donne encore priorité pour cette période. Je préfère que vous testiez les filles quand je ne suis pas avec vous, mais si vous en trouvez une de potable quand je serai avec vous, il ne faudra pas l’ignorer.

Avec Marcel, tout est parfait. Il a les mêmes goûts que vous et le naturel que vous appréciez lui plaît. Je m’habitue à lui comme à vous et nous travaillons bien. Je suis avec lui jour et nuit, ce qui est très agréable.

Aline qui vous aime autant que Marcel.

*****  

 

Ma chère Aline,

N’ayez crainte. Même si je trouve une fille, je vous réserve la plus grande partie des vacances. Nous avons les mêmes idées. Je ne peux pas trouver mieux que vous.

John qui vous aime.

*****  

 

Mon gentil Marcel,

Je dois porter ma voiture chez le garagiste, et je n’ai personne pour me ramener chez moi après les cours. Êtes-vous libre jeudi soir ? Pouvez-vous venir à mon secours ? Si oui, je vous invite à dîner et à passer la soirée ensemble. Vous me suffirez comme cadeau.

Christiane.

*****  

 

— Christiane m’a contacté, dit Marcel à Aline-bis. Elle m’invite chez elle.

— Pour coucher avec vous ?

— C’est probable. Elle m’a déjà invité une autre fois, mais je n’y suis pas allé.

— Pourquoi ?

— Je ne savais pas faire avec les femmes. J’ai été prudent.

— Maintenant, vous savez faire.

— Mais je suis avec Aline.

— Aline dit qu’elle n’est pas jalouse. Testez-la.

— Elle m’a dit de ne pas avoir une autre fille en même temps qu’elle. Pensez-vous que c’est à faire ? C’est contradictoire.

— Demandez des précisions à Aline.

*****  

 

— Aline, dit Marcel. Regardez ce message de Christiane.

— Sa lecture montre qu’elle a besoin de votre aide. Allez-y. Faites ce qu’elle vous demande.

— Elle me demande de coucher avec elle.

— Bien sûr. J’avais compris.

— Me conseillez-vous de le faire ?

— Vous en avez envie puisque vous me présentez le problème. Vous êtes un garçon, et les garçons ont ce genre d’envie. Je ne vous empêche pas d’y aller. D’ailleurs, les filles le font aussi, ce qui est le cas de cette Christiane.

— Mais je ne serai pas avec vous.

— Deux possibilités. Vous restez avec elle après l’avoir testée, et vous me quittez, ou bien, vous me revenez sans rester avec elle. Je n’aurai pas à m’inquiéter de votre absence le jour du test puisque je saurai où vous êtes. Je vous conseille d’aller faire connaissance avec Christiane. Cette fille cherche comme moi un mari. Elle a des visées sur les meilleurs garçons qu’elle connaît. Cela n’a rien de répréhensible. Coucher est la meilleure méthode pour être informé sur un partenaire. Cette méthode est à utiliser avec modération, mais elle convient pour une évaluation rapide. Vous serez vite en mesure de savoir si vous voulez continuer avec elle.

— Vous n’avez pas utilisé cette méthode rapide avec moi.

— Avec vous, j’avais le temps, et j’étais dans une période d’abstinence volontaire. Comme rien ne pressait, j’ai différé le test. L’expérience accumulée par les tests m’est très utile. Je peux vous comparer à d’autres. Sans cela, on ne peut pas juger objectivement. Faites comme moi. Cette soirée avec Christiane vous sera profitable. Testez-la et comparez avec moi. Si vous le souhaitez, nous en reparlerons ensuite.

— Donc, vous m’envoyez à elle.

— Oui, et je vous remercie de me prévenir. Vous n’étiez pas obligé.

— Expliquez-moi pourquoi je peux aller avec Christiane, alors que vous m’avez dit que vous ne partagiez pas ?

— Tout simplement parce que tester permet de rester ouvert à de nouveaux amours possibles, mais que tester n’est pas se partager. Il y a quelque temps, j’ai rencontré un garçon qui m’a semblé intéressant. Je l’ai testé. Une fois m’a suffi pour le classer dans ceux que je rejette. Ce n’était qu’un intermède informatif qu’il vaut mieux oublier toutes les fois qu’il aboutit à un résultat négatif et n’a donc pas de suite. Ce n’est pas toujours aussi rapide. J’ai procédé à des tests qui ont duré plusieurs semaines, mais je n’avais pas d’autre partenaire en même temps. Il faut de la durée dans un partage avec deux partenaires, donc avoir des relations suivies avec les deux, et passer de l’un à l’autre. C’est très différent du test qui reste ponctuel. Je teste, mais je ne me partage pas avec deux partenaires qui vont vivre avec moi, donc ensemble ou presque. Je ne mets pas deux hommes dans mon lit. Si je veux en aimer un autre, je vous quitte et je vais avec l’autre.

— L’envisagez-vous ?

— Quand on est capable d’aimer plusieurs partenaires, il n’y a pas de raison de se consacrer toujours au même. S’ils ne sont pas jaloux, ils peuvent comprendre qu’il faut tolérer l’existence de l’autre. Nous ne sommes pas seuls au monde.

— Il faut donc partager ?

— Non. Sans partager, sans ménage à trois, mais en réservant des périodes à l’autre.

— Ce n’est pas très concret pour moi.

— C’est pourtant simple. Actuellement, je suis avec vous, et je ne me partage pas, même si je peux tester transitoirement un garçon, ce qui ne compte pas, car en général cela n’aboutit pas. Une rencontre de test par-ci par-là, qui n’aboutit pas toujours à une relation sexuelle. Pratiquement toutes les nuits, je les passe avec vous. Vous m’avez entièrement. Si j’ai un autre amour pérenne, je vous quitte pour passer mes nuits avec lui, et je serai entièrement à lui et vous m’attendrez. Comme vous n’êtes pas jaloux, vous me le permettez. Comme je l’ai aussi choisi non jaloux, je peux le quitter et aller vers un autre amour.

— À votre convenance ?

— Et à celle de mes amours, car je ne suis pas jalouse.

— C’est compliqué. Est-ce que ça marche ?

— Oui, si personne n’est jaloux des amours d’un autre, et n’a d’addiction amoureuse. Il est important de tester la jalousie des intervenants, car elle peut tout flanquer par terre. Vous allez tester Christiane. Si elle est jalouse et que vous restez avec elle, je n’irai plus jamais avec vous, même si je continue de vous aimer. Pour me retrouver, il faudrait que vous n’alliez plus avec Christine et que tout danger soit écarté.

— Je retiens que je suis avec vous, et que vous me conseillez Christiane.

— Allez la tester en passant une nuit avec elle, et ne vous faites pas de souci. Je vous le permets.

*****  

15 Marcel avec Christiane

Christiane,

Je suis parvenu à me libérer pour la soirée que vous me préparez. J’espère vous plaire, et je n’apporterai que moi-même.

Marcel.

*****  

 

— J’ai fait connaissance avec Christiane, dit Marcel à Aline.

— Et vous me revenez. Vous me préférez donc.

— Oui, dit Marcel. Christiane me déçoit. Je me l’imaginais comme vous, mais elle est différente. Elle a trop de défauts.

— Lesquels, si vous êtes en mesure de me les révéler ?

— Ce ne sont pas nécessairement des défauts pour un autre, mais des particularités qui ne me plaisent pas. D’abord, elle avait une présentation encore plus sophistiquée que d’habitude. Elle avait certainement fait des frais de maquillage pour moi, alors que je préfère le naturel.

— Il fallait la prévenir de vos goûts.

— Passons là-dessus, bien que je ne voie pas l’intérêt des bracelets, des colliers, des boucles d’oreilles et des bagues. Elle n’avait pas de piercings et de tatouages, mais elle avait de petites peintures effaçables ou décalcomanies sur la peau, des cheveux devant les yeux, des ornements d’après elle. Elle avait mis les petits plats dans les grands, acheté des fleurs et le tout avec un fond musical. Je n’y suis pas sensible à tout cela. Pour moi, c’est inutile et plutôt négatif, avec, à la clé, du temps et de l’argent perdu.

— Vous n’êtes pas classique.

— Elle m’a proposé des apéritifs et elle a ouvert une bouteille de champagne dont je n’ai pas voulu.

— Elle voulait vous faire plaisir. Le champagne est très prisé.

— Je l’admets, mais elle l’a bue entièrement en plus des apéritifs qu’elle a voulu finir.

— Pour vous qui ne buvez pas, elle a fait une erreur, mais elle ne savait pas.

— Elle savait puisque j’ai refusé, mais elle ne voulait pas perdre une bouteille ouverte. Elle était assez gaie. Elle m’a gratifié d’un strip-tease.

— Moi aussi, je vous en offre quand je me déshabille. Vous avez l’air d’apprécier. Vous ne détournez pas le regard et détaillez bien ce qui apparaît. Vous touchez et caressez, ce qui me plaît assez.

— C’est beaucoup plus calme avec vous. Ce n’est pas un spectacle endiablé. Elle me passait et repassait sous le nez avec des mimiques aguicheuses. Ensuite, elle ne voulait pas de préservatif, arguant qu’avec moi c’était inutile.

— Elle doit être saine, cette fille. Elle ne va pas avec des débauchés. Elle n’a pas mauvaise réputation.

— Faites-vous l’amour sans préservatif ?

— Non.

— Moi non plus. J’en ai mis un. Elle n’a pas osé s’y opposer.

— Et c’était bien ?

— Je me préparais pour elle, mais elle a continué à boire. Après l’euphorie, elle s’est mise à tituber. Elle ne savait plus ce qu’elle faisait. Je l’ai poussée sur le lit. Elle s’offrait et me retenait. Je l’ai caressée, mais elle est devenue progressivement inerte. J’ai mis une couverture sur elle, et je suis parti.

— Sans faire l’amour ?

— Elle ne réagissait plus. Elle n’était plus qu’une poupée endormie et sans âme. Mon envie a disparu. Le préservatif n’a pas servi. Je n’ai pas attendu qu’elle se réveille.

— Quelles caresses avez-vous utilisées ?

— Les mêmes qu’avec vous. Celles qui vous incitent à continuer, mais c’était sans réaction de sa part. J’insistais, mais sans qu’elle bouge. Elle cuvait son vin. Comment une aussi belle fille peut-elle en arriver là ? J’étais bien disposé, et elle m’a lâché en se noyant dans l’alcool. Elle était un pantin entre mes mains, une poupée adorable, mais sans vie, et incapable de revivre. Avec vous, quand je fais l’amour, vous réagissez. Je l’ai lâchée.

— Je vois, dit Aline. Tout est à refaire avec elle. Un nouveau test peut être utile en faisant part de vos critiques auparavant, et en lui disant de ne pas boire. Cette fille n’est pas bête. Elle comprendra que vous souhaitez lui faire plaisir.

— Non, dit Marcel. Je n’y retournerai pas.

— Elle s’est donnée à vous. Les ivrognes ne se souviennent pas de ce qu’ils ont fait. Elle croit peut-être que vous avez fait l’amour avec elle, car rien ne vous en empêchait.

— Je l’ai portée et retournée pour la placer au milieu du lit comme un pantin, dit Marcel. J’ai essayé de la réveiller. Elle ne réagissait plus quand je la touchais, même aux points sensibles. Je sais maintenant comment elle est. Je ne m’en occupe plus. Je suis mieux avec vous. Qu’auriez-vous fait à ma place ?

— Je ne suis pas un homme, mais j’ai rencontré des hommes de façon analogue. J’étais prête à les aimer, et je pensais qu’ils étaient comme je le souhaitais. Je me suis donnée, et souvent plusieurs fois, jusqu’à ce que je constate après coup qu’ils avaient des addictions qu’ils n’abandonneraient pas pour moi. Mes effets en ont été coupés comme les vôtres. Déçue, je ne les ai plus aimés. Ils me dégoûtaient, comme vous l’avez été. Je réagis comme vous. Presque tous les hommes sont drogués. Ils disent d’ailleurs qu’ils ne le sont pas, car leur drogue (l’alcool, le tabac, le cannabis ou une autre drogue) n’en est pas une pour eux. Nous faisons partie d’une minorité. Nous devons l’admettre. Le malheur est qu’il faut les fréquenter pour savoir, et que l’on perd son temps avec ces gens-là. En plus, il faut les ménager, ne pas se brouiller, pour ne pas avoir de retour de bâton. Nous sommes des anormaux pour eux. Soyez diplomate avec cette fille. Parce qu’elle ne se souvient plus, dites-lui que vous avez passé une bonne soirée, et si elle vous demande ce que vous avez fait avec elle, dites-lui que vous l’avez bien appréciée.

— C’est un mensonge, dit Marcel.

— Mais non. Ne l’avez-vous pas caressée ?

— Oui, et j’avoue assez longtemps. C’est une belle fille. Elle était nue et s’était offerte. Tout était accessible, et j’y avais accès. J’étais quand même émoustillé. Ce n’est pas si souvent que je peux caresser, palper librement un corps de fille vivant et chaud, et bien observer à loisir en trois dimensions, mieux que sur des écrans. Elle dormait et ne se réveillait pas. J’ai tout caressé, tout exploré, un peu massé, mais légèrement, sans la brusquer. Je ne voulais pas abuser d’elle.

— Vous l’aimiez au moins un peu, dit Aline. Vous avez pratiqué des attouchements sexuels, qui valent de petits massages, sans qu’elle puisse s’en plaindre. C’est pour moi analogue à utiliser un préservatif avec lequel le seul effet direct réel est de masser. Vous avez été honorée qu’elle s’offre. N’hésitez pas à lui dire que vous l’avez aimée, car c’est vrai. Vous avez profité d’elle, même s’il n’y a pas eu d’éjaculation. Pour la loi, vous avez fait l’amour avec elle. Vous avez profité de la voir perdre la sensation de vos actes. Nous vivons au milieu d’un monde d’addictions dangereuses. Ne nous coupons pas de ce monde qui est le monde réel. Nous ne pouvons pas le changer. Il est préférable d’avoir des amis plutôt que des ennemis. Je fais attention à ne pas heurter mes anciens amants de quelques jours, que j’ai en grande partie perdus à cause de leurs addictions. Faites comme moi. Christiane est à ménager.

— Ainsi, dit Marcel, vous considérez que j’ai fait l’amour avec elle.

— Bien sûr, dit Aline. Soyez-en persuadé, mais vous n’avez pas abusé d’elle. Elle s’est donnée à vous. Il n’y a rien à vous reprocher. Remerciez-la de vous avoir aimé.

*****  

 

— J’ai tout déballé à Aline, dit Marcel. Elle l’a pris à la légère, bien qu’elle soit de bon conseil.

— Elle doit être contente d’avoir éliminé Christiane, dit Aline-bis. Elle a bien manœuvré en vous poussant dans ses bras. Elle vous attache à elle en vous montrant que les autres filles n’arrivent pas à sa hauteur. Elle jouait sur du velours avec cette fille-là.

— Aline est trop sûre d’elle.

— Y a-t-il quelque chose qui n’irait pas ?

— Je ne sais pas. Aline me déconcerte. N’y pensons plus et volons. J’oublie Christiane. Faisons un grand tour.

*****  

 

Mon cher John,

J’ai envoyé Marcel à Christiane pour ne pas le brider, et qu’il la teste. Cette fille fait des manières, ce dont il a autant horreur que vous. Il est revenu dégoûté. Il m’aime un peu plus, ce qui me le fidélise. Il a pu constater que je ne suis pas jalouse. Maintenant, il connaît nos idées de tolérance et de respect de la liberté de l’autre. Il les accepte. Il est donc assez proche de vous. Comme il est dans le même domaine de travail que moi, il a un petit plus sur vous. J’aurais tendance à le préférer à vous (et ce n’est pas seulement pour tester votre jalousie). Il faudra que je lui révèle votre existence pour voir s’il est jaloux. Nous faisons bien l’amour, ce qui me décontracte.

Aline qui vous aime.

*****  

16 Marcel avec Sylvie et Aline avec Georges

— J’ai parlé de toi à Sylvie, dit Georges à Marcel. Tu lui fais beaucoup d’impression et elle se mettrait volontiers avec toi.

— En te quittant ?

— Peut-être. Je ne critique pas son choix. Tu lui conviens mieux que moi.

— Je te la laisse.

— Si ce n’est toi, ce sera un autre, comme Robert. Elle serait heureuse que tu lui accordes au moins un peu d’attention.

— Quel genre d’attention ?

— Elle pense qu’elle peut t’attirer si tu acceptes d’avoir quelques relations avec elle. Cela amorcerait la pompe.

— Quel est ton rôle là-dedans ?

— J’intercède en sa faveur. Je lui fais plaisir en te livrant à elle.

— Moi, je suis avec Aline.

— Tu m’as dit qu’Aline t’a envoyé à Christiane. Pourquoi pas à Sylvie ? Sylvie est mieux que Christiane. Je te vois mieux avec Sylvie qu’avec Aline. Aline n’est pas faite pour toi.

— Pourquoi ?

— Elle t’a envoyé à Christiane.

— Comme toi, tu veux m’envoyer à Sylvie.

— Ce n’est pas dans le même dessein, dit Georges. Aline t’a envoyé à Christiane pour montrer qu’elle n’est pas jalouse. Je te propose Sylvie pour t’éloigner d’Aline. Elle est capable de se faire aimer de toi, comme elle l’a fait de moi et de Robert.

— Je souhaite rester avec Aline.

— J’ai quelques renseignements sur Aline qui peuvent t’intéresser. Sylvie a demandé son avis sur Aline à son copain Robert. Celui-ci connaît bien Aline pour avoir essayé de se rapprocher d’elle. Ils ont vécu quelque temps ensemble pour s’évaluer. Ils se sont quittés assez vite, sur l’initiative de Robert. Il reproche à Aline d’avoir des principes.

— Quels principes ?

— Des principes sur le comportement, sur la jalousie, sur l’égalité homme-femme, qui lui semblent trop rigides et peu fondés.

— Je connais les principes d’Aline. Ils ne me gênent pas.

— Robert a été gêné, dit Georges. Alors qu’Aline lui disait le laisser libre, elle lui a demandé de choisir entre elle et Sylvie qu’il ne voulait pas laisser de côté. Il a choisi de la quitter.

— Aline a effectivement une conception du partage particulière. Je pense avoir compris pourquoi ça n’a pas marché avec Robert. Il voulait trop. Elle distingue test et partage. Ce n’est pas une raison suffisante pour que je refuse Aline. Elle laisse parfaitement libre pour les tests. Elle l'a prouvé avec Christiane.

— Alors, je vais parler à Aline de Sylvie si tu ne t’y opposes pas. Elle devrait t’envoyer à elle. Cela contenterait Sylvie.

— Qu’est-ce que cela prouvera ?

— Qu’Aline s’occupe plus de sa jalousie que de toi. Tu es trop tendre pour elle. Il te faut une fille qui t’aime simplement. Aline te réserve des surprises. J’en mets ma main au feu. Teste Sylvie puisque Aline va t’y pousser. Sylvie est plus saine qu’Aline. Va avec Sylvie. Tu n’auras pas d’ennui avec elle. Est-ce que je parle à Aline ? Il faut bien la tester, ton Aline.

— Fais-le puisque tu y tiens.

*****  

 

— Ma copine Sylvie voudrait tester Marcel, dit Georges à Aline. J’y suis favorable. Qu’en pensez-vous ?

— Aimez-vous Sylvie ?

— Oui. Je suis bien avec elle.

— Je pense que vous n’êtes pas jaloux. Les garçons comme vous m’intéressent.

— Vous voudriez sans doute me tester ?

— À l’occasion.

— Je vous inscris sur mes tablettes de filles qui me recherchent. Pour le moment, Sylvie me suffit. Parlons de Marcel. Il n’acceptera pas Sylvie s’il n’a pas votre accord.

— Marcel fait ce qu’il veut avec Sylvie. Je n’ai pas à intervenir.

— Marcel vous aime. Si vous le laissez libre, il n’ira pas avec Sylvie.

— Sylvie est pourtant une fille bien. Il n’y a pas d’obstacle.

— C’est vous l’obstacle, dit Georges. Si vous ne le poussez pas, il n’ira pas.

— Je vais voir avec Marcel, dit Aline.

*****  

 

— Georges m’a dit que Sylvie vous cherche, dit Aline à Marcel. Sylvie étant une fille qui peut vous convenir si elle n’est pas jalouse, je vous conseille de la tester.

— Comment tester sa jalousie ?

— Je propose de tester Georges pendant que vous testerez Sylvie. Demandez à Georges son accord.

— C’est de l’échangisme.

— Non. L’échangisme est répétitif. Ce sera seulement un double test. Nous aviserons une fois informés.

*****  

 

— Aline a réagi comme tu le prévoyais, dit Marcel à Georges. Si je vais avec Sylvie, il faudrait aussi que tu ailles avec Aline.

— Cela ne me gêne pas d’aller avec Aline si tu y es favorable.

*****  

 

— Mon test avec Georges est bon, dit Aline.

— Le mien avec Sylvie aussi, dit Marcel. Elle ne m’impose rien, mais a été contente de faire connaissance.

— Que faites-vous ? Georges étant occupé avec Sylvie, je propose de continuer ensemble, dit Aline.

— Oui, dit Marcel.

*****  

 

— Sylvie est une gentille fille, dit Marcel à Aline-bis.

— L’aimez-vous ?

— Il est difficile de ne pas l’aimer. Georges doit être heureux avec elle.

— Ne le jalousez-vous pas ?

— J’ai Aline. Elle me suffit, mais je suis heureux de m’être bien entendu avec Sylvie.

— Alors, volons.

*****  

17 Lucie et Aline

Lucie dit à sa sœur Aline :

— J’estime que je suis assez vieille pour avoir une activité sexuelle, et les parents aussi. Ce serait comme pour toi. Ils me proposent un stérilet ou un implant avant les vacances pour que je sois plus libre.

— C’est ce que j’ai obtenu le moment venu. Tu as bien des fantasmes avec des garçons.

— Oui, depuis longtemps.

— Cela prouve que tu es à l’âge des amours.

— En as-tu eu à mon âge ?

— Bien sûr, dit Aline. Tu as résisté aux sirènes de l’amour jusqu’à maintenant, mais il va falloir penser à ton avenir familial. Maman et moi préférons le stérilet ou l’implant, à la pilule ou le patch, car nous avons peur d’un oubli. En l’acceptant, on est plus tranquille. Tu es largement majeure. La contraception est utile pour se frotter aux garçons. Je te l’assure. Ce n’est pas simple. As-tu un problème ? La refuses-tu ? Les visites au médecin te gênent-elles ?

— Non. Le médecin choisi par maman est une femme. Puisque tu l’as accepté, je peux aussi. Tu t’en trouves bien.

— C’est plus facile que de se donner les premières fois, quand on n’est pas certain de celui que l’on a choisi.

— Oui. Je ne comprends rien aux avis contradictoires des copines. Comment as-tu choisi un garçon ?

— Je ne suis pas sûre de pouvoir bien te conseiller. Mes choix n’ont pas été bons au début, et ce qui me convient n’est pas nécessairement ce qu’il te faut. Je ne réagis pas comme la plupart des femmes. Les hommes que j’aime sont particuliers. Je suis difficile.

— Ne te défile pas. Dis-moi comment choisir.

— Tu peux suivre les conseils de maman. Tu cherches un homme à aimer, et quand tu l’as trouvé, tu le gardes.

— Beaux conseils ! Quand le problème est résolu, il ne se pose plus. Ne peux-tu m’éclairer un peu ?

— Je n’ai que mon expérience. J’ai choisi assez au hasard pour les premiers en suivant mon instinct. Après des échecs que je ne commenterai pas, j’en ai trouvé un bon en Angleterre, et ici j’ai trouvé Marcel, mais celui-là, le dernier, je l’ai observé longtemps avant de me décider. Je n’étais pas pressée. C’est une bonne méthode. Ne pas se précipiter et observer, pour éviter les désillusions. Maintenant, je deviens capable de repérer ceux qui sont pour moi. Ils ne manquent pas.

— Les bons pour toi sont-ils les bons pour moi ?

— Tu n’es pas une excitée. Nous avons sans doute à peu près les mêmes goûts et les mêmes exigences. Il faut aussi, si possible, des cultures voisines ou compatibles.

— Comme toi avec Marcel qui êtes tous deux des scientifiques.

— Tu n’es pas scientifique, mais il n’y a pas incompatibilité. Je m’entends bien avec toi malgré cette différence de culture. Il y a quand même un fond commun. Tu es logique. Pour moi, c’est le plus important.

— Ce qui veut dire que je pourrais m’entendre avec Marcel. Et bien, tu vois, on a avancé. J’ai un exemple de choix possible. Depuis que tu es avec Marcel, tu es transformée. Je sens que tu es bien avec lui. Je doutais de l’amour quand tu étais avec les autres. Ils ne te convenaient pas. Tu étais triste. Maintenant, tu rayonnes de bonheur. C’est ton évolution qui m’incite à me mettre à l’amour, en m’inspirant de ce que tu as fait pour le trouver, mais en cherchant à éviter les mauvais choix.

— Je t’approuve de me copier sans faire mes erreurs. Je peux te conseiller. Avec le temps, je suis quand même parvenue à mes fins. C’est le principal. Marcel me satisfait pleinement. Nous nous aimons.

— Crois-tu que tu t’y prennes bien avec lui ?

— Me critiques-tu ? Pourquoi ?

— Je n’ai pas ton expérience des hommes, mais tu vas abandonner Marcel pour aller en Angleterre. Il est bien, Marcel. Je l’ai observé pendant nos promenades. Qu’est-ce qu’il est pour toi, cet Anglais ?

— John est un garçon que j’ai rencontré et aimé avant Marcel. Je l’aime encore. Je n’ai rien à lui reprocher. Il m’a très bien appris l’anglais.

— Au lit ?

— Au lit aussi, bien sûr ! J’étais tout le temps avec lui. En plus des cours qu’il donnait, j’ai bénéficié de sa présence continuelle.

— Pourquoi toi ? L’as-tu cherché ?

— Oui, dit Aline. Je l’ai cherché parce qu’il était un bon enseignant débutant à peine plus âgé que moi et d’un physique avantageux, et j’ai tout de suite vu que nous avions des affinités. C’était facile. Il raisonnait comme moi et il n’avait pas d’addiction. Les autres élèves avaient des copains. Je n’avais pas de concurrence. J’ai obtenu la place. Je ne suis quand même pas trop mal puisqu'il m’a acceptée.

— Il a soigné sa petite élève au lit, dit Lucie.

— Ne l’abaisse pas parce qu’il m’a soignée. Je ne suis pas contre le plaisir charnel quand il est accompagné du plaisir intellectuel. Je suis allée à lui librement et je n’aurais pas continué avec lui s’il ne m’avait pas plu. Nous nous sommes soignés mutuellement. Il ne m’a rien imposé et moi non plus. Nous avons des idées voisines, ce que je trouve rarement. Aucune raison de le repousser. Nous nous aimons.

— Vas-tu le retrouver ?

— Nous correspondons. Parfois, nous nous voyons aussi sur les écrans en nous connectant quand nos horaires concordent. Je serai avec lui, là-bas. Tout est arrangé.

— Et Marcel ?

— Si Marcel pouvait venir avec moi, ce serait très bien.

— Qui serait dans ton lit ? Tu ne peux pas mettre les deux.

— Bien sûr que non, dit Aline. Il faut choisir. C’est l’un ou l’autre. Je sais que Marcel reste ici. J’agis en conséquence en utilisant les opportunités qui choisissent pour moi. Je ne vais pas me priver d’une commodité avec John puisque Marcel est d’accord. John m’intéresse. Je dois poursuivre avec lui. J’ai encore à l’étudier. J’opte pour lui là-bas.

— La logique serait de ne pas abandonner Marcel, dit Lucie.

— Et la logique est de ne pas abandonner non plus John. Il faut bien que j’entretienne John, et je lui ai promis les vacances. Je ne vais pas me dédire. J’ai récupéré Marcel après John, mais je tiens mes promesses. Je vais travailler avec John. Marcel comprend que j’aille apprendre l’anglais, et je comprends qu’il reste ici pour son stage. Voudrais-tu que je dise à John que m’étant mise ici avec Marcel, je l’ai oublié ? Ce n’est pas le cas. Je n’ai pas cessé de l’aimer en aimant Marcel. Les deux sont à égalité et je n’ai pas encore choisi entre les deux. Le travail fait basculer d’un côté ou de l’autre. Je vais sacrifier Marcel à John, mais comment faire autrement ? John sans moi a fait ce qu’il a voulu pendant mon absence. Marcel sera libre de faire ce qu’il voudra de son côté quand je l’aurai quitté. Ce n’est pas moi qui lui reprocherai quoi que ce soit. Je lui conseille de faire comme je fais, et de trouver ici une fille pour s’occuper et me comparer à elle. Les femmes modernes ne sont pas asservies aux hommes. Elles ont des possibilités avec la contraception qu’elles seraient bêtes de ne pas utiliser. Si Marcel n’existait pas, voudrais-tu que je n’aille avec personne, et que je reste célibataire ? Je respecte l’égalité homme-femme. Les femmes ont le droit de s’informer sur les hommes et les hommes sur les femmes. Tant qu’un choix définitif n’est pas fait, on doit prospecter. Ne te lance pas dans le mariage sans avoir testé plusieurs hommes. Tu ne peux pas bien juger sans comparer. Je ne l’ai jamais envisagé. Il faut être bête pour croire à l’amour unique des romantiques et des innombrables artistes incapables de résister au plaisir des addictions. Il faut chercher pour trouver l’homme de sa vie, et y mettre du sien.

— Revoilà tes belles théories de femme émancipée. Souviens-toi du conseil de maman. Quand on a trouvé son homme, on le garde. Tu as la chance d’avoir Marcel. Tu le livres aux autres femmes en partant.

— Je ne le livre pas, dit Aline, et ne me fais pas la morale. On n’est plus à l’époque où la morale acceptait l’esclavage. Maintenant, elle réclame le respect des autres humains, y compris des femmes qui ne sont plus des objets tout justes bons à enfanter. Je respecte Marcel en ne lui imposant rien. Il est libre.

— Tu pourrais le respecter en n’allant pas avec John.

— Voudrais-tu que j’accapare Marcel et le détourne de son stage ? Il en a besoin. Je n’ai pas à lui imposer ma présence. S’il reste ici, c’est qu’il peut se passer de moi. Il n’a pas d’addiction amoureuse pour moi et moi pour lui. Étant émancipée, je peux le remplacer, et je doute que tu sois moins émancipée que moi. Parlons de toi. Tu as toutes les libertés ici, et personne ne t’impose une conduite. Tu acceptes bien le stérilet ou l’implant pour t’en servir dès maintenant et avant le mariage. On ne te l’a pas imposé que je sache. On t’a bien demandé si tu en voulais. Vas-tu le refuser et rester vierge ?

— Je parle de toi avec Marcel et non de moi, dit Lucie. Christiane, Sylvie et Claudine, sont à l’affût. Marcel m’a passé son ordinateur pendant qu’il dépannait le mien. Elles lui envoient des messages. Claudine est la plus dangereuse, bien que ses messages ne concernent que le travail. Elle a le même profil que toi et le même avenir. Elle peut te le souffler.

— Mais non.

— Claudine va essayer de le séduire. C’est logique. Je le ferais à sa place.

— Admettons qu’il aille avec elle. Ce serait comme avec Christiane et Sylvie. Pourquoi m’abandonnerait-il ? Marcel est difficile. La plupart des filles ne lui conviennent pas. Il trouvera toujours quelque chose contre elles. Après elles, il me reviendra.

— J’en reste abasourdie, dit Lucie. Tu as une sacrée confiance en toi. Je ne suis pas tranquille. Il faut garder Marcel. Ne l’abandonne pas. Marie-toi avec lui sans attendre.

— Tranquillise-toi. Tout se passera bien. J’ai des prétendants. J’en vois une dizaine autour de moi. Mon problème n’est pas le mariage. J’ai le choix. Sur les dix, il y en a bien un pour moi. Ton problème est de trouver un garçon qui te convienne.

— Comment être sûre qu’un garçon convienne ?

— Ce n’est jamais sûr à 100%, dit Aline. J’en cherche un qui est naturellement fait pour moi, comme Marcel ou John. Il doit avoir à peu près mes idées et un comportement qui s’accorde avec le mien. Ne cherche plus à modifier le comportement d’un garçon. Si ça ne marche pas, inutile de vouloir beaucoup l’améliorer, car le naturel revient toujours au galop, et tu perds son temps. Adulte, un garçon n’est pas plus malléable que toi ou moi. Il est préférable d’en tester un autre. On teste et on élimine dès que l’on trouve que ça ne va pas. On finit par trouver celui qui s’adapte à nous.

— Tu testes en couchant ?

— Pour un test rapide, c’est à peu près indispensable. C’est un moyen de rapprochement apprécié et le garçon se livre mieux. De près, tu vois vite ses principaux défauts. Tu peux aussi le laisser sur le gril et voir s’il s’irrite ou te supplie. La méthode lente fonctionne, mais à réserver aux garçons les plus sérieux, comme Marcel, dont on est a priori à peu près sûr.

— Je ne comprends pas. Faut-il coucher avec ceux que l’on n’aime pas, et refuser ceux que l’on aime ? Es-tu vicieuse ou masochiste ?

— Je te renseigne sur mon comportement. J’observe pour présélectionner, et je choisis la méthode qui me semble la meilleure. Je ne garantis pas que ce que j’ai fait est le plus efficace. J’utilise surtout la méthode lente, mais pour un résultat rapide, il faut coucher. Le caractère du garçon doit te plaire, et tu dois plaire au garçon.

— Les garçons sont sensibles à la beauté, dit Lucie.

— Oui, mais je ne veux pas d’un garçon qui aurait un coup de foudre parce que je suis belle. La beauté est superficielle. Seul, le fond compte pour moi, et il faut du temps pour l’évaluer.

 — On peut cependant essayer de plaire plus pour avoir plus de choix. Par exemple, j’envisage de m’acheter des chaussures à talons hauts pour être plus grande.

— Tu es assez grande, dit Aline. Je ne sais pas marcher vite avec des talons hauts. Je n’en mettrai jamais. Je te souhaite bien du plaisir à vouloir imiter les pimbêches qui en mettent. Il n’y a rien de mieux pour te tordre les chevilles et t’empêcher de faire plus de trois pas sans basculer dès que le sol n’est plus plat. Marcel et John n’aiment pas les filles à talons aiguilles, car leur usage est illogique. Tant mieux pour moi. Je suis capable de marcher aussi bien qu’eux. Si on ne m’aime pas telle que je suis, inutile de vouloir rester avec moi.

— Ne cherches-tu pas à améliorer ta présentation pour qu’ils t’aiment encore plus ?

— Marcel et John critiquent des filles qui passent leur temps à se pomponner. Je n’aime pas me pomponner, et presque tous les produits de beauté contiennent des métaux lourds et d’autres produits toxiques. Il est aberrant de mettre du rouge à lèvres, de s’enduire avec des crèmes de beauté, ou se vernir les ongles. Ne t’y mets pas. Nos goûts coïncident. La présentation est secondaire pour un garçon sérieux. Ils ont ce qu’ils cherchent avec moi.

— Je pense à une chose.

— Laquelle ?

— Marcel est bien pour toi, mais il l’est aussi pour moi, dit Lucie. Tu le libères le temps des vacances, et tu lui dis de chercher une remplaçante. Si je le récupérais ? Si tu me proposes, il viendra peut-être avec moi. Serais-tu jalouse ?

— Non, dit Aline. Envisages-tu de le prendre avec toi ?

— Seulement si cela ne te gêne pas, et je lui dirai toujours qu’il est à toi. Il ne faudrait pas que Marcel s’habitue à moi.

— Faites ce que vous voulez ensemble. Vous êtes libres tous les deux. Va avec lui s’il le veut bien, mais ne lui en veux pas s’il te refuse. J’espère que tu lui conviendras. Sois gentille avec lui. Ne le dévoie pas.

— S’il m’accepte, dit Lucie, je coucherai tant qu’il faudra pour le garder. Je n’ai pas l’habitude, mais elle doit venir vite. Je me forcerai un peu au besoin. Je te le rendrai quand tu reviendras. Je te le promets. Il sera moins tenté par Claudine ou une autre. Il n’y a que des avantages. Je m’initie avec un homme convenable, et tu as la garantie de ne pas le perdre. Je le surveillerai ton Marcel.

— Inutile de le surveiller. Il ne faut pas attenter à sa liberté d’aller avec d’autres filles, mais cela ne te ferait pas de mal que Marcel aille avec toi. Cela te formerait. Il est temps d’y penser.

— Es-tu d’accord ?

— C’est une bonne idée, dit Aline, mais à Marcel de décider. Il n’est pas certain qu’il veuille de toi. Je vais lui proposer. Nous verrons bien.

— M’acceptera-t-il ? Je suis prête à me plier à ses désirs, à me présenter comme il me souhaite.

— Alors, ne regarde pas tes copines et fais comme moi. Mets des chaussures plates ou de sport. Rapproche-toi du naturel. Présente-toi telle que tu sors de la douche, sans boucles d’oreilles, sans bijoux ou breloques, et sans maquillage. Continue de te couper les cheveux sans les teindre et garde les ongles toujours courts. Il est déconseillé de t’épiler et de mettre du rouge à lèvres ou du noir aux yeux. Marcel et John sont très sensibles à ce genre de choses. Une partie de ma séduction auprès d’eux vient de ce que je suis plus nature que les autres filles, la vraie nature, et non la nature simulée obtenue en la sophistiquant, ce qu’ils détectent immanquablement.

— Marcel et John n’ont pas les goûts des autres hommes, dit Lucie.

— Effectivement, mais c’est heureux. Ils ont les mêmes que moi. C’est important. Amour simple sans fantaisie ou exaltation, propreté, efficacité et simplicité. Imite-moi si tu veux aller avec un homme comme Marcel ou John. Ne sois pas de celles qui passent leur temps dans la salle de bains ou les toilettes à rectifier de petits défauts d’aspect. Ne te parfume pas. Prends le temps de te laver, car ils sont très chatouilleux sur la propreté, mais sois expéditive. Il faut être aussi rapide qu’eux à se préparer. Ne les fait pas attendre.

— Tu les as bien étudiés.

— J’en apprends encore, dit Aline, mais tout coïncide pour que nous nous aimions. Si tu remarques certaines choses sur Marcel, n’oublie pas de m’en faire part. Pour ce qui concerne le sexe, avec lui, tout doit bien se passer. Tu mets les mêmes gros tampons que moi. Tu seras à l’aise avec lui et en sécurité. Il est normal et gentil. Tu n’as pas à avoir d’appréhension. Il ne te violera pas.

— Comment fait-on pour ne pas être violée ?

— En étant consentante, évidemment. Il faut tout de même que tu élimines ta pudeur et que tu t’offres, que tu lui en montres plus que ce que tu nous accordes d’habitude. Même avec moi, tu te couvres. Tu es toujours en pantalon. Nous n’avons jamais autre chose à voir de toi que ta tête et tes mains. Tu ne vas pas jusqu’à te couvrir la tête, porter un voile, ou une burqa, mais la tendance y est. Libère-toi si tu envisages d’aller avec Marcel. Tu n’as pas à avoir peur de te montrer et de pratiquer l’amour. Voudrais-tu te refuser à Marcel, et l’empêcher de t’approcher ? Il ne fera que ce que tu lui permettras. Il ne s’imposera pas comme la plupart des garçons qu’il est impossible d’arrêter quand ils sont excités et qu’ils ont commencé avec toi sans que tu t’y opposes. Tu dois l’inviter, même pour le moindre baiser sur la joue ou une petite caresse. Il ne te touchera pas sans ton accord pour aller plus loin. Il est très respectueux. Il ne fera l’amour que si tu lui permets, et comme tu veux. Si en pleine action, tu changes d’avis et que tu désires arrêter, il est capable de retrait. Il est impossible qu’il te viole. C’est toi qui décides. Il est à tes ordres. Je te le garantis, mais n’abuse pas de lui. Il a sa fierté.

— Aurai-je du plaisir ?

— Attends, dit Aline. Je ne suis pas devineresse. Ne mélange pas tout. Tu vas éveiller ce qui n’a jamais fonctionné avec un homme. Marcel se mettra à ton service, mais ce que tu vas ressentir dépend de toi.

— De lui aussi.

— Oui, mais surtout de toi. Le plaisir ou le déplaisir viennent de ton cerveau et des réactions de ton corps, des réflexes conditionnés ou non. Tu peux être consentante avec ou sans plaisir, et avoir du plaisir sans être consentante ou en l’étant. Les débuts en amour sont un apprentissage qui aboutit à des réflexes et l’amour évolue. C’est très complexe. Les premières fois peuvent être douloureuses ou excellentes. J’ai aimé des hommes agréablement qu’ensuite je n’ai plus aimés, mais avec qui j’ai consenti ensuite quelques relations sexuelles sans déplaisir pour terminer en douceur. Il est cependant probable que tout ira bien si tu ne te braques pas contre lui. Pour faire l’amour agréablement, il faut être en confiance et décontractée. Marcel est l’idéal pour nous. Il n’a pas de gros défauts qui t’indisposeraient. Si ça ne va pas avec lui, ça n’ira avec personne. Tu es intelligente. Il devrait t’aimer.

— L’aimerai-je ?

— C’est probable. Mais il ne faut pas trop aimer, car alors l’amour devient une addiction. Je me méfie des addictions majeures, comme celles aux drogues, qui sont destructrices.

— L’amour est-il destructeur ?

— Il l’est dans certains cas, quand on aime sans discernement. Quand on le maîtrise, il ne l’est pas. Je n’ai pas peur de l’amour. Il me procure du plaisir et il n’a pas de conséquences néfastes sur mon comportement. Je ne suis pas esclave de l’amour, et je n’ai pas attrapé de maladies en le pratiquant. Je ne regrette pas de connaître l’amour. Il ne m’a pas asservie ou détruite. Fais comme moi.

— Comment pratiquer correctement ?

— J’ai ma méthode.

— Quelle est-elle ?

— Je vois l’amour scientifiquement, dit Aline. La nature a trouvé le moyen de prolonger la vie en nous attachant à un partenaire et avoir avec lui des relations sexuelles conduisant à des fécondations. Pour nous pousser vers un partenaire, elle utilise des drogues naturelles qui provoquent le plaisir quand on fait l’amour. La réaction primaire et naturelle à ce plaisir est de continuer, ce qui conduit à beaucoup d’enfants. Si nous obéissons à la nature, la femme devient l’esclave des maternités et de l’élevage des enfants. Ce n’est pas la vie que je nous souhaite. Il me suffit de quelques enfants. J’accepte le plaisir, mais avec préservatif, et je ne veux pas être l’esclave de l’homme. Je n’ai rien contre la vie, mais elle doit être aussi agréable que possible.

— Tu veux dominer l’homme, dit Lucie.

— Disons être au moins à égalité. J’ai la chance de ne pas perdre ma maîtrise en faisant l’amour. Je n’attribue pas le plaisir d’amour au partenaire, bien qu’il le provoque. Il vient de moi. La meilleure preuve est que j’ai ce même plaisir avec plusieurs hommes. J’aime Marcel pour sa valeur, et non parce qu’il fait l’amour avec moi.

— C’est ta froideur.

— Tu peux le voir comme ça, mais je m’entends bien avec Marcel.

— Fais-tu souvent l’amour avec lui ? Combien de fois par jour ?

— C’est très variable. Je m’adapte à l’excitation de Marcel. Il m’a comme il veut. Il arrive à plusieurs fois par jour quand nous ne nous sommes pas vus depuis longtemps. Mais souvent, c’est rien du tout quand nous pensons à d’autres choses. L’éducation sexuelle t’enseigne que la moyenne est de 2 ou 3 fois par semaine pour la plupart des femmes et des hommes. Marcel n’est pas un surexcité. Nous dormons ensemble. Nous avons des caresses quotidiennes, mais il ne fait l’amour avec moi que quand il sent que j’en ai envie et que je l’invite. Le principal est de s’accorder. Il me donne sa production à notre rythme commun.

— Te refuse-t-il ?

— Quand il est malade ou qu’il n’a pas d’érection. Cela arrive. Il n’est pas presse-bouton, et moi non plus.

*****  

18 Aline entre Marcel et John

— Les vacances arrivent, dit Aline à Marcel. Je vais partir en Angleterre, comme je l’ai déjà fait. C’est très enrichissement d’être avec des gens qui parlent leur langue maternelle. Je serais idiote de ne pas y aller. Je tiens à être une bonne bilingue.

— Moi, j’ai un stage qui me cloue ici.

— Donc, vous ne m’accompagnez pas. Chacun son travail. Nous serons séparés.

— Est-ce tout ce que ça vous fait ?

— J’ai toujours fait passer mon avenir avant le plaisir. Et vous ?

— J’essaie de concilier les deux. Je m’étais habitué à vous.

— Moi aussi, mais il faut être raisonnable.

— Croyez-vous que vous pouvez vous passer facilement d’amour ?

— Oui, dit Aline. Vous avez pu constater que je suis restée avec vous en restant chaste assez longtemps. Je n’étais avec personne quand vous avez commencé à travailler avec moi. Je me passe d’amour quand je n’ai pas d’homme à aimer.

— Je n’ai rien constaté du tout, dit Marcel. Je ne vous ai jamais surveillée.

— Mais je suis restée chaste malgré tout. Je n’en ai pas la preuve, mais vous pouvez me croire. À part vous et un test sans suite depuis les vacances, rien. J’ai bien fantasmé un peu en état de manque, mais ça ne compte pas. Au besoin, j’aurais pu me masturber, mais je ne l’ai pas fait. Je ne souhaite pas dépendre de l’amour. Je résiste assez bien. J’ai assez de volonté.

— Je veux bien l’admettre. Vous pouvez rester chaste, mais vous avez auparavant connu des hommes.

— Oui. Mais je m’en suis vite débarrassée. Je préfère la chasteté à vivre avec un garçon que je n’aime pas. Il n’y a que pendant mon séjour en Angleterre, l’année dernière, que je me suis mise sérieusement avec John, un Anglais. J’ai bien progressé avec lui. Comme ce que j’ai fait avec vous, il m’a procuré ce que je cherchais.

— Et vous avez joint ainsi l’utile à l’agréable.

— Me le reprochez-vous ? Les femmes ont les mêmes droits que les hommes, même pour le sexe. Je ne suis plus une petite fille. Je suis une adulte confirmée sachant ce qu’elle fait, au voisinage du pic d’activité sexuelle. John est un garçon bien. J’ai mis des années avant de trouver un homme me convenant. Je n’ai pas à le négliger.

— Je ne lui reproche rien. Vous savez que je ne suis pas jaloux.

— C’est pour cela que je peux être avec vous. Vous n’avez pas à être jaloux de John si vous voulez rester avec moi. Autrement, allez chercher ailleurs. Je ne le renie pas. Je l’aime.

— Allez-vous retrouver votre John ?

— Oui. C’est ce qui est prévu. Il m’accueille chez lui, dans son lit. C’est possible, car il n’est pas jaloux de vous.

— Donc rien ne s’y oppose.

— Exactement, dit Aline. Vous voyez que je suis franche avec vous, comme avec John. Je vous avais prévenu que je restais libre de mon sexe. Je ne serai pas chaste là-bas s’il veut toujours de moi. Vous avez bien entendu droit aux mêmes facilités. Je ne protesterai pas si vous allez avec une autre femme pendant mon absence. Je vous aime toujours, et John n’y change rien.

— Me reprenez-vous à votre retour ?

— Oui, si je reviens seule, si nos dispositions l’un envers l’autre n’ont pas changé, et si rien ne s’y oppose. J’aime John tout comme vous, ce qui va me permettre d’être avec lui. Je vous ai exposé mes problèmes et comment je les résous. Comme cela, vous n’avez plus à vous poser de questions sur moi. Est-ce clair ? Vous savez tout de moi. La plupart des femmes ne voient pas l’amour comme moi. Elles sont souvent exclusives et jalouses. Je ne le suis pas. Je vous invite à réfléchir à la situation. Si je ne vous conviens pas, je ne vous en voudrai pas de me quitter, mais je vous certifie que j’aime beaucoup être avec vous.

— Voudriez-vous que je fasse de même ?

— Mais oui, bien que je ne vous oblige à rien et je ne suis pas nécessairement un bon exemple. Je ne suis même pas certaine d’être dans le vrai. Les femmes que vous pouvez connaître ne vont pas m’empêcher de vous aimer. Il n’est pas indispensable que je sache tout ce que vous faites ou avez fait. Tel que vous êtes, vous me convenez. Que m’importe le passé s’il ne vous a pas corrompu. Je n’envisage pour le moment, ni de vous abandonner, ni d’abandonner John.

— Je préfère vous dire la vérité, dit Marcel. Vous êtes ma première. Je découvre l’amour.

— Votre première ? Vraiment ? Voyez comme on se trompe, dit Aline. Je ne l’aurais jamais cru. Vous n’avez pas beaucoup hésité à aller avec moi, Christiane et Sylvie. Je vous voyais plus actif et plus sollicité, habitué aux femmes. Pour cette raison, j’avais pensé à ce que vous pourriez faire quand je serai en Angleterre. Si vous voulez rapidement une quatrième, ce n’est pas la peine de la chercher, j’en ai une. Ma petite sœur Lucie vous a remarqué.

— Votre petite sœur me semble plus grande que vous.

— Oui, et elle est adulte depuis longtemps, mais vous seriez son premier.

— Vraiment ? Une vraie vierge ?

— Vous tente-t-elle ? Elle est probablement vierge, mais c’est invérifiable. Elle l’affirme. Je la crois sur parole, et je ne vois pas pourquoi elle me mentirait. Comme nous mettons des tampons depuis que nous sommes pubères, le passage est ouvert. Beaucoup de vierges actuelles n’ont plus d’hymen, ce qui est un bien, car les tampons sont souvent plus pratiques que les serviettes périodiques. Lucie sera ici pendant les vacances. Vous l’intéressez. Je vous la réserve si vous voulez. Elle m’écoute. Je la convaincrais de votre valeur, mais c’est déjà fait. Attendez que l’on lui ait mis le stérilet. Il y a plusieurs visites chez le médecin. Le rendez-vous pour l’installer est dans la semaine après mon départ. Elle est très bien, ma sœur, et gentille.

— Pourquoi ne voulez-vous pas que je vous attende en restant chaste ? J’en suis aussi capable que vous.

— Je n’en doute pas, dit Aline, mais ne vous polarisez pas sur mon souvenir en vous retenant. Je connais vos besoins. Il est normal qu’ils soient satisfaits. Soyez pratique. Vous serez bien mieux avec Lucie que sans elle. Elle va se substituer à moi en douceur. Tant mieux si elle vous séduit. Vous l’aimerez en plus de moi. Je ne suis pas jalouse. Je serai heureuse qu’elle soit avec vous.

— Pour me séduire, il me faut une intellectuelle scientifique comme vous.

— Alors, oublions Lucie qui n’est pas scientifique, mais ce serait bien qu’elle commence par un homme comme vous. Faites un effort s’il vous plaît. J’en prends toute la responsabilité. Essayez au moins quelques jours. Cela ne peut qu’être bénéfique pour elle, car elle aura du mal à trouver un garçon comme vous. J’aurais aimé vous trouver en premier. Je n’ai pas eu cette chance, et j’ai perdu du temps en ne trouvant pas ce que je souhaitais. Aidez Lucie. Je l’aime beaucoup. Vous êtes celui dont elle a besoin pour débuter en amour.

— Je réserve ma réponse, dit Marcel à Aline. Laissez-moi réfléchir à tout ce que j’ai appris aujourd’hui.

*****  

 

— Parlons avant de voler, dit Marcel. Aline m’a étonné. Elle n’est pas ce que je pensais.

— C’est moi qui suis comme vous le pensez, dit Aline-bis. Qui préférez-vous ?

— Avec vous, je sais ce qui va en sortir. Avec elle, je ne suis pas maître de la situation.

— Elle a sa logique. Elle est douce au lit et maintenant elle est franche avec vous. Ce sont des qualités.

— Aline est une femme de tête. Quels sentiments a-t-elle ?

— Elle vous aime sincèrement.

— Croyez-vous ?

— À sa façon. Ce n’est pas une sentimentale, mais elle est solide et attachée à vous. Il faut la prendre telle qu’elle est, froide, calculatrice, mais amoureuse et sérieuse. Elle est consciente de votre valeur et de la sienne. Elle ne vous rejettera pas.

— Et la sœur ? Dois-je aller avec elle ? Une fille que j’ai à peine entrevue pendant des promenades. Elle nous suivait comme une ombre, mais elle ne me parlait pas.

— Faites plaisir à Aline. Elle a raison. Vous êtes le premier amant idéal pour sa sœur et vous serez disponible pour l’initier. Aline sait que vous lui reviendrez. Vous aimez Aline et elle vous aime. Suivez-la. Faites-lui confiance. Elle n’en sera que plus amoureuse. Maintenant, volons-nous pour vous détendre ?

*****  

 

— Je pourrais aller avec Lucie, dit Marcel à Aline, mais comme je serai assez pris par le stage, je ne serai pas là tout le temps. Ma compagnie sera limitée.

— Vous serez là matin, midi, soir et nuit. La fin de semaine aussi.

— Oui.

— Lucie reste ici pour réviser ses cours de l’année et préparer ceux de l’année prochaine. C’est elle qui a choisi de faire ça, et elle est très studieuse. Elle l’a déjà fait les années précédentes. Toutes les vacances vont y passer. Pendant que vous serez en stage, elle travaillera. S’occuper un peu de vous lui fera du bien. Elle est très organisée et a tout prévu. Elle souhaite cette année vous avoir avec elle. Vous n’avez qu’à la laisser faire. Elle est mieux qu’une servante. Les repas seront servis à vos goûts. Vous ne le regretterez pas. Lucie a besoin en contrepartie que l’on la guide en amour. Roulez, marchez, faites avec elle comme avec moi, nagez aussi si elle le désire. Elle vous aimera. Vous serez avec elle comme un coq en pâte. Elle va tout faire pour vous plaire. Ne la décevez pas en refusant d’aller avec elle. Vous êtes le genre d’homme qu’il lui faut.

— Pourtant, jusqu’à maintenant, elle ne s’est pas occupée de moi.

— Elle considérait qu’elle n’avait pas à vous chercher puisque j’étais avec vous. Sa place sera près de vous quand je partirai et si vous l’acceptez. J’estime que c’est la meilleure chose qui puisse lui arriver. J’aimerais qu’elle soit avec vous. Vous dites oui ou non. À vous de décider.

— Alors, dit Marcel, puisque vous me le conseillez, je vais suivre votre avis. J’accompagnerai votre sœur Lucie pendant que vous serez en Angleterre.

— Ce sera bien pour elle, dit Aline. Tout se présente bien de notre côté. Je suis heureuse d’être tombée sur vous. Est-ce que je vous satisfais ?

— Je ne voyais pas mes relations avec vous évoluer comme elles le font, mais je ne critique pas. Je fais ce que vous voulez.

— Me trouvez-vous trop directive ? Si Lucie ne va pas avec vous, elle risque de se mettre avec un garçon dangereux pour elle, car elle envisage de se lancer en amour comme je l’ai fait avant elle. Elle y est résolue, mais elle n’a pas assez d’expérience. Je souhaite qu’elle évite mes erreurs. La première fois est délicate pour une fille. J’en ai l’expérience. Je la préfère avec vous. Cela me sécuriserait. Je sais comment vous êtes, et je vais tout lui dire sur vous. Elle ne sera pas surprise de ce que vous ferez avec elle. Soyez discret, car Lucie voudrait que personne ne connaisse cette liaison, puisqu’elle est provisoire.

— Je ne divulguerai rien. Que dois-je faire à votre retour d’Angleterre ?

— Si vous pouviez la garder tant qu’elle n’aura pas trouvé de compagnon convenable, ce serait bien.

— Je vais donc me retrouver avec deux sœurs à servir.

— Une seule, dit Aline. Moi ou Lucie, et non les deux. Je vous garantis que tout se passera bien. Je me restreindrais pour Lucie tant qu’il le faudra, et j’aurais peut-être les moyens de compenser, car j’ai invité John à passer une année scolaire chez moi. S’il ne trouve personne ici, j’aurai le devoir d’hôtesse, mais vous aurez Lucie en m’attendant. Tout s’arrange. Vous voyez.

*****  

19 Claudine, Marcel et Lucie

— J’ai appris que vous allez en Angleterre pour une semaine ou deux, dit Claudine à Aline. Marcel ne vous accompagne-t-il pas ?

— Il est en stage ici pour la durée des vacances, et je vais en Angleterre pour la même durée, et non seulement pour deux semaines.

— Sans Marcel ?

— Bien sûr, sans Marcel. Il préfère son stage. Le travail passe avant tout. Il est sérieux. Il ne doit pas compromettre son avenir.

— Il va vous manquer.

— Non. J’ai un garçon là-bas qui va me loger chez lui. Je serai très bien.

— Que ferez-vous avec ce garçon ?

— Il va m’enseigner l’anglais, et moi le français.

— Toute la journée ?

— Oui, et la nuit aussi si vous êtes curieuse, comme l’année dernière. J’aime ce garçon. Je vais aussi l’inviter à venir ici passer l’année pour suivre des cours de français. J’ai de quoi le loger et j’apprécie sa compagnie. Je vous le présenterai si vous voulez quand il sera là.

— Ne fait-il pas double emploi avec Marcel ?

— Pas du tout. Ils se complètent. Je travaille en sciences avec Marcel et je vais travailler en anglais avec ce garçon. Si Marcel est jaloux, je ne le retiens pas. Il va avec qui il veut et comme il veut, avec les filles qu’il veut. Je ne suis pas mariée avec Marcel. Il n’a aucun droit sur moi, et qu’un autre me convienne mieux que lui là où je vais est mon affaire. Je n’ai de compte à rendre à personne. Je souhaite rester en bons termes avec Marcel, mais il n’a pas à me dicter ma conduite. Je ne m’occupe pas de ce qu’il peut faire avec d’autres que moi, et j’attends la réciproque. Il me quitte quand il veut et je le quitte quand je veux. Si vous voulez de lui, je n’ai pas à intervenir.

— Me le laissez-vous ?

— Vous faites avec lui ce que vous voulez. Il est majeur. Je le quitte. Il est disponible. Marcel fait très bien l’amour. Cela ne peut lui faire que du bien d’aller avec une fille aussi convenable que vous.

*****  

 

Marcel,

J’ai rencontré Aline. Elle m’a dit qu’elle va en Angleterre sans vous et elle n’a pas l’air de le regretter beaucoup. Votre stage va vous retenir en semaine, mais je vous propose de nous rencontrer le premier dimanche des vacances pour passer la journée complète avec moi, dès 7 ou 8 h du matin, dans ma maison dont j’ai hérité de mes parents. Vous pourrez la visiter. Elle est grande et a tout le confort. J’y vis seule. Je ne suis pas la personne de compagnie idéale, car peu de choses m’intéressent vraiment en dehors des sciences, mais je suis capable de préparer des repas simples, et de vous alimenter sans que vous ayez de la nourriture à apporter. Signalez-moi cependant si vous consommez des boissons, car je ne bois que de l’eau et du lait le matin. Vous faut-il aussi des épices ? Si oui, renseignez-moi et j’en achèterais. J’ai toujours un peu de café et de thé pour mes invités, mais ils risquent d’être éventés. Je renouvellerai pour en avoir du frais. N’amenez pas de cadeau. Je les considère comme de l’argent perdu, et je ne suis pas sensible aux fleurs ou autres babioles. Si vous apportez des chocolats ou autres douceurs, vous les remporterez pour les manger vous-même. J’ai quelques questions à vous poser sur les cours de l’année. Si vous en avez aussi, et que je puisse y répondre, cela sera utile pour approfondir nos connaissances. Si vous voyez autre chose à faire, faites une proposition. Si après cette journée, nous avons quelques affinités, je suis disposée à poursuivre, même si je sais que je ne peux pas rivaliser avec le souvenir d’Aline, qui a tort de vous quitter, car je doute que l’Anglais qui l’attire ait votre valeur. Cette journée devrait permettre de préciser notre avenir. Je suis difficile, mais vous êtes un des seuls hommes que je crois pouvoir aimer. Puisque Aline ouvre une porte, je tente de la pousser.

Claudine.

PS. Ne tenez pas compte de ce message si vous ne souhaitez pas venir.

*****  

 

— Que répondre à Claudine, dit Marcel à Aline-bis ?

— Elle vous fait une avance. Elle est bien disposée envers vous. C’est une fille sérieuse sans copain et toujours seule. Elle n’a pas tort de chercher de votre côté. Elle passe avant Lucie.

— Je me suis engagé pour aller avec Lucie. Aline compte sur moi pour accompagner sa sœur. Je ne peux pas le dire à Claudine puisque l’on me demande la discrétion.

— Ne négligez pas Claudine.

— Je vais lui répondre que je vais aller la voir.

— Si vous y allez, c’est pour répondre à son désir, et il est évident. Réfléchissez. L’aimez-vous ?

— Si je n’étais pas avec Aline, je chercherais de son côté. Elle a l’intelligence qui me séduit.

— Lucie a une intelligente différente qui vous est moins adaptée. Lucie n’est pas une fille pour toute une vie, alors que Claudine vous convient à peu près comme Aline. Vous ne pouvez aimer durablement qu’Aline ou Claudine, malgré la valeur indéniable de Lucie. Lucie est raisonnable. Elle sait que vous ne lui êtes pas destinée.

— Que faire ?

— Claudine est une vieille fille, dit Aline-bis.

— Pas encore, quand même ! Elle a mon âge.

— Elle est toujours seule. Elle ne doit pas savoir ce qu’est un garçon.

— Il n’y a pas si longtemps, je ne savais pas ce qu’était une fille.

— Maintenant que vous savez, apprenez-lui.

— Comme avec Lucie ?

— Cela ne fera de mal ni à l’une ni à l’autre d’être avec vous. Les filles ont besoin de garçons sérieux comme vous. Ne les abandonnez pas aux mauvais.

— Faut-il que je me charge de deux filles alors que j’aime Aline ?

— Aline s’en fait moins que vous. Quand elle aime, elle ne se pose pas de question. Vous pouvez faire comme elle sans qu’elle se formalise. Elle le montre bien en vous livrant à Lucie.

— Lucie et Claudine peuvent se heurter.

— Lucie n’est pas votre idéal. Faites comprendre à Lucie qu’elle n’est qu’en initiation, que vous n’êtes pas tenu de lui accorder plus et abandonnez-la éventuellement. Je pense qu’elle a déjà compris que vous êtes en service commandé avec elle. Claudine est beaucoup plus à ménager, car plus proche de votre idéal.

*****  

 

Claudine,

Je n’ai pas répondu immédiatement à votre message, car j’étais incertain sur ma conduite à tenir.

J’irai vous voir chez vous, le jour que vous proposez, dès le matin. Pour la boisson, je fais comme vous. Je bois de l’eau et du lait. Aucune boisson alcoolisée, ou café ou thé pour moi. Je préfère les aliments sans sauces, sans épices et peu salés ou sans sel. Je me présenterai sans cadeau. Discuter du cours de l’année me convient parfaitement. J’ai des problèmes que ni moi, ni Aline, n’avons su résoudre. Nous les avons posés au professeur, qui a éludé les questions. Nous n’avons pas trouvé les réponses dans les livres. Peut-être êtes-vous mieux documentée que nous. J’apporterai les informations que je possède.

Je comprends que vous soyez étonnée qu’Aline se sépare de moi pour aller avec un Anglais. Je ne la critique pas. Elle fait ce qu’elle veut et me laisse le champ libre. J’ai longtemps réfléchi à votre proposition de faire l’amour. J’aime toujours Aline, mais je vous aime aussi, bien que vous connaissant mal, car vous êtes la seule qui me semble me convenir en dehors d’Aline. Cela me permet d’aller chez vous en reconnaissance, et j’y serai à votre service.

Marcel.

*****  

 

— Mademoiselle Lucie, dit Marcel. Votre sœur m’envoie à vous. Êtes-vous disposée à passer les vacances avec moi ?

— Je l’ai proposé à Aline. Je suis disposée.

— Nous ne nous connaissons pas beaucoup. Pendant les promenades, nous n’avons pratiquement pas parlé.

— Aline m’a beaucoup parlé de vous. Je vous connais bien par elle.

— Je suis moins bien renseigné. Je ne sais pas si je peux vous aimer.

— Moi, je n’hésite pas, dit Lucie. Je souhaite coucher avec vous.

— Savez-vous ce que cela implique ?

— Oui. Je m’y suis préparée avec Aline. Vous pouvez procéder avec moi comme avec elle, en utilisant les mêmes gestes.

— Si ça ne va pas, il faudra me le dire.

— N’ayez crainte. Je ne vous cacherai rien.

*****  

 

— Je suis avec Lucie, dit Marcel à Aline-bis. Il n’y a rien à redire sur son physique. Elle me l’a dévoilé. Nous ne faisons pas encore l’amour, mais elle s’y apprête. Elle attend le stérilet.

— La conversation de Lucie est moins scientifique que celle d’Aline. Souhaitez-vous que je me mette à son image ?

— Allez-y. Lucie est agréable à regarder.

— Maintenant, je ressemble à Lucie.

— Prenez la façon de présenter d’Aline.

— Voilà ce que vous souhaitez.

— Je la préfère comme cela. Là, elle est très belle. Revenez en Aline.

— Vous aimez plus la logique d’Aline que la beauté de Lucie. Aline va vous revenir.

— Je l’espère.

*****  

 

— Voilà une belle journée qui s’annonce et où vous ne partez pas au stage, dit Lucie à Marcel. N’avez-vous pas l’envie de rester avec moi ? Il n’est pas indispensable d’attendre le stérilet. Je me donne tout de suite avec le préservatif. Il suffit pour cette fois. Vous savez le mettre.

— Restez sage. La double sécurité sera bientôt là. J’ai promis à Claudine d’aller la voir.

— Je préférerais que vous soyez avec moi plutôt qu’avec une mauvaise femme.

— Excusez-moi, Lucie. Aujourd’hui n’est pas pour vous. Claudine étudie avec Aline et moi. Elle n’est pas mauvaise. C’est une fille qui travaille bien, et qui a toujours de bonnes notes. À l’examen, elle était même la première. Moi, j’aime les filles comme vous qui sont intelligentes. Elle m’a proposé d’aller chez elle quand elle a su qu’Aline allait en Angleterre pendant les vacances. Je ne vais pas me décommander à une fille que j’admire, et dont j’espère qu’elle sera une amie. J’ai promis à Aline d’aller la voir.

— Elle n’a pas de copain. Elle va vous demander de le devenir.

— C’est son droit le plus strict. Elle me témoigne de l’estime. J’agirais comme elle, à sa place.

— Je préfère que vous fassiez l’amour avec moi plutôt qu’avec elle, même sans stérilet.

— Voilà un vœu personnel auquel je ne suis pas obligé d’adhérer, ma chère Lucie. Pourquoi ne le ferais-je pas avec elle si elle me le demande ? Cette fille est à un âge où les relations sexuelles sont normales. Elle est dans le même cas que vous. Vous m’avez sollicité, et j’ai répondu. Si elle a envie de moi, je ne vois pas pourquoi je refuserais, et d’autant plus qu’elle n’a pas de copain. Elle est plus indiquée que vous, sans vouloir vous déplaire. Si elle est seule, il est normal qu’elle se propose à un ami qu’elle considère comme étant seul aussi, puisqu’elle ignore votre existence. Voulez-vous qu’elle devienne une vieille fille ? Elle l’est presque. Il est bon de la sortir de là. Ne soyez pas jalouse. À son invitation, j’ai répondu que je l’aimais bien. J’y vais.

— Elle va vous accaparer !

— Ne vous occupez pas de ce que je vais faire avec Claudine. Je ne lui parlerai pas de vous puisque vous réclamez la discrétion. Je reviendrai vers vous en fin de soirée.

*****  

20 Marcel avec Claudine

— Bonjour, Claudine, dit Marcel. La journée va être chaude. On transpire déjà. Je vois que vous avez la climatisation.

— Je peux la mettre en marche si vous voulez.

— Ce n’est pas indispensable. Je suis habillé légèrement. Si nous ne bougeons pas trop, la chaleur est supportable.

— Venez près de la piscine. C’est là que je me tiens d’habitude. Nous nous baignerons tout à l’heure si vous le souhaitez. L’eau est à la bonne température.

— Je ne savais pas que vous me proposeriez de me baigner. Je n’ai pas apporté de maillot.

— Je n’en mets pas habituellement puisque je suis seule. Dans cette petite piscine privée couverte, personne ne peut voir les baigneurs.

— C’est pour cela que vous ne m’avez pas dit d’en amener un. Pour me voir ?

— Non, dit Claudine. Je n’ai plus cette curiosité. Je sais ce qu’est un homme, et il est facile d’en voir sur l’écran de l’ordinateur si j’en ai envie. J’ai simplement oublié le bain possible. S’il faisait moins chaud, nous n’aurions pas à nous baigner et le maillot serait inutile. Je vais arranger ça. Un cousin m’a laissé son maillot et il a votre stature. Il est propre. Je l’ai lavé. Il doit vous aller. J’irai le chercher avant le bain… Dans votre message, vous dites que vous m’aimez. Je ne sais pas jusqu’à quel point, car cela pouvait n’être qu’une politesse, mais j’en ai été touchée. Je le prends comme un aveu d’amour si vous ne protestez pas. Une célibataire comme moi y est sensible. Vous ne savez pas à quel point cela a pu retentir en moi. On se croit forte, et on ne résiste pas. Acceptez-vous de faire l’amour avec moi ?... Vous ne dites rien ? … Suis-je répulsive ?

Claudine se déshabille.

— Mon anatomie vous plaît-elle ?

Elle n’attire pas immédiatement Marcel, qui se souvient de celle de Lucie. Mais, à bien regarder, celle de Claudine lui plaît aussi, bien que différente de celle des sœurs.

— Vous êtes belle à croquer, dit Marcel.

— Merci pour le compliment.

Marcel se déshabille aussi. L’excitation arrive progressivement, ce qui fait sourire Claudine qui observe attentivement. Il la regarde en souriant.

— Venez près de moi, dit Claudine.

— Je suis un homme et vous une femme. Vous voyez que j’ai envie de vous. Je me contiens, mais la situation est délicate. Plus je suis proche de vous et plus c’est difficile à tenir. Si vous ne voulez pas, je vais plonger. Cela me calmera.

— Ne plongez pas. Ce serait dommage. Venez donc. Je suis prête à vous recevoir. Profitez de mes bonnes dispositions pour soigner votre excitation. Voilà un préservatif.

— Quel engagement voulez-vous de moi si je m’exécute ?

— Aucun engagement, dit Claudine. Je ne me vends pas. Avant tout, je me donne à vous par camaraderie. Je serai ainsi informée de ce que vous valez comme homme et vous serez aussi informé sur moi. Comme j’ai des vues sur vous, cela me semble utile.

— J’accepte vos explications.

Marcel va à elle et s’active. Quand ils ont terminé, ils se reposent un peu, puis se baignent.

— Comment étais-je, demande Claudine ? Vous me convenez, mais je crains la comparaison avec Aline. Me trouvez-vous à votre goût ?

— Oui, dit Marcel. J’ai eu les mêmes sensations qu’avec Aline.

— Aline est partie en vous laissant tomber. Je ne comprends pas pourquoi, mais je suis prête à la remplacer. Je resterai avec vous tant que vous voudrez.

— Aline est partie. C’est vrai. Mais quand elle va revenir, je la reprendrai.

— Elle va revenir ? Comment ai-je pu croire qu’elle vous quittait sans retour ? Je devais avoir l’esprit troublé, mais j’y ai cru. Comment peut-on s’éloigner aussi loin et aussi longtemps de son amour ? Est-elle bien partie pour toutes les vacances ?

— Effectivement. Je n’ai pas pu la suivre. Nous nous aimons toujours.

— Je n’aurais jamais dû vous inviter, et moi idiote, je me suis donnée à vous. Si elle apprend ce que vous venez de faire avec moi, je doute qu’elle en soit contente.

— Je connais mieux Aline que vous. Elle comprendra, et même approuvera ce que nous avons fait.

— Allez-vous lui dire ?

— Si vous le permettez, mais comme vous êtes concernée, il faut votre approbation.

— Ne lui dites rien. Je préfère qu’elle m’ignore. J’en ai honte.

— Elle saura au moins que je suis allé chez vous. Ce n’est pas secret. Je l’ai dit à sa sœur Lucie. Je n’ai pas honte d’avoir fait l’amour avec vous.

— Moi si, dit Claudine, et, si possible, tenez votre langue. Je n’aime pas les ragots.

— D’accord.

— Je ne sais pas comment faire pour rattraper mon imbécillité. Je suis seule responsable, car quand un homme est lancé, il ne s’arrête pas.

— Permettez-moi de partager la responsabilité, car je l’avais prémédité. Ce que nous avons fait ne trouble personne. Aline me le permet, et je n’ai même pas à lui en parler, ni au préalable, ni après. Nous allons librement l’un avec l’autre et nous ne restreignons pas la liberté de l’autre. Ce sont nos conventions. Vous n’avez pas à regretter de vous être donnée.

— Je regrette quand même. Je ne veux pas être une briseuse de couple. Vous ne devriez pas être ici, chez moi. Je vais faire mes bagages dès que vous serez parti. Je ne reviendrai pas de toutes les vacances. Séparés, nous ne serons pas tentés.

— On ne m’attend qu’assez tard ce soir. M’accordez-vous quand même la journée ? Nous avions prévu de nous informer sur ce que nous faisons. Vous en sentez-vous capable ?

— Oui. J’ai préparé aussi les repas. Nous pouvons travailler sans être dérangés toute la journée.

— Nous travaillons, Aline, moi et vous, tous les trois dans la même discipline. Nous nous disputons pour avoir les meilleures notes. Il se trouve que je me suis mis avec Aline et que nous nous aimons, mais si je n’étais pas avec elle, il n’y aurait que vous pour m’intéresser. Vous êtes restée dans votre coin et je n’allais pas vous déranger, mais quand vous m’avez invité pour nous informer l’un de l’autre, j’ai été très intrigué. Si je ne suis pas indiscret, quelle vie menez-vous ?

— Ma vie ? C’est surtout travailler pour avoir la meilleure formation possible.

— Travaillez-vous seule ? Je l’ai fait et Aline aussi, mais ensemble, c’est plus efficace.

— Je travaille seule, mais j’ai l’habitude. Avec un autre, je ne sais pas si j’irai plus vite.

— Venez essayer de travailler avec Aline et moi.

— Avec ce qui vient de se passer, je doute que ce soit une bonne idée. Pour ma vie, je suis seule. J’ai essayé de ne plus l’être. Dans le travail, j’aime ceux qui comprennent. En amour, j’ai fait quelques essais, mais la satisfaction du lit a été vite compensée par le reste. Je n’ai pas rencontré d’homme fait pour moi. Leurs préoccupations n’étaient pas les miennes. Je ne cherchais même plus, avant de vous contacter, et je n’ai jamais estimé utile de me mettre à la contraception, vu ma faible activité sexuelle.

— Pourtant, vous êtes douée. Je l’ai constaté. Vous avez été parfaite avec moi.

— Merci, mais je n’avais pas fait l’amour depuis trois ans. Je ne sais pas si cela a amélioré ou non notre relation.

— En me faisant venir, comptiez-vous faire l’amour avec moi ?

— J’avais un espoir fou, mais je ne voulais pas le croire.

— Pourquoi moi, puisque vous aviez abandonné.

— Réfléchissez. Vous êtes le seul homme qui puisse me comprendre et avec qui je puisse discuter. Quand on arrive au niveau le plus haut des études, le nombre d’interlocuteurs possible se réduit. Je vous avais repéré, mais vous étiez avec Aline. Je me suis résignée. J’ai eu un moment d’espoir avec ce départ d’Aline. C’était un faux espoir.

— Avez-vous un autre homme en vue ?

— Aucun espoir d’en trouver. Je suis trop difficile. Connaissez-vous un autre garçon qui vous soit comparable ? Moi non.

— Je peux venir de temps en temps vous tenir compagnie. Aline est capable de comprendre.

— Et faire l’amour avec moi ? Non. Faites votre vie avec Aline. Je peux continuer sans homme.

— Bon, dit Marcel. Passons quand même la journée ensemble. Je vous l’ai réservée. Ne la gâchons pas.

— Comme vous voulez.

 

Marcel et Claudine ont des formations comparables. Marcel est aussi à l’aise qu’avec Aline. Ils travaillent sur les cours de l’année, sérieusement jusqu’au soir.

 

— Je ne perds pas mon temps avec vous, dit Marcel. Pour les points du cours que j’avais mal assimilés, j’en informerai Aline. Ne sortez-vous jamais de votre travail ?

— Pour me distraire, dit Claudine, je suis des cours d’astronomie en amateur, bien que j’aie passé l’examen. Je suis même la première.

— C’est sérieux.

— Je le croyais, mais j’en doute de plus en plus.

— Pourquoi ?

— Il y a une partie sérieuse. Celle qui concerne les appareils utilisés, les satellites, l’observation, la description des astres et des phénomènes célestes, toute la partie expérimentale. Par contre, l’interprétation de ce que l’on voit est souvent hasardeuse.

— C’est plus sérieux que l’astrologie.

— Bien sûr, mais dans certains cas, ça y ressemble. Voulez-vous un exemple ?

— Oui.

— Considérons la cosmologie. C’est une grande discipline, énormément développée, donnant lieu à de nombreuses thèses de chercheurs. On s’y réfère à de grandes sommités, comme Einstein, mais qui ne sont plus là pour donner leur avis. Les spécialistes des mathématiques y développent des espaces qui sont intéressants en eux-mêmes. La grande majorité de ceux qui étaient avec moi en apprennent par cœur les caractéristiques pour savoir les ressortir à la demande. Ils pensent que cela suffit. C’est assez compliqué pour occuper les trois quarts du temps et servir à donner les notes à l’examen. Je suis parvenue à comprendre, ce qui n’est pas facile.

— Est-ce faux ?

— Non. Les mathématiques sont bonnes, mais les hypothèses de départ sont très discutables, car sans support physique. Ainsi, la cosmologie la plus courante se fonde sur la conjecture de l’expansion de l’univers. D’où sort l’expansion ? Le savez-vous ?

— Elle vient de ce que les raies spectrales de la lumière des astres lointains sont décalées vers le rouge en gros proportionnellement à la distance, ce que l’on interprète par un espace qui se dilate comme un gâteau aux raisins que l’on cuit.

— Très bien. Vous savez ce qu’est l’expansion.

— On trouve cela partout.

— Oui. Dans tous les livres et cours d’astronomie, c’est considéré comme exact. Mais est-ce la bonne interprétation ?

— Y en a-t-il une autre ?

— C’est là tout le problème, dit Claudine. Quand on a découvert les galaxies les plus proches, pour expliquer leur rougissement, l’effet Doppler-Fizeau, lié à la vitesse relative, semblait s’imposer puisque l’on l’observe au laboratoire. Au milieu du vingtième siècle, on a vu que ce n’était pas possible, les vitesses d’éloignement nécessaires pour expliquer uniquement par cet effet, étant trop grandes pour les galaxies de plus en plus lointaines que l’on a progressivement découvertes avec les instruments de plus en plus puissants. On a cherché, cherché encore à trouver ce qui donnait ce rougissement qui restait en gros proportionnel à la distance. On s’est creusé la tête et on n’a rien trouvé. Toutes les explications proposées butaient sur des impossibilités, jusqu’à ce que l’on avance l’expansion.

— Donc, on a trouvé la cause du rougissement.

— L’expansion est un effet compliqué, physique à la limite, placé dans un espace tordu de la cosmologie, difficile à avaler. Il faut y croire pour l’accepter, mais il donne les mêmes résultats que l’effet Doppler-Fizeau, et s’ajoute à lui, en faisant disparaître les grandes vitesses inacceptables par un tour de passe-passe mathématique. On obtient des vitesses de récession, qui ne sont pas des vitesses. Comme on n’avait rien d’autre, faute de mieux, depuis plus d’un demi-siècle, on considère que la solution au rougissement des astres est l’expansion. Toutes les vidéos, tous les livres d’enseignement, s’évertuent à nous expliquer l’expansion avec des images, pour que l’on comprenne ce qui n’est rigoureux qu’avec des équations.

— Vous n’y croyez pas ?

— Ce n’est pas une question de croyance, dit Claudine. Je juge en scientifique, et la physique classique n’accepte que ce qui est vérifié par toutes les expériences. L’explication du décalage par l’expansion est d’abord une hypothèse improbable, bien que généralement admise, car fondée sur une théorie ad hoc spécialement adaptée et invérifiable. On observe aussi quelques petites anomalies qui incitent à s’en méfier. On peaufine encore la théorie pour mieux l’adapter au réel. J’ai cherché ce qui est proposé à la place de l’expansion. Il est facile de se noyer dans un grand fatras d’effets divers. Les alternatives ne manquent pas, et les propositions sont multiples, mais les arguments avancés sont souvent sans valeur physique, ce qui explique que l’on les rejette. Il y a de nombreuses propositions fausses que leurs auteurs défendent pourtant farouchement. Pour séparer le bon grain de l’ivraie, j’écarte ce qui n’est pas compatible avec les lois connues de la physique. Un premier tri est facile. Presque tout a déjà été critiqué par de bons scientifiques comme physiquement impossible, non conforme à l’observation ou farfelu. Je l’élimine d’emblée. Il ne reste que trois ou quatre effets à étudier sérieusement pour expliquer le décalage vers le rouge des lumières des astres lointains.

— L’avez-vous fait ?

— Oui. J’y ai passé du temps, en allant chercher les documents sur Internet. En dehors de l’effet de vitesse relative qui existe encore pour les mouvements lents locaux, et de la gravitation qui a une influence marginale, il reste un effet de rougissement qui est observé depuis quelques années avec les lasers à impulsions courtes envoyant leurs rayons dans les fibres optiques. De même, la lumière naturelle des astres traverse, avant de nous parvenir, du gaz d’hydrogène atomique excité et sous faible pression. La lumière naturelle des astres est formée de petits paquets de lumière cohérente analogue à la lumière des lasers à impulsions. Elle est progressivement rougie le long du parcours dans le gaz par transfert d’une faible partie de son énergie vers des radiations thermiques qu’elle croise. Il suffit de la présence de ce gaz d’hydrogène peu dense, réparti dans l’espace sur le trajet des rayons et excité avec des ultraviolets, pour que, par cumul, on obtienne le rougissement observé. On reste dans la physique classique, sans mathématiques compliquées. Merveilleux. Non ? Presque tout l’univers est rempli d’hydrogène et d’ultraviolets. Exit l’expansion et ce qui va avec, comme le big-bang.

— L’avez-vous découvert ?

— Ce n’est pas moi, mais j’ai vérifié qu’il n’y a pas d’erreur physique. C’est parfait, mais celui qui l’a découvert n’est pas écouté. Il est ignoré.

— Pourquoi ?

— D’abord, il est arrivé plus d’un demi-siècle trop tard, alors que tout le monde est converti à l’expansion et au big-bang. Ensuite, si sa théorie est bien expertisée en optique, dont il est un expert, elle ne l’est pas en astrophysique. La partie optique est indiscutablement bonne. C’est de l’optique classique des lasers à impulsions ultras courtes. Les quelques cosmologistes qui ont été contactés ne veulent pas en entendre parler. Ils font barrage en disant que tout le monde est pour l’expansion et le big-bang, donc, ils estiment avoir raison en gardant l’expansion. Ils ont des excuses. Les informations destinées aux astronomes sont si nombreuses que le tri préalable à la lecture est réalisé par des astronomes influents qui écartent tout ce qui n’est pas dans la ligne majoritaire. Le big-bang étant considéré comme acquis, une publication, qui aboutit à être contre, est éliminée d’emblée. Ils agissent comme les physiciens (dont je suis) qui éliminent le mouvement perpétuel et le moteur à eau, en censurant les articles qui en parlent. Ils ne croient pas un opticien pourtant rigoureux, mais qu’aucun astronome ordinaire ne comprend facilement, car les astronomes experts en optique et en spectroscopie sont rares. C’est le problème des disciplines pointues qui s’ignorent mutuellement, comme ici la cosmologie et l’optique des lasers. Ceux qui réunissent les deux savoirs sont des exceptions. Il en résulte des comportements moutonniers.

— Et qui a raison ?

— Il est trop tôt pour le dire avec certitude. J’ai mis longtemps à forger mon opinion et à réunir les publications grâce à Internet. Pour moi, des décalages vers le rouge de la lumière des astres lointains sont dus à l’hydrogène, omniprésent dans l’univers. Le fond thermique de l’espace n’est pas fossile. Les radiations qui se croisent dans l’hydrogène se thermalisent, ce qui est une explication simple de la température de l’espace par la physique classique. Mais je n’ai aucune influence. J’en ai parlé au professeur d’astrophysique qui a dit que si c’était vrai, cela se saurait. Il ne se mouille pas et enseigne l’expansion qui est dans les livres. J’ai seulement envoyé un message au découvreur en lui écrivant que je le soutiens scientifiquement, n’ayant rien trouvé d’anormal dans ce qu’il écrit. Les anomalies de l’expansion s’accumulent à mesure que l’observation des astres s’améliore. Les astronomes les négligent actuellement ou les interprètent autrement. Ils attendent que tout se décante. La nouvelle théorie, qui explique le rougissement par l’hydrogène, finira par s’imposer ou elle disparaîtra si je n’ai pas bien compris. Laissons-lui le temps. La science tranchera. En prenant position, j’aurai soutenu un génie ou un imbécile. C’est comme l’astrologie. C’est l’avenir qui est le juge de ce qui est avancé.

— Vous passionnez-vous ?

— L’objectivité m’interdit d’être passionnée, mais c’est intéressant. L’astronomie est mon violon d’Ingres et je connais bien la physique. Je cherche à aider l’une par l’autre et à avoir une idée claire sur ce qui existe. Je peux me tromper ou avoir raison quand il n’y a pas de certitude. Je préfère le rougissement par l’hydrogène, qui est bien appuyé sur ce que l’on connaît des lasers et la réalité physique, alors que la théorie de l’expansion réclame des théories compliquées dont le but unique est de l’expliquer, sans recoupement par d’autres phénomènes. Je m’appuie sur la probabilité la plus grande d’avoir raison. Remarquez qu’il n’y a pas d’opposition entre les deux explications. Elles peuvent coexister et ajouter leurs effets, mais laquelle est la plus importante ? Je mise sur l’hydrogène qui apporte moins d’anomalies.

— Connaissant votre sérieux, je penche de votre côté. J’approuve votre démarche scientifique. Expliquez-moi tout cela en détail.

— J’ai mis plus d’un an à comprendre les théories et à en étudier les nombreuses applications qui révèlent les anomalies, et je serais prête à vous expliquer. Il faudrait plusieurs jours et même semaines. J’aimerais le faire, car je ne néglige pas votre avis, mais il est cependant préférable que vous ne reveniez pas dans mon intimité. Je suis trop vulnérable.

— Avez-vous le coup de foudre pour moi ?

— Non. Mon attirance est raisonnée.

— Comme la mienne. Avez-vous un dossier sur cette découverte ?

— Je vais vous envoyer les adresses des sites qui en parlent et les mots-clés pour les moteurs de recherche.

— Je dois bientôt partir. J’aimerais vous faire plaisir. Me permettez-vous l’amour comme ce matin pendant le temps qui nous reste ? Vous avez eu l’air d’apprécier.

— J’ai décidé de ne plus faire l’amour avec vous à cause d’Aline. Il faut la respecter, même si elle vous le permet.

— Aujourd’hui est un jour qui n’est pas comme les autres. Faites une exception.

— Êtes-vous excité ?

— Oui, dit Marcel.

— J’en suis responsable, dit Claudine. Alors allez-y. Je ne résiste pas. J’en rougis de honte, mais ce sera la dernière fois.

*****  

 

Quand Marcel retrouve Lucie, il est tard, et elle l’attend manifestement, angoissée. Elle le questionne immédiatement.

 

— Qu’avez-vous fait avec elle ?

— Nous avons passé la journée ensemble. Nous avons beaucoup parlé et évoqué tout ce que nous avons fait dans l’année.

— Allez-vous la revoir ?

— Elle part. Je serai avec vous pendant toutes les vacances.

— Elle n’a pas réussi à vous accaparer ?

— Vous voyez bien que non. Elle sera ici après les vacances.

— Avez-vous fait l’amour avec elle ?

— Lorsque l’on me demandera si je fais l’amour avec vous, tenez-vous à ce que tout le monde le sache ? Vous me demandez la discrétion. Que devrai-je répondre ?

— Que ce n’est pas une question à poser. Je me fais du souci pour vous.

— Vous avez les yeux pleins de larmes. Seriez-vous jalouse ?

— Je ne veux pas être jalouse. Aline me renierait.

— Serait-ce alors que vous m’aimeriez ?

— Oui, dit Lucie. C’est ça. Et vous ?

— Je vous aime bien, dit Marcel, mais vous n’êtes pas la seule. Que ferez-vous quand Aline reviendra ?

— Je vous rendrai à Aline. Vous n’êtes avec moi que pour m’initier, mais je suis avec vous pour vous garder à Aline. Je ne suis pas parvenu à vous éloigner de Claudine.

— Je me demande si j’ai été sage en acceptant de passer les vacances avec vous. Je me sens moins libre que quand je suis avec Aline. Elle ne me surveille pas et n’a pas vos inquiétudes. En admettant que j’aie pu faire l’amour avec Claudine, en quoi cela vous concerne-t-il ? Mon avenir est avec Aline, et nous avec vous. Ce qui compte pour vous est ce que je fais avec vous actuellement.

— Avec Aline aussi. Je m’inquiète pour elle.

— Aline ne s’en inquiète pas. Au contraire. Elle me conseille d’autres amours. Je lui obéis. Quand Aline le demandera, je serai à nouveau avec elle et nous nous quitterons comme prévu.

— Je souhaite votre bonheur et aussi celui d’Aline. L’amour de Claudine gêne Aline.

— Aline m’a dit d’aller coucher avec Claudine pour la tester. Est-ce une gêne ? Elle m’a dit de coucher avec vous. Sera-ce une gêne ? Si oui, je vous quitte tout de suite. Aline n’est pas jalouse et souhaite le montrer. Je ne serais pas avec vous et je ne serais pas allé voir Claudine si Aline ne m’y avait pas incité. Je suis avec vous pour faire plaisir à Aline. Que je vous aime fait plaisir à Aline. J’ai fait plaisir à Aline en passant une journée avec Claudine. C’est tout.

— Aline me dirait que vous avez raison. Je ne vous parlerai plus de Claudine.

— Cette journée vous a éprouvée. Je suis fatigué et vous pleurez encore. Nous allons nous coucher et je vous prendrai dans mes bras pour vous consoler. Demain et les jours suivants, tout sera redevenu normal.

— Oui, dit Lucie. Je l’espère.

*****  

 

— La vie avec Lucie n’est pas facile, dit Marcel à Aline-bis. Malgré sa bonne volonté, elle n’arrive pas à me faire confiance. Elle est hypersensible à mon comportement et craint que je trompe Aline alors que si je trompe Aline, c’est surtout avec elle. Mais cela, elle ne le voit pas. Ma logique ne passe pas.

— Attendez calmement qu’Aline revienne.

— Avec une excitée dans mon lit, ce n’est pas calme. Elle s’offre continuellement.

— Renvoyez Lucie.

— Non. Aline me l’a confiée. Je dois la subir. Je la tiens à distance, mais elle sait que je suis excité.

— Vous la subissez agréablement. Ce n’est pas négligeable. Vous aimerez encore faire l’amour avec elle dès que ce sera possible.

— Je l’admets, mais elle me surmène. J’ai d’autres choses à faire que de l’empêcher de se donner.

— Vous accompagnez pourtant bien, et avouez que ça vous amuse.

— Je préférerais que ça se passe sans tension, comme avec Aline ou Claudine. Voilà des femmes avec lesquelles je peux vivre. Je ne suis pas fait pour Lucie.

— Volons-nous pour faire passer la pilule ?

*****  

21 Aline, Colette et John

— Pouvez-vous me renseigner, dit Colette à Aline ? Vous prenez des leçons particulières avec John ?

— C’est exact, dit Aline. En plus des cours avec tout le monde, il m’en donne dans sa langue, et je lui en donne dans la mienne.

— Peut-il m’en donner aussi ? Je peux faire comme vous.

— C’est une idée à lui proposer. Il est probable que votre spécialité l’intéresse. Il commence à bien connaître le vocabulaire de la mienne. Voulez-vous que je lui en parle ? Si vous travaillez sérieusement, il peut être partant. Il m’a testée une journée avant de m’accepter. Attention. Il ne s’arrête pas de la journée, et il faut suivre. J’ai continué avec lui parce que c’était rentable pour nous deux, mais je tiens le coup. Pas de fantaisie avec lui. Il faut résister à la fatigue.

— Je parle moins bien que vous.

— C’était mon cas quand j’ai débuté avec lui. Ce n’est pas rédhibitoire. Je peux vous laisser la journée de demain s’il accepte de vous tester.

— Cela ne vous gêne-t-il pas ?

— Non, car j’ai des révisions qui peuvent m’occuper.

*****  

 

— Colette est une fille que vous devriez tester, dit Aline à John. Pendant vos cours, elle est à côté de moi. J’ai parlé avec elle. Il me semble qu’elle est sérieuse. Faites donc avec elle comme avec moi. Travaillez avec elle une journée. Elle le souhaite. Cela vous changera des sciences et de moi. Je lui laisse la journée de demain si vous voulez.

— Êtes-vous certaine qu’elle est capable de travailler comme vous ? Je suis pour la rentabilité. Je n’aime pas perdre mon temps.

— Je sais, mais si ça ne va pas, vous la renvoyez et je prends la relève. Dois-je lui dire que vous l’essayez ?

— Oui.

*****  

 

— Alors, dit Aline ? Comment est Colette ?

— Vous avez vu juste, dit John. Colette travaille bien avec moi. C’est presque comme avec vous, mais sur des sujets différents. J’ai passé une bonne journée avec elle.

— A-t-elle résisté pendant les dix heures que vous lui avez infligé ? Avez-vous réduit l’horaire ou accordé des pauses ?

— Non. Elle n’a pas eu l’air de se fatiguer. Elle a votre endurance. On ne chôme pas avec elle.

— Donc, le test du travail est satisfaisant. Cette fille vous plaît-elle plus que moi ?

— Autant pour le travail.

— Parlons travail. Elle est là, comme moi, pour encore une semaine. Avec qui souhaitez-vous travailler ? Qui est la plus rentable ? À mon avis, Colette vous apporte plus avec sa discipline.

— Oui, mais ce n’est pas tout. Je couche avec vous ce soir.

— Voici le plus. La solution est de coucher avec elle.

— Je suis bien avec vous. Je ne vais pas vous lâcher.

— Ce n’est pas me lâcher que d’aller avec elle. Je souhaite seulement que cela ne détruise pas notre amour. Je tiens à vous, mais ce serait un bon test. Quand je suis avec Marcel, je vous aime encore, et quand je suis avec vous, j’aime toujours Marcel. Vous pouvez m’aimer et également Colette.

— Je n’aime pas encore Colette.

— Qu’est-ce qui vous empêche de l’aimer ?

— Je ne la connais pas bien.

— Pour connaître, il faut être ensemble.

— Et vous me poussez à coucher avec elle.

— Ne ratez pas une occasion de ce genre. Allez au-devant des filles sérieuses, et Colette l’est probablement. Dites-moi ? Combien de fois avez-vous fait l’amour, en dehors de moi, depuis l’année dernière ?

— Les filles que je rencontre ne me plaisent pas. Elles sont nulles.

— Beaucoup de filles travaillent mal. Vous en rencontrez une bonne. Testez Colette au lit.

— Encore faudrait-il qu’elle veuille.

— Je vais sonder Colette pour savoir si elle accepterait d’aller avec vous. Avez-vous une réticence ?

— Non, si vous n’êtes pas jalouse.

*****  

 

— John est assez content de sa journée de travail avec vous, dit Aline. Souhaitez-vous continuer ?

— Oui, dit Colette, si c’est possible.

— Le problème est que je suis la copine de vacance de John. J’ai couché avec lui l’année dernière, et j’ai recommencé cette année. Si vous travaillez avec lui, je ne reste pas ici. Je rentre chez moi.

— Je ne veux pas vous séparer de votre copain.

— Chez moi, j’en ai un autre. Avec des copains qui ne sont pas jaloux, ça se passe bien. John ne m’aura plus. Pouvez-vous me remplacer ?

— Vous voudriez que je couche avec John ?

— Si vous en êtes capable, mais ce n’est pas obligatoire. A priori, vous êtes une fille comme une autre, donc capable. Votre physique vaut bien le mien. John est normal et n’est pas désagréable. Que décidez-vous ? Êtes-vous attirée par John ? Je lui ai cédé, et naturellement je l’aime. Faites-vous comme j’ai fait ?

— Laissez-moi le temps de réfléchir, dit Colette. Si je vais avec un homme, c’est pour me marier, et non pour quelques jours.

— John et moi sommes aussi dans ce cas. Nous envisageons le mariage. Il est possible que je me marie avec John, mais je ne me déciderai qu’à la fin des études.

— Et l’autre copain ?

— J’ai à me décider pour l’un ou pour l’autre. Il est probable que ce ne sera pas John.

— Cherchez-vous à vous en débarrasser ?

— J’aimerai toujours John s’il ne change pas, mais il faut choisir.

— Je n’ai rien à faire dans cette histoire.

— Mais si. John est très difficile sur les femmes. Vous êtes une des seules qui peuvent lui convenir. Il a une bonne opinion de vous.

— Pourquoi voulez-vous qu’il me convienne ?

— Comment envisagez-vous de trouver un mari ? Par un coup de foudre ? Il faut se renseigner. En voilà un de possible. Abandonnez-vous. Allez-vous laisser passer l’occasion ?

— Pensez-vous qu’il est indispensable que j’aille dans son lit ?

— Non, mais si vous êtes capable d’attirer un homme sans y mettre un peu de vous, je vous tire mon chapeau. Il leur faut du concret.

— Est-il sérieux, au moins ?

— John est très sérieux, et les garçons sérieux sont rares. C’est un travailleur. Vous l’avez constaté. En dehors de moi, je ne lui connais pas d’autres liaisons. Il met systématiquement un préservatif. Vous n’avez rien à craindre. Il n’est pas brutal et vous respecte. Vous le laissez faire son affaire. Vous en ressortez identique, toujours aussi propre. Ce n’est pas compliqué, je vous l’assure.

— Je sais ce qu’est l’amour, et c’est assez compliqué pour que je me demande s’il est judicieux de me mettre avec John.

— Avez-vous un copain jaloux ?

— Je n’ai pas de copain. Si j’en avais un, ce ne serait pas la peine de me proposer John.

— Alors, John doit vous convenir mieux qu’à moi. C’est plus facile pour vous que pour mon copain, car il aurait préféré que j’aille avec lui plutôt qu’avec John. Voulez-vous que je prenne la décision pour vous ?

— Je prends mes décisions moi-même. Que proposez-vous ?

— Je rentre chez moi, en vous laissant John. Dans une semaine, il ira me rejoindre pour passer son année chez moi à se perfectionner.

— En travaillant avec vous ?

— Un peu, bien sûr, mais j’ai aussi mes occupations. Il s’inscrira à l’université, suivra des cours et donnera des leçons. Je l’hébergerai.

— Je vois. Est-ce que je peux l’inviter à votre place pour qu’il se perfectionne avec moi ?

— Cela arrangerait mon autre copain.

— Voici ma décision : pour une semaine sans suite, je dis non, mais si j’emmène John, je tente le coup.

— John décidera. Il faut tout de même coucher avec lui avant qu’il décide.

— Je lui accorde cette nuit pour se décider, dit Colette. Pas plus.

*****  

 

— Mon cher John, dit Aline. J’ai discuté avec Colette. Elle vous accepte si c’est durable. Elle estime que la semaine est insuffisante, ce qui prouve qu’elle est sérieuse et n’accepte pas une passade. C’est une bonne réaction. Elle propose que vous alliez avec elle au lieu de venir chez moi. Vous devriez y gagner, car il y a plus de possibilités chez elle que chez moi. De mon côté, je retrouverai Marcel.

— Mais si ça ne va pas, qu’est-ce que je fais ?

— Vous la quittez et suivez l’ancien programme. Je ferais avec vous et Marcel ce que j’avais prévu.

*****  

 

— J’ai couché avec Colette, dit John à Aline, et tout s’est bien passé. Je garde donc Colette avec moi jusqu’à la fin des vacances, et je partirai avec elle au lieu d’aller chez vous puisque cela vous arrange. Colette a quelques défauts qui la placent derrière vous, mais pas suffisamment pour que je l’écarte. Cela permettra de tester votre jalousie envers moi.

— Comme je retrouve Marcel en rentrant, nous serons chacun de notre côté à nous étudier. Ce sera très bien. M’aimez-vous toujours sans jalousie ?

— Oui. Et vous ?

— Je vous aime sans jalousie.

— Je rentre aujourd’hui pour retrouver Marcel, dit Aline. Colette est une bonne recrue.

*****  

22 Marcel retrouve Aline

— Vous voilà revenue ma chère Aline, dit Marcel. Êtes-vous contente de votre séjour en Angleterre ?

— Il paraît que je parle presque comme une Anglaise.

— Et en dehors de la langue ?

— J’ai suivi le programme que j’avais prévu. Je vous ai expliqué avant de partir, comment je me comporterais. Il n’y a rien de particulier à ajouter en dehors de ce que John fait désormais bénéficier une autre jeune fille de ses compétences linguistiques. Il va la suivre chez elle à ma place. Comme j’allais vous retrouver, sa défaillance ici n’est pas grave. J’ai été dans les meilleures conditions possibles pour apprendre l’anglais. Je n’ai pas perdu mon temps. Ce qui m’intéresse est de savoir, comment ça s’est passé avec Lucie.

— Vous devez vous en douter.

— Elle propose que je vous reprenne, mais elle vous aime. Cela crève les yeux.

— Oui.

— Et je viens perturber son amour pour vous.

— Je ne sais pas si je lui ai été bénéfique.

— Comment avez-vous fait pour que Lucie vous aime autant ?

— Après la pose du stérilet, j’ai fait ce que vous m’aviez conseillé, en suivant rigoureusement vos consignes. Nous avons travaillé séparément. Le reste du temps, elle m’a pris avec elle.

— Est-elle très amoureuse ?

— Elle m’a beaucoup sollicité. J’ai suivi. J’ai fait ce qu’elle voulait.

— Elle voulait savoir ce qu’est l’amour. J’étais comme elle quand j’ai commencé. Elle a l’impétuosité de la nouveauté. Ça lui passera.

— Sans doute, dit Marcel, mais Lucie a encore besoin d’amour. C’est manifeste.

— C’est mieux que de ne pas aimer, dit Aline. Comme elle a dû réagir comme moi, mais en amplifiant, tout s’explique. Je contiens mon amour, mais le sien explose. Lucie est perturbée, et c’est ma faute, car je savais qu’elle était plus entière que moi. C’est aussi son premier amour. Je vous l’ai imposée sans faire attention. Tout va dépendre de l’évolution avec vous. Soyons prudents.

— Que préconisez-vous ?

— Arrêter brutalement serait mauvais. Le mieux est que je vous la laisse, en attendant qu’elle se calme. Me soutenez-vous en prolongeant avec elle ?

— Préférez-vous que je sois avec Lucie plutôt qu’avec vous ? Moi, je vous préfère. Nous pouvons travailler ensemble.

— J’essaierai que Lucie me supporte près de vous. Nous ne nous sommes jamais battues. Elle ne va pas m’arracher les yeux si je travaille avec vous. J’ai quand même l’antériorité.

— Je vous laisse manœuvrer.

— Puis-je compter sur vous pour arranger les choses ?

— Oui, dit Marcel. Je le fais depuis qu’elle est avec moi.

— Bon, dit Aline. Ne changeons rien pour le moment. Il faut trouver un garçon pour Lucie.

*****  

 

— Aline donne l’amour à sa sœur, dit Marcel à Aline-bis, et elle ne veut pas que je casse avec Lucie.

— Lucie se complaît dans votre lit.

— Elle occupe la place. Je ne m’imaginais pas une fille avide comme ça. Elle me surmène.

— Elle ne peut pas vivre sans vous.

— Sans homme plutôt, et Aline m’a chargé de la satisfaire. Vous rendez-vous compte ?

— Vous n’avez pas l’air d’en souffrir. Lucie est-elle bien au lit ?

— Trop bien. De ce côté-là, je n’aurais pas à me plaindre de la prestation si elle était moins répétée. Je calme Lucie, mais elle revient vite à la charge. Je n’ose pas la modérer. Puisque Aline le souhaite, je reste avec Lucie. Mais même si le physique favorise Lucie au lit, à terme je préfère Aline. Dans votre domaine, pour voler, vous êtes imbattable et ma préférée.

— Aimez-vous vraiment Lucie ?

— Aline aime Lucie, donc, je fais avec Lucie tout ce que veut Aline. J’aime quand même Lucie. Elle est très prévenante et n’est pas sans intérêt. Elle fait tout pour me satisfaire. Je regrette qu’elle soit collante et qu’elle ne soit pas scientifique. Il faudrait que Lucie soit moins accapareuse et qu’Aline ne reste pas seule. Lucie doit trouver sa voie sans moi.

— Aline est responsable de la situation.

— Oui, car j’ai suivi à la lettre ses instructions. Je fais confiance à Aline et lui donne du temps de trouver la solution. Elle va savoir conseiller un garçon à Lucie. Elle sait les trouver.

*****  

23 Lucie avec Georges

Marcel invite un jour Georges et Sylvie. Georges se présente seul. Il explique que Sylvie est allée rejoindre Robert qui était devenu libre. Sachant que Sylvie préfère Robert à lui, il l’a encouragée dans ce sens.

Aline est intéressée par Georges, car l’ayant testé, elle connaît assez bien ce copain de Marcel. Ce n’est pas l’homme idéal, comme Marcel, mais elle le place juste en dessous. Étant actuellement séparée de Marcel pour l’avoir mis dans les bras de Lucie, elle envisage immédiatement de le récupérer, au moins pour une période.

Lucie est, de son côté, un peu honteuse d’avoir pris Marcel à Aline, et que celle-ci ne lui ait encore jamais demandé de le rendre. Elle ne connaît pas aussi bien Georges qu’Aline.

 

— Aline, dit Lucie ? Que penses-tu de Georges ? Est-ce un garçon convenable ?

— Je crois, dit Aline. Il ne serait pas copain avec Marcel s’il ne l’était pas, car Marcel est très sélectif. Ils ont des goûts qui sont semblables. Le test avec moi a été positif.

— Il est donc bon pour toi. Est-il bon aussi pour moi ? Je pourrais te rendre Marcel sans que tu refuses de le reprendre.

—Tu essaies Georges. S’il ne te va pas, tu reprends Marcel et j’irai avec lui.

— D’accord, dit Lucie.

*****  

 

— J’ai présenté Georges, un de mes copains d’enfance à Lucie, dit Marcel à Aline-bis. Lucie a demandé son avis à Aline sur le copain, et Aline qui connaissait déjà bien mon copain lui a donné son feu vert puisqu’il était libre. Lucie lui a sauté dessus et me quitte, mais elle m’a dit qu’elle m’aimait toujours. Aline et moi sommes libérés. Nous pouvons nous remettre ensemble ouvertement et le copain a l’air d’apprécier Lucie.

— La solution était simple et vous avez encore des femmes qui vous aiment. J’en fais partie, dit Aline-bis.

— Comptez-vous véritablement ? Ne pouvez-vous pas vous transformer en homme ? Faites-le, et le problème est réglé avec vous.

— Vous avez raison. Est-ce que je me transforme ?

— Non. Je vous préfère en femme.

— Je le savais. Je vous excite en femme et vous souhaitez que je sois là pour m’aimer.

— Je ne le nie pas, mais j’estime que, ce que nous faisons ensemble, n’est pas à la hauteur de ce que j’ai fait avec Aline, Lucie ou Claudine. Elles ne sont pas asexuées.

— Voulez-vous que je vous fasse un enfant ? C’est aussi facile que de voler. Je n’ai même pas besoin de coucher avec vous. Je vous le fais instantanément et comme vous voulez : garçon ou fille.

— Donc sans accoucher. Et bien, justement, j’aime les femmes avec lesquelles on a besoin de coucher pour qu’elles aient un enfant.

— Êtes-vous fâché ? Je peux aussi être enceinte.

— J’aime vous regarder, voler et discuter avec vous, mais pour l’amour physique, vous repasserez. Je le pratique avec d’autres.

— Bien, dit Aline-bis. Si je vous dérange, je peux disparaître.

— Restez dans votre rôle et vous ne me dérangez pas. Je vous aime quand même.

*****  

24 Aline avec Marcel

— Êtes-vous content d’être avec moi sans avoir Lucie sur le dos, demande Aline à Marcel ?

— La vie est plus calme avec vous. Lucie est très active sexuellement.

— Très active ? Beaucoup plus que moi ? Oui ? Je vous ai imposé Lucie en croyant bien faire, mais je ne me doutais pas que ce serait une bombe sexuelle. Je la croyais comme moi, pondérée.

— Georges fait son affaire d’après ce que j’ai compris de ses commentaires. Ne nous plaignons pas.

— Georges, dit Aline ? L’aviez-vous amené pour elle, pour vous en débarrasser ?

— Non, dit Marcel. Je l’avais invité avec Sylvie, sa copine. J’ai été étonné qu’il vienne seul, mais Sylvie l’avait plaqué.

— Lucie est-elle mieux adaptée à Georges qu’à vous ?

— Je crois. Ils ont des affinités, et Lucie a l’air de plaire à Georges. Ils sont faits l’un pour l’autre.

— Lucie était trop pour vous ?

— Je devais répondre à des élans un peu trop fréquents. Je ne peux pas dire qu’elle était désagréable. Je répondais. J’y suis toujours arrivé. Lucie n’est pas un ogre. Elle est douce et attirante. Elle a ce qu’il faut pour plaire à un homme actif.

— Lucie est donc à peu près normale, dit Aline.

— Mais oui, dit Marcel. Ne vous inquiétez pas. Je l’aime bien, mais, vous ajouté à elle, cela aurait été trop.

— Tant mieux. Je craignais que vous en ayez pâti.

— Elle m’a surtout privé de vous quand vous êtes revenue. Vous êtes la plus perdante.

— Je n’allais pas partager avec Lucie, m’immiscer entre vous et elle. L’avez-vous appréciée dès le début ?

— Je me suis adapté très vite, dit Marcel, dès qu’elle a été disponible. Je n’ai pas eu de scrupule à la satisfaire puisque vous me l’aviez fourrée dans mon lit. J’ai apprécié sa beauté, sa douceur, un corps admirable et une façon de s’y prendre au moins aussi bonne que la vôtre, même si elle n’a pas votre valeur scientifique. Quand vous êtes revenue, elle occupait la place. Vous ne vouliez pas que je casse avec elle. Elle a continué avec moi. Je me suis abondamment défoulé avec elle. Maintenant tout est revenu à la normale. Je suis avec vous, mais je n’ai pas été ménagé par Lucie. Je me suis donné à fond puisqu’elle le voulait.

— Me reprochez-vous de vous avoir fait connaître Lucie ?

— Je ne vous reproche rien. Vous avez agi logiquement en pensant que Lucie était comme vous. L’expérience a montré qu’elle en différait, mais elle est instructive. Sans Lucie, je ne connaîtrais que l’amour calme. J’ai appris beaucoup sur les femmes avec Lucie comparée à vous.

— Voudriez-vous encore couchez avec elle ? Soyez sincère.

— Un peu de Lucie me plairait. Je ne vais pas la réclamer en étant avec vous, mais si les circonstances m’incitent à le faire, et comme Georges n’est pas un obstacle et que Lucie est assez active pour deux, je ne me ferais pas prier pour la satisfaire de temps en temps si elle est consentante. J’ai de très bons souvenirs de parties de plaisir avec Lucie. Elle m’a souvent stressé, car je ne savais pas toujours si j’allais pouvoir la satisfaire, mais je me suis aussi détendu avec elle. C’était mieux avec elle que sans elle.

*****  

 

— Rêvez-vous de femmes, dit Aline à Marcel ?

— Oui. Cela m’arrive. J’y vois une femme qui vous ressemble. Elle est ma création et vit dans le monde parallèle de mes songes avec ses lois propres et auquel j’ai seul accès.

— Elle n’existe pas.

— Mais si. J’entre dans ce monde par la pensée. Je suis sûr que vous avez aussi votre monde parallèle.

— Croyez-vous ?

— Avez-vous des rêves, des cauchemars ?

— De temps en temps.

— Et bien, vous avez votre monde parallèle.

— Cette femme vient de là ?

— Oui.

— Et vous la voyez souvent ?

— Très souvent. C’est ce qui fait sa particularité. J’ai de longs dialogues avec elle.

— Comment s’appelle-t-elle ?

— Aline.

— Comme moi ?

— Je lui ai donné votre nom.

— Y a-t-il une raison ?

— Oui. Elle est comme vous.

— Qu’est-ce que cela veut dire : comme moi ?

— Elle a votre physique, votre tête, vos yeux, vos cheveux, vos jambes.

— Un sosie ?

— Presque. Il y a quelques différences qui se sont précisées avec le temps.

— Précisées comment ?

— J’ai le pouvoir de la modeler comme je veux. Vous avez été mon premier modèle, que j’ai retouché plusieurs fois.

— En gros, elle est comme moi.

— Oui.

— Quels sont les détails qui diffèrent.

— Longtemps, je n’ai pas tout su de vous. Vous n’exposiez pas vos charmes, donc, je les ignorais. J’avais construit une anatomie qui me semblait probable, mais qui n’était pas la vôtre. Par exemple, ses seins n’étaient pas les vôtres, car vous ne me les aviez jamais montrés. J’ai innové. Je me suis bien entendu trompé.

— Et vous avez pu retoucher quand vous les avez vus pour qu’elle soit conforme.

— J’en aurais eu la possibilité, mais je ne l’ai pas utilisée et je les ai gardés comme je les avais créés. Il en est de même pour d’autres points de son anatomie, mais il lui reste beaucoup de choses de vous. Ainsi, elle a votre voix. Je ne l’ai pas changée.

— Si je résume, vous avez créé cette femme à peu près à mon image et vous la trouvez bien comme ça. Vous vous êtes habitué à elle.

— Je l’ai quand même changé un peu.

— En quoi ?

— J’ai introduit certaines parties anatomiques de Lucie.

— Celles qui vous ont le plus marquées ?

— Oui.

— Donc, cette femme est un condensé d’érotisme, avec une partie de moi et une partie de Lucie ?

— Bien sûr. Je l’aime.

— Comment manifestez-vous votre amour pour elle ? Comme avec moi ou Lucie ?

— Elle ne s’y opposerait pas, mais j’ai préféré ne pas faire l’amour avec elle. Je respecte ma création. Elle est trop proche de moi. En la respectant, je me respecte moi-même. Avoir des relations sexuelles avec elle, serait presque me masturber.

— C’est donc une simple image érotique avec qui vous dialoguez.

— Je dialogue et je vole avec elle.

— Vous voulez rire. Vous volez ?

— Oui. Nous évoluons dans les airs comme un oiseau, mais sans ailes. J’adore. Mon monde parallèle est pour moi le monde du vol.

— Je ne vais pas vous offrir de faire cela avec vous. J’en suis incapable.

— Peut-être dans votre monde parallèle ?

— Je ne fais pas grand-chose dans mon monde parallèle. Il est moins riche que le vôtre.

— Il faut apprendre à se souvenir de ce que l’on y a fait. Avec de l’apprentissage, on y parvient. On se souvient des moments forts.

— Effectivement, je me souviens de quelques moments forts qui m’ont réveillée.

— Vous voyez. Vous pouvez faire comme moi.

— Je ne sais pas si je vais vous raconter mes moments forts. Ce n’est pas du vol.

— C’est souvent érotique. Vous l’avez constaté pour mon monde, mais c’est normal. Les instincts se manifestent dans le rêve.

— Oui, dit Aline. Je me souviens d’avoir fait l’amour récemment, et ce n’était pas du chiqué. Je suis allée à fond, jusqu’au plaisir.

— Est-ce fréquent ?

— Cela m’arrive parfois, quand je suis sans homme, mais cette dernière fois, je m’en souviens bien. C’était quand Lucie vous gardait avec elle et nous empêchait de nous rencontrer. Mon organisme devait réclamer. Tout est encore clair dans ma mémoire. J’ai eu de vraies sensations. J’étais avec John. Heureusement que je vous retrouve.

— Ce n’était pas moi, avec vous ?

— C’était John. Il a ses méthodes et parlait l’anglais. Auriez-vous préféré que ce soit vous ? Ce n’est qu’un fantasme sans importance réelle.

— Bien sûr, dit Marcel. Ce n’est que révélateur de nos préoccupations. Avec mon Aline du monde du vol, je suis à l’aise. Je ne fais pas l’amour avec elle et j’adore voler en sa compagnie. Après une rencontre avec elle, mes idées sont en ordre. Je me considère comme privilégié. Je n’ai pas de cauchemars.

*****  

 

— J’ai rencontré Claudine pendant les vacances, dit Marcel à Aline.

— Lucie m’en a parlé. Elle a du mal à comprendre que je vous laisse libre. Elle m’a dit avoir tout fait pour vous en empêcher, et vous garder pour moi.

— Claudine n’a pas cherché à m’éloigner de vous. Lucie n’avait pas à s’inquiéter.

— Claudine est gentille.

— Oui. Elle a résolu plusieurs questions scientifiques que nous nous posions.

— J’aurais dû demander à travailler avec elle plutôt qu’avec vous si elle est si efficace, mais, à la réflexion, je préfère un garçon. Il est possible de lui en demander un peu plus. J’ai bien choisi.

*****  

25 Aline conseille Lucie

— Alors, ma petite Lucie, dit Aline, t’entends-tu bien avec Georges ?

— Bien, dit Lucie. À peu près comme avec Marcel. C’est facile et plaisant avec les hommes.

— Oui, avec ces deux-là. Je ne te conseille pas les autres.

— Je suis sûre qu’il y en a de bons.

— À condition de les repérer, et ce n’est pas facile. Je n’en ai pas trouvé beaucoup de non mariés. J’ai l’impression que tu voudrais en essayer. Est-ce que je me trompe ?

— Cela me tente de choisir moi-même, de m’informer.

— D’aller à l’aventure. Que fais-tu de Georges ?

— Georges ne s’offusque pas que je puisse tester un peu.

— J’aimerais goûter un peu de Georges, dit Aline.

— Prends-le, dit Lucie.

— Ce serait pour une longue période, s’il accepte de travailler en mathématiques avec moi.

— Sans partage.

— Je n’accepte pas le partage. Tu le sais. Il est avec toi ou avec moi, mais pas les deux en même temps. C’est trop perturbant. Tu n’es pas obligée de me le passer. Garde-le.

— J’ai en vue deux ou trois garçons que j’ai repérés. Je vais me consacrer à eux.

— Donc, ça ne te dérangerait pas trop.

— Je vais faire avec. Prends Georges.

— J’ai quand même quelques conseils à te donner pour les garçons, dit Aline. Je te préviens. Tu vas galérer.

— Crois-tu que je ne saurai pas m’y prendre ?

— Marcel et Georges sont sérieux. Ils mettent le préservatif. Ce n’est pas le cas de beaucoup d’autres.

— Je n’accepterai pas sans préservatif, dit Lucie.

— Ma chère, quand tu es dans un lit avec un garçon et qu’il t’entreprend, qu’est-ce que tu fais ? S’il n’en a pas mis, tu reçois le sperme avec les maladies transmissibles.

— Je demanderai au préalable qu’il en mette un.

— Ils oublient souvent le préalable. En plus, certains garçons ne veulent pas du préservatif. Ils disent oui, mais ne le mettent pas ou seulement la première fois.

— Comment testes-tu ?

— S’il ne met pas de préservatif, il est probable qu’il le fait avec d’autres. Il est bon pour l’élimination.

— Fais-tu toujours l’amour avec préservatif, comme j’ai fait avec Marcel et Georges ?

— Oui. Il est le garant de la sécurité vis-à-vis des maladies transmissibles. Il est donc indispensable. Le préservatif masculin est le plus pratique, mais il se met au dernier moment quand le garçon est excité, et alors il faut contrecarrer sa tendance à sauter l’étape. Marcel et Georges savent le mettre, car ils ne pincent pas la membrane avec les ongles, ils le posent correctement et savent se retirer en le tenant. Tu gagnes à le poser toi-même avec un malhabile. Tu as des ongles ras. Bien manipulé et complètement déroulé, il ne se perce pas et ne se ratatine pas.

— Utilises-tu le préservatif féminin au lieu du masculin ?

— Rarement, dit Aline. Il faut être bien malhabile avec le préservatif masculin pour l’envisager. Il n’apporte pas d’avantage évident, car il faut encore la coopération du partenaire pour qu’il passe à travers l’anneau extérieur qui a pu se déplacer et peut sortir. N’accepte de dormir qu’avec un garçon sérieux qui t’écoute et ne sombre pas dans une euphorie débridée et folle. N’oublie pas qu’un garçon peut revenir à la charge, dans la nuit ou le matin. Certains garçons marchent à répétition, et tu es obligée d’y passer, car tu ne vas pas rejeter facilement en pleine nuit un partenaire qui dort avec toi. Tu peux te protéger avec un pyjama ou une culotte, mais c’est un blindage insuffisant, trop facile à arracher ou contourner. S’il s’insinue quand tu dors, tu ne peux pas résister. Il est trop tard. Tu te réveilles quand il est déjà en action. C’est plus dangereux que la première fois, car l’oubli est plus courant, et le préservatif reste indispensable. Ne passe jamais la nuit avec un garçon dont tu n’es pas sûre, car tu te livres à lui en dormant près de lui. Tu as mangé ton pain blanc avec Marcel et Georges. Je te souhaite bien du plaisir avec les autres. C’est trop risqué de jongler avec les protections. Seul, le préservatif bien posé et retiré est efficace.

— Tu exagères, dit Lucie.

— On en reparlera.

— Que faut-il faire s’il n’en veut pas du préservatif ?

— Tu lui expliques que c’est indispensable avec toi, et qu’à ton âge, tu es très fécondable, et tu le plaques s’il ne comprend pas. Sois ferme. Ne nous ramène pas une maladie transmissible.

*****  

26 Aline avec Georges, Lucie avec Marcel

— Georges et moi avons décidé de travailler ensemble, dit Aline à Marcel. Je vais me consacrer aux mathématiques avec lui. Cela va prendre du temps. Voyons-nous ensemble le problème ?

— Qu’envisagez-vous ?

— C’est simple. Je travaillerai avec lui comme j’ai travaillé avec vous et avec John.

— À fond, et avec une détente éventuelle à la fin ?

— Comme avec vous. Je le présenterai aux parents.

— C’est assez clair.

— Le plaisir passe après le travail, et je voudrais tester Georges s’il le permet.

— Georges va être très occupé avec vous. Que va-t-il faire avec Lucie ?

— Ils sont libres de faire ce qu’ils veulent. Je n’empêche pas Georges et Lucie de continuer à s’aimer. Il faut simplement qu’ils choisissent leurs partenaires. J’ai demandé à Lucie. Elle me laisse Georges si celui-ci veut bien.

— Mais vous allez accaparer Georges s’il va avec vous.

— Je me propose, dit Aline, mais il dispose. Bien sûr, je ne partage pas, donc tout dépend de lui. S’il m’accepte, je vais aller avec lui.

— Je vais réfléchir à la nouvelle situation, dit Marcel.

*****  

 

— Je ne sais pas quoi faire dit Marcel à Aline-bis. Je me voyais déjà marié avec Aline et elle me plaque.

— C’était prévisible. Si John l’avait suivie, il serait avec elle.

— Oui, mais je n’imaginais pas qu’elle me quitterait. Je la croyais plus amoureuse de moi.

— Avez-vous de la peine ?

— Je me suis trompé sur Aline. Je la voyais autrement.

— Elle n’a jamais caché son jeu. Elle a toujours été loyale. Vous ne pouvez rien lui reprocher.

— Oui. Je l’admets. J’ai à regarder l’avenir autrement.

— Lucie aussi. Pensez un peu à elle. Elle n’a plus Georges.

— Vous avez raison. Je n’ai pas envie de voler.

*****  

 

— Georges m’a annoncé qu’il se met avec Aline, dit Lucie à Marcel, et qu’il couche avec elle.

— Cela ne marchait plus entre vous deux ?

— Mais si, dit Lucie. Tout allait bien. Mais quand Aline a décidé quelque chose, il est préférable de s’incliner. Elle arrive toujours à des fins. Mieux vaut céder tout de suite. Je ne lui en veux pas. Elle a priorité sur vous et Georges. Elle y met les formes, mais le résultat est qu’elle vous lâche et me prend Georges.

— Nous sommes donc seuls tous les deux, dit Marcel.

— Je suis disponible et vous aussi, dit Lucie.

— Voilà une proposition sans bavure si je ne me trompe.

— Aline espère nous voir ensemble. Je m’entendais bien avec vous.

— Mieux qu’avec Georges ?

— À peu près pareil. Georges était moins actif que vous, mais c’est peu important. Je me suis adapté à lui comme à vous.

— Je fais une découverte. Serait-ce qu’une activité plus faible que la mienne vous plairait ?

— Avec vous, j’étais bien, dit Marcel. Avec Georges, j’ai commencé comme avec vous, mais il m’a dit de me modérer et de prendre un rythme plus faible. C’était facile. J’ai fait comme il voulait.

— Auriez-vous aimé un peu plus ?

— Non, dit Lucie. Pourquoi ? Il m’a toujours satisfaite. Je n’avais pas à réclamer plus.

— Ainsi, vous vous êtes forcée avec moi ?

— Non. J’aime faire l’amour avec vous, comme avec lui. J’ai toujours eu assez, et jamais trop. N’avez-vous pas eu de plaisir avec moi ?

— J’en ai eu beaucoup, mais voyez-vous, je suis comme Georges. C’était trop souvent. Je n’étais pas sûr de moi, mais j’y suis toujours parvenu. J’étais à la limite. J’angoissais en me demandant si j’allais y arriver.

— Il fallait me le dire !

— Quand on est bête, on ne dit rien, dit Marcel. Je suis plus bête que Georges. Mais je tenais à ce que vous soyez heureuse. Je m’appliquais à vous servir. Vous sembliez le vouloir.

— Vous étiez adorable, dit Lucie. Je ne me suis douté de rien. Je jouissais d’être avec vous égoïstement. Je me forçais à vous être agréable. C’était facile pour moi de me donner. Je me proposais et vous suiviez. J’ai été encore plus bête que vous. Les hommes ont moins de facilité que les femmes. Ils doivent attendre pour se recharger. Je le savais pourtant, mais je n’ai pas réfléchi. Je n’ai pas l’habitude de la logique scientifique. Que faites-vous de ma proposition ? Je ne veux plus vous angoisser. Vous n’avez qu’à me limiter, comme Georges. Voulez-vous encore de moi ?

— J’hésite, dit Marcel. Je n’ai pas encore bien compris ce qui m’arrive.

— En attendant de prendre une décision, dit Lucie, vous pouvez venir coucher avec moi. Si vous ne voulez pas plus, je me blottirai seulement contre vous, en ne cherchant pas à vous exciter comme j’en avais pris l’habitude. J’attendrai d’être réclamée.

— Vous êtes gentille, dit Marcel. J’accepte.

*****  

 

Mon cher John,

Je suis avec Georges, un copain de Marcel. Georges me laisse la bride sur le coup et ne cherche pas à savoir ce qui me motive. Il me prend comme je suis. Ce que je fais en dehors de lui ne l’intéresse pas. Pourtant, il est sérieux, et en mathématiques, il est champion. Je les travaille avec lui. Il me change beaucoup de vous et Marcel, mais il a son intérêt. Voilà un nouvel homme que j’aime. En êtes-vous jaloux ? Je n’ai pas beaucoup de temps pour penser à vous et à Colette, mais j’espère que tout va bien.

Aline qui vous aime.

*****  

 

— Je suis à nouveau avec Lucie, dit Marcel à Aline-bis. Nous sommes sur un bon rythme. Elle est très agréable.

— Mieux qu’Aline ?

— Honnêtement oui. Son physique et sa façon de faire me conviennent mieux.

— Ce n’est pas ce que vous disiez auparavant.

— Elle n’est plus la même. Le calme est là. Plus aucune frénésie. J’ai l’initiative.

— Regrettez-vous Aline ?

— Je regrette l’Aline que je m’imaginais. Je ne regrette pas l’Aline réelle.

— Est-ce fini avec elle ?

— Elle reste une amie, mais sans plus.

*****  

27 Lucie conseille Claudine à Marcel

— Alors, dit Lucie ? Quelle est votre décision ? Hésitez-vous encore ?

— Toujours, dit Marcel. J’ai fait une croix sur Aline, mais l’avenir est encore bouché.

— N’êtes-vous pas bien avec moi ?

— Très bien, et je vous en remercie, mais nous ne resterons pas éternellement ensemble. Qu’allez-vous faire ?

— Je pourrais rester avec vous, mais une scientifique, comme Aline, vous conviendrait mieux. J’étais bien avec Georges. Je vais essayer de le reconquérir.

— Comment ?

— À la régulière, pour qu’Aline me le redonne. Aline a des vues sur John. Elle l’a contacté et elle a appris qu’il souhaite la retrouver. Je crois qu’il viendra ici avec elle. Elle ne résistera pas à son attrait, et Georges sera libéré. Il faut seulement patienter un peu.

— Et vous souhaitez que je patiente avec vous ?

— N’est-ce pas agréable ?

— Oui, dit Marcel. Cela donne le temps de réfléchir.

— Voyez du côté de Claudine, dit Lucie. Cette scientifique devrait vous convenir.

— Votre opinion sur Claudine a changé. Vous n’étiez pas contente quand j’ai répondu à son invitation.

— Il vous faut bien une partenaire si Aline est avec John et moi avec Georges.

*****  

 

— À quoi pensez-vous, dit Aline-bis ?

— À Claudine, dit Marcel. Elle m’évite soigneusement. Je n’ai plus aucun contact avec elle.

— Elle doit penser que vous êtes toujours avec Aline, car avec Lucie, vous êtes toujours sous le même toit.

— Lucie préfère que notre liaison ne s’ébruite pas, dit Marcel. Je suis commode pour elle.

— Contactez Claudine, dit Aline-bis. Pourquoi avez-vous attendu ?

— Je veux être sûr de repartir du bon pied. Que vais-je dire à Claudine ?

— La vérité.

— Ce n’est pas possible puisque Lucie ne veut pas que l’on sache pour elle.

— Et vous aimez aussi Lucie ?

— Oui.

— Je n’ai pas de solution. Un petit vol ?

— Un tout petit.

*****  

 

— Je vous aime, dit Lucie à Marcel.

— C’est gentil. Moi aussi.

— J’aime aussi Georges, dit Lucie.

— Et moi de moins en moins Aline, dit Marcel.

— Aimez-vous Claudine ?

— Croyez-vous que je l’aime ?

— Oui. Pourquoi n’allez-vous pas la chercher ?

— Claudine ne se mettra pas avec un homme qui couche avec une autre.

— Il suffit de lui dire que vous n’êtes plus avec Aline.

— Mais je suis avec vous.

— Claudine ne le sait pas, dit Lucie. Inutile de lui en parler.

— Moi, je sais, dit Marcel.

— Cela vous empêche-t-il de la voir ?

— Je ne veux pas la tromper, et tant que vous n’avez pas retrouvé Georges, je reste avec vous.

— Allez avec elle, dit Lucie. Je ne mérite pas tant de sollicitudes.

— Mais si.

*****  

 

Mademoiselle Claudine,

Je suis la sœur d’Aline. Je vous apprends certainement que Marcel n’est plus avec Aline, celle-ci s’étant accrochée à un autre garçon. Je sais que Marcel vous aime, même s’il refuse de le dire. Je ne vous connais pas bien, mais comme il vous aime, vous êtes certainement une fille intéressante. Il a actuellement des scrupules à aller vous voir parce qu’il s’est mis avec moi à ma demande. C’est une liaison que je voudrais garder secrète, et que je lui ai presque imposée devant son désarroi quand Aline l’a quitté. Il avait besoin d’un soutien féminin en urgence, et je lui ai apporté en faisant de mon mieux. Si vous l’aimez, c’est à vous de prendre la relève, car je pense que vous êtes faits l’un pour l’autre et j’ai l’espoir d’avoir bientôt un copain. Marcel a été très gentil avec moi. J’espère que vous le serez avec lui. J’ai trouvé votre adresse électronique sur son mobile et j’ai violé le secret de son courrier, mais je ne savais comment vous contacter autrement.

Lucie.

*****  

 

Mademoiselle Lucie,

Je déplore qu’Aline ait quitté Marcel, car il avait l’air d’y tenir. La séparation des vacances a donc une suite et peut se renouveler. Marcel retrouvera alors Aline. Il ne doit pas désespérer. Je ne dois pas perturber ce retour par ma présence.

Vous avez bien fait de vous occuper de Marcel. Ne l’empêchez pas de renouer avec Aline dès que ce sera possible.

Claudine.

*****  

 

— Si Aline et Georges se séparent, questionne Lucie, que faites-vous ?

— Rien, dit Marcel. C’est leur problème.

— Aline voudra peut-être se remettre avec vous ?

— Il faudrait qu’elle le souhaite et moi aussi, dit Marcel. Elle n’a pas l’air de me souhaiter beaucoup actuellement, malgré ses déclarations d’amour. Disons qu’elle m’oublie. Je ne l’oublie pas. J’ai un passé heureux avec elle, mais je doute que mon avenir soit avec elle. Il faudrait qu’elle me supplie pour que je renoue. Renouer une fois : oui. Deux fois : non.

— C’est donc une rupture définitive ?

— Oui. C’est fini avec elle. Je ne l’aime plus.

*****  

 

Mademoiselle Claudine,

J’ai demandé à Marcel ce qu’il pense d’Aline. Il m’a répondu qu’il ne l’aime plus et qu’il ne renouera plus avec elle. Votre présence auprès de lui me semble utile.

Lucie.

*****  

 

Mademoiselle Lucie.

Marcel a trouvé près de vous le réconfort. Vous méritez de penser un peu à vous. Comme il est évident que vous aimez Marcel et qu’il accepte votre amour, je n’ai pas à aller troubler cette idylle. Vous avez, si j’ai bien compris, l’intention d’avoir un autre copain que Marcel. Quand vous me le présenterez, je le considérerai comme réel et si alors Marcel pense à moi, j’étudierai le problème.

Claudine.

*****  

 

— Écoute, Aline, dit Lucie. N’en as-tu pas assez des mathématiques ? Tu m’as volé Georges. Quand me le rends-tu ?

— Du calme, Lucie. Je n’ai rien volé. Tu me l’as offert. Georges t’aime encore. Il me l’a dit. Il va avec toi s’il le veut.

— Je ne veux pas d’une moitié de Georges. Je le veux complet.

— Je ne le conçois pas autrement. D’ailleurs, tu as Marcel complet.

— En tout cas, Marcel ne t’aime plus. Il a raison. Tu es infecte. Tu as détruit son amour pour toi. Voilà le résultat de tes errements.

— Je n’aurai plus le temps de m’occuper de Georges quand John viendra. Attends au moins qu’il vienne.

— As-tu prévenu Georges ?

— Je répète à satiété que je suis libre, et Georges est au courant que John va venir et que je coucherai avec lui. Je ne prends jamais personne en traître. Marcel a-t-il une raison de m’en vouloir ? S’il ne m’aime plus, ce n’est pas ma faute. Je ne lui ai jamais rien caché. J’ai la conscience tranquille. Je l’aime toujours.

*****  

 

— Georges, dit Lucie. Qu’allez-vous faire quand Aline vous quittera ?

— Pourquoi me quitterait-elle ? Il n’y a pas de raison actuellement.

— Vous êtes aveugle. Quand John viendra, il va vous déboulonner.

— Aline aime trop les mathématiques pour se passer tout de suite de moi.

— Elle aime aussi l’anglais. Regardez comment elle a traité Marcel.

— Aline ne rejette pas Marcel. Elle me l’a dit. C’est lui qui ne veut plus d’elle.

Le voyez-vous ainsi ?

— C’est ce qui se passe. Je vais avec vous si vous voulez.

— Et quand Aline veut de vous, vous allez avec elle. Comme vous êtes toujours avec Aline, je ne vous vois jamais.

— Je fais ce que je peux. Nous travaillons bien, Aline et moi. Je serai bête de ne pas travailler avec elle tant qu’elle le veut bien. Nous faisons des progrès fulgurants. C’est une vraie mathématicienne. Je vous aime toujours et Marcel s’occupe de vous. Tout s’arrange. Le jour où Aline se débarrassera de moi, si vous êtes là, je suis prêt à vous reprendre.

— Vrai ?

— Mais oui. Vous m’excuserez. Elle m’attend.

*****  

 

Lucie, voyant que ses messages n’ont pas l’effet souhaité, sonne à la porte de la maison de Claudine.

— À qui ai-je l’honneur ?

— Je suis Lucie. Celle qui vous a envoyé des messages.

— Entrez. Pourquoi êtes-vous venue ici ?

— Pour plaider ma cause.

— Je la connais par vos messages. J’ai répondu.

— Oui, mais vous ne comprenez pas ce qui se passe. Je suis inquiète pour Marcel.

— Est-il malade ?

— Marcel n’a plus de goût à rien. Quand il était avec Aline, il rayonnait et parlait sciences avec elle. Maintenant, il est sombre et ses notes en pâtissent.

— J’ai constaté en effet que ses notes sont moins bonnes. S’il ne travaille plus avec Aline, les notes reflètent son travail individuel.

— Il vaut mieux que cela. Il n’est pas heureux.

— N’êtes-vous pas capable de le rendre heureux ?

— Si vous pensez à cela, bien sûr, je lui donne son plaisir, mais il n’a que ça, et c’est insuffisant. Je ne suis pas capable de parler avec lui comme Aline. Il a envie de parler sciences. Vous seule pouvez le revigorer.

— Je ne peux pas le prendre avec moi puisqu’il est avec vous.

— Je ne compte pas. Prenez-le. Avec vous, il n’aura plus besoin de moi.

— Je crois que vous êtes sincère. Pour me le laisser, vous devez l’aimer énormément. Je vais vous écouter et aller le voir.

— Je vous l’abandonne, dit Lucie. Vous n’entendrez plus parler de moi.

— Je vous demande de rester près de lui, dit Claudine. J’ai cru comprendre qu’il vous aime. Il nous aime toutes les deux. Nous pouvons l’aimer à deux.

— Je croyais que vous ne vouliez pas partager.

— Je ne voulais pas, mais avec vous, cela me semble possible. Nous le laisserons choisir entre nous deux. Je travaillerai avec lui, mais vous aurez vos nuits.

— Je m’incline. Marcel sera remis sur les rails par vous. J’espère pouvoir bientôt vous le laisser entièrement. Mon avenir est avec un autre.

— Qui est cet autre ?

— Un copain qui s’est fourvoyé comme Marcel avec Aline, dit Lucie, et que j’espère bien parvenir à le sortir de son emprise.

— N’appréciez-vous pas ce qu’Aline fait ?

— Aline est inconsciente, irresponsable. On ne peut pas lui en vouloir. Je lutte pour reconstruire ce qu’elle détruit et soulager ses victimes.

— Je vais vous aider à reconstruire Marcel, dit Claudine.

*****  

 

Mon cher Marcel,

La charmante Lucie est venue chez moi où je l’ai reçue. Elle m’a expliqué votre situation. On ne parle plus d’Aline avec qui vous avez coupé les ponts. Lucie m’a fait valoir que vous auriez besoin de moi pour travailler dans de meilleures conditions. Je suis parfaitement disponible pour travailler avec vous, car je l’ai constaté, vous êtes très compétent. Pour le lit, j’ai un arrangement avec Lucie. Nous avons décidé de partager. Le plus simple serait d’alterner, mais toute autre solution égalitaire peut être mise en œuvre. Faites-moi un signe si cela vous arrange.

Claudine qui vous aime.

*****  

 

— Êtes-vous allée voir Claudine, questionne Marcel ?

— Oui, dit Lucie.

— Souhaitez-vous réellement me partager avec elle ? Claudine m’a toujours dit qu’elle y était opposée. Pourquoi change-t-elle ?

— Elle fait une exception pour moi.

— Pourquoi ?

— Elle considère que je vous aime.

— Une raison qui devrait l’exclure de venir avec moi.

— C’est le contraire qui se produit.

— Êtes-vous bien d’accord avec elle ?

— Oui.

— Je vais réfléchir et lui répondre.

*****  

 

— Je ne sais plus où j’en suis, dit Marcel à Aline-bis. Lucie et Claudine m’offrent un service commun pour que j’aie le meilleur de l’une et de l’autre.

— De quoi vous plaignez-vous ?

— Elles vont se sacrifier l’une à l’autre.

— Ce n’est pas un sacrifice. Si tout se passe bien, elles vont s’aimer et rivaliser de petits soins pour vous.

— Et si tout se passe mal ?

— N’y pensez pas. Soyez optimiste. Un vol vous fera du bien.

*****  

 

Ma chère Claudine,

Je suis étonné de ce qui m’arrive. Deux filles m’aiment et proposent de collaborer à mon bonheur. Je ne l’aurais jamais envisagé. Pourtant, votre proposition est là, dans mon courrier, et Lucie a confirmé que je ne rêvais pas. Je ne sais pas si l’organisation sera facile, mais je suis disposé à essayer ce que vous avez élaboré.

Marcel.

*****  

 

Les deux filles établissent un emploi du temps équitable que Marcel ne discute pas. Une vie très calme et studieuse s’établit.

 

— Alors, dit Aline-bis. J’avais raison d’être optimiste.

— C’est vrai, dit Marcel. Une nouvelle vie commence pour moi.

— Qui aimez-vous le plus ?

— Elles sont très différentes. J’aime surtout la tête de Claudine et le corps de Lucie.

— Le travail avec l’une et l’amour avec l’autre.

— Claudine est bien aussi en amour et on peut parler avec Lucie. Lucie ne peut pas égaler Claudine pour le travail. Elle est compétente, mais dans une discipline qui ne nous est pas commune.

— Un petit plus quand même pour Claudine.

— Je pense me marier avec Claudine. Lucie a des vues sur Georges. Dès qu’Aline le lâchera, elle le reprendra.

— Pour vous, Aline n’existe plus.

— Je la laisse mener sa vie sans plus m’en occuper. Je réorganise tout en fonction de Claudine et Lucie. Je vais d’ailleurs vous modifier. Je ne veux plus de l’image d’Aline. Vous allez changer de forme et prendre celle de Claudine.

— Comme cela ?

— Je garde à peu près tout. Pour le corps, prenez Lucie.

— Comme cela ?

— Oui.

— Avec ou sans poils ?

— Elle les a enlevés pour plaire à Georges. Ce n’est pas important. Avec poils, comme elle était auparavant.

— Est-ce tout ?

— Vous changez la couleur des aréoles des seins. Encore une chose : vous serez désormais ma Claudine-bis et vous savez encore voler. Rhabillez-vous et volons.

*****  

28 Marcel avec Lucie et Claudine; Aline propose le mariage

Marcel coule des jours heureux, bichonné par Lucie et Claudine. Quand John arrive, il libère Georges qui reprend Lucie.

 

— Qui préfères-tu, se renseigne Lucie auprès d’Aline ? Marcel, Georges ou John ?

— Je n’ai pas de préférence marquée, dit Aline. Je suis avec John. C’est très bien.

— Vas-tu encore longtemps travailler avec lui ?

— Il considère qu’il possède suffisamment le français et mon accent. Il a prévu de partir bientôt.

— Que vas-tu faire ?

— Je me pose la question, dit Aline.

— Si tu n’avais pas lâché Marcel, tu serais avec lui, dit Lucie.

— S’il ne nous avait pas lâchées pour Claudine au lieu de rester avec toi, il serait plus facile de le reprendre.

— Alors ?

— Quoi, alors ? La solution est évidente. Je vais proposer à Marcel de me marier avec lui. Il est bien testé. Les études se terminent. Il est temps d’y penser.

— Et tu penses qu’il va te dire oui ?

— Pourquoi pas ?

— Avec tout ce que tu lui as fait jusqu’à maintenant ?

— Je ne lui ai rien fait de particulier. Quand je ne suis pas occupée par ailleurs, il peut venir avec moi. Je l’aime toujours.

*****  

 

Mon cher John,

Nous voilà de nouveau séparés. La solitude me pèse. J’envisage de proposer le mariage à Marcel. Si vous avez des projets, tenez en compte. Marcel sait que cela ne m’empêchera pas d’aller avec vous, donc c’est bon, mais il faut encore que je le teste sur plusieurs points. Avez-vous des projets analogues de votre côté ?

Aline qui vous aime.

*****  

 

Ma chère Aline,

Vous avez décidé de bientôt sauter le pas. Il faut bien le faire un jour. Je vais étudier le problème de mon côté, mais j’hésite. Vous seriez ma préférée, car nous avons les mêmes idées. J’ai aussi Colette, qui n’a pas des idées aussi nettes que les nôtres. Elle n’a que moi, donc, elle risque peu de me faire faux bond. J’ai encore le temps de l’étudier un peu avant de me décider. Je vais essayer de me faire à son habitude de monopoliser la salle de bains.

Je vous souhaite tout le bonheur possible avec Marcel.

John qui vous aime.

*****  

 

— Marcel, dit Aline. Voulez-vous vous marier avec moi ?

— Je suppose que le départ de John motive cette demande.

— En grande partie. Je ne voulais pas la faire avant son départ, mais je l’ai informé.

— Approuve-t-il ?

— John ne s’y oppose pas. Il n’est pas jaloux. Il était normal qu’il reparte chez lui et je n’ai pas à le suivre puisque mon travail est ici.

— Vous voulez donc me reprendre, dit Marcel.

— Reprendre n’est pas le bon terme, dit Aline. Jusqu’à maintenant je ne me suis livré à aucun garçon. Je n’ai jamais eu de contrat avec aucun.

— Je ne vais pas me marier avec vous.

— Vous avez le droit de me refuser, mais j’aimerai connaître vos raisons.

— J’estime que votre conduite l’explique fort bien.

— Parlons de ma conduite. Je suis une jeune fille que je considère comme normale. Quand j’ai eu l’âge, maman m’a dit de chercher parmi les garçons celui qui pouvait me convenir. Il était normal que je me renseigne sur eux, donc que j’aille avec eux. Je l’ai fait. J’ai eu ainsi l’expérience des garçons et quelques déboires. J’en ai rencontré un, puis un deuxième et enfin un troisième que je me suis mise à aimer. Je ne vois pas ce qu’il y a de répréhensible là-dedans ? Vous êtes l’un de ceux que j’aime. Je vous offre logiquement le mariage.

— Vous m’avez deux fois laissé tomber.

— Je n’ai jamais cessé de vous aimer.

— Alors pourquoi m’avoir quitté ?

— Je ne peux pas me couper en trois. Il faut bien, à un moment, privilégier l’un ou l’autre. Je ne sais pas faire autrement. J’ai essayé de respecter une certaine égalité et je ne me suis jamais engagée à fond avec l’un ou l’autre puisque je n’avais pas encore choisi.

— J’ai ressenti vos abandons comme une preuve de votre indifférence à mon égard. J’en ai été froissé.

— Je le regrette, dit Aline, mais il est normal pour une jeune fille de préparer son avenir. Nous ne sommes plus à l’époque où les filles recevaient un mari choisi par les parents. J’avais besoin d’être informé sur les garçons. Je connais les statistiques. J’ai fait ce que font la majorité des jeunes filles actuelles. J’ai rencontré des garçons, je les ai étudiés et testés. Vous me reprochez d’en avoir testé plusieurs ? Sans le faire, je n’aurais qu’une vue tronquée. On ne choisit plus au hasard. Je n’ai pas testé tous les garçons de la Terre, mais il fallait un échantillon représentatif. Je me suis limité à ce qui m’a semblé raisonnable. J’en ai sélectionné trois qui sont comme moi des non-jaloux. Je ne crois pas que ce soit excessif. C’est peut-être insuffisant. Ce que vous appelez mon indifférence est simplement la manifestation de ma pondération. J’ai cherché à respecter un équilibre entre les sélectionnés.

— Je vous trouve instable, dit Marcel. Vous passez de l’un à l’autre brusquement. Vous créez un besoin, et d’un seul coup, vous cassez.

— Je déplore que vous le ressentiez comme cela. Pour compenser, ne vous ai-je pas poussé vers Lucie ? Elle y a répondu.

— J’aurais préféré être avec vous.

— On ne peut pas toujours faire ce que l’on préfère. J’avais des obligations avec John. Je l’avais fait venir et il était normal que je profite de sa présence pour travailler avec lui. Je n’allais pas me couper en deux.

— Pour moi, vous étiez bloqué avec John.

— Sachez que je vous ai toujours aimé pareillement, que John soit là ou non.

— Et John aussi.

— John, Georges et vous, êtes les garçons que je continue d’aimer, ceux qui ont passé favorablement mes tests et que je peux maintenant élire pour le mariage. Je suppose qu’il en est de même pour vous. Vous avez certainement une idée des filles avec qui vous pouvez vous marier. Quand les choix coïncident, on peut se marier. Il est normal que je vous fasse part de mon choix.

— Vous pouvez aussi choisir les deux autres.

— Je vous choisis en premier.

— Pourquoi ?

— Nous travaillons dans la même discipline et pouvons ainsi nous soutenir. Georges est bon en mathématiques et John en anglais, mais ces disciplines ne viennent qu’en second pour moi. En plus, John n’est pas d’ici. Le facteur géographique lui est défavorable. Objectivement, vous passez en premier.

— Je ne suis pas obligé de vous choisir en premier, dit Marcel.

— Je ne vous force pas, dit Aline, et vous n’êtes pas obligé de répondre rapidement. Je vous fais une offre, vous l’étudiez et vous me donnez la réponse. Si vous tardez trop, je chercherai ailleurs.

*****  

 

— Vous êtes dans un mauvais jour, dit Claudine-bis.

— Je suis préoccupé, dit Marcel. Aline me propose le mariage. Je suis plutôt engagé avec Claudine.

— Vous n’êtes pas obligé de dire oui à Aline.

— De toute façon, si elle continue de se comporter comme elle l’a fait jusqu’à maintenant avec moi, je n’en veux pas.

— Comment envisage-t-elle le mariage ?

— Bonne question. J’aimerais savoir ce qu’elle a dans le ventre. Je vais lui demander.

*****  

 

— Dites-moi, dit Marcel à Aline ? Une fois mariée, allez-vous continuer à vous comporter pareillement ? Qu’implique le mariage pour vous ?

— Je suis heureuse que vous posiez cette question. Nous en avons longtemps discuté avec John, donc, j’ai tous les éléments de réponse. Mon comportement sera différent avec mon mari de ce qu’il a pu être auparavant.

— En quoi ?

— En me mariant, je passe un contrat avec mon mari.

— Quel genre de contrat ?

— Le contrat normal qui me lie à lui. Nous nous engageons à créer une famille ensemble, à avoir les enfants que nous souhaitons, et à les élever dans notre foyer le mieux possible.

— Que deviennent ceux qui ne se marient pas ?

— Les garçons que j’aime restent mes amis, et je ne vous critiquerai pas de garder vos amies.

— Jusqu’où peut aller l’amitié ?

— Elle ne dépassera pas les limites actuelles.

— Quelles limites ?

— Vous ai-je autorisé à ne pas utiliser de préservatif avec moi ? Ai-je risqué d’avoir un enfant avec vous ? Tant que je ne suis pas mariée, je ne prends aucun risque, et j’espère que vous faites de mêmes avec celles que vous fréquentez. Il faut être sérieux avec les enfants. Si j’en ai, je ne leur donnerai pas de foyer bancal.

— Donc, vie de famille classique ?

— Oui.

— Mais avec les amis, quelles relations aurez-vous ?

— Je vous l’ai dit. Je ne dépasserai pas les limites.

— Si j’ai bien compris, dit Marcel, les limites vous permettent de coucher avec eux.

— Comme actuellement. Mon mari me fera des enfants, sauf évidemment si nous adoptons ou si nous avons des problèmes de fécondation ou si mon mari accepte que je fasse mes enfants avec des amants. C’est une option à discuter, et qui me semble la meilleure, car elle donne une liberté totale.

— Donc, tout sera pareil, sauf pour les enfants qui sont à la charge du ménage.

— Avec la vie sous le même toit et une gestion en commun, ce qui n’est pas rien.

— Si je suis marié avec vous et que John vienne vous voir. Que faites-vous ?

— Je le reçois.

— Dans votre lit ?

— Oui, s’il le désire, et avec ou sans protection suivant l’option. Je n’abandonne pas mes amours. Vous attendrez qu’il parte pour que je vous reprenne, éventuellement en compensant avec Lucie ou une autre. Êtes-vous jaloux ? Oui, ou non ? Si vous ne l’êtes pas, je dois honorer mon hôte. Si Claudine ou Lucie ont envie de vous pour certaines périodes, je ne m’y opposerai pas, mais vous vous y consacrerez entièrement. Je ne partage pas. J’attendrai la fin des périodes pour vous reprendre dans mon lit. Ces intermèdes dans la vie familiale devront gêner le moins possible. Je ne pense pas que John utilise beaucoup cette possibilité.

— Et si vous partez le voir ?

— Je couche avec lui.

— Même si je vous accompagne ?

— J’aurai à choisir l’un ou l’autre, dit Aline, mais son devoir d’hôte sera de me contenter, et le mien sera de ne pas refuser.

— Je vais réfléchir à tout cela, dit Marcel.

*****  

 

— J’ai précisé les choses avec Aline, dit Marcel.

— Vous n’avez pas l’air content, dit Claudine-bis.

— Aline est d’une terrible logique. Aucune faille, mais comment la suivre ? Je ne fais pas beaucoup de sentiments, mais je vous préfère cent fois à Aline.

— Vous préférez la vraie Claudine.

— Oui.

— Vous savez maintenant quoi répondre à Aline.

*****  

 

— Je ne me marie pas avec vous, dit Marcel à Aline. J’ai pesé le pour et le contre. Claudine l’emporte sur vous.

— Lui avez-vous demandé son avis ? Vous êtes-vous engagé avec elle ?

— Non.

— Alors, réfléchissez encore. Je vous annonce que Georges se met avec moi.

— Reste-t-il avec Lucie ?

— Je l’ai réservée pour toutes les nuits, sans partage avec Lucie. S’il va avec Lucie, c’est à mon insu. J’en doute.

*****  

 

— Encore un coup d’Aline, dit Marcel à Claudine-bis. Elle récupère Georges. Lucie ne va plus l’avoir. C’est grave, car Lucie aime Georges.

— Elle vous aime aussi.

— Croyez-vous que je doive reprendre avec elle ?

— Voyez cela avec elles. Un petit vol ?

— Pas très long.

*****  

29 Interrogations

— Dis-moi, Georges, dit Marcel. Pourquoi te mets-tu avec Aline ? N’aimes-tu plus Lucie ?

— J’aime Lucie et j’aime Aline. Lucie m’a dit d’aller coucher avec Aline puisque John est parti. C’est voisin. Je me défoule aussi bien avec l’une qu’avec l’autre. Je vais donc avec Aline.

— Couches-tu encore avec Lucie ?

— Je ne peux pas puisque je couche avec Aline. Elle ne voudrait pas. Elle ne partage pas.

— Alors comme ça, tu abandonnes complètement Lucie.

— C’est elle qui l’a voulu. Je ne la contrarie pas. Je suis au contraire accommodant.

— Je pense que Lucie est plutôt pour le partage.

— Elle m’a dit d’aller avec Aline et de faire ce qu’elle me demanderait. Aline ne m’a pas parlé de partage. Comme d’habitude, elle veut tout. J’ai exécuté.

— Bêtement.

— Lucie n’a pas pipé quand je lui ai dit qu’Aline me prenait complètement. Si tu comprends les femmes, ce n’est pas mon cas.

— Mais tu aimes encore Lucie ?

— Bien sûr. Je lui ai obéi et j’ai obéi à Aline. Je n’ai pas discuté. Faut-il désobéir pour les contenter ?

— Il faut tout de même interpréter ce qu’elles te disent. Lucie t’a envoyé à Aline pour qu’elle ne soit pas seule. Elle ne t’a pas dit de te livrer complètement à elle. Lucie t’aime. Partage-toi équitablement.

— Va le dire à Aline, mon cher Marcel. Pour elle, c’est tout ou rien. Elle prend tout. Si elle n’a pas toutes les nuits, elle me rejette.

— N’es-tu pas capable de la raisonner ?

— Ce ne sont pas des mathématiques, dit Georges. Elle va m’entortiller en trouvant des arguments de femme. Que Lucie se débrouille avec elle. Moi, je fais ce que l’on me dit de faire dans la mesure où c’est faisable. Je ne vais pas les contrarier pour qu’elles me tombent dessus à bras raccourcis. Je connais suffisamment les femmes pour savoir que quand elles sont d’accord, il vaut mieux faire ce qu’elles disent.

— Je vais en parler à Lucie, dit Marcel.

— C’est plus facile de t’adresser à Lucie qu’à Aline, mais tu ferais mieux de t’écraser.

*****  

 

— Ma chère Lucie, dit Marcel. Georges m’a révélé que vous l’avez envoyé à Aline. Est-ce bien vrai ?

— Oui, dit Lucie.

— Aimez-vous toujours Georges ?

— Bien sûr.

— Mais s’il est avec Aline, il n’est plus avec vous ?

— C’est exact. Je conçois que cela puisse vous étonner, mais je préfère que Georges soit avec Aline. J’ai une dette envers Aline. Je vous ai connu par elle, puis elle m’a signalé que Georges était un garçon convenable. Deux fois, elle m’a rendu service en m’évitant ce qu’elle a connu avant moi, c’est-à-dire des garçons que l’on croit bons et qui ne valent rien. J’ai progressé en amour, beaucoup plus vite qu’elle, grâce à elle. J’ai gagné des années de galère. En ce qui concerne vous et Georges, vous êtes tous les deux des garçons sérieux. Je considère qu’Aline a priorité sur moi.

— Vous vous retrouvez sans copain.

— Où en serais-je sans Aline ? Probablement à galérer avec des garçons que j’aurais mal choisis. Maintenant que j’ai connu vous et Georges, je suis armée pour sélectionner ceux qui me conviennent. J’ai de l’expérience. J’ai beaucoup appris avec vous deux, et je vous en remercie. Je vous aimerai toujours.

— Georges ne vous manque-t-il pas ?

— S’il ne me manquait pas, il manquerait à Aline. Je dois apprendre à ne pas être accrochée au plaisir du lit. M’en passer pendant un certain temps sera salutaire. Aline l’a fait, et je crois, vous aussi. À mon tour.

— Je peux soulager votre solitude si Claudine ne s’y oppose pas. Comme elle l’a déjà accepté, elle l’acceptera sans doute. Ce serait un rendu pour un prêté.

— Je n’ai pas agi pour que Claudine ou une autre personne se sacrifie. J’ai décidé de prospecter vers les garçons que je connais. Ce que vous proposez est gentil, mais gèlerait la prospection. Je vous remercie de penser à moi. Ne vous tracassez pas. Laissez-moi tester quelques garçons librement. Si j’ai envie de vous, je vous ferai signe.

— Promis ?

— Oui. Je sais que je peux compter sur vous. Grâce à vous, je protège mes arrières.

*****  

 

— Aline, dit Marcel. Pourquoi ne partagez-vous pas Georges avec Lucie ? Georges n’y serait pas opposé.

— Comment voyez-vous le partage ?

— Georges irait une fois sur deux avec vous.

— Donc, il irait avec Lucie et moi en alternance ?

— Oui.

— Le pire de ce que l’on peut faire, dit Aline. Savez-vous pourquoi je vais ou suis allée avec vous, John et Georges ? C’est pour vous tester, pour savoir si je peux vivre avec vous et vous proposer éventuellement le mariage, et uniquement dans ce but. J’ai éliminé les autres, mais avec vous trois, je teste toujours, et au maximum, même si je suis à peu près persuadée que vous me convenez les trois. Comprenez que je n’envisage pas de partager pendant le mariage. L’alternance que vous proposez n’a pas d’intérêt, car ce n’est pas comme cela que l’on vit avec un mari. Le partage de Georges avec Lucie n’est pas à tester. Il n’est pas réaliste. Autant laisser complètement Georges à Lucie.

— N’avez-vous aucun plaisir d’avoir Georges avec vous ?

— Si, mais le plaisir est secondaire, et je refuse de le considérer comme le plus important. Suivre le plaisir, c’est agir par impulsions sans réfléchir et aller à la débauche. Je ne me drogue pas d’amour. Je teste encore raisonnablement Georges puisque j’en ai la possibilité.

— Lucie aussi pourrait vouloir le tester, dit Marcel.

— À chacun son tour. Je donnerai à Lucie les renseignements que j’aurai accumulés sur Georges, comme elle m’a donné les siens. Ayant plus d’expérience, mes tests sont plus performants que les siens, mais j’ai à peu près tout ce que je souhaite sur Georges, comme sur vous.

— Rendrez-vous un jour Georges à Lucie ?

— Je n’ai pas pris Georges, dit Aline. Il est libre de faire ce qu’il veut. Il est avec moi parce que je l’accueille volontiers et que Lucie l’a dirigé vers moi. Il peut retourner avec Lucie, mais il est possible que je le demande en mariage si vous me dites non.

— Je ne me marie pas encore, mais ce sera sans doute avec Claudine.

— Puisque vous temporisez, il me reste un petit espoir de la supplanter.

*****  

 

— Ma Claudine chérie, dit Marcel. Heureusement que je vous ai. Savez-vous qu’Aline m’a proposé de se marier avec moi ?

— Dans quel but ? Elle sait que vous m’aimez.

— Aline sait calculer. Si je me marie avec elle, Lucie récupère Georges.

— Ce serait bien pour Lucie et Georges.

— C’est plus compliqué. Lucie a passé Georges à Aline sans s’y opposer.

— Pourquoi ?

— Lucie ne contre pas Aline. Elle a décidé de laisser Georges pour le moment avec Aline et, se retrouvant seule, de prospecter auprès d’autres garçons comme a fait sa sœur.

*****  

 

— Qu’en est-il de vos prospections, demande Marcel à Lucie ? Avez-vous trouvé des garçons intéressants ?

— Le résultat n’est pas merveilleux. Je suis déçue. Je ne voyais pas les garçons comme ils sont réellement. Heureusement que j’ai connu Georges et vous avant eux, car ils sont impossibles. Il faut les côtoyer de près pour s’en rendre compte. Tant que l’on ne les voit que de loin en loin, on peut s’imaginer qu’ils sont comme vous, mais on déchante quand on vit avec eux. Aline est aussi passée par là, et je ne la croyais pas, mais la plupart des garçons ne me conviennent pas.

— Que leur reprochez-vous ?

— Presque tout, dit Lucie. À partir du moment où je les accepte, ils en prennent à leur aise et ne me respectent plus. Ils se mettent à boire, à fumer sous mon nez, à donner des ordres, à me considérer comme un jouet dont ils font ce qu’ils veulent avec des exigences sexuelles plus ou moins bizarres. Où est l’égalité ? Je ne l’ai qu’avec vous et Georges, car de coucher avec vous ne vous change pas. Je ne peux que m’éloigner d’eux.

— Il y a bien d’autres garçons qui sont comme nous deux, dit Marcel.

— Pour le moment, dit Lucie, je n’en ai pas trouvé. Rares sont les travailleurs, les sérieux, les calmes et les gentils. Je n’aime pas me bagarrer contre des imbéciles qui ne comprennent pas la logique et le bon sens. Je ne me donne plus, car cela incite à la soumission. Ils profitent de mes abandons. La méthode n’est pas bonne.

— Elle vous a quand même permis de rapidement les juger et de les éliminer. Le test rapide d’Aline est efficace. Une présélection doit améliorer.

— Mais j’ai présélectionné. Je n’ai choisi que des garçons qui me semblaient convenables. Ils se révèlent mauvais dans leurs rapports avec moi. Qu’ils fument, se droguent, se donnent la mort à petit feu, et vivent comme ils l’entendent, c’est leur droit, et je n’ai pas à leur interdire, mais je n’ai pas à y participer si ça me gêne. Ils doivent me respecter, comme je les respecte, autrement, je ne peux pas les aimer.

— Changez les critères.

— Savez-vous quels sont les bons ?

— Non, dit Marcel. Je me fie à mon instinct et à la logique.

— Moi aussi, dit Lucie. Mon instinct est manifestement défectueux, et ma logique est limitée.

— Si je rencontre un garçon qui me semble vous convenir, je vous l’indiquerai.

— D’accord. Je l’essaierai. Je ne me plains pas de ceux qu’Aline m’a proposés : vous et Georges.

— Nous avons des caractères froids. Cherchez des froids.

— Je ne connais pas d’autres garçons froids que vous deux, dit Lucie.

— Regrettez-vous vos prospections malheureuses ?

— Je vois autrement et j’en tire des conclusions et des enseignements. La vie n’est pas aussi simple que je l’imaginais. Maintenant, je vous revalorise fortement ainsi que Georges. Je m’accorde avec vous sans problème. C’est réconfortant. Je peux me confier à vous. Je suis en confiance. Vous êtes exceptionnels.

— En tout cas, je vous considère comme une jeune fille de valeur. Je vous mets presque à égalité avec Claudine.

— Et par rapport à Aline ?

— Je n’arrive pas à classer Aline, dit Marcel. Tout est clair et limpide avec vous. Avec Aline, je me pose des questions.

— Ne lui avez-vous pas répondu pour le mariage ?

— J’aime Claudine et je vous aime. J’ai beaucoup fait l’amour avec Aline en l’aimant, mais je ne sais plus si je l’aime. J’ai besoin de temps pour la comprendre.

*****  

 

— Que faut-il faire, dit Marcel à Claudine-bis ? Aline attend une réponse.

— Puisque vous aimez Claudine, suivez votre penchant.

— C’est tout un pan de ma vie qui s’effondre. J’ai beaucoup plus fait l’amour avec Aline qu’avec Claudine.

— Aline, c’est du passé.

— Mais le passé conditionne l’avenir.

— Le passé avec Claudine n’est pas à négliger. Il est moins long, mais tout aussi important.

— Donc, je reste avec Claudine.

— Et avec moi en Claudine. Volons-nous ?

*****  

30 Marcel refuse le mariage à Aline

— Faut-il me marier avec Aline, dit Marcel à Claudine ?

— Si vous le faites, je m’incline. Que faire d’autre ?

— Que deviendriez-vous ?

— Comme je doute rencontrer un autre homme à aimer, je resterais seule. Avant que vous veniez à moi, j’envisageais une vie sans homme. L’épisode avec vous serait terminé. Retour à mon petit train-train. Je ferais plus d’astronomie.

— Sans regret ?

— Avec regret, avec de très bons souvenirs de vous, et sans vous en vouloir. Merci de m’avoir fait connaître la vie de couple. Aline peut être heureuse avec vous. Si elle vous attire plus que moi, allez avec elle. Je ne la tiendrais pas pour responsable de la situation et je n’ai pas de conduite à vous imposer.

— Aline dit la même chose si je vous choisis.

— Vous êtes maître de la situation. À vous de décider.

— J’ai déjà décidé. Je ne me marie pas avec Aline. Je reste avec vous.

— C’est dommage pour elle et bien pour moi.

*****  

 

— C’est décidé, dit Marcel à Aline. Je ne me marie pas avec vous. J’irai avec Claudine.

— Décision définitive ?

— Oui.

— Je vous raye des mariables. Il me reste Georges et John. Je vais proposer à Georges.

*****  

 

— Georges, dit Marcel. Fais attention. Aline va te proposer le mariage.

— Mariage ou pas mariage, ça ne change pas grand-chose. Je suis avec elle. J’y reste.

— Si j’étais toi, je choisirais Lucie.

— Pourquoi ?

— Avec Lucie, on sait où l'on va. Avec Aline, tu vas dans l’inconnu.

— Lucie m’a envoyé à Aline.

— Elle avait des raisons. Elle ne va pas te réclamer à Aline, mais si tu veux aller avec elle, il n’y a pas d’obstacle. Tu es libre de choisir, et Aline n’a pas à s’y opposer. Elle l’affirme haut et fort.

— Es-tu certain que Lucie voudrait me reprendre ?

— Elle n’osera pas te le dire, car elle ménage Aline, mais j’en suis certain. Tu choisis celle avec qui tu souhaites continuer.

— Je n’aime pas ce genre de choix. Tu es mon copain. Choisis pour moi.

— Tu me laisses la responsabilité ?

— Oui.

— Alors, tu vas avec Lucie.

— En es-tu bien certain ?

— Oui, dit Marcel. Tu refuses le mariage avec Aline si elle te le propose.

— Elle ne va pas être contente, dit Georges.

— Lucie a autant de raisons qu’Aline d’être choisie. Je reproche à Aline de courir plusieurs lièvres à la fois.

— Lucie aussi.

— Aline est froide.

— Lucie aussi et nous aussi, dit Georges.

— Claudine a partagé avec Lucie. Elle ne l’aurait pas fait avec Aline.

— Qu’en sais-tu ?

— Aline m’a affirmé qu’elle ne partage pas, dit Marcel.

— Ne m’as-tu pas dit un jour que Claudine était contre le partage ?

— Si.

— Alors ? Elle a bien partagé avec Lucie. Tu ne peux pas prédire ce qu’une femme fera ou non.

— Je préfère que tu te maries avec Lucie. Je n’arrive pas à l’expliquer, mais je suis persuadé que Lucie te convient mieux.

— Bon, dit Georges, je vais faire comme tu dis.

— Tu ne vas pas changer d’avis, j’espère, dit Marcel.

— Non. J’étais déjà décidé pour Lucie si elle voulait de moi. Tu confortes mon penchant comme Robert.

*****  

 

— Georges, dit Aline. Je vous propose le mariage.

— J’ai décidé de le proposer à Lucie.

— C’est un bon choix. Pourquoi ne voulez-vous pas de moi ?

— Je suis bien avec vous, mais aussi avec Lucie.

— En avez-vous déjà parlé à Lucie ?

— J’ai le temps.

— Le temps de quoi faire ? De vous renseigner sur moi et Lucie ?

— Je sais beaucoup de choses sur vous deux. Si Lucie veut de moi, je me marie avec elle.

— Et si elle ne veut pas ?

— Je chercherai ailleurs.

— De mon côté par exemple ?

— Non, dit Georges. Je ne me marierai pas avec vous.

— Pourquoi ? Qu’ai-je de moins que Lucie ?

— Je peux me marier avec une fille comme Lucie ou Sylvie, mais pas avec vous. Regardez Robert et Marcel. Ils vous ont rejetée. Je fais pareil, et pour les mêmes raisons.

— Quelles raisons ?

— La plus importante concerne votre façon d’accorder des périodes à vos amours.

— Vous le pratiquez bien avec moi.

— Parce que actuellement, cela ne me gêne pas.

— Et cela vous gênerait dans le mariage ?

— J’envisage d’avoir des enfants, et avec eux je partagerai constamment, et non par périodes. Avec ma femme, je veux la liberté totale de partager. Je la veux près de moi et des enfants, même si je lui accorde le droit d’avoir d’autres amours. Il n’y a qu’en partageant que c’est possible.

— Mes idées sur le partage sont contraires aux vôtres, dit Aline. Pourtant, Claudine dit qu’elle ne partage pas, et Marcel l’accepte. Marcel acceptait aussi mes amours par périodes.

— Marcel est comme moi, dit Georges. Il accepte ce qui ne gêne pas. Il s’adapte. Ce que dit Claudine n’est pas ce qu’elle fait. Elle est capable de s’adapter aussi à une situation. Vous êtes trop rigide, tout juste capable de faire correctement l’amour et de travailler.

— Vous êtes sévère, dit Aline.

— J’essaie d’être objectif. Je préfère me marier avec Lucie plutôt qu’avec vous. Lucie est souple.

— Savez-vous que Marcel me fait le même coup avec Claudine ?

— Je sais, mais qu’y puis-je ?

— Rien. Bien sûr.

*****  

 

— Lucie, dit Aline. J’ai proposé à Georges de me marier avec lui.

— C’est logique puisque Marcel a préféré Claudine.

— Il va te proposer le mariage.

— À moi ?

— Oui, à toi.

— Je te pensais mieux placée que moi. Il ne m’a encore rien dit. Je vais lui dire d’aller vers toi. Tout va rentrer dans l’ordre. C’est toi qui l’as trouvé, et pas moi.

— Je t’ai approuvée de te mettre avec lui. Il te convient. Tu le prends.

— Tu perds Marcel, dit Lucie, et tu m’abandonnes Georges ?

— En faisant cela, je respecte les autres. J’ai encore John.

— Qu’est-ce qu’il fait en Angleterre ?

— D’après son dernier message, il travaille avec Colette, dit Aline. Je vais lui proposer le mariage.

*****  

31 Colette et John

— Mon cher amour, dit Colette à John. Quand allez-vous vous décider à choisir ? J’ai de la patience, mais elle a des limites. Si vous ne voulez pas vous marier avec moi, je vais vous abandonner. Le temps que j’ai passé avec vous est suffisant pour que vous vous décidiez. Est-ce que ce sera Aline ou moi ?

— Vous savez bien que je vous teste, vous et Aline. Je veux tout savoir, et en particulier si vous êtes jalouses.

— La jalousie vous importe-t-elle tellement ?

— Mais oui. Je vous l’ai déjà dit. Elle est très difficile à déceler, et Aline est d’accord avec moi là-dessus. Je ne sais même pas si je suis jaloux ou non. Il faut être en situation pour pouvoir la tester. Je ne vais pas me marier avec vous si vous êtes jalouse d’Aline ou d’une autre.

— Je ne vous ai pas empêché d’aller avec Aline, dit Colette. Comment aurais-je fait ? Vous ne m’avez pas demandé si ça me plaisait ou non.

— Et bien, je vous le demande.

— J’aurais préféré rester avec vous. Je suis très bien avec vous.

— Quels sont vos sentiments vis-à-vis d’Aline ?

— Elle m’empêche d’être tout le temps avec vous. Si elle n’était pas là, je m’en trouverais bien.

— Seulement, elle est là, et moi, j’aime Aline, et je compte bien la voir de temps en temps.

— Vous me dites que vous m’aimez aussi. Il faut bien choisir pour se marier. Quel est votre choix ? Si vous prenez Aline, je boucle mes valises et je vous la laisse.

— Je n’ai pas fini de vous tester, dit John, et Aline non plus. Nous n’avons pas assez d’informations pour nous décider.

— Donc tout va rester comme ça éternellement ?

— Pas éternellement.

— Combien de temps ?

— Je ne sais pas.

— Un an, deux ans, trois ans ?

— Le temps qu’il faudra.

— Dans ces conditions, je vous quitte, dit Colette. Je n’attendrai pas plus longtemps. J’ai envie de me marier pour mener une vie normale. J’aurai perdu assez de temps avec vous. Vous avez assez profité de moi.

— Je vous aime, dit John. Vous le savez bien.

— Et vous aimez Aline. Vous êtes comme l’âne de Buridan. Vous ne vous décidez pas. Si vous continuez comme ça, je ne vous aimerai plus, et je le déplore, car je ne vois pas qui je pourrais aimer en dehors de vous. Quand vous me quittez pour Aline, je suis toute désorientée. J’attends avec impatience votre retour.

— Je ne suis pas seul sur terre, dit John. Cherchez ailleurs.

— Et voilà ! Pour me montrer que vous n’êtes pas jaloux. Je me moque de votre jalousie. Je veux un mari que j’aime, et non autre chose.

— Au moins seriez-vous prête à respecter ce que j’exige du mariage ? J’en ai longuement discuté avec Aline, et nous sommes tombés d’accord.

— Qu’exigez-vous ?

— De vivre en commun avec une vie de famille classique, mais avec la possibilité de recevoir nos amours.

— Donc, dit Colette, si vous vous mariez avec moi, vous voulez continuer avec Aline ?

— En la voyant de temps en temps, mais avec les mêmes possibilités pour vous.

— Moi, je n’ai pas d’autre amour. C’est injuste.

— Je ne vous empêche pas d’en avoir un autre.

— Parce que vous voulez que j’aille chercher ailleurs en étant mariée avec vous ?

— Je ne suis pas jaloux, dit John. Si vous rencontrez un homme qui vous plaît, vous pouvez au moins le tester. Aline le fait de temps en temps. C’est sans conséquence.

— Je ne vais pas le faire, dit Colette. Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais j’étais vierge quand je me suis mise avec vous. Je ne passerai à un autre homme que si nous nous séparons.

— Aline et moi ne partageons pas, mais nous nous permettons d’avoir plusieurs amours auxquels nous pouvons réserver quelques périodes, comme je fais actuellement avec Aline et vous.

— Donc, dans le mariage, il faudrait supporter des périodes de séparation.

— Des périodes consenties, en accord avec les intéressés, sans drame, sans conflit. Si vous n’acceptez pas, le mariage est impossible.

— Vous n’acceptez le mariage que dans ce contexte ?

— Oui.

— Au moins, dit Colette, je sais maintenant de quoi il retourne. Vous gardez votre liberté sexuelle et réclamez une femme qui l’accepte.

— Aline et moi estimons que les deux époux doivent garder leurs libertés. J’accorde aussi sa liberté à ma femme.

— Liberté d’avoir un enfant avec un autre ?

— À discuter.

— Ah bon ? Pourquoi ? C’est une liberté comme une autre.

— Je n’y ai pas encore réfléchi.

— Seriez-vous jaloux ?

— Je me pose la question. Vous voyez qu’il est difficile de savoir qui est jaloux ou non. Je souhaite ne pas l’être.

— Moi, je suis pragmatique et je ne me pose pas la question. Ce que je tire de tout ça est que vous acceptez de vous marier à condition que je vous laisse libre d’aller forniquer avec Aline quand ça vous chantera.

— Ce que vous refusez.

— Non, dit Colette. J’accepte de me marier avec vous à vos conditions, mais sans tarder. Si vous ne décidez pas tout de suite, je m’en vais.

— Et vous ne serez pas jalouse d’Aline ?

— Je ne sais pas ce qu’est la jalousie. Je supporterai Aline, et c’est tout. Ne me demandez pas de la porter dans mon cœur. Moins elle sera avec vous, et mieux ce sera.

— Comme Aline semble s’orienter vers le mariage avec Marcel, je vais me marier avec vous.

— Promesse définitive ? Mariage immédiat ?

— Oui, dit John. Je vous épouse.

*****  

 

Mon cher John,

Les études se terminent et j’envisage de m’installer. Je vous propose le mariage. Si vous voulez vous installer ici, c’est possible. Sinon, je suis prête à vous accompagner en Angleterre pour m’installer là-bas. Dites-moi quel choix vous faites.

Je vous aime beaucoup.

Aline.

*****  

 

Ma chère Aline,

Si vous m’aviez proposé le mariage plus tôt, je serais avec vous.

Votre proposition arrive trop tard, car je vais me marier avec Colette. J’ai cédé à son insistance et donné ma parole. La cérémonie aura lieu à une date qui n’est pas encore fixée, mais bientôt. Il est prudent d’éviter de nous voir, car Colette pourrait vouloir vous écharper.

Je vous aime encore.

John.

*****  

 

— Alors, dit Aline à Lucie. Cela va-t-il bien avec Georges ?

— Georges est un amour. Je suis aux anges avec lui. John t’a-t-il répondu ? Vient-il ici ou vas-tu là-bas ?

— John se marie, mais non avec moi.

— Aurait-il trouvé mieux que toi ?

— Il se marie avec Colette, la fille qui me remplace quand je ne suis pas avec lui. Je la connais. Nous avons suivi des cours communs avec lui. J’ai sans doute eu tort de dire à John d’aller avec elle.

— Tu as livré John à Colette comme Marcel à Claudine ?

— En lui disant d’aller avec elle, je pensais qu’il s’en débarrasserait vite. Je tablais sur les défauts de Colette.

— Quels défauts ?

— Colette se maquille et dépense beaucoup pour son aspect. Elle passe son temps devant une glace. Il n’y a rien qui énerve autant Marcel, et John aussi. Cela aurait dû suffire à l’écarter.

— Cela n’a pas suffi.

— John m’a toujours dit qu’elle ne me valait pas. Il voulait se marier avec moi. J’étais sa préférée.

— Alors, comment expliques-tu ?

— Colette a quand même des qualités et s’est accrochée à John plus que moi. J’ai trop fait attendre John. Il a su aussi que je lui préférais Marcel.

— Il s’est donc décidé pour Colette. As-tu encore quelqu’un en réserve ?

— Non. Et toi ?

— Je ne cherche plus puisque je suis avec Georges.

— Il faudrait que je me remette à chercher, dit Aline. Avec ma froideur, ce n’était déjà pas simple dans le milieu des étudiants. Sans proposer de relation sexuelle, ce n’est pas facile. Là où je travaille, ils sont tous mariés ou nuls. Je commence aussi à avoir de l’âge.

— Tu es belle, Aline. Tu vas trouver. Il y a bien quelques garçons qui te courtisent.

— Si tu veux ceux qui me courtisent, je te les passe. Il faudrait que je sois bête pour en vouloir. Si j’y consentais, ce serait facile de me donner, mais actuellement je ne vois personne à mettre dans mon lit.

— Je peux te passer un peu Georges en attendant. Il acceptera de partager.

— Partager. Nous y revoilà. S’il n’envisage pas de se marier avec moi, cela ne sert à rien. Je ne partage pas.

— Tu serais plus détendue, dit Lucie. Georges est gentil. Un peu de plaisir ne fait pas de mal.

— Non. Pas de ménage à trois. Je préfère l’abstinence. S’il n’y a personne pour moi, je resterai célibataire.

— Je vais te rendre Georges. Je suis plus jeune que toi et encore avec les étudiants. Je chercherai.

— Non. Je n’accepte pas que tu te sacrifies pour moi. Georges est à toi et tu as toutes les raisons de le garder. En plus, Georges n’acceptera pas de se marier avec moi.

— Je t’avais dit de garder Marcel. Il t’aimait. Il serait avec toi. Pourquoi avoir voulu le lâcher pour John ?

— Il est facile de faire la morale après coup, dit Aline. J’ai fait de mon mieux pour trouver un bon mari. C’est un échec. Ma tactique n’était pas bonne. Je le reconnais. Je vais vivre quand même. Je ne serai pas la seule à me passer de mari si je n’en trouve pas.

*****  

32 Aline sans mari

— Je suis désolé de ce qui vous arrive, dit Marcel à Aline. Je me sens coupable. Je n’ai pas voulu de vous, et j’ai incité Georges à se diriger plutôt vers Lucie.

— Vous n’êtes pas coupable. Chacun a décidé librement.

— Qu’allez-vous faire ?

— J’ai réfléchi, dit Aline. J’ai passé plusieurs années à chercher un mari. Ceux qui étaient possibles sont partis avec d’autres filles. Manifestement, comme je suis assez difficile, je n’en trouverai pas d’autres rapidement, sauf miracle. Chercher encore le mari que je souhaite, ne servira à rien, et je ne vais pas voler le mari de ma sœur ou de Claudine. À moi de savoir m’organiser. Je dois envisager toutes les possibilités qui me restent et choisir la meilleure. John n’est pas encore marié avec Colette. C’est ma seule chance. Je vais lui envoyer un message, mais l’espoir est faible.

*****  

 

Mon cher John,

Comme vous, je connais Colette. Je n’ai jamais voulu médire sur elle, et je ne crois pas que mon naturel dont vous m’avez si souvent félicité, soit un grand argument en ma faveur, car je vous assure que j’admire réellement la beauté que Colette sait créer. Vous allez avoir une belle femme à présenter à votre entourage, et vous serez beaucoup plus envié que si vous m’aviez choisie. Je ne lui arrive pas à la cheville avec mes souliers plats. Une seule chose m’inquiète. Vous semblez avoir découvert qu’elle est jalouse, et cela la distingue beaucoup de moi. Je croyais que vous évitiez les jaloux dans la mesure où ils s’opposent à la liberté des autres que vous défendez comme moi. Cela m’étonne que vous puissiez vous lier avec une jalouse, mais j’espère me tromper et je vous souhaite tout le bonheur possible avec elle.

Aline qui vous aime toujours, mais ne vous dérangera plus puisque Colette préfère que je ne vous voie plus.

*****  

 

Ma chère Aline,

Dois-je me marier avec Colette sachant qu’elle est jalouse ? Vous avez raison. Certainement non. J’adhère encore aux principes dont nous avons discuté. Je rejette une femme jalouse.

Mais Colette est-elle jalouse ? Je lui ai montré votre message, m’apprêtant à rompre si c’était vrai.

Colette a été étonnée d’être classée jalouse et m’a demandé pourquoi je vous préférais. Je lui ai expliqué que le temps passé devant sa glace était excessif à mes yeux. Elle se réforme et m’offre désormais les mêmes avantages que vous. Elle s’épanouit depuis qu’elle passe avant vous, et se rapproche de mon idéal. Elle s’adapte au style que je préfère (le vôtre) en simplifiant sa présentation. Elle a maintenant les cheveux courts et presque votre naturel. Le rouge aux lèvres a disparu. Les ongles sont courts et non peints. J’admire le résultat. La simplicité l’embellit. Elle m’a promis de ne plus occuper la salle de bains et vous invite au mariage. Elle est disposée à ce que je vous rende visite quand vous le désirez. Hôtesse-modèle, si vous venez chez nous, elle vous offrira la meilleure chambre avec son mari en respectant strictement vos convictions. Vous avez raté de peu le mariage avec moi, mais Colette me console de vous et je ne vous oublie pas.

John qui vous aime toujours.

Colette, convertie aux souliers plats, qui contresigne et approuve sincèrement.

*****  

 

Cher John,

J’ai de très bon souvenir des moments que j’ai passés avec vous et je vous aime toujours. Il faut savoir perdre, et perdre devant Colette n’est pas honteux, car ses qualités sont grandes. Soyez heureux avec Colette. Je la remercie de me permettre d’aller avec vous. Si j’avais été choisie, j’aurais offert à Colette les mêmes possibilités. Je ne les utiliserai pas souvent, car je n’envisage pas d’aller troubler votre intimité. Je n’irai pas au mariage, car j’obligerais Collette à me céder la place dans le lit de noces. Les invités en seraient sans doute étonnés, ce qu’il vaut mieux éviter.

Une Aline qui vous félicite.

*****  

 

Chère Aline,

Colette vous laisse la place dans le lit de noces si vous le désirez, mais elle se marie avec moi. Vous pouvez être la demoiselle d’honneur de la mariée, et personne ne s’offusquera de votre présence auprès d’elle et de moi. Je serais heureux de vous accueillir pour la noce et vous honorer, mais j’aime bien une Colette qui à mon avis prouve qu’elle est peu jalouse.

John qui vous aime toujours.

*****

 

Cher John,

Merci de votre invitation à être demoiselle d’honneur de la mariée, mais la période prévue pour nous rencontrer est trop courte. Elle ne conviendrait que pour un test rapide qui n’a plus lieu d’être pour nous deux. Par contre, si vous me prenez aussi pendant le voyage de noces, ce serait une période de rencontre assez longue sans partage. Si vous n’êtes pas disponible pendant cette période, restez avec Colette sans moi.

Aline qui vous aime.

*****  

 

Chère Aline,

Colette me laisse décider. Décidez vous-même.

John qui vous aime.

*****  

 

Cher John,

Arrêtons les politesses. Je décide de vous laisser tranquillement vous marier avec Colette sans moi.

Colette a du cran et sait s’adapter. C’est un bon choix. Gardez-la bien.

Aline qui vous aime.

*****  

 

— Je me marie avec Claudine tout de suite et Lucie se mariera avec Georges à la fin de ses études, dit Marcel à Claudine-bis ? C’est décidé.

— Êtes-vous content ?

— Oui. La période d’incertitude avant mariage est terminée. Nous avons trouvé des filles remarquables. C’est merveilleux. Nous nous aimons. Pour Aline, c’est moins bien. Elle n’a pas de chance. Ceux qu’elle aime lui échappent. Elle va vivre seule, mais Claudine et moi sommes prêts à rompre sa solitude en l’invitant souvent. Lucie et Georges aussi. Dans la mesure où elle le souhaite, nous la soutiendrons.

— Cela ne va pas mettre un homme dans son lit.

— Lucie lui a proposé Georges de temps en temps, mais elle refuse. Il lui faut tout ou rien. Elle n’est pas raisonnable. Voilà une des raisons qui me font préférer Claudine.

— Est-ce que Claudine vous a proposé de partager avec Aline ?

— Non, mais elle a partagé avec Lucie. C’est Aline qui refuse.

— Alors, réfléchissez à cela pendant que nous volerons.

*****  

 

— Votre solitude ne vous pèse-t-elle pas trop, demande Marcel à Aline ?

— On s’habitue à tout. Cela change, bien sûr, de ne plus avoir d’homme dans son lit. Je ne vais pas en faire une maladie.

— Avez-vous encore des fantasmes ?

— Ils ne me lâchent pas. Mon organisme m’inflige des séances sexuelles avec mes amours. Je me réveille souvent en pleine jouissance.

— Est-ce que c’est gênant ?

— Non. Cette activité nocturne compense ce qui me manque.

— Êtes-vous toujours rebelle à l’aide que Georges peut vous proposer en accord avec Lucie ? Je peux aussi essayer de convaincre Claudine si vous préférez.

— Je n’ai pas besoin de vos charités. Vous voyez bien que j’ai du plaisir sans vous. Votre présence réelle est inutile puisque votre présence virtuelle me suffit.

— Est-ce aussi efficace ?

— Restez avec Claudine, et laissez-moi tranquille. J’ai réorganisé ma vie sans vous.

*****  

 

— Nous avons décidé avec Marcel d’avoir un enfant, dit Claudine à Aline.

— Vous avez raison de les faire quand vous êtes assez jeune. Il ne faut pas attendre. Si j’étais mariée, je me dépêcherais d’en avoir.

— Un enfant vous plairait-il ?

— Oui, mais je n’ai pas la chance d’être mariée.

— Il y a des femmes seules qui ont des enfants.

— Je sais, dit Aline. J’y pense de temps en temps. Je me souviens de mon amie Sandra. Elle voulait un enfant avant d'être trop vieille. Papa a été le père concepteur, car il était le seul qui lui convenait. Maman a accepté qu’il la féconde. Elle a eu des enfants, et en a été heureuse. J’ai un grand logement. Un enfant meublerait ma solitude. Si vous ou Lucie m’en faites un, je l’adopte.

— Comme vous y allez ! Si j’ai un enfant, dit Claudine, je le garde.

— Mon rêve est utopique. Une mère garde ses enfants le plus souvent. Sandra n’a pas non plus abandonné ses enfants, mais elle les a partagés avec Monique et son mari qui n'en avaient pas, et en souhaitaient. Monique est morte de la maladie qui l’empêchait d’avoir des enfants, et Sandra a remplacé Monique auprès de son mari. Il va se remarier avec elle, comme Monique lui a conseillé avant de mourir.

— Pourquoi n’a-t-il pas été le concepteur des enfants ?

— Il préférait Monique, et Sandra préférait papa qui la protégeait en allant nager avec elle à la piscine. Monique a convaincu papa et maman de contenter Sandra.

— Faite comme Sandra pour avoir un enfant.

— Ce n’est pas mon cas. Sandra aimait papa. Je ne fais plus l’amour avec personne.

— Il y a la fécondation artificielle.

— Sans connaître le père ? Non, dit Aline. Il y a trop d’imbéciles. Sandra a choisi un père qui convenait et qui a accepté de la féconder. La fécondation artificielle est trop compliquée. Elle nécessite des manipulations abusives sans commune mesure avec le but recherché. Elle n’est bonne que pour les femmes qui ne supportent pas un homme ou ne veulent pas connaître le père. Sans ce handicap, il est plus simple d’aller en boîte de nuit et de se donner au premier venu. Je connais assez la relation sexuelle pour ne pas en avoir peur. Même avec les imbéciles de mes débuts, la relation sexuelle ne présentait aucune difficulté. Il est vrai que l’on risque d’attraper une maladie. Le père doit être sain. Il faut un certificat médical et je dois l’accepter. C’est encore trop compliqué.

— Vous êtes difficile sur les parents, dit Claudine.

— Et vous ?

— Moi aussi.

— Alors, vous avez certainement compris, dit Aline. Je n’aurai probablement pas d’enfant, puisque je ne fais plus l’amour.

— Sandra a réussi. N’est-ce pas ? Il suffit de la copier, en choisissant un père qui vous convienne.

— Oui, mais je suis aussi difficile que Sandra. Je dois aimer le concepteur.

*****

 

— Marcel, dit Claudine. Je t’ai incité en son temps à te partager entre Lucie et moi. Je te demande à faire la même chose avec Aline.

— Pourquoi ?

— Elle souhaite un enfant, et il n’y a que toi ou Georges ou peut-être John pour le faire. Elle n’en acceptera pas d’un autre. Ne repoussons pas le problème sur Georges et Lucie.

— Tu ne partages pas et elle non plus, donc ce n’est pas possible.

— Mais si. Le partage, c’est celui du plaisir. Vous n’allez pas faire cela pour satisfaire des besoins sexuels liés au plaisir, mais pour l’enfant.

— Il y aura du plaisir quand même, dit Marcel. Nous en avons toujours eu beaucoup ensemble, comme avec toi.

— Ce sont des réflexes instinctifs, dit Claudine. N’accordons pas d’importance au plaisir. Le plaisir est hors sujet. Fais-lui son enfant.

— Tu le veux ?

— Oui, en restant encore avec toi, en te partageant, et seulement si tu le veux aussi.

— M’en voudras-tu si j’aime encore Aline ? Il est difficile de le faire sans l’aimer.

— Tu l’as toujours aimée, ce que j’ai toujours su. Tes relations avec elle ne change rien. Ton amour restera le même pour elle et pour moi. Fais-lui son enfant et faisons aussi le nôtre. Ne va pas me dire que tu auras du mal à faire l’amour avec elle.

— D’accord, dit Marcel, mais comme il n’y a pas un partage véritable, j’arrêterai dès qu’elle sera fécondée.

— Cela me semble raisonnable, dit Claudine. Merci de soutenir mon idée.

— Aline est-elle disposée à ce que j’aille avec elle ?

— Je ne sais pas.

— Alors, pourquoi me demandes-tu de le faire ? Elle va m’éconduire.

— Je voulais savoir si tu n’étais pas contre. À moi maintenant de convaincre Aline.

— Bon courage. Je la connais. C’est plus difficile qu’avec moi.

— Si elle te refuse, j’essaierai de lui proposer ton sperme. Acceptes-tu ?

— Oui, dit Marcel, mais je préfère le distribuer moi-même.

— Tu veux aussi le plaisir ?

— Si cela ne te déplaît pas. Je n’ai rien contre le plaisir avec Aline.

*****  

 

— Je vous passe Marcel si vous voulez un enfant de lui, dit Claudine.

— Gardez votre mari, dit Aline. Vous savez que je ne suis pas pour le partage.

— Moi non plus, mais la conception d’enfant est un cas de force majeure et non un partage ordinaire. Ce n’est pas pour le plaisir. C’est uniquement pour féconder.

— Vous le voyez comme cela, en faisant abstraction du plaisir ?

— Oui. Au besoin, on peut transférer le sperme avec une seringue si vous ne voulez pas du plaisir. Il faut le faire dans les trois heures si on ne congèle pas. Acceptez-vous ?

— Seulement si Marcel n’y voit pas d’objection.

— Je l’ai sondé et convaincu, dit Claudine. Aucune objection importante de sa part. Vous aurez votre enfant. Préférez-vous normalement ou avec seringue ?

— À vous et Marcel de choisir, dit Aline. Les deux méthodes me conviennent.

— Pas de complication. Ce sera normalement.

*****  

 

— Mon cher Marcel, dit Claudine, Aline accepte que tu lui fasses un enfant par la méthode habituelle, en couchant avec elle.

— Tu as dû batailler ferme.

— Non. Elle a tout de suite accepté.

— Je suis de plus en plus de l’avis de Georges.

— Vous ne comprenez rien aux femmes ?

— Oui.

— Eh bien tu vois, les femmes ne comprennent pas toujours les hommes.

— Comment t’y es-tu prise ?

— Tu m’as aidée en me faisant comprendre ce qui la bloquait. Elle s’est tout de suite déverrouillée.

— Tu dois être intelligente.

— Est-il intelligent d’envoyer son mari à une autre femme ?

— Effectivement, mais je t’aime bien.

— C’est le principal.

*****  

33 Partages ; Aline veut un enfant

— Je vole souvent avec ton double, dit Marcel à Claudine. Tu ne comprends pas ce que je veux dire ?... En rêve, je vole dans un monde parallèle, différent du nôtre. J’aime bien voler avec elle. Nous évoluons, nous nous poursuivons, nous nous rencontrons, nous nous éloignons dans le ciel et contemplons le monde de haut. C’est presque devenu indispensable. J’en sors rasséréné. As-tu aussi ton monde parallèle ?

— Moi, j’évolue dans les étoiles, les planètes, les comètes, les galaxies, les trous noirs, les quasars, dans le vide de l’espace avec toutes les merveilles que l’on y rencontre, tous les rayonnements, les objets divers et mystérieux pour lesquels on se creuse la tête pour savoir comment ils évoluent et d’où ils viennent.

— C’est aussi bien que mon monde parallèle.

— Je t’invite à y faire un tour.

— Je ne peux pas t’inviter dans mon monde parallèle. Il n’y a que ton double pour te représenter.

— Est-ce que je partage avec mon double ? Aimes-tu mon double ?

— Je ne fais pas l’amour avec elle, dit Marcel, mais c’est une femme érotique à ma disposition qui fait tout ce que je veux.

— À mon image ?

— Oui. Très voisine. Un peu idéalisée.

— Bon, dit Claudine. Je n’y vois aucun mal. Sache que je rêve de façon érotique. Je t’ai souvent rencontré avant que l’on se mette ensemble quand tu n’étais qu’un étudiant que je voyais avec Aline, et je te trompe parfois avec des garçons idéalisés, ce qui ne change rien à mon comportement avec toi. Vole tant que tu veux avec mon double. Fais ce que tu veux avec elle. Je n’accorde pas une importance énorme au monde parallèle. Il n’interfère pas beaucoup avec le nôtre. Il ne me dérange pas.

*****  

 

— Claudine me colle régulièrement avec Aline, dit Marcel à Claudine-bis. Je ne sais pas pour combien de temps.

— D’après l’âge d’Aline, statistiquement, comme elle n’a plus 18 ans, il faut quelques mois. Ce serait plus rapide avec une plus jeune. Est-ce que ça vous dérange ? Je n’ai pas l’impression que vous en souffrez.

— J’ai deux femmes charmantes à ma disposition, toutes les deux agréables. Georges me dirait de ne pas m’en faire, mais je suis moins avec Claudine. C’est plutôt elle qui en pâtit.

— Vous ne l’abandonnez pas. Elle a quand même son dû.

— Je fais de mon mieux, mais c’est de l’adultère.

— Voilà le problème. Ne vous tourmentez pas. Le véritable adultère se pratique en cachette. Vous faites seulement une bonne action que Claudine vous demande. Ceci compense cela. Claudine est heureuse de faire plaisir à Aline. Les femmes qui sont intelligentes savent gérer ce genre de situation. Volez donc avec moi.

*****  

 

— Je dois partir une quinzaine de jours pour mon travail, dit Claudine à Aline. Je vais dire à Marcel d’aller avec vous.

— Je suis enceinte. Je ne partage pas. J’arrête avec Marcel.

— Je ne partage pas et je suis aussi enceinte de Marcel. Je ne vous demande pas de partager, mais de vous charger de Marcel pendant mon absence.

— Ne serait-ce pas partager ?

— Je ne crois pas. Je ne vous le proposerais pas si c’était en opposition avec vos principes, mais comme ce n’est pas le cas, pourquoi ne le ferais-je pas ?

— Pouvez-vous m’expliquer ?

— Vous êtes bien allée quelque temps avec John, quelques mois avec Marcel, puis de nouveau avec John et ainsi de suite, toujours sans partager.

— Je me consacrais chaque fois entièrement à un de mes amours, pour bien le jauger.

— Et bien consacrez-vous entièrement pendant 15 jours à Marcel sans partager. Est-ce logique ?

— Effectivement, dit Aline. Y tenez-vous ?

— Oui, si ni vous ni Marcel ne s’y opposent, dit Claudine.

— Savez-vous que j’aime Marcel et qu’il m’aime ?

— Oui. Il m’aime aussi, et aussi fort que vous.

— Je veux bien l’admettre. Vous n’êtes pas obligée de le pousser vers moi.

— Si j’étais à votre place, dit Claudine, je souhaiterais que vous fassiez cela pour moi.

— Peut-on en connaître la raison ?

— Je considère que seules des circonstances favorables m’ont permis de me marier avec Marcel. Je vous ai volé Marcel quand vous étiez parti avec John. Vous pourriez être à ma place et vous à la mienne.

— Vous voulez rétablir l’équilibre ?

— Dans la mesure du possible, dit Claudine. Je me culpabiliserais si je ne le faisais pas. Pourquoi le hasard m’a-t-il favorisée et pas vous ? Je ne veux pas avoir tout, et vous rien. Prenez Marcel pendant 15 jours. Il sera à moi ensuite.

— Je suppose que ce ne sera pas la dernière fois.

— Quand ce sera possible, Marcel sera avec vous. J’ai souvent à me déplacer.

— Il faudrait que je garde Marcel au chaud pendant vos absences, dit Aline. Qu’en dit Marcel ?

— Je ne lui en ai pas encore parlé.

— Pensez-vous qu’il vous suivra ?

— Oui.

— Vous m’avez déjà accordé un enfant. Vous me livrez Marcel pendant vos absences. Je vous suis redevable. Que puis-je faire pour vous ?

— Être mon amie.

— Que réclamez-vous d’une amie ?

— De la confiance.

— Alors, dit Aline, vous êtes mon amie. Vous m’avez donné une leçon de confiance. Ma confiance ira jusqu’à me plier à vos idées en oubliant les miennes.

— Dans ces conditions, dit Claudine, si je n’ai pas assez d’absences, je lui dirai d’aller avec vous quelques jours, par exemple quand je ne serai pas en forme.

— Nous le gérerons en commun ?

— Oui.

— Avez-vous beaucoup d’amis, demande Aline ?

— Non, dit Claudine.

— Vous êtes comme moi, dit Aline. Je suis froide. Sauf exception, dans le travail, les autres ne suivent pas, ce qui m’isole. Je préfère écouter plutôt que discuter, et avec ma logique, je ne fais pas beaucoup de sentiments. Toutes choses qui ne multiplient pas les amis. Il n’y a que ceux qui sont comme nous ou Marcel que l’on parvient à avoir comme amis. C’est très limité. Je suis heureuse d’être votre amie. Avec une amie, je peux partager.

— Disons coopérer.

— Si vous voulez, mais je n’ai pas peur du mot. Je reconnais que je me suis laissé emporter par des idées saugrenues sur le partage et la jalousie qui ne tiennent pas à l’expérience. Votre amitié m’en fait sortir. Je me range à vos idées. J’espère que Marcel n’en sera pas troublé.

— Marcel nous aime, dit Claudine.

— Comment voyez-vous le partage ?

— Avec Lucie, j’ai partagé. Tout se passait bien.

— Souhaitez-vous le faire avec moi ?

— Je ne voudrais pas vous forcer à ce que vous réprouvez. Dites-moi ce qui vous dérange dans le partage ?

— Je ne souhaite pas que nous nous retrouvions à trois dans le même lit comme certains hommes le réclament, dit Aline. L’amour n’est pas un spectacle, une fête débridée avec l’euphorie plus ou moins artificielle d’une drogue comme l’alcool. Je réprouve ce genre d’excès dans la vie en commun et le mélange des amours, de la débauche pour moi.

— Je suis comme vous. Pour moi, l’amour se pratique à deux, y compris les préliminaires, et dans l’intimité. Avec Lucie, c’était comme cela. L’intimité n’était pas partagée.

— Donc par périodes réservées à un partenaire unique, dit Aline. Je l’ai toujours souhaité.

— Bien sûr, dit Claudine. Nous gardons vos principes, mais avec des périodes plus courtes que celles que vous avez pratiquées avec John et Marcel. Ce serait souvent l’alternance : une nuit à l’une, une nuit à l’autre. L’avantage est que les partenaires en sont plus satisfaits que des périodes longues qui imposent des abstinences ou d’autres intervenants. On garde un rythme normal. Avec Lucie, l’adaptation a été facile, et nous satisfaisait tous les trois. Nous n’avons jamais pratiqué l’amour à trois. Le plus simple est une vie en commun sous le même toit, mais je pense qu’elle est possible avec vous, comme avec Lucie. Nos froideurs s’accordent. Ce que nous venons de faire pour nous féconder est très comparable à ce que j’envisage. Vous y étiez obligée pour ne pas perdre une ovulation. Il n’y aurait rien à changer. Seulement à continuer. En avez-vous souffert ? Moi non, et Marcel non plus. Il m’a déclaré n’avoir jamais été aussi heureux. Il s’adapte à nous deux facilement.

— Vous prêchez une convertie. L’expérience que je viens de vivre confirme votre théorie. Je suis très heureuse avec vous et Marcel.

— Nous sommes tous les trois heureux. Prolongeons cette façon de vivre si vous le voulez bien.

— D’accord, dit Aline.

*****  

 

— Marcel, dit Claudine. Tu vas avec Aline pendant mon absence.

— Mais Aline est enceinte, et c’est confirmé comme pour toi. Normalement, j’ai fini.

— Vas-y quand même. Ce n’est pas fini. Nous continuons. Je me suis arrangée avec elle. Tu te remets avec moi quand je reviens. Toutes les fois que je partirai ou quand je te le dirai, elle t’accueillera. Nous alternerons.

— Pour des femmes qui refusent le partage, dit Marcel, je n’aurais jamais pensé me retrouver dans cette situation. Georges m’avait prévenu. Pour comprendre les femmes, ce n’est pas facile.

— Mais si. C’est de la coopération, du partage si tu veux, mais plutôt un amour qui nous lie. Nous sommes amies avec Aline. Nous sommes tous les trois de même formation, ce qui nous rapproche. Il est normal de nous soutenir. Tu aimes autant Aline que moi, donc c’est possible. Nous alternerons désormais, comme précédemment et comme avec Lucie. C’est la solution qui nous convient le mieux. Nous l’avons expérimentée. Elle fonctionne bien.

— Aline est-elle d’accord ?

— Oui, dit Claudine. Partager, pour elle, c’était faire l’amour à plusieurs, comme certains débauchés. Nous l’éviterons. C’est facile, car nous ne l’avons jamais pratiqué.

— Je n’ai jamais envisagé l’amour à plusieurs, dit Marcel. C’est donc ce qui bloquait Aline. Bon. Et le qu'en-dira-t-on ?

— Personne de l’extérieur n’a jamais su que tu as couché avec Lucie, et personne ne sait que tu vas avec Aline. Il est logique de se rencontrer, de travailler avec Aline. Je vais élever mon bébé avec le sien, ce qui sera pratique. Nous allons habiter ensemble, et personne n’a besoin de savoir que vous allez aussi vous rencontrer au lit de temps en temps.

— La moitié du temps si j’ai bien compris. À qui attribuera-t-on le bébé d’Aline ? Il ne sera pas invisible.

— On dira que c’est de la fécondation artificielle, dit Claudine. Les gens sont habitués. C’est sans problème. Et même si cela se sait, qu’est-ce que ça peut faire ? Tu peux te l’attribuer si tu veux. Ce n’est pas moi qui protesterai. Je l’ai voulu ce bébé, autant qu’Aline.

— Puisque tu as tout arrangé avec elle, dit Marcel, je n’insiste pas.

*****  

 

— Me revoilà avec deux femmes, dit Marcel. Heureusement, elles s’entendent, sont calmes, et tout se passe comme s’il n’y en avait qu’une. Les conversations à trois sont agréables. Elles sont douées. J’ai cette chance.

— Donc tout va bien, dit Claudine-bis. Vous aimez les deux.

— Oui, et nous coopérons bien ensemble. Dupliquez-vous en Claudine-bis et Aline-bis.

— Réplique exacte pour les deux ?

— Peu importe. Un peu de Claudine dans Aline ou le contraire ne gênent pas.

— Enceintes ?

— Inutile. Je n’ai pas couché avec vous. J’en ai déjà deux. C’est suffisant.

— Avec un zeste de Lucie ?

— Oui, dit Marcel.

— N’est-ce pas un mélange qui serait un partage de plusieurs femmes pour Aline ?

— Mais non. C’est très bien. Je n’en parlerai pas à Aline. C’est parfait. Nous allons voler à trois. Vous m’encadrez.

*****  

 

Mon cher John,

Passez nous voir, Colette et vous, quand vous voulez. Je vis avec Claudine, et nous partageons Marcel.

Aline qui vous aime.

*****  

 

Ma chère Aline,

La jalousie nous a joué des tours. Nous serions ensemble si nous n’avions pas voulu l’extirper du partenaire. À l’usage, marié, je suis bien avec Colette. Je veux bien aller vous voir, mais ne me recevez pas dans votre lit. Je commence à m’habituer à ma pragmatique Colette, et je dois vieillir, car je n’ai plus envie de changer, bien que j’aie de merveilleux souvenirs de vous. Colette est enceinte. Vous partagez : c’est étonnant, mais à la réflexion, pourquoi pas ? J’avais votre première idée sur le partage qui l’excluait. Je me sens évoluer vers votre nouvelle façon de l’envisager.

John qui vous aime.

*****  

 

Mon cher John,

Je suis comme vous. Je vieillis et partage avec Claudine sans me culpabiliser. Mais j’ai encore mes principes. Partager était pour moi avoir des relations sexuelles à trois ou plus : de la débauche. Claudine m’a fait comprendre que partage n’est pas débauche. Nous avons fait l’erreur de nous disperser, laissant passer notre jeunesse. J’aurais dû suivre les simples conseils de ma mère, et donc vous demander en mariage rapidement puisque je vous aimais. J’ai échoué à trouver un mari, et j’en suis responsable, car j’ai temporisé bêtement en voulant vérifier nos réactions. La vie est dynamique. Il faut saisir les occasions sans s’occuper d’idéologies et réagir vite. Nous nous sommes perdus dans des considérations sur la jalousie qui ont montré leur peu d’intérêt. La leçon a porté. Aline et Marcel m’ont ouvert par leur gentillesse de nouvelles perspectives dans une vie familiale qui me convient, même si elle n’est pas classique. Je deviens pragmatique, comme Colette. Je me laisse conduire par ce qu’ils m’ont proposé et je ne chercherai pas ailleurs puisque nous en sommes tous les trois heureux. Faites de même de votre côté avec Colette. Claudine et moi sommes aussi enceintes. Venez quand vous voulez, pour parler et travailler éventuellement un accent qui diffère de celui de Colette.

Aline qui vous aime, et qui comprend que vous vous réserviez à Colette. Ne me demandez pas de partager votre lit à trois.

*****  

 

— Il va bientôt y avoir de petits anges autour de nous, dit Marcel.

— Nous allons leur apprendre à voler, dit Claudine-bis.

— Bien sûr, et ce sera difficile de leur apprendre, dit Aline-bis. Combien de séances ?

— Un grand nombre à chacun, comme pour vous.

— J’évolue moins parfaitement que vous, dit Marcel, mais j’espère que vous me laisserez aussi les diriger.

— Bien sûr.

*****  

34 Aline, Luc et Sophie

— Madame Aline, dit Luc, son patron. Avez-vous un instant à me consacrer ?

— Oui, Monsieur.

— Depuis que je vous ai embauchée dans mon entreprise, vous avez réussi à l’améliorer grandement. J’admire votre façon de travailler et les résultats obtenus. Vous méritez des félicitations de ma part.

— Je fais de mon mieux, Monsieur, et j’en suis récompensée. Je viens d’avoir une promotion puisque je suis rémunérée maintenant à l’échelle la plus haute de ma catégorie.

— Vous ne vous ménagez pas. Vous méritez au moins cela. Votre réussite ici commence à être connue. Je crois savoir que nos concurrents vous ont fait des propositions.

— C’est exact, mais je préfère me perfectionner ici. J’ai un bon patron qui me fait pleinement confiance. Je me sens plus libre ici que ce qu’on me propose.

— J’en suis heureux, mais il arrivera un jour qu’on vous fera une proposition alléchante.

— Je pense plutôt à créer ma propre entreprise, mais j’ai encore à apprendre ici auprès de vous. Le démarrage d’une entreprise est captivant.

— Il y a donc un risque de vous perdre, même si ce n’est pas pour tout de suite. Je tiens à vous garder. Je vais commencer par doubler votre salaire.

— Il va sortir des normes de la profession. Ce n’est pas possible.

— C’est possible si je vous considère comme une associée participant à la direction de l’entreprise. Vous serez payée en actions dont la valeur est liée à notre développement.

— C’est un beau cadeau. Croyez-vous que je mérite cela ?

— Oui. Vous êtes devenue une collaboratrice indispensable à l’entreprise. Je vous attache à elle. Ce sera aussi la vôtre. L’affaire est réglée. Vous êtes maintenant ma principale conseillère, et le patron en second de l’entreprise. Tout le personnel doit vous obéir.

— Je m’incline dit Aline. J’ai donc de plus grandes responsabilités. J’espère être à la hauteur. Je reçois encore vos ordres, mais comme ils sont logiques, ils me conviennent. La collaboration est possible.

*****  

 

— Vous sollicitez une place de secrétaire dans notre entreprise, dit Aline à Sophie. J’ai consulté votre dossier. Comme il est très bon et que votre physique plaira aux clients, j’ai une place à vous proposer. Celle de secrétaire de direction, avec le salaire attaché.

— Auprès de vous ?

— De moi et de notre patron, Monsieur Luc. Ce ne sera pas du simple secrétariat sans responsabilités. Vous aurez plutôt à nous relayer et à montrer votre valeur.

— J’aurais préféré n’avoir qu’une femme comme patron.

— Pourquoi ?

— Les hommes sont très attirés par moi, et vous savez ce qui en résulte parfois.

— Vous êtes comme toutes les femmes de votre âge.

— Je suis assaillie de nombreuses propositions.

— J’en ai aussi et je les rejette. Je n’ai pas de solution à ce problème. Avec votre physique de starlette, partout vous aurez l’inconvénient d’être sollicitée. Le problème ne date pas d’aujourd’hui. Comment l’avez-vous traité jusqu’ici ?

— Je repousse les avances, mais je préfère la tranquillité.

— Je n’ai rien d’autre à vous proposer que ce poste. Vous seriez secrétaire de mon patron la majorité du temps et de moi de temps en temps. Monsieur Luc est célibataire et serait souvent seul avec vous, mais il n’est pas agressif. Il ne s’occupe pas beaucoup des femmes.

— Êtes-vous sûre ?

— Je suppose qu’il a dû s’en occuper quand il était étudiant, mais avec l’entreprise qu’il a montée, il ne lui reste pas beaucoup de temps. Il est là jour et nuit pour l’empêcher de péricliter, et il y arrive. Il dort sur le canapé de son bureau préparé par la femme de ménage, prend sa douche ici, et se donne à peine le temps de manger. Je ne le vois jamais avec une femme, sauf pour travailler. Je suis avec lui très souvent, et nous ne parlons pas d’amour. Il n’a jamais essayé de me forcer bien qu’il puisse le faire facilement. Il est calme et sérieux. J’estime le risque faible.

— Je me méfie quand même. Un secrétariat personnel est exposé. Les garçons vous cherchent-ils comme moi ?

— Peut-être moins que vous. Avec le patron, je suis souvent à travailler hors des heures de bureau, donc, il a l’occasion de me forcer, mais c’est calme. C’est très bien ainsi, car ma vie sexuelle n’est pas avec lui. Je ne sais pas s’il en sera de même avec vous.

— S’il vous force, qu’est-ce que vous faites ?

— Je pense qu’en résistant, il n’insisterait pas, mais il n’est pas du genre à forcer, et comme tout le monde l’aime bien ici, il n’aurait aucun mal à trouver une âme charitable. Il lui suffit de demander.

— L’aimez-vous ?

— Assez pour me donner s’il veut de moi, mais j’ai d’autres amours que je préfère. Je tolérerais une relation sexuelle ponctuelle avec lui, de pure amitié, sans engagement de part et d’autre. C’est un homme, et je connais les hommes. Ils ont parfois de fortes envies. Cela peut arriver, mais ce ne serait pas grave avec moi. Avec vous, je ne sais pas. Je vous ai exposé la situation le plus objectivement possible. Vous connaissez le salaire. Prenez-vous le poste ?

— Oui, dit Sophie, si mon père accepte.

— Vous êtes majeure. C’est à vous de décider.

— Oui, mais je ne veux pas me brouiller avec ma famille.

— Vous avez raison. Pouvez-vous téléphoner à votre père ? Il me faut la réponse au plus tôt, car je peux vous embaucher rapidement. Je vous prends à l’essai pour huit jours.

— Bien Mademoiselle.

— Je préfère Madame, dit Aline.

*****  

 

— Je vais vous présenter la nouvelle secrétaire, dit Aline à Luc. Celle que nous avons n’est pas à la hauteur de sa tâche. Elle a de la bonne volonté, mais elle est surchargée. Elle vous fait perdre du temps et de l’argent. Sans la dégrader, je vais lui donner la partie du travail la moins compliquée. Elle sera moins sur les nerfs. Il y a assez de travail pour deux.

— D’accord. Qui est la nouvelle ?

— Sophie, une jeune qui sort des études avec des bonnes notes dans toutes les matières, ce qui dépasse le secrétariat, mais on peut l’utiliser. Je l’ai reçue. Je l’ai testée pendant votre absence. Ses références sont bonnes. Elle présente bien et semble sérieuse. Elle m’a séduite par son savoir, son calme et son efficacité. Les tâches que je lui ai assignées ont été exécutées parfaitement, même quand ce n’était pas du pur secrétariat. Elle a de l’initiative. Elle se débrouille. Elle est manifestement intelligente et polyvalente, supérieure à moi dans de nombreux domaines. Essayez-la. Vous n’avez pas peur des collaborateurs doués : elle l’est, mais je doute qu’elle aimerait que vous flirtiez avec elle. Dans ce cas, il faudrait en prendre une autre, mais je regretterais Sophie. Elle me fait bonne impression.

— Soyez tranquille. Il n’est pas plus dans mon intention de flirter avec elle qu’avec vous. L’entreprise réclame le sérieux. Nous sommes ici pour travailler. Si elle sait travailler, nous allons l’utiliser. Chaque chose en son temps.

*****  

 

— Depuis que l’entreprise se développe et prospère en grande partie grâce à vous, dit Luc à Aline, je ne suis plus traité de la même façon. Ce n’est pas votre cas, mais nombreux sont ceux qui me font des courbettes et me lèchent les bottes. Ils le font plus ou moins ouvertement, mais c’est net. Les filles me font des avances alors qu’auparavant, elles m’ignoraient. Qu’en pensez-vous ?

— C’est humain. Vous êtes un jeune homme plein d’avenir. Votre réussite fait que les filles vous cherchent.

— Un peu trop à mon goût. Elles me dérangent. Comment me débarrasser de ces filles qui font tout pour m’exciter ? Je demande à Sophie d’ouvrir tout le courrier, et elle tombe sur des photos aguichantes.

— Une secrétaire doit s’attendre à tout. Qu’en fait-elle ?

— Elle me les transmet et demande la réponse.

— C’est la procédure normale. Sophie réagit en professionnelle.

— Je ne sais pas quoi répondre. Je ne réponds pas.

— C’est une solution, mais vous pouvez aussi répondre que vous n’êtes pas intéressé, ou le contraire. Vous êtes célibataire et sans liaison. Si vous étiez marié ou si vous aviez une amie, les filles vous chercheraient moins.

— La solution, pour vous, est-elle de me lier à une fille ?

— Ou de supporter les avances. Vous n’y échapperez pas. Vous êtes devenu attractif.

— Maintenant que ma situation est assise, il est peut-être tant de me marier. Puisque vous êtes là pour m’aider, je peux consacrer un peu de temps à créer une famille.

— Je vous approuve. L’entreprise commence à tourner toute seule.

— Il n’est pas facile de choisir.

— Je peux vous aider en vous éclairant sur celles qui se proposent et que je connais.

— Je ne refuse pas. Vous êtes plus capable que moi.

— Je vous donnerai au moins un avis sur celles de l’entreprise. Je les rencontre au restaurant et je les entends bavarder. La conversation tourne souvent sur vous.

— Donc, vous en savez plus que moi. Je vous dresse une liste de celles qui m’ont contacté, et nous en reparlerons.

*****  

 

— Ma fille, dit le père de Sophie. Es-tu bien dans ton entreprise ?

— Oui, papa, dit Sophie. Je suis bien intégrée.

— Donc, tout va bien.

— Presque, dit Sophie.

— Pourquoi presque ?

— Il y a les cancans, les filles qui cherchent les garçons, et les garçons les filles.

— Comme partout.

— Oui, mais j’ai à gérer cela pour le patron, et je commence à aimer le patron.

— Que veut dire commence ?

— Par exemple, il m’a touché par inadvertance. J’ai sursauté.

— C’est normal de sursauter.

— Oui, mais c’était un sursaut violent, et j’en ai été presque paralysée. J’ai senti une vague d’hormones qui se répandait dans tout mon corps. J’aime Luc. Il est tellement bien ce patron.

— Est-ce le coup de foudre ?

— Non. Je sais me tenir et d’autres garçons me troublent. Il n’a rien vu, mais il me trouble beaucoup. Que faire ?

— Je troublais ta mère quand elle m’a connu. Elle m’a épousé. Vas-tu épouser Luc ?

— Je doute que Luc m’aime. Il ne me demanderait pas d’ouvrir ses lettres personnelles. De toute façon, je le connais trop peu, et je pense que Madame Aline est mieux placée que moi s’il cherche une épouse.

— Si elle est madame, elle est mariée ou divorcée. T’appelle-t-on madame aussi.

— Non. Je suis mademoiselle. Elle demande à être appelée madame. Elle a eu des déboires en amour d’après la secrétaire qui est avec moi. Elle ne voudrait pas se marier.

— Pourquoi la vois-tu avec Luc ?

— Ils sont toujours à travailler ensemble et s’apprécient. La logique est qu’ils se marient. D’ailleurs, elle ne se protège pas de lui. Un jour ou l’autre, il aura envie d’elle, et elle ne s’y opposera pas. Je n’ai pas à m’immiscer dans leurs affaires. Je reste neutre, d’autant plus que c’est elle qui m’a procuré mon poste. Je ne vais pas marcher sur ses platebandes. J’aime aussi Madame Aline. Elle est très gentille avec moi.

— Tu as raison. Tu dois continuer à te tenir, et faire le mieux possible ton travail. C’est cela l’important. Ne te lance pas trop vite en amour. Soit prudente. Observe.

— Bien, papa, dit Sophie.

*****  

 

35 Marier Luc ?

— Monsieur Luc, dit Sophie, la secrétaire. C’est une de vos employées qui vous relance par un billet personnel que j’ai ouvert en suivant vos ordres. Elle a changé de numéro de téléphone. Que voulez-vous que je réponde ?

— Comme les autres fois. Je n’ai pas encore pris le temps de m’occuper des femmes.

— Bien Monsieur Luc. Je mettrai la réponse à la signature.

— Maintenant que je suis moins pressé grâce à vous et à Aline, il est possible que je m’occupe bientôt de trouver une femme. Avez-vous des idées sur celle qui me conviendrait ?

— Une femme à marier, ou seulement pour le plaisir ? Celle qui se propose convient pour le plaisir.

— Une femme à marier. Je n’ai pas envie de perdre du temps à me disperser.

— Je n’en vois pas de sérieuse parmi celles qui se sont déclarées. Prenez plutôt notre comptable. Mais Madame Aline aussi est sérieuse, même si on dit qu’elle a eu quelques liaisons et a eu des déboires amoureux, ce qui explique qu’elle est un peu braquée contre les hommes. Vous la connaissez mieux que moi puisque vous travaillez ensemble. À votre place, c’est vers elle que je chercherais. C’est le prototype de la femme qu’il vous faut.

— Merci Sophie. Le cas d’Aline est à étudier.

*****  

 

— Sophie, dit Aline. Vous m’avez fourni la liste de celles qui se proposent à Monsieur Luc. Je ne lui en conseillerai aucune pour le mariage. Il y en a même une qui se fait payer. Je ne la critique pas trop, car elle aurait du mal à vivre si elle ne le faisait pas. Ces filles sont trop libertines pour un homme sérieux comme lui. Elles ne lui conviennent pas.

— Je suis de votre avis. Il serait préférable de lui conseiller notre comptable.

— Vous avez raison, mais je vous vois bien aussi avec lui.

— Et vous-même ? La place vous conviendrait. Vous avez une culture proche de la sienne.

— Je ne cherche plus à me marier, dit Aline. J’ai organisé ma vie autrement. Un mariage bouleverserait tout. Vous êtes celle qu’il lui faut.

— Il faudrait qu’il m’aime, dit Sophie.

— L’aimez-vous ?

— Je crois que tout le monde ici l’aime. N’est-ce pas ?

— C’est vrai, dit Aline. Plus ou moins. Je l’aime assez, mais sans excès, et beaucoup moins que les garçons avec qui j’avais envisagé de me marier. Et vous ?

— Plutôt plus.

— Lui faites-vous des avances ?

— Une secrétaire se doit d’être neutre, dit Sophie. Je n’ai pas à en faire.

— Je vous approuve.

— Ne révélez pas aux filles que je l’aime, dit Sophie. La vie deviendrait impossible.

— Les filles savent très bien que vous l’aimez. Vous ne savez pas le cacher.

— C’est une faute professionnelle.

— Non, dit Aline. Vous ne l’agressez pas et Monsieur Luc vous traite en secrétaire normale. Se rend-il même compte que vous l’aimez ? Regardez ce qu’il nous demande. Il nous fait confiance pour donner notre avis sur celles qui le cherchent. Il ne nous cache pas sa sexualité. Il va se renseigner, et ensuite prendre une décision. Il fait la même chose quand il s’agit de l’entreprise. Il est capable de déléguer ses pouvoirs, ce qui est agréable pour ses subordonnés. Quand je vous ai choisie comme secrétaire, j’ai préféré une jeune, avec certes, de très bonnes références, à une plus vieille, plus difficile à former, en sachant qu’il aurait probablement de l’attirance sexuelle pour vous. Je n’ai qu’à me louer de mon choix. Qui n’aurait pas envie d’une fille comme vous ? Vous êtes souvent seule avec lui. Vous devez l’exciter.

— C’est possible, mais vous travaillez aussi très souvent ensemble. Ce doit être la même chose avec vous.

— Bien sûr, dit Aline. On ne peut l’éviter. Il faut bien vivre avec les hommes. Ils ont des impulsions, et nous aussi. Il faut s’y faire et ne s’isoler qu’avec ceux qu’on aime. Je risque de me faire renverser sur le coin du bureau, mais c’est normal, et il s’arrêtera si je proteste. Que ferez-vous si cela vous arrive ?

— Monsieur Luc ne fera jamais cela, dit Sophie.

— Sauf si vous lui donnez l’autorisation.

— Je ne lui donne pas.

— Mais s’il le faisait ? Il doit se douter que vous l’aimez. C’est difficile à cacher. Même moi, je m’en rends compte, et les filles qui l’affirment ne se trompent pas. C’est une autorisation implicite. Si vous ne l’aimiez pas, il vous respecterait. Par votre amour, vous vous mettez à sa merci. Il peut être tenté d’en profiter. Seriez-vous capable de résister ? J’en doute, comme pour moi.

— Effectivement, mais je donnerais ma démission.

— Pourtant, dit Aline, vous l’aimer ?

— Oui, mais il me doit le respect, tout comme je le respecte.

— Je le respecte et je ne me propose pas, mais je me donne à lui s’il en manifeste l’envie. La relation sexuelle est normale entre un homme et une femme qui s’aiment.

— Seulement pour une femme mariée avec son mari.

— C’est valable aussi pour une femme comme moi qui ai l’habitude. C’est un geste naturel qui est courant avec un préservatif. Que faites-vous s’il vous demande ?

— Je lui dis de me proposer le mariage, dit Sophie. J’accepte, si mon père est d’accord.

— Et donc vous vous donnez à lui.

— Après le mariage. Pas avant.

— Malgré la promesse de mariage ?

— Dans ma famille, on respecte les règles. Il doit faire la demande à mon père.

— Donc s’il vous assaille après cette promesse, vous le repoussez.

— Oui. J’essaye.

— Moi, je ne suis pas comme vous. Si j’aime un garçon, même modérément, je lui accorde ce qu’il cherche, et cela ne me traumatise pas.

— Si Monsieur Luc vous veut, peut-il vous prendre ?

— Oui, mais je ne me marierai pas avec lui. Vous pouvez envisager un mariage, mais pas moi. Je suis célibataire et je le reste.

*****  

 

— Robert, dit Luc. Mon entreprise a bien démarré. Je souffle donc un peu. Je me renseigne sur les filles à marier. As-tu des idées là-dessus ? Plusieurs filles de mon entreprise m’ont fait des avances. Quelles sont les précautions à prendre ? Je souhaite une fille sérieuse.

— Quand on veut seulement s’amuser, dit Robert, il y a toujours le choix, mais pour trouver une fille sérieuse, c’est plus délicat. Le sérieux n’est pas toujours où on le place d’habitude. Je suis très bien avec Sylvie, une fille qui n’est pourtant pas la fidélité même. Elle prend des libertés, mais elle me laisse les mêmes et n’en abuse pas.

— Vous vous trompez mutuellement ?

— Trompez n’est pas le mot juste. Nous avons confiance l’un en l’autre. Nous aimons d’autres personnes en dehors de notre couple, mais ça ne nous gêne pas beaucoup. Ces amours externes se manifestent peu. Ce sont surtout des restes des rencontres que nous avons eues avant le mariage. Nous ne renions pas ceux que nous avons pu aimer. Ce sont encore des amis qui ont parfois besoin de nous. Pour moi, Sylvie est une épouse parfaite et sérieuse. Elle a été très libre avec les garçons avant le mariage, mais ce n’est pas un défaut. Je préfère une fille comme cela à une fille coincée par des principes. Sylvie est souple. Je trouve toujours à m’arranger avec elle, quel que soit le problème qui se présente. Nous sommes heureux d’être ensemble.

— Me conseilles-tu une fille comme Sylvie ?

— Oui, si tu réagis comme moi.

— Connais-tu les filles de mon entreprise ?

— Non. Tu dois avoir Aline, mais je ne connais pas les autres. Je ne te conseille pas Aline.

— Aline est une célibataire endurcie qui ne veut pas se marier, dit Luc. Elle se cantonne chez une de ses amies. Elle n’est pas dans le coup.

— Elle a changé, dit Robert. Quand je l’ai connue, elle cherchait activement un mari et s’occupait des hommes. J’ai vécu quelque temps avec elle. Tout allait très bien. Elle avait des principes de liberté voisins de ceux de Sylvie. J’ai été tenté de me lier à elle, seulement, quand j’ai voulu utiliser une liberté, elle s’y est opposée en me demandant de choisir. Elle acceptait que je me sépare d’elle pendant les vacances pour aller avec qui je voulais, mais me refusait quelques petites libertés. J’ai préféré rompre avec elle, ses actes ne correspondant pas à ses paroles. Ayant Sylvie, je me considère privilégié. Aline n’est pas assez souple pour moi.

— Aline est-elle encore mariable ?

— Elle a papillonné longtemps. Mon ami Georges n’a pas voulu d’elle non plus. Il a préféré sa sœur. Aline n’étant pas souple, étant très difficile et intelligente, elle a dû comprendre qu’elle ne trouvera jamais de mari. Elle n’est pas mariable.

— Dans mon entreprise, elle fait un travail remarquable.

— Pour le travail, elle est bonne. Son travail passe avant tout. Sylvie est moins polarisée.

— Aline est sérieuse dans son travail. C’est une grande qualité. Aline ne voulait pas te laisser entièrement libre, mais a-t-elle d’autres défauts ?

— Pas trop. Elle a les nerfs solides, mais quand un garçon sérieux passait à sa portée, elle se donnait volontiers pour le tester. Aline finira quand même en vieille fille.

— Et bien, cette fille me semble encore bonne pour moi, puisque je n’envisage pas de la tromper. Je vais m’en occuper.

— Comme Sylvie, ceux qu’Aline choisit pour te tromper, sont des gars bien. Si ça ne te gêne pas, tu as peut-être raison.

— Me quitterait-elle pour un de ceux-là ?

— Je ne pense pas, mais elle est difficile sur les maris.

— T’aurait-elle accepté ?

— Je le croyais, dit Robert, mais elle n’était pas pressée. Moi non plus d’ailleurs. Elle se donnait le temps. En vieillissant, elle évolue peut-être.

— Voulez-vous mon avis, intervient Sylvie ? Robert critique Aline pour des vétilles. Il ferait mieux de se critiquer lui-même. Savez-vous pourquoi Aline ne va plus avec Robert ? Me permets-tu de lui dire ?

— Tu brûles de me dénigrer, dit Robert. Ne t’en prive pas ! Tu auras ton tour.

— Voilà, dit Sylvie. Aline s’était mise avec Robert, pendant que moi, je m’occupais ailleurs. Comme je ne l’avais pas vu depuis un certain temps, je suis allée voir Robert. Il avait l’air de me vouloir. N’ayant aucune raison de refuser, je me suis donnée. J’ignorais qu’il s’était mis avec Aline, mais Robert savait pertinemment qu’elle devait venir. Voilà donc qu’Aline arrive au moment crucial et nous découvre en pleine action. Robert était déjà engagé. Cela ne l’a pas perturbé et il a continué avec moi sans se presser et en prenant tout son plaisir. Aline ne nous a pas interrompus. Elle a reculé et s’est réfugiée dans une pièce voisine où elle s’est assise en silence en attendant la fin. Ensuite, Aline a fait doucement remarquer qu’elle était arrivée à l’heure du rendez-vous et qu’elle préférait être actrice plutôt qu’au spectacle, mais elle pardonnait Robert de lui avoir posé un lapin. Elle était bien bonne. Elle aurait pu nous arracher les yeux. Sa seule critique était qu’elle aurait préféré trouver la porte fermée pour respecter notre l’intimité. D’ailleurs, je suis comme elle, car je n’aime pas être dérangée. Aline a voulu aussi savoir pourquoi il a fait ça avec moi et pas avec elle comme c’était prévu. Robert a répliqué qu’elle lui avait donné sa liberté sexuelle, que je suis arrivée la première et que j’avais autant envie qu’elle. Il n’avait pas pensé à interdire l’entrée. Pour Aline, sa place était réservée, et Robert a soutenu mordicus qu’elle ne l’était pas. Robert s’est conduit comme un mufle. J’en étais honteuse, car Aline avait raison. Elle avait priorité sur moi puisqu’elle avait réservé et qu’il avait accepté. J’ai essayé d’intervenir, d’améliorer la situation. Aline était prête à discuter avec moi de la meilleure façon d’aimer Robert. Elle ne voulait pas que la situation se reproduise et voulait planifier des périodes réservées pour l’une et l’autre, ce qui me convenait. C’était logique. Nous savions qui allait avec qui. Tout allait s’arranger. Nous pouvions avoir Robert chacune à notre tour sans brouille, et Robert pouvait doser ce qu'il voulait de chacune. Et là-dessus, Robert revient à la charge en déclarant qu’il ne dose pas à l’avance, et rejette Aline sous prétexte que la planification n’est pas assez souple et ne lui convient pas. Il préférait rester avec moi. Il a fait là la plus grosse bourde de sa vie. Il pouvait se marier avec Aline, et il a tout cassé. Pour qui ? Pour moi qui ne vaux pas Aline, une fille extrêmement intelligente, pleine de qualités. Ne faites pas comme Robert ! Si vous pouvez avoir Aline, vous en serez content. Le seul problème est de la décider à se marier. Plusieurs imbéciles comme Robert l’ont refusée, parce qu’elle les surpasse, et l’ont dégouttée des hommes. Elle s’est réfugiée chez Claudine et ne cherche plus à se marier.

— Avec Sylvie, dit Robert, j’ai toujours tort, mais je l’aime bien. Je te passe Sylvie si tu veux. Elle te critiquera, mais elle est meilleure qu’Aline.

— J’ai peut-être mon mot à dire, dit Sylvie.

— Vas-y ! Dis-le ! Es-tu disponible pour Luc ?

— Je peux trouver quelques nuits si tu m’y pousses. M’acceptez-vous, Luc ?

— Merci, dit Luc. Je croule sous les propositions. Je cherche une fille stable et intelligente. Si j’y arrive, je vais récupérer Aline.

— Vous avez raison, dit Sylvie. Aline est mieux que moi.

*****  

36 Aline renseigne Luc

— Quels renseignements avez-vous, demande Luc à Aline ?

— Je me suis intéressée de près à la façon dont vous êtes considéré. Dans les coins des écrans des ordinateurs et sur ceux des mobiles, votre image trône souvent. Elle disparaît quand vous arrivez et réapparaît quand vous avez le dos tourné. J’ai même observé quelques montages salaces où vous figurez. Vous suscitez l’admiration générale et vous excitez l’imagination des filles. Elles parient sur celles qui iront avec vous. Vous êtes le sujet de nombreuses conversations et de messages plus ou moins discrets entre elles. Ils sont, en principe, interdits au sein de l’entreprise, mais les téléphones ne sont pas coupés, et le réseau est utilisé quand le travail laisse des temps libres. C’est tolérable puisque le rendement n’en souffre pas. On ne va pas non plus interdire de parler. On critique beaucoup votre nouvelle secrétaire qui ne donne aucun renseignement sur vous, contrairement à l’ancienne. Elle reste de marbre à votre sujet. On l’accuse de vouloir vous garder pour elle.

— Pourtant, elle ne m’a jamais fait d’avance, dit Luc. Elle est parfaitement neutre.

— C’est une vraie professionnelle que je considère comme étant à sa place. Une secrétaire n’a pas à bavarder sur son patron.

— Si j’avais à choisir, qui serait la bonne ?

— Le choix est large, dit Aline. Je distingue trois groupes. Le plus fourni est celui des filles que j’appelle légères, bien que, dans leur travail, elles soient normales et qu’on puisse compter sur elles. Elles s’amusent, boivent, fument, aiment s’attarder à la cafétéria, dépensent sans compter et font la fête aussi souvent qu’elles peuvent, à l’image des garçons du même genre. Elles ont des copains et vont de l’un à l’autre sans grand discernement. Quelques-unes ont des enfants, mais ne sont pas toujours mariées. Vous pouvez vous amuser assez librement avec elles. Elles ne sont pas farouches. Ce sera pour elles un honneur d’aller avec vous.

— Celles-là ne m’intéressent pas.

— Je le pensais, mais leur étude est facile, car elles sont assez exubérantes et souvent bavardes. Elles sont bien informées de tous vos gestes.

— Passons aux autres.

— Ce sont des filles plus posées et calculatrices, moins expansives, mais qui sont attirées naturellement par le jeune homme plein d’avenir que vous êtes. J’en fais deux groupes. Le premier est celui de celles que j’appelle filles libérées. Il n’y en a qu’une qui est allée se déclarer, mais elles sont plusieurs. Elles se font une opinion sur les garçons qu’elles rencontrent, les essaient souvent, ne les retiennent pas tous, passent de l’un à l’autre et cherchent encore. Enfin, il y a deux filles que j’appelle traditionnelles qui se réservent pour leur mari futur. Ces dernières n’étaient pas non plus dans la liste, mais il est assez évident qu’elles sont intéressées. Votre secrétaire est l’une des deux.

— Êtes-vous sûr pour ma secrétaire ?

— Les filles en sont sûres. Je l’étais moins. Je suis allée lui demander si elle vous aimait. Elle m’a dit oui. Beaucoup de garçons la convoitent, mais elle vous aime, même si elle ne le manifeste pas, car elle ne souhaite pas que les filles jasent sur elle. L’autre est du même genre, et dans cette catégorie, je les place à peu près au même niveau.

— Qui conseillez-vous ?

— Le jugement dépend de vous. Je vous ai expliqué comment elles sont.

— Mais encore ?

— Avec une traditionnelle, comme Sophie, vous savez à quoi vous en tenir. Cette gentille secrétaire serait un très bon choix. Pour l’avoir, il faut aller demander sa main à son père, et une fois mariée, elle sera à vous. Elle a de grandes chances de vous être fidèle. C’est une fille très sérieuse qui travaille parfaitement, et qui en plus est très jolie. Je vous la recommande. Je vous vois bien avec elle. Je peux intercéder en votre faveur auprès d’elle.

— Je ne suis pas emballé par ma secrétaire.

— Vous aurez du mal à trouver mieux. Que lui reprochez-vous ?

— Rien en tant que secrétaire. Tout en tant qu’épouse.

— Vous êtes difficile. Elle est normale. Tout le monde la trouve belle. Son physique vous déplaît-il ?

— Non.

— Trouvez-vous qu’elle travaille mal ?

— Elle fait très bien mon secrétariat et je ne me plains pas d’elle.

— Aguiche-t-elle les hommes ?

— Non. Elle se tient.

— Vous voyez que cette fille est sérieuse. Plus d’un homme la voudrait dans son lit. Elle serait une bonne épouse.

— Une épouse potiche, certainement.

— Non. Elle est intelligente. Elle sait parler. Elle organise bien. Elle est efficace et logique.

— Je l’admets, mais il me faut une épouse qui me seconde, qui sache prendre des initiatives, s’adapte, passe sans broncher au milieu des tempêtes, comprenne ce que je fais, et puisse tout mener de front.

— Sophie en est capable. Elle a de l’avenir. Croyez-moi. Je l’admire.

— Peut-être, mais vous êtes ce que je cherche, et vous avez prouvé que vous savez œuvrer pour l’entreprise. C’est évident. Je m’en suis rendu compte. Je n’ai nul besoin d’autres filles. Je n’ai pas pris le temps jusqu’à maintenant de m’occuper des femmes, mais je serais prêt à fonder un foyer avec vous. Vous êtes célibataire, sérieuse, calme mais active. Je le constate tous les jours. Vous me convenez. Je n’ai pas à en chercher une autre. Épousez-moi.

— Comme vous y allez ! Ce n’est pas possible. Je n’étais pas dans la liste, et je ne me suis pas ajoutée, car je n’ai pas à y figurer. Ma vie est ailleurs. Je ne vais pas me marier avec vous.

— Expliquez-moi. L’amour ne vous concerne-t-il pas ?

— Monsieur Luc, je travaille en professionnelle avec vous. J’ai ma vie privée qui est séparée de la vôtre. Mes amours ne vous regardent pas puisqu'ils ne vous concernent pas. D’ailleurs, je n’ai pas à parler de mes amours avec mon patron pendant mon travail.

 

— Vous voilà comme ma secrétaire, dit Luc, renfermée dans votre sérieux. Je ne vous le reproche pas, mais regardez l’heure. Tous les employés sont partis. Le travail est fini. Parlez-moi de vous. Vous m’intéressez.

— Puisque vous le voulez, dit Aline, je vais le faire. D’abord, je ne suis pas dans la catégorie des traditionnelles, mais dans celle des filles libérées, et parmi les moins recommandables des filles libérées. J’ai beaucoup plus de défauts que votre secrétaire.

— Expliquez-moi ce qui diffère.

— Beaucoup de détails, mais le principal est qu’une fille libérée fornique et connaît de près les garçons. La fille traditionnelle est vierge.

— Ma secrétaire serait vierge ?

— Elle en a tout l’air. Elle est aussi hypersensible aux garçons que moi quand je l’étais.

— Est-ce important, à l’ère de la contraception ?

— Je crois. Une fille n’oublie pas son premier amour. Il la bouleverse, et elle a tendance à lui être fidèle. La fille traditionnelle qui est satisfaite de son mari n’a aucune raison d’avoir un amant. La fille libérée compare les garçons et elle est assez naturellement infidèle. Une relation sexuelle par-ci par-là ne lui fait pas peur. Elle se disperse.

— Cela, c’est de la théorie.

— Je vous l’accorde. La pratique est souvent différente.

— Vous n’avez pas voulu être traditionnelle ?

— Non, car j’étais incapable de bien comprendre les garçons sans les essayer, et les premiers que j’ai fréquentés ne méritaient pas que je continue avec eux. Sans expérience, il est difficile de comprendre. Je comprends mieux avec l’expérience. Je le referais si c’était à refaire.

— Que veut dire comprendre ?

— Savoir si on aime ou non.

— Vous ne m’avez pas essayé, mais me comprenez-vous ?

— À peu près, grâce à mon expérience.

— Donc, dit Luc, vous m’aimez à peu près. Je vous aime. Mariez-vous avec moi.

— Les mots n’expriment pas parfaitement ma pensée, dit Aline. Vous me prenez à froid. Je ne vous ai jamais envisagé jusqu’ici comme mari ou amant. Je vous aime comme la plupart des filles d’ici. Je vous classe dans ceux que je pourrais présélectionner en vue d’un essai si je cherchais encore un mari. J’ai des impulsions vers vous qui me troublent, des réflexes d’amour, comme toutes les filles d’ici. Si vous m’attaquiez, je ne résisterais pas, mais j’ai d’autres amours. Je ne vais pas ajouter le vôtre. Vous ne faites pas partie de ma vie intime.

— Vous m’aimez donc.

— Oui, mais je sais que la présélection ne suffit pas. Je préfère garder une bonne opinion de vous sans découvrir des raisons de discorde en vous essayant.

— Je suis certain que nous nous accorderons. Je vous demande en mariage.

— Que voulez-vous que je réponde à une demande en mariage ? Je ne sais pas si mon amour pour vous peut durer. Mais en admettant que j’arrive à vous aimer réellement, il ne suffit pas d’aimer pour se marier. Vous ne me connaissez pas. Il ne vous faut pas une femme comme moi, mais une femme sérieuse.

— Ne l’êtes-vous pas ?

— Je ne le suis pas. C’est évident.

— Mais si. Vous êtes très sérieuse.

— Comment jugez-vous de mon sérieux ?

— D’abord par votre travail ici qui est remarquable, et par la petite enquête qui a été menée sur vous quand vous avez été recrutée. J’ai gardé votre dossier. Il est révélateur.

— Qu’a donné cette enquête ?

— Votre dossier médical vous donne saine, comme la quasi-totalité des personnes de l’entreprise. Vous êtes calme, travailleuse. Vous avez bonne réputation. Vous avez des diplômes prestigieux. Vous menez une vie tranquille, et on ne vous connaît pas de liaison en dehors de quelques garçons que vous n’avez pas fréquentés longtemps et qui étaient sérieux. Vous n’êtes pas débauchée. Aucune plainte sur vous.

— Je ne sais pas à qui vous avez confié votre enquête. Si vous voulez une fille sérieuse, prenez votre secrétaire. J’ai fait une véritable enquête sur elle avant de la mettre près de vous. Je vous garantis sa bonne moralité. Ce n’est pas comme moi. Je ne suis pas celle que vous croyez. J’ai testé des garçons, dont certains ne se sont pas révélés sérieux. Je ne vous ferai pas le décompte de ceux que j’ai reçus, mais sachez qu’ils sont nombreux. J’ai eu de longues périodes de sexualité très actives, et j’ai actuellement des relations sexuelles avec un ami, aussi fréquentes que si j’étais mariée. Suis-je sérieuse ?

— Je suis persuadé que vous êtes beaucoup plus sérieuse que la majorité des filles que je connais. Vous avez cherché des garçons sérieux. Vous n’avez rien de frivole. Vierge ou non, active ou non, vous me plaisez.

— Je suis enceinte. Je ne suis pas pour vous. Vous ne pouvez pas vous marier avec une fille qui a fauté.

— Vous n’avez pas fauté. Les filles ne fautent plus. Vous êtes enceinte par accident. Cela arrive.

— Pas du tout. Je me protège efficacement contre ce genre d’accident. L’occasion s’est présenté d’avoir un enfant dans de bonnes conditions. Je ne l’ai pas ratée. J’ai prémédité mon acte. J’ai voulu un enfant sans mari et j’en aurai d’autres.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il est normal d’avoir ses enfants le plus tôt possible avant la trentaine, car plus l’âge avance et moins la femme est féconde et apte à porter un enfant sans risque. Je n’allais pas attendre un mari hypothétique, et laisser passer la période la plus propice aux enfants. Je veux une famille. J’en ai l’âge. J’ai essayé de me marier, mais les seuls hommes que j’aurais retenus après les avoir testés se sont mariés ailleurs. J’ai donc décidé de fonder une famille monoparentale, de me passer de mari et de me contenter qu’un ami bienveillant me féconde.

— Bon, dit Luc. Vous avez commencé à fonder votre famille sérieusement, mais vous n’avez pas encore de mari. Êtes-vous contre le mariage ?

— Non, dit Aline. Actuellement, on s’en passe souvent, mais il est encore préférable d’être mariée pour avoir des enfants.

— Alors, mariez-vous avec moi pour compléter votre famille.

— Après tout ce que je vous ai dit ? J’ai mis la charrue devant les bœufs pour les enfants. Vous voyez bien que ma sexualité n’est pas digne de vous. Je suis presque une fille publique, vu le nombre des garçons que j’ai testés, bien inutilement d’ailleurs. Vous voudriez passer après tous mes amants, alors que vous pouvez vous marier suivant les règles avec l’une des deux filles convenables que nous avons évoquées ? N’allez pas vous engager avec moi. D’accord, il y a votre entreprise que je peux conforter. Je vous promets de ne pas vous laisser tomber. Je travaillerai pour vous tant que votre entreprise ne sera pas solide, mais je refuse de me marier avec vous.

— Merci de songer à l’entreprise. Je ne me vois pas marié avec une autre que vous. Je passe l’éponge sur votre sexualité passée pour vous avoir.

— Il y a un reste de sexualité passée. Que feriez-vous de l’enfant qui devrait venir l’année prochaine ? Le toléreriez-vous ?

— Mieux que tolérer. Je peux être son père, un vrai père. Je le reconnaîtrai, à moins que vous ne préfériez une autre solution. Je souhaite avoir des enfants. Celui-là serait le premier.

— L’enfant n’est pas de vous. Quand j’accoucherai, toutes les filles compteront les mois, jaseront et vous montreront du doigt, sachant que je n’étais pas avec vous à la conception.

— Actuellement, le premier enfant est presque toujours conçu avant le mariage. Laissez les filles compter.

— Pourquoi tenez-vous à moi ?

— Vous l’avez dit et compris. Je tiens à mon entreprise. Vous en serez un pilier. La raison me pousse vers vous. Je fais une bonne affaire si vous venez avec moi. Ce serait suffisant pour un mariage de raison, mais ce n’est pas tout. Je vous aime intellectuellement à 100%, et impulsivement aussi d’après mes réactions physiques. Vous avez une beauté cachée, peu voyante, mais qui me séduit. Je suis attiré sexuellement par vous.

— Ma beauté est sans recherche. Elle plaît à certains hommes, mais la majorité préfère quand elle est améliorée. On trouvera que vous avez une compagne négligée, qui n’est pas digne de vous.

— Vous avez une présentation simple, mais qui n’est pas négligée. Elle est dans la ligne de votre caractère : pratique et efficace. Ma seule incertitude, en ce qui concerne mon amour, est que, comme je n’ai encore jamais aimé, je suis novice. Je pense qu’on s’y fait vite.

— Vous êtes novice. Vous avez besoin d’expérience. Si j’étais à votre place, et que votre morale ne vous imposait pas la fidélité, avant de me décider, j’irais tâter de quelques filles, en choisissant les libérées de préférence aux légères.

— Je n’ai pas envie de m’engager avec ces filles.

— Vous dites aux filles que vous ne vous engagez pas. Elles comprendront. Cela ne les empêchera pas de faire l’amour avec vous.

— Pourquoi le feront-elles, si je ne m’engage pas ?

— Parce que les filles aiment faire l’amour avec leur patron chéri dont elles couvent la photographie. Parce qu’il y a des garçons qui se laissent piéger, et qu’elles essaieront de vous piéger. Vous n’êtes pas du genre à vous laisser piéger. Ce serait plutôt les filles que vous piégeriez. Elles peuvent s’accrocher à vous. N’oubliez pas le préservatif, car elles peuvent vous faire un enfant volontairement.

— Ce que vous proposez est plein de risques.

— Si vous restez sérieux, ce que je pense, les risques sont pratiquement nuls. Les filles d’ici sont médicalement saines. Vous ne leur nuirez pas. Vous n’aurez pas été le premier à passer sur elles. Ce ne sera qu’un petit intermède sans conséquence dans leur vie. Les filles libérées ont l’habitude. Un garçon de plus ou de moins ne les troublera pas. Elles se glorifieront peut-être auprès des copines d’avoir séduit le patron, mais c’est tout.

— Si je ne me trompe pas, vous êtes parmi les libérées. Pourquoi pas vous ? Ce serait un petit intermède sans conséquence.

— Je vous fais remarquer que je ne vous ai pas fait d’avance, et si j’ai été libérée, je suis maintenant beaucoup plus rangée, et je ne cherche pas à vous piéger.

— Une fille libérée ne répond-elle pas parfois aux avances d’un garçon ? Faites-moi plaisir. Ne vous est-il jamais arrivé de faire plaisir à un garçon ?

— Cela m’est arrivé, sans engagement de part et d’autre. Avant d’abandonner un garçon, j’ai toujours cherché à l’apaiser s’il m’aimait encore.

— Alors, avec moi ?

— Bon. Je vous prends dans mon lit ce soir si vous voulez, pour vous montrer comment on fait. C’est sans aucun engagement pour vous faire plaisir. Je réclame la discrétion pour que les filles l’ignorent.

— Comme cela, vous allez pouvoir me tester.

— Tester est différent. Le test est sérieux. Il a un but qui est d’en savoir le plus possible sur l’autre. Ce n’est pas une simple relation sexuelle vite oubliée.

— Je préfère le test sérieux.

— J’ai testé en vue d’un mariage. Le souhaitez-vous ?

— Oui.

— Bon. Je vais vous tester. Je vous préviens que je vous rejette si ça ne va pas, et c’est le plus probable.

— Préféreriez-vous attendre le mariage pour coucher avec votre mari, comme les traditionnelles ?

— Vous savez que je ne suis pas une fille traditionnelle, mais une fille libérée et sexuellement active. Mon ami me servira si ce n’est pas vous. Je ne suis pas pour l’abstinence quand elle n’est pas justifiée. Je n’ai pas à vouloir me garder jusqu’au mariage comme votre secrétaire. Une fille libérée compare les hommes et je ne me marie pas sans avoir testé.

— Que faites-vous si le test est réussi ? Accepterez-vous le mariage ?

— Je vous conseillerai encore votre secrétaire. Elle m’est supérieure, et vous ne devez pas retenir une fille libérée ou légère.

— Toujours elle. Du nombre élevé des filles libérées ou légères, je déduis que ma secrétaire est l’exception.

— Non. Quand la moralité est élevée dans leur famille, les filles restent souvent vierges, mais ces filles ne s’affichent pas, ce qui fait qu’on ne les remarque pas. Nous en avons deux ici, et peut-être plus. C’est par le père que se font les démarches. Les traditions perdurent malgré la libération des mœurs. Il y a encore beaucoup de filles qui ne connaîtront qu’un seul homme et qui se réservent jusqu’au mariage, ne serait-ce que parce qu’elles appliquent une morale religieuse ou d’inspiration voisine. En dehors de votre secrétaire, pensez à l’autre, votre comptable, à peine plus âgée, à la tenue impeccable, toujours aimable et prête à rendre service, très belle. Il est dommage que cette fille soit délaissée parce qu’elle se refuse. Elle peut aussi vous convenir et elle ne s’intéresse qu’à vous.

— Voulez-vous que je la prenne à votre place ?

— Elle en serait enchantée. Je ne suis pas engagé avec vous, mais admettons que le test soit positif avec moi. Vous auriez à choisir entre une vraie fille sérieuse traditionnelle qui vous aime ou une fille banale, libre avec les hommes, et en passe d’avoir un enfant. Si j’étais vous, je ne m’attarderais pas sur moi. Cette comptable traditionnelle est aussi attractive que votre secrétaire. Elle est un peu plus raide, moins liante, moins intelligente, mais elle a des atouts. Elle est issue d’une famille riche et influente. Elle vous ouvrirait de nombreuses portes dont votre entreprise bénéficierait. Votre capital serait conforté.

— Mon capital a surtout besoin de vous, pour que mes actions ne perdent pas leur valeur.

— L’avenir de votre entreprise est plus incertain avec moi qu’avec elle.

— Je vous choisis sans hésiter, et vous n’êtes pas banale. À ce soir puisque vous l’avez accepté, ce qui permettra une décision rapide. Je ne suis pas non plus pour l’abstinence quand je peux disposer d’une fille intelligente comme vous. Vous me testez. Prévenez votre ami.

— Oui. Je ne vais pas l’oublier. J’étais avec lui la nuit dernière. Aujourd’hui, je le laisse à sa femme, donc, je suis libre. Si nous nous entendons, je le préviendrai que j’ai trouvé un homme à tester.

— S’en offusquera-t-il ?

— Il est très gentil, et sa femme aussi. Ils me supportent, car ils m’aiment, mais j’en ai un peu honte. Ils m’ont recueillie généreusement. Je vous les présenterai si nous décidons de rester ensemble. Ils ont beaucoup de valeur.

— Vous souhaitez les garder près de vous.

— Oui, si vous le permettez. Ils travaillent aussi bien que moi. Je les souhaite comme collaborateurs. S’ils le veulent, il serait bon de les recruter pour l’entreprise. Nous avons des intelligences et des caractères voisins.

— Bon. Nous sommes bien d’accord. Vous me testez cette nuit, et si vous êtes sexuellement satisfaite, nous nous marions.

— Attendez ! Le test ne se réduit pas à l’entente sexuelle. Ce serait trop simple. Nous ne sommes pas des bêtes. S’il n’y avait que le test des réactions physiques, le test serait presque inutile avec un garçon comme vous. Vous n’êtes ni brutal, ni dépravé, car ça se saurait. Vous avez donc toutes les chances d’être sexuellement normal et que cette partie du test soit réussie. Nous aurons évidemment du plaisir ensemble. Le but du test est plus ambitieux. Il permet de savoir si la vie commune sera harmonieuse. C’est en vivant avec une personne comme dans le mariage qu’on se rend compte. Avec une personne qui ne convient pas, les conflits arrivent vite. S’il y a un conflit persistant, on interrompt le test, et on se sépare. Une nuit suffit en général pour un test négatif et le rejet. Pour un test à issue positive possible, je réclame plus de temps.

— Combien de temps ?

— J’ai fait l’erreur dans le passé de vouloir trop prolonger ce temps, voulant être certaine qu’aucun conflit n’apparaîtrait. Maintenant, avec l’expérience que j’ai accumulée, j’estime qu’en une quinzaine de jours de vie commune, en faisant attention à ce qui peut dégénérer en conflit, j’aurais déjà une bonne information sur le partenaire, permettant de décider.

— Quelle est l’origine de ces conflits ?

— Nous avons tous des tics, des habitudes, des idées, des comportements qui dérangent le partenaire.

— Il n’est pas possible de ne pas en avoir.

— Il faut les accepter ou essayer de se réformer, avoir suffisamment de souplesse pour pouvoir vivre avec l’autre, avoir des idées proches. Il ne doit pas y avoir trop de tension.

— Qu’exigez-vous ?

— Il y a pour moi des causes définitives d’exclusion. Je ne veux pas d’un époux qui se drogue, boit ou fume, qui joue tout le temps ou qui est sale, qui impose sa religion et les rites associés, qui soit brutal, vicieux, sadique ou dépravé. Je n’aime pas la fête et les imbéciles. J’en oublie certainement.

— J’ai de la chance. Je ne crois pas me reconnaître dans les exclus, mais le déferlement d’exigences m’a donné chaud.

— Il reste de nombreuses raisons de désaccord possible. Il est difficile de tout prévoir, d’autant plus qu’on peut parfois faire le contraire de ce qu’on prévoyait.

— Avec une sélection pareille, avez-vous déjà rencontré des gens avec qui vous pouvez vivre ?

— Quelques-uns. J’aime trois hommes et plusieurs femmes. Ce sont des gens qui ont à peu près le même caractère et un niveau intellectuel comparable au mien. Malheureusement pour moi les trois hommes, deux sont déjà mariés et le troisième dort avec son amie. Actuellement, je vis sans problème avec un couple.

— Ceux que vous voudriez embaucher ?

— Oui. Je les adore. Les quitter me crèverait le cœur.

— Comment fait-on pour aimer un couple ?

— Tout simplement en se trouvant bien ensemble sous le même toit. C’est un véritable amour à trois. Avec ce couple, je suis heureuse.

— Il suffit donc que vous vous aimiez deux à deux.

— Non. J’ai un contre-exemple : J’aime séparément ma sœur et son mari. Ils s’aiment aussi, donc c’est l’amour deux à deux, mais je ne vivrais pas avec eux deux. Nous testons-nous quand même ? Je me replie sur le couple que j’aime si cela ne marche pas avec vous. Vous n’êtes pas sûr de réussir avec moi.

— Nous allons nous tester. Dans quinze jours, je vous demande en mariage.

— Si le test vous concernant est positif, il n’est pas dit que je me marierai avec vous.

— Pourquoi ?

— Parce que j’aurais à choisir entre deux amours : mon couple et vous.

— Ne voulez-vous pas choisir dès maintenant ?

— Non. Cela mérite réflexion.

*****  

37 Aline teste Luc et se marie

— Marcel, dit Aline. Je ne dormirai pas avec vous ces jours-ci. Allez avec Claudine. J’ai mon patron à tester.

— Combien de temps ?

— Je vous le dirai. Je ne sais pas encore. Tout dépend de ce qui va se passer. Je ne suis sûre de rien. Je ne sais pas si je vais l’aimer longtemps.

— Le testez-vous quand même ?

— Oui. Il y tient et j’ai promis. Qui sait ? Cela peut marcher.

— Bonne chance ma chérie.

— Merci, Marcel.

— Que faites-vous si ça marche ?

— Il faudra me décider entre vous et lui. Je reste avec vous si vous me retenez.

— Si vous faites le bonheur de cet homme et en même temps le vôtre, allez avec lui. Deux couples heureux sont préférables à un ménage heureux à trois. C’est le plus sage.

— J’en tiendrai compte, dit Aline. Si cela ne marche pas, je reprends ma place près de vous.

*****  

 

— Quinze jours, dit Luc à Aline, sans rejet de votre part. Votre verdict ?

— Le test est réussi, dit Aline. Je vous aime.

— Je vous demande en mariage.

— Y tenez- vous vraiment ?

— Je vous préfère à ma secrétaire. Je vous ai testée de mon côté. Vous me convenez parfaitement. Voulez-vous prolonger le test si vous êtes encore dans l’indécision ? Qui choisissez-vous ?

— Je vous ai assez fait attendre. Nous pouvons nous marier. Les autres que j’aime comprendront.

*****  

 

— Avez-vous terminé le test de votre patron, demande Claudine ? Dois-je vous rendre Marcel ?

— Vous pouvez garder Marcel pour vous définitivement, dit Aline. Je vais m’installer avec Luc et me marier. Je vous le ferai rencontrer.

— Quel âge a-t-il exactement ?

— Il a trois ans de plus que moi. Il a démarré son entreprise en s’endettant, peu de temps avant qu’il m’embauche. Il m’aime.

— C’est une bonne nouvelle. L’aimez-vous ?

— Oui. Maintenant, je l’aime.

— Depuis quand ?

— Depuis que j'ai compris qu’il valait la peine, à peu près à mi-test, au bout d’une semaine. Il m’a courtisée avec succès. Mes réticences ont disparu. Il m’aime. Je l’accepte.

— N’êtes-vous pas allée au-devant de lui ?

— Non, mais je ne l’ai pas rejeté d’emblée. Il m’a persuadée que je devais le tester. Je n’étais pas chaude, et je me suis forcée à ne pas le rejeter prématurément, mais j’avais tort de ne pas y croire.

— Ce n’est pas le grand amour.

— Mais si. J’ai basculé en sa faveur. Je l’aime beaucoup, maintenant. Je ne l’épouserais pas si ce n’était pas le cas. Je resterais avec vous.

— Est-il jaloux ?

— Je ne sais pas.

— Partage-t-il ?

— Je ne sais pas non plus. Je n’ai nulle intention de le rendre jaloux ou d’envisager un partage. Le problème ne se pose pas. La seule chose importante est que nous nous aimions.

— Vous avez bien changé.

— Sans doute. Vous m’avez vaccinée contre la jalousie et le partage. Les théories que je défendais ont montré leur inutilité en ce qui me concerne. Elles sont trop rigides. Les vôtres sont meilleures.

— Accepte-t-il l’enfant ?

— Oui. Marcel peut être le père, mais lui aussi. Tout reste possible. Nous trouverons une solution.

— Il faut faire ce qui est le mieux pour l’enfant, dit Claudine. Je vais dire à Marcel de ne pas réclamer la paternité. Pour moi, le vrai père est celui qui s’occupe de l’enfant.

— C’est mon avis aussi, mais nous avons le temps d’y réfléchir d’ici à la naissance.

— Comment avez-vous fait pour accepter un autre homme à aimer ?

— Rebutée par mes échecs, dit Aline, j’avais le moral d’une perdante. J’avais abandonné toute recherche de mari. Ma vie étant orientée autrement, avec vous et dans le travail. Je n’étais pas très attirée par un homme qui me donnait des ordres. Je ne les acceptais que parce qu’ils étaient logiques. Quand cet homme m’a fait des avances, j’ai pensé à vous et à Marcel. J’ai fait l’effort de le regarder objectivement. Devant son insistance, j’ai décidé de l’essayer, et, finalement, il est très bien. J’aime Luc. Je suis heureuse avec lui.

— Qu’avez-vous pensé de nous ?

— Que je me devais d’améliorer la situation, que je vous prenais Marcel, la moitié du temps.

— Mais le temps que j’ai me suffit, dit Claudine. Vous allez nous manquer. Avec vous, nous avons été très heureux. Nous étions toujours d’accord. Marcel s’était bien habitué à nous deux. Il dit que nos comportements voisins l’aident à nous aimer.

— J’en remercie Marcel, mais vous encore plus ma chère Claudine. Je me souviendrai de ce que vous avez fait pour moi. Je serai toujours là si vous avez besoin de mon soutien. Je ne vous abandonne pas complètement. Vous restez mes amis. Je vous propose l’embauche de vous deux dans notre entreprise pour travailler ensemble, avec un salaire à la hauteur de votre valeur.

*****  

 

Mon cher John.

Grand bouleversement dans ma vie. Tout s’arrange pour moi. Cela m’est tombé dessus alors que je ne l’attendais pas. J’ai trouvé un mari ou plutôt, c’est lui qui a voulu de moi et j’ai dit oui. Je vais donc me marier. Je l’aime et il m’aime. C’est merveilleux. Je ne vais plus encombrer le lit de Marcel. Je vais être comme vous avec Colette, mariée et heureuse.

Aline qui vous aime toujours.

*****  

 

Ma chère Aline.

Félicitations de moi et de Colette.

Avez-vous besoin de Colette pour la nuit de noces ? Elle se propose.

John qui vous aime.

*****  

 

Ma chère Colette.

Vous pouvez venir à ma noce, et vous arranger avec mon mari. Je ne l’empêcherai pas de faire ce qu’il voudra, et je lui permettrai tout ce que vous réclamerez. Je vous signale cependant que jusqu’à maintenant, je suis la seule avec qui il a bien voulu faire l’amour. Je crois savoir que vous êtes aussi dans le même cas que lui avec John. À vous de jouer.

Aline qui vous aime puisque John vous aime, et vous invite à son mariage en demoiselle d’honneur.

*****  

 

Ma chère Aline.

J’irai à votre mariage avec Colette. Comme elle n’est plus demoiselle, il faudra désigner une autre personne pour jouer. Elle n’aura donc pas accès au marié, mais elle le prend avec le sourire. Elle se contentera de moi.

John et Colette qui vous aiment.

*****  

38 Couple de couples

— Je suis heureuse pour toi, dit Lucie à Aline. Luc m’impressionne.

— Le voudrais-tu dans ton lit ?

— Cela me plairait, mais j’ai Georges qui me plaît au moins autant.

— Tant mieux, dit Aline, car pour déloger Luc de mon lit, ça ne doit pas être facile. Il tient à moi.

— Est-il jaloux ?

— Je ne me pose plus ce genre de questions, dit Aline.

— Il faudrait savoir s’il accepterait que tu ailles avec un autre ?

— Je n’ai pas besoin de le savoir. Je n’irai plus qu’avec lui. Tous les autres que j’aime sont casés.

— Et si Luc te lâche ?

— Je n’envisage plus que d’aller avec lui, sauf s’il meurt ou s’il me lâche.

— Tu es devenue exclusive.

— Nous nous aimons, dit Aline. Je n’irai chercher un de mes autres amours que s’il a besoin de moi. Ne complique pas ce qui est simple. Ne faisons pas d’hypothèses improbables.

— D’accord, dit Lucie. Je fais pareil avec Georges. Marcel a l’air de tenir le coup, sans toi.

— Voudrais-tu me remplacer auprès de lui ?

— Je crois que c’est inutile. Claudine lui suffit.

— George est-il toujours avec toi ? Je crois l’avoir vu avec Sylvie et une autre.

— Je lui laisse ses libertés, dit Lucie. Pour le moment, Georges se mariera encore avec moi, mais, j’étais presque parvenue à ce qu’il accepte de se marier avec toi.

— Je préfère Luc, dit Aline.

*****  

 

— Marcel et moi étions bien avec vous, dit Claudine à Aline. Nous regrettons votre départ. Cela a fait un vide. Vous nous manquez. Où sont nos soirées en commun ?

— J’ai ressenti le même vide, dit Aline, bien que je sois très bien avec Luc. Notre entente était exceptionnelle.

— Oui. Nous étions très liés l’un à l’autre. C’était un ménage à trois qui fonctionnait bien.

— Si bien que j’ai presque repoussé Luc quand il a voulu se mettre avec moi.

— Vous ne voulez quand même pas renvoyer Luc et vous remettre avec nous.

— Je n’irai pas jusque-là, car je suis mariée avec lui et il me manquerait. Je l’aime autant que vous, mais je suis déchirée de vous avoir quittés pour aller avec lui. Il fallait pourtant bien que je vous laisse Marcel.

— Je comprends ce désir. À votre place, j’aurais réagi pareillement, mais j’étais aussi heureuse quand je vous laissais Marcel que quand j’étais avec lui. Honnêtement, vous ne me gêniez pas. J’étais partie pour vivre ensemble à trois et avec nos enfants.

— Moi aussi, et Luc est arrivé.

— La situation n’est quand même pas mauvaise. J’aime Marcel. Il m’aime. Vous aimez Luc, et Luc vous aime.

— Oui, dit Aline, mais je vous aime aussi tous les deux, et vous m’aimez. Il ne manque que Luc vous aime et que vous aimiez Luc. On peut tester ces amours qui manquent.

— Voudriez-vous que j’aille avec Luc ? Marcel me suffit et je ne connais pas bien Luc.

— Je n’envisage pas de relations sexuelles croisées, mais de vivre ensemble, nos deux couples sous le même toit. Il faudrait que Luc s’intègre. C’est peut-être possible.

— Ménage à quatre, sauf pour le sexe. Je ne suis pas opposée à un couple de couples. On peut essayer.

— Je vais en parler à Luc.

*****  

 

— Luc, dit Aline. Tu connais Marcel et Claudine, avec qui j’étais avant de me mettre avec toi. Je les aime beaucoup. Acceptes-tu d’essayer de vivre ensemble sous le même toit ?

— As-tu besoin de Marcel ?

— Autant de Claudine que de Marcel. Tu m’as arrachée à eux par le mariage, mais nous souhaitons, tous les trois nous retrouver. Ce n’est pas pour te mettre de côté, car je t’aime. C’est pour mieux vivre, partager une maison, déjeuner ensemble, échanger des idées, travailler ensemble, tout faire ensemble. Je ne coucherais cependant qu’avec toi.

— Quelles seraient mes relations avec Claudine ?

— Penses-tu à elle spécialement ?

— Pour vivre ensemble, il ne faut pas de barrières, ne pas se gêner. Tu cherches à m’entraîner vers l’intimité avec eux. Je pousse la logique jusqu’au bout. Tu es intime avec Marcel. Vous ne vous gênez pas. Il peut entrer dans ta chambre et toi dans la sienne. Serais-je aussi intime avec Claudine ? Si c’est une fille libérée, ça ne doit pas la gêner. A-t-elle connu d’autres hommes que Marcel ?

— Elle a couché, mais il y a longtemps, vers 18 ans, et quelques fois ensuite épisodiquement, mais cela n’a jamais duré. Elle n’a jamais trouvé de garçon à son goût avant Marcel. Elle a été surtout piégée.

— Piégée ?

— Oui. Des garçons sont parvenus à s’isoler avec elle, et tu sais ce qui en résulte.

— S’est-elle fait violer ?

— Elle a cédé.

— C’est quand même du viol.

— Oui et non. Claudine était avec un garçon qui a voulu profiter de ce qu’il était seul avec elle. Elle a dit au garçon que s’il mettait un préservatif, elle cédait. C’est ce qui s’est passé. Elle lui a donné un préservatif qu’elle avait dans son sac et elle a fait l’amour. Elle s’en est bien tirée, sans une égratignure, et sans être traumatisée. Ce n’est pas dramatique. Elle a fait l’amour avec lui. Il ne se serait peut-être pas imposé. Elle a été prudente.

— Tu as parlé de plusieurs garçons ?

— Oui. Pendant un voyage, dans un hôtel, un garçon s’est introduit dans sa chambre. Elle a négocié le préservatif. Pour moi aussi, le préservatif a toujours été le plus important.

— T’es-tu trouvée un jour dans cette situation ?

— Oui. Bien sûr. Ainsi, un jour mon patron a voulu faire l’amour avec moi. Je n’étais pas chaude du tout, car je ne l’aimais pas énormément, mais il a insisté, et j’ai cédé avec un préservatif.

— Je connais la suite. Claudine en a-t-elle souffert ?

— Claudine est réaliste. Elle considérait que de se trouver dans cette situation exceptionnelle était la rançon de sa liberté d’aller où elle voulait. Elle prenait avec philosophie le désir des garçons d’avoir les filles. Elle les évitait, mais à partir du moment où ils réussissaient à la piéger et mettaient un préservatif, elle se soumettait.

— De bonne grâce ?

— Elle est normale.

— Ce qui veut dire ?

— Qu’un garçon et une fille sont faits pour aller ensemble, et que s’y opposer n’est pas toujours possible facilement. Une fois lancé, le garçon peut abattre les obstacles et aller jusqu’au bout. La fille est dominée. Cela se passe mal avec une fille bloquée, mais Claudine n’a jamais été vraiment malmenée parce qu’elle a su gérer les situations avec intelligence sans s’affoler. Faire l’amour est faisable quand on sait ce que c’est, et avec un préservatif, il n’y a pas de conséquence si l’on ne dramatise pas. Elle est maintenant fidèle à Marcel. Moi, je suis comme elle. Je ne me fais pas une montagne d’une relation sexuelle. Quand il n’y a pas de suites fâcheuses, on tolère de céder.

— Je vous admire, de réagir ainsi. Vous êtes stoïques.

— En ce qui te concerne, ne demande pas à Claudine de te céder. Elle l’accepterait pour me faire plaisir, mais cela n’avancerait à rien. Si tu veux le faire, je préfère rester séparée. Je ne suis pas échangiste. Chacun son partenaire quand on en a un bon.

— Je voulais seulement savoir si je pourrais encore me promener dans la maison comme je fais avec toi.

— Tu m’as fait peur. Comme toi et moi, Claudine aime circuler nue à la maison et sa piscine y incite, étant toujours à la bonne température. Elle est commode. On s’y plonge volontiers. Claudine devrait accepter que comme nous l’avons fait couramment jusqu’ici à trois, tu puisses être nu avec nous. Elle est pudique avec les inconnus, mais tu n’en es plus un.

— Nous pourrons donc nous mettre à l’aise ?

— C’est très probable. Je vais lui en parler.

— Et si elle veut de moi, que fais-tu ?

— Elle voudra de toi s’il y a une raison. Par exemple, si je meure et qu’elle t’aime. Elle te consolera de moi.

— En es-tu sûre ?

— Comme de moi-même. Ce n’est donc pas certain. Mes pronostiques peuvent se révéler faux.

— Mais si tu ne meures pas et que nous nous aimons ?

— Ce serait le scénario idéal : s’aimer à quatre. Quand on s’aime, il n’y a pas de problème de relations. Envisages-tu de ne plus m’aimer ?

— Je serais un imbécile de ne plus t’aimer, mais quand nous nous frottons, tu sais ce qui arrive. Si je me frotte avec Claudine, qu’arrivera-t-il ?

— Tu feras peut-être l’amour avec elle si vous vous frottez au bon endroit, dit Claudine, mais vous n’êtes pas obligés de vous frotter. Je serai dans le même cas avec Marcel, mais j’aime autant me frotter avec toi. Écoute. Ne cherche pas. Nous ne savons pas ce qui peut résulter de notre rapprochement. Il faut tester pour savoir. Tout ce que nous pouvons imaginer ne se passera pas obligatoirement. Claudine te dirait que les hommes sont comme les étoiles. Il y a des couples en grand nombre et bien moins de trios. Quand trois étoiles de même taille se rapprochent, il est rare que l’ensemble soit longtemps stable. Il n’en reste vite que deux, et la troisième est éjectée au loin. Parfois on rencontre des couples de couples à 4 étoiles. C’est ce qu’on constate, et on ne sait pas bien le calculer. Les prévisions sont souvent erronées. Notre ménage à trois aurait dû être instable, et il a été stable longtemps, jusqu’à ce qu’il éclate à cause de toi. En scientifique bien logique, j’ai voulu faire des prévisions sur les hommes. Je me suis lamentablement trompée. La logique ne nous aide pas beaucoup pour résoudre les problèmes complexes. Pour s’aimer à quatre, l’expérience est la seule à pouvoir nous éclairer. Les relations que nous pouvons avoir, comment vont-elles s’établir ? Tu as fait des hypothèses sur celles que tu aurais avec Claudine. C’est bon d’en faire, mais elles ne donnent pas la solution. Je vois le problème de la façon suivante : à trois, Marcel, Claudine et moi sommes heureux. Actuellement, nos deux couples séparés sont heureux. Pouvons-nous être plus heureux à quatre ? Le ménage à quatre est rare, et je ne sais pas s’il est judicieux d’essayer, mais je suis tentée. Si tu veux bien tester, on teste, sinon, on ne teste pas.

— Testons, dit Luc. Nous allons habiter avec tes amis. Avec ton Marcel à tes côtés, il y aura certainement des frottements, mais comme je t’aime, je les accepte si tu n’oublies pas de te frotter aussi à moi.

— Tu es un amour, mon Luc. Si le test réussit, nous pourrons avec Claudine élever nos bébés ensemble.

— Et tu le souhaites ?

— Oui, et elle aussi.

*****  

 

— Luc accepte de venir loger avec vous, dit Aline à Claudine, au moins pour tester. Il est légèrement inquiet de la façon dont ça va se passer.

— Nous ne savons pas si ça a des chances de réussir, malgré toute notre bonne volonté.

— Ce sont surtout les relations avec vous qui préoccupent Luc. Il est intime avec moi. Je ne le dérange pas pour faire tout ce qu’il veut à la maison, mais il craint que votre présence restreigne sa liberté.

— En quoi ? Je n’ai aucune intention de la restreindre.

— Il n’est pas pudique avec moi, dit Aline, mais doit-il l’être avec vous ? Je lui ai dit qu’il pourrait se baigner avec nous et aller et venir chez vous comme il le fait avec moi et qu’il n’y avait pas à montrer de pudeur entre gens qui vivent ensemble. Bien sûr, on ne fait pas de partouses et on respecte l’intimité des relations sexuelles qu’on ne pratique qu’avec son partenaire. On laisse tranquille dans leur chambre ceux qui font l’amour à deux. Voilà les consignes que je lui ai données.

— Mon dernier maillot de bain est parti aux chiffons. Avec vos consignes, je n’ai pas à m’en acheter un pour la piscine. A-t-il accepté facilement ?

— Il n’a pas fait d’objection à être parfois déshabillé devant vous si vous faites de même.

— Alors, on va essayer, dit Claudine.

*****  

 

— Luc craignait votre pudeur, dit Aline à Claudine, mais tout se passe bien.

— Oui, bien que j’aie de la pudeur avec les inconnus. J’ai fait l’effort de ne pas en avoir avec Luc et de me comporter à la maison comme s’il n’était pas là.

— Est-ce un gros effort ?

— Avec un homme que je connais mal, je n’aime pas m’exposer, mais je l’ai fait, et Luc a suivi mon exemple. Je me demande encore s’il va s’approcher et en profiter, mais maintenant j’ai pris l’habitude. Il me respecte.

— Je lui avais dit de faire comme vous, et que si vous vous dénudiez, il fallait vous imiter. Il a accepté. Je pensais que c’était bien.

— Il n’y a pas à revenir en arrière. Sans vêtements, je pense malgré tout un peu plus à l’amour. Je suis sensible à sa proximité. Je m’imagine ce qu’il peut faire. Je le vois se comporter comme Marcel.

— C’est normal. Cela vous gêne-t-il ?

— J’ai dépassé le stade de la gêne, dit Claudine. Je l’aime de plus en plus votre Luc. Je dois aimer les mêmes hommes que vous, car j’ai tendance à le rechercher, à m’approcher de lui au plus près, comme avec Marcel. J’en suis au point où s’il me veut, je me donne. Cela commence à être imprudent.

— En pratique, dit Aline, vous l’émoustillez et il se retourne vers moi. Il fait exactement comme Marcel. Je n’y vois aucun inconvénient, car Marcel reste avec vous, et moi avec Luc.

— Bon, dit Claudine. C’est équilibré, mais un dérapage est possible. Si vous dérapez avec Marcel, cela ne me gêne pas.

— Même chose pour vous avec Luc, dit Aline.

— Luc accepte-t-il que vous alliez avec Marcel ?

— Je ne l’ai jamais trompé depuis que je suis avec lui, dit Aline, mais il m’a dit qu’il l’accepte.

— Est-ce vrai ?

— Il faudrait tester, mais est-ce utile ?

— Inutile de précipiter les choses. Si ça arrive, on lui dira et ça servira de test.

*****  

 

Jean-Marie se manifeste à Aline en lui envoyant un message qu’elle découvre sur son ordinateur à la suite d’un message vide, mais dont elle reconnaît l’émetteur : son presque amant de ses débuts en amour.

 

Chère Aline,

J’utilise cette adresse électronique en espérant qu’elle est encore bonne et que vous regardez encore de temps en temps dans cette boîte à messages qui est encore active puisqu'un message vide ne me revient pas avec une adresse inconnue.

Je vous avais demandé de ne plus me contacter, car je souhaitais une rupture définitive avec vous pour ne pas déplaire à ma femme. Vous ne l’avez jamais fait : c’est très bien, et nous nous sommes perdus de vue. Si ce message vous arrive, il va vous expliquer où j’en suis. Ma femme divorce. Je n’ai plus de raison de vous ignorer, et comme mon caractère froid ne me procure pas beaucoup d’amis, je me retrouve un peu isolé. Je tiens à vous, car je vous aime toujours.

Je me suis fourvoyé en me mariant avec elle rapidement. Je le reconnais, mais elle le voulait. J’ai compris ensuite qu’elle voulait aussi un enfant rapidement, ce qui me semblait peu souhaitable, puisque je n’avais pas encore de métier. J’ai aimé ma femme, malgré les défauts que je lui trouvais. Au début, tout allait bien. Nous faisions l’amour avec plaisir tous les deux. Je mettais un préservatif pour ne pas avoir d’enfant trop tôt, car nos études n’étaient pas terminées. Une chose me troublait. Ma femme n’était pas comme vous. Vous, vous raisonniez et présentiez les choses de façons diverses. Ma femme avait des idées, présentait tout de façon cohérente, mais toujours de la même façon. Il semblait qu’elle récitait un livre, tout en ayant l’air de comprendre ce qu’elle disait. Quand on l’interrompait, elle reprenait en utilisant les mêmes phrases. Quand je lui demandais d’où venaient ses idées, elle disait qu’elles étaient les siennes, celles qu’elle avait approuvées. Avec le temps, j’ai compris qu’elles venaient de ses études et de ses parents, mais qu’elles les prenaient en bloc, sans les modifier, et sans les critiquer. J’ai retrouvé des phrases dans ses livres d’études. Elle a une mémoire d’éléphant, alors que la mienne est plus réduite. Ses parents ont une grande influence sur elle. Elle a leurs idées. J’ai essayé de lui communiquer une partie des miennes. C’était assez facile avec des idées nouvelles, et très lent quand cela contredisait des idées anciennes. Elle raisonne un peu, mais moins que moi. Les idées anciennes étaient ancrées dans sa mémoire et s’en effaçaient difficilement. Cela allait jusqu'à un mélange entre les anciennes et les nouvelles; une phrase de l’une au milieu d’un paragraphe de l’autre, parfois sans cohérence. Sa façon de penser n’est pas la mienne. Elle est beaucoup plus sensible à ce qui vient de ses parents que de moi. Fille unique, elle a la pensée de ses parents. Heureusement, ses parents lui ont donné une assez bonne éducation, et la plus grande partie de ce qu’elle faisait ou disait me convenait, jusqu’à ce qu’elle se monte contre moi pour suivre ses parents. Je me suis trop pressé en l’acceptant. Elle n’a pas votre souplesse et votre clairvoyance. J’aurais préféré être avec vous, mais elle était vivable, si elle ne s’était pas bloquée sur certaines idées.

Le problème principal est venu des parents. Ils souhaitaient des enfants rapidement. Avec les études, je n’étais pas du tout favorable à avoir rapidement des enfants. Je faisais patienter en mettant le préservatif. Ma femme, prenant parti pour ses parents, m’a demandé de lui faire les enfants, et j’ai dit non, car les études et trouver un travail passaient avant. Ma femme a suivi ses parents en abandonnant d’abord la contraception, mais je n’ai pas abandonné le préservatif. Ma femme a alors pris un amant. Comme vous, je n’ai rien contre des amants qui respectent le couple marié en restant discrets, mais je ne souhaitais pas qu’ils me fassent un enfant. Je l’ai dit à ma femme qui a répondu qu’elle obéissait à ses parents, et qu’elle aimait son amant sans préservatif. J’ai protesté que je n’avais pas encore de métier. Elle a immédiatement déclenché le divorce. Je l’ai accepté à l’amiable. Elle est avec son nouvel ami, qui deviendra peut-être son mari, et elle n’est pas encore enceinte. Nous sommes séparés officiellement, ce qui m’évitera d’avoir un enfant de l’amant dans les neuf mois.

J’ai la paix sans elle, mais je me trouve bien seul. Je m’étais habitué à avoir une femme avec moi. Je vais me mettre à la recherche d’une femme comme vous, mais ma mère n’est plus là pour me guider. C’est difficile pour un ours comme moi qui ne sais pas comment contacter les gens. Avec vous j’osais discuter. Votre façon d’envisager les choses était la mienne.

Un homme qui vous aimera toujours, et qui souhaite ne pas vous déranger.

Jean-Marie

 

Cher Jean-Marie.

Je déplore de ne pas avoir reçu votre message quelques mois plus tôt, quand j’étais encore libre. Je viens de me marier avec Luc, un homme que j’adore et je suis enceinte. Il est trop tard pour vous marier avec moi ! Je ne sais pas qui j’aurais choisi entre vous et lui. Je vous aime tous les deux. Comme j’ai la liberté sexuelle avec Luc, je peux cependant vous recevoir comme un amant caché, mais je garde Luc comme mari tant qu’il ne me repousse pas.

J’ai, comme vous, eu une mauvaise passe, quand des hommes que j’aimais n’ont pas voulu se marier avec moi. Ils ont préféré d’autres épouses, mais ils avaient raison. Je les avais négligés. La leçon a porté ses fruits. Je ne vais pas négliger Luc pour vous.

Cela étant, j’ai une proposition à vous faire. Ma petite sœur Lucie cherche un mari. Elle est actuellement encore avec un ami qui est très gentil et que j’ai aimé, mais je doute de plus en plus qu’il se marie avec elle, car il papillonne trop. Lucie est du même genre que moi. Elle a un corps de toute beauté, mais qu’elle cache, car elle est pudique. Il n’y a que ses amants pour en profiter. J’aimerais vous faire ce cadeau, et ce serait aussi un cadeau pour elle. Je vous connais tous les deux. Vous êtes faits l’un pour l’autre. J’espère que vous l’accepterez. Lucie est en bonne santé et elle est curieuse de rencontrer un homme que je lui conseille. Elle souhaite de vous essayer. Un peu d’amour avec vous ne l’empêchera pas de beaucoup travailler. Elle est plus jeune que vous, mais elle pense au mariage à la fin de ses études.

Je suis honteuse de ce que j’ai fait avec vous quand nous avons rompu. J’ai été lâche avec vous. J’étais votre amie, et cette amie vous a abandonné quand vous aviez besoin de moi. Je n’aurais jamais dû vous laisser marier avec votre femme, quand vous m’avez révélé que vous alliez vous y résigner. Voilà comme j’analyse la situation. Je peux me tromper, mais je ne dois pas être très loin de la réalité. Votre femme ne vous convenait pas, d’après ce que vous m’écriviez. En vous ouvrant les yeux, j’aurais pu vous persuader de la laisser tomber, et vous seriez revenu avec moi. Bien sûr, votre mère vous la proposait pour me remplacer, et, connaissant votre timidité envers les femmes, elle pensait bien faire, mais elle n’avait rien pour la tester, et vu votre manque d’expérience en amour qui m’avait dérangée, vous ne pouviez que vous faire piéger par cette femme qui avait des qualités, mais aussi des défauts que vous avez supportés trop longtemps. Vous avez rapidement vu qu’elle n’était pas celle que vous aviez espérée, et qu’elle était aux ordres de ses parents. Mais vous êtes trop bon. Vous aviez donné votre parole très vite, et vous n’avez pas voulu vous dédire. J’en savais un peu plus que vous, car mes parents m’avaient mise en garde contre le genre de personne qu’est votre femme. Ses parents veulent rapidement des petits enfants. Pour moi, quand on se rend compte de son erreur, il faut se dégager. M’occupant de recruter du personnel pour l’entreprise de mon mari, j’ai à faire avec ces candidats les plus nombreux qui ont une bonne mémoire, des notes scolaires acceptables, des diplômes et une faible logique. Ils n’ont aucun rendement dans le travail que je propose. Je ne peux que les rejeter. Ils ne s’adaptent pas à ce que je demande : avoir une logique suffisante et l’appliquer dans le travail. Ils ratent tous les tests. Avec un raisonneur comme vous, il vous faut une femme aussi logique que nous, capable de vous comprendre et indépendante. Il n’y a pas moyen de raisonner avec une personne sans logique qui n’utilise que sa mémoire. Elle ne réagit que de façon primaire. Elle n’est bonne que pour aller avec des primaires. Le dialogue n’est possible qu’en vous abaissant à son niveau sans grande logique. C’est absurde de passer son temps avec des gens qui ne vous comprennent pas et qui ne sont pas destinés à vivre comme nous puisque nous avons du mal à comprendre leurs réactions. Je pense qu’il faut vivre un peu avec eux, et les subir quand ils sont avec nous, car ils ont besoin de nous et nous d’eux. Il n’est pas question de vivre sans eux dans la vie courante. Ils ont le droit de vivre à côté de nous, comme nous, mais il faut aussi se réserver un petit cercle de ceux qui sont à notre niveau pour vivre à notre rythme dans l’intimité. Prévoyons ce qui va arriver. Votre femme et ses parents vont vous relancer en vous demandant de revenir avec elle s’ils voient que l’amant actuel ne convient pas. Surtout, n’acceptez pas de vous remarier avec elle. Voyez-la éventuellement en ami, et même, soyez son amant pour lui faire plaisir et même encore, comme donneur, pour qu’elle ait un enfant dont vous ne prendrez surtout pas la responsabilité. Ne la prenez plus en famille et gardez vos distances. Vous avez été échaudé. Ne recommencez pas à vous dévouer pour elle en essayant de la ramener à une logique qu’elle ne comprend pas. Elle vous a asservi en vous imposant la fidélité, alors qu’elle a maintenant un amant. Pour nous, ce n’est pas logique. Vous avez mieux à faire avec Lucie, et ce n’est pas parce que c’est ma sœur. Je vous trouverai une femme si vous en voulez une autre. J’ai des relations faciles avec les autres que vous n’avez pas. Dans l’entreprise de mon mari et ailleurs, il y a des filles qui peuvent vous convenir. Il est normal que je vous aide à les découvrir. Au besoin, en attendant de jours meilleurs, venez avec moi et Luc, en ménage à trois. Il me regarde écrire et il approuve. Si vous avez besoin de travailler, j’ai besoin d’hommes comme vous dans l’entreprise de Luc.

Une femme qui ne demande que de renouer avec vous. Venez nous voir quand vous voulez. Si vous avez envie de l’une de nous deux, cela devrait être possible.

Aline

 

Chère Aline,

Je suis touché par votre gentillesse. Vous avez raison. Vous avez bien compris la situation.

Mon ex-femme me propose de me recevoir en amant et sans préservatif. Je serais alors un donneur. Je ne me ferai pas piéger une seconde fois. Je préfère que son ami lui fasse.

Je vous fais confiance. J’accepte tout ce que vous proposez. Je prendrai rendez-vous. Je vous proposerai bientôt quelques dates, quand tout sera terminé avec elle.

Jean-Marie

 

*****  

39 Madame Lenoble et son fils

— Mon cher fils, dit Madame Lenoble. Tu dois penser à ton avenir. Il va falloir te marier.

— Ce n’est pas pressé, maman. J’ai le temps.

— Je ne suis pas de ton avis. Tu as des satisfactions avec les filles que tu fréquentes, mais tu as à fonder un foyer avec l’une de celles qui s’offrent à toi. N’attends pas trop longtemps de choisir une femme. Je n’aime pas beaucoup certaines écervelées. Soit un peu sérieux. Je ne serai pas tranquille tant que tu ne seras pas marié avec une fille convenable.

— Maman ! Je ne vais pas avec les filles délurées. Ce serait facile puisqu’elles se proposent, mais je les ignore, et comme je ne bois pas, elles ne m’entraînent pas. J’ai toujours la tête froide. Elles sont trop superficielles et je n’aime pas celles qui font des fêtes. Cependant, je comprends à leur contact, comment sont les gens communs. Il faut bien que j’aille avec eux pour savoir comment ils sont. Je préfère comme toi les vraies filles sérieuses, celles qui refusent de se donner à un premier venu et que ton détective sélectionne. Elles ne sont pas toutes faciles à convaincre, mais je n’ai pas à me restreindre avec celles qui veulent bien puisque tu les conseilles.

— Bien, mais n’exagère pas. Tu te disperses, ce qui n’est pas bon. Notre détective a dernièrement trouvé une fille d’une grande beauté et qui semble parfaite. Elle devrait te plaire. Elle n’a jamais eu de copain, ce qui n’est pas une raison pour la choisir, mais c’est bien pour la sécurité. C’est une fille saine. Le détective sait que j’y tiens, et il n’est pas toujours facile de le savoir. Il faut renoncer à en trouver une qui soit saine, intéressante et fortunée en même temps. Nous n’en trouverons pas. Prends celle-là à laquelle il ne manque que la fortune. Va au moins la voir, et si elle te convient, range-toi avec elle.

— J’irai quand j’aurai le temps, dès que j’aurai terminé ce que j’ai entrepris.

— Ne tarde pas trop. Elle peut t’échapper. Elle est très sollicitée, et comme elle a commencé à travailler après des études longues, elle va penser au mariage.

— Je te promets d’aller la voir.

— Avec une fille mariable, tu devras discuter du contrat de mariage.

— Mais maman, toutes ces filles me cherchent puisque je suis riche. Je discute avec elles de mariage. Souvent, on parle même du contrat qu’elles souhaitent. Elles veulent naturellement le maximum.

— Ne te marie qu’avec celle-là. Évite les autres. Elles ne lui arrivent pas à la cheville. N’accepte pas n’importe quel contrat. La séparation de biens est pour toi le meilleur contrat. Ta fortune resterait à ta disposition, et elle ne garderait que la sienne qui est négligeable.

— Il y a longtemps que je le sais, maman. Je ne lâche rien sans rien. Je ne lâche que ce qui est nécessaire.

— Ne soit pas trop dur. Ta femme ne doit pas se sentir brimée. Je n’aurais pas accepté avec ton père qu’il ne me donne pas une partie de sa fortune. Sans aller jusqu’à la mise en commun, garde la plus grande partie à toi. Soit intelligent. La fortune le permet. Il est possible d’être généreux en gardant ses aises.

— Oui, maman. Je suis généreux. Ce qui m’intéresse est de continuer avec des filles photogéniques comme maintenant. Je ne vais pas me contenter d’une seule. On s’en lasserait. Pour ma publicité, on doit me voir avec plusieurs qui sont à renouveler assez vite.

— Ta publicité ne sert à rien.

— Mais si, maman. Il faut être moderne. J’allie le plaisir et les affaires. Les rencontres avec les filles m’amusent. Elles sont toutes différentes, et leur analyse est instructive. C’est ma distraction, et en même temps, j’apprends à économiser. J’ai fait les comptes. Je gagne autant, avec ce que me rapportent les droits sur les photos et les vidéos, que ce que je donne aux filles, et ceci grâce aux rendez-vous payants avec les photographes. Indirectement, on nous connaît mieux et nos affaires y gagnent.

— Pas grand-chose et je doute que cette publicité soit bonne. Tu ne peux pas la renouveler indéfiniment. Elle aura une fin. Occupe-toi des affaires sérieuses. L’idéal serait que tu te débarrasses le plus tôt possible de ces filles sans intérêt et que tu te consacres à celle-là. Ce serait le mieux, mais comme je te connais, tu ne t’y résoudras pas facilement. Il faut cependant te marier. Tu devras négocier tes habitudes avec ta femme. Heureusement, tout s’achète. Offre une partie de ta fortune, mais ne te lie pas les mains. Ne dépasse pas le tiers ou la moitié. C’est beaucoup, mais avec ça, tu peux tout exiger. Par l’argent, tu as tous les droits en t’y prenant bien. Elle acceptera que tu ne sois pas toujours avec elle, de faire chambre séparée par exemple, pour te permettre de voir encore les filles qui te plaisent. La fille qu’on nous propose est à la fois une beauté et une fille sérieuse et calme. Elle comprendra vite ce que tu réclames et elle a avantage à négocier avec toi. Si tu offres la moitié de ta fortune, tout t’est permis. Exige qu'elle perde tout ce que tu lui as accordé si elle veut divorcer. J’avais ce contrat avec ton père, et une certaine liberté sexuelle.

— Lui aurais-tu été infidèle ? Tu as Raoul maintenant.

— Veux-tu me refuser ce que tu t’offres ? J’ai de quoi être attractive. Ton père n’étant plus là et mon sexe étant toujours actif, je pense avoir le droit à Raoul à demeure. Il est très bien, Raoul. Ton père me l’avait recommandé si tu veux savoir, et je lui suis fidèle actuellement. Je n’ai pas à aller chercher ailleurs ce que j’ai chez moi.

— Mais tu t’es mariée avec papa en premier, et non avec Raoul.

— Effectivement. Quand Étienne a cherché une femme, il a regardé autour de lui et m’a choisie parce que j’avais une bonne éducation, une meilleure réputation que beaucoup d’autres, et que j’étais disponible. Il me connaissait puisque nous avons suivi les mêmes études pendant plusieurs années, et il était l’ami de Raoul. J’ai estimé que je pouvais me marier avec Étienne.

— Étais-tu vierge ?

— J’étais libre, comme la fille qu’on te propose.

— Avec ton hymen intact ?

— Mais mon garçon, dès que j’ai eu des règles, j’ai utilisé des tampons. Beaucoup de filles utilisent des tampons au lieu des serviettes. Ne leur jette pas la pierre sous prétexte qu’une fille devrait garder son sexe dans un cocon. Ne sois pas rétrograde. Les filles ont les mêmes droits que les garçons de se servir de leur sexe, et on vit avec lui sans trop le brimer. Il faut seulement s’en servir à bon escient et en sécurité.

— Donc, tu n’étais pas vierge.

— Je ne l’étais pas parce que j’avais essayé quelques partenaires dans les années précédentes, mais je n’étais pas dévoyée. Je ne les ai pas multipliés. Cela s’est généralement limité à quelques rencontres sans lendemain, donc sans importance. Avant le premier mariage, Raoul, a été mon seul véritable amour, le seul à retenir. Ce qui compte est le sérieux, être capable de réfléchir au-delà de l’acte sexuel et ne pas en être esclave. Les filles sélectionnées avec qui tu vas sont des filles sérieuses qui savent se protéger contre les maladies et maîtrisent leurs amours.

— Mais elles ne sont pas toutes vierges.

— Bien sûr que non. Ce ne sont plus des adolescentes, mais elles sont vierges de maladies.

— Ce sont de fausses vierges.

— Ne dénigre pas les fausses vierges. Les vraies n’ont pas toujours les pieds sur terre et finissent souvent en vieilles filles. Ignorer les possibilités de son sexe n’est pas une preuve d’intelligence. Puisque tu vas te marier, il est temps que je t’ouvre les yeux sur moi, ton père et Raoul. Étienne et moi nous sommes aimés, et je lui ai été fidèle, bien que j’aimais encore Raoul. Tu en as hérité, il t’a élevé avec moi jusqu’à sa mort et tu as son nom. Tu es notre fils. Sache que ton père ne m’a jamais critiquée d’avoir connu d’autres hommes avant lui. La fidélité est utile pour les gens simples qui appliquent de règles de vie simples. Mais entre des êtres responsables, éduqués et peu passionnés, ce qui est notre cas, elle n’est pas fondamentale. Elle arrive naturellement quand on est heureux avec son partenaire. Le respect de l’autre est beaucoup plus important, et nous nous sommes respectés. Jeune étudiante, j’ai un peu papillonné, cherché ceux qui pouvaient me convenir. À la fin de mes études, j’étais déjà stabilisé avec Raoul. J’avais éliminé les autres.

— Tu as donc couché avec Raoul dès cette époque ?

— Oui. Nous nous aimions depuis trois ans lors du mariage. J’étais fidèle à Raoul et je n’avais jamais été avec Étienne. J’étais portée vers Raoul, mais, pour me marier, j’hésitais quand même entre Raoul et Étienne, car mes parents voulaient d’Étienne et ses parents me voulaient. Le mariage m’a été proposé par Étienne. J’ai étudié cette possibilité. Nos affaires s’accordaient bien. Étienne et Raoul étaient amis et aussi agréables l’un que l’autre. Raoul estimait qu’Étienne, beaucoup plus riche que lui, était mieux placé comme prétendant, et surtout, la famille de Raoul n’était pas pour moi, ce qui le gênait. Raoul s’est effacé devant Étienne en me souhaitant bonne chance, pour ne pas se brouiller avec ses proches qui menaçaient de le déshériter. Je n’avais ainsi pas de raison majeure de refuser Étienne. Raoul s’est rattrapé quatre ans plus tard en se mariant avec moi quand Étienne est décédé d’un cancer. Je l’aime. Il m’a attendu quand il a su qu’Étienne était malade et condamné. Sa famille m’acceptait puisque j’étais devenue plus riche que lui. J’ai gardé le nom de ton père, et Raoul t’a servi de père en second. Approuves-tu mon comportement ?

— Oui, Maman. Tu as fait pour le mieux. Je me trouve très bien ici, et je suis content d’avoir eu deux pères. Nous bénéficions de trois fortunes. Reste avec Raoul comme moi avec mes filles. J’ai appris à les manœuvrer avec l’argent, et la publicité qu’elles me font nous rapporte plus d’argent que je n’en dépense pour elles. J’ai fait les comptes : ils sont positifs. Ne m’accuse pas de dilapider ma fortune. Je ne souhaite pas la perdre. Si je comprends bien, tu souhaites que je me marie avec la nouvelle qui doit savoir ne pas dépenser. C’est ce qui te motive. Tu m’as toujours bien conseillé. Je vais étudier la question. Si cette fille me plaît, je me marierai.

— Notre détective dit que la plupart des filles risquent d’avoir l’esprit tourné par ta fortune, ce qui réduit beaucoup le choix. Avec celle-là, il est à peu près certain que tu en auras pour ton argent, à condition de la convaincre et qu’elle te plaise. Je fais confiance à notre détective. Je n’ai jamais eu à m’en plaindre et il la recommande.

— Pourquoi celle-là ?

— Nous avons des renseignements sur elle, car cette Sophie a été embauchée dans une entreprise qui nous appartient et que nous surveillons. Le patron est un garçon intelligent que nous avons mis à la tête de l’entreprise. Il s’est entouré de gens compétents, et l’entreprise marche si bien qu’elle fait de l’ombre à l’entreprise concurrente que nous avons créée en même temps. Nous n’avons pas mis tous les œufs dans le même panier.

— Tu surveilles l’entreprise.

— Oui. Je la surveille pour toi, car elle fait partie de ton héritage, tout comme l’autre entreprise, bien moins intéressante. Luc, le patron, a carte blanche, et nous lui faisons confiance, mais je regarde ce qui s’y passe. Je me renseigne. Notre détective a ses entrées chez eux, puisqu’il s’occupe de la sécurité. Il sait tout sur eux. Luc a recruté Aline, une fille remarquable qui dirige en second, et qui contribue grandement au succès de l’entreprise. Je m’intéressais à elle pour toi, et j’avais demandé des renseignements sur ses liaisons antérieures, mais Luc s’est marié avec elle. Il a été plus rapide et il m’a coupé l’herbe sous le pied, car cette Aline s’est révélée sérieuse bien qu’elle ait eu de nombreux amants. Aline et Luc attirent à eux ce qu’il y a de meilleur. Cette entreprise vaut de l’or par ceux qui sont à sa tête. Deux autres de ses collaborateurs qu’Aline a recrutés sont mariés ensemble. Ils contribuent au succès de l’entreprise. Il reste Sophie à marier, et tu ne dois pas la rater, car c’est aussi une fille exceptionnelle. Ils lui ont accordé très vite un salaire élevé, car ils reconnaissent sa valeur. On ne retrouvera pas de sitôt une fille aussi intéressante et travailleuse, capable de comprendre nos affaires. Regarde celles que tu as côtoyées jusqu’à maintenant, compare et tu comprendras. Je la souhaite avec toi.

— Sais-tu tout cela par ton détective ?

— En grande partie. Il est bien informé. Sophie est parfaite. As-tu des problèmes avec les filles qu’il t’a désignées pour ta publicité ?

— Elles se font naturellement tirer l’oreille, mais il suffit de bien s’y prendre, Maman. Je discute un peu et je négocie pour qu’elles acceptent de poser avec moi, de se déclarer amoureuses devant les journalistes qui réclament quelques baisers, et tout se passe bien. Je n’ai de relations suivies qu’avec quelques-unes. Je n’ai pas à m’en plaindre. Nous passons de bons moments ensemble.

— Ce sera la même chose avec Sophie. Profite de ta fortune et de ta jeunesse pour attirer à toi ce qu’il y a de meilleur. Elle est la femme que je te souhaite.

*****  

40 Sophie et François Lenoble

— Bonjour, Monsieur, dit Sophie. Que désirez-vous ?

— Je suis François Lenoble. Me connaissez-vous ?

— Je vois qui vous êtes. Vous êtes connu ici. On parle de vous dans les journaux où l’on vous voit avec de jolies filles. Madame Lenoble est l’amie de notre entreprise. Elle en a été un des fondateurs. Elle misait avec raison sur Monsieur Luc. Sans ses capitaux, Monsieur Luc aurait eu du mal à démarrer son entreprise. Vous êtes le bienvenu dans l’entreprise.

— Je ne m’attendais pas à voir une aussi belle jeune fille. L’entreprise a des trésors. Vous me plaisez. Voulez-vous que nous fixions un rendez-vous pour faire plus ample connaissance ? Par exemple, ce week-end chez moi. Je serai généreux.

— Monsieur. Si vous êtes venu ici pour me draguer, sachez que mon père décide pour moi. Adressez-vous à lui pour tout ce qui me concerne. D’après ce que je sais de ses idées, il faudrait que je me marie avec vous avant que vous n’ayez l’autorisation de disposer de moi. Je lui obéis.

— Avec une forte somme, il acceptera que vous veniez chez moi.

— Je n’en suis pas certaine.

— Regardez par la fenêtre. Voyez-vous la voiture près de l’arbre ?

— Je vois une voiture rutilante qui a l’air neuve.

— Elle l’est. C’est la mienne. Près de la voiture, voyez-vous la fille ?

— Celle qui fait le pied de grue ?

— Oui. Cette fille est presque aussi jolie que vous. Elle était réticente pour venir avec moi, et maintenant, elle y est. J’ai seulement offert ce qu’elle convoitait. Elle voulait une voiture rouge. Je lui ai acheté. Ce qui est risible est que j’ai la voiture au garage, mais elle n’a pas son permis de conduire, ce que je ne savais pas. Maintenant, j’ai une voiture inutile qui attend l’immatriculation. Elle m’a fait aussi acheter une robe de soirée qui me reste sur les bras. Elle en veut une autre et me demande des bijoux. Les filles sont comme ça, mais ce n’est pas grave. Je peux me montrer avec toutes les filles que je veux. Aucune ne résiste. Il suffit d’y mettre le prix. Ne croyez-vous pas ? Vous n’avez pas l’air de me croire. Je parie que je vous aurai.

— Vous êtes libre d’essayer de m’avoir. Père jugera. Le mariage me semble indispensable.

— Les filles me parlent parfois de mariage. Je ne vais pas me marier avec celles-là. Qu’elles viennent avec moi pour la publicité me suffit.

— Quelle publicité ?

— La mienne et la leur. Se faire connaître est important. J’en ai besoin pour mes affaires. Quand elles me quittent, si elles se débrouillent bien avec les photographes, elles y gagnent aussi.

— En se déshabillant ?

— Cela arrive, bien sûr, avec les moins pudiques, mais ce n’est pas obligatoire. Disons, une sur deux. Il est étonnant de voir combien les filles aiment se montrer, même parmi les plus sérieuses. Elles veulent poser presque nues, et les photographes les encouragent.

— Faites-vous l’amour avec elles ?

— Avec quelques-unes. Cela me plairait avec vous, d’autant plus que vous êtes mariable. Il y en a peu de mariables. Vous êtes l’exception.

— Comment savez-vous qu’une fille est mariable ?

— Maman s’occupe activement de moi et m’a indiqué que vous êtes mariable. Elle a peur que j’aille avec des filles peu recommandables. Elle a mis à ma disposition un conseiller plus ou moins détective qui sélectionne les filles pour moi. Je tape dans la liste qu’il me fournit pour la publicité. J’ai de la qualité, et maman est tranquille. Ce sont des filles convenables et saines de bonne famille, n’ayant pas de copain gênant.

— La fille de la voiture est-elle mariable ?

— On ne me l’a pas désignée mariable, mais elle est photogénique. À bien vous regarder, elle est nettement moins belle que vous. Maman disant que vous seriez mariable, je suis venu voir le phénomène. Je ne suis pas déçu. Vous êtes assez belle pour être mariable. Encore faut-il que le reste suive.

— Allez-vous me demander en mariage ?

— Je ne sais pas. D’après ma mère, la mariée va vouloir disposer avec moi de la fortune. Il faut faire un contrat de mariage réduisant sa part et séparer les biens.

— Vous voulez tout garder et ne rien donner. Ce n’est pas la peine d’aller me demander en mariage à mon père. Il exige l’égalité dans le mariage. Les biens sont à partager en deux moitiés égales. Ne croyez-vous pas ?

— Peut-être. C’est à discuter.

— Dans mon cas, c’est tout discuté. L’égalité est le minimum.

— Admettons. Mais pour le mariage, il faudrait que ça vaille le coup. Êtes-vous vierge ?

— Mon père ne m’ayant jamais autorisé à aller avec un garçon, vous pouvez le déduire.

— Vous avez bien un petit ami caché dans un coin. Beaucoup de filles en ont.

— Monsieur, je ne vous permets pas de faire une telle supposition. Je respecte mon père.

— Tout doux, jeune fille. Je parle de celles que je côtoie. D’après le détective, vous n’avez pas de copain connu, donc, vous pourriez être vierge. À moi, certaines des filles qu’on m’a proposées m’ont dit qu’elles étaient vierges, mais il est permis d’en douter. Je ne suis pas intéressé par une banale fausse vierge.

— Je ne sais pas ce qu’est une fausse vierge. On est vierge ou on ne l’est pas.

— Moi, je fais la différence entre une vraie et une fausse. Vous devez avoir un hymen vierge, ce qui est le seul vrai certificat de virginité. Je me suis renseigné. J’ai des photos d’hymens, donc, je sais comment ils sont. Vous ne pouvez pas me tromper. Je n’ai jamais rencontré que des fausses vierges que j’ai rendues consentantes par une rétribution convenable. Si vous êtes une vraie vierge, vous m’intéressez beaucoup.

— Je suis majeure, mais non consentante sans accord de mon père. Êtes-vous venu ici uniquement pour moi ? J’ai du travail en attente.

— Je verrai votre père pour lui parler de vous.

*****  

 

— Maman, dit François Lenoble. Je suis allé voir la fille dont tu m’as parlé. Sophie est plus belle que les autres. Elle me plaît.

— Elle t’intéresse donc, ce qui est heureux. Elle n’est pas seulement belle. Demande-la en mariage.

— Elle réclame la moitié de la fortune. C’est beaucoup.

— Bien sûr, mais il t’en restera la moitié, et elle ne pourra rien te reprocher. Quand tu hériteras de moi, tu auras la mienne en entier. Ainsi, elle n’aura qu’une part sur quatre. Marie-toi avec elle.

— Il va falloir manœuvrer. Elle a l’air de se laisser moins faire facilement que les autres.

— Cela prouve qu’elle sait ce qu’elle fait. Une femme intelligente procure moins d’ennuis qu’une imbécile. Elle saura respecter le contrat que tu lui proposeras. Je regarderai le contrat. Tu souhaites pouvoir te montrer avec de jolies filles pour garder ta publicité. Il faut payer ton plaisir, et elle n’aura rien à dire.

— Si je pouvais ne pas me marier, j’aurais plus de libertés pour garder les filles. Avec une femme, j’aurais moins d’attrait pour elles.

— Je souhaite être grand-mère. Quand on tient une fille comme celle-là, on ne la lâche pas.

— Oui, Maman, mais ne pousse pas trop. Chaque chose en son temps. Si elle est vierge, c’est une vieille fille. Tu n’es pas favorable aux vieilles filles.

— Elle n’a pas encore l’âge. Il n’est pas interdit de se réserver. Je l’ai fait presque jusqu’à son âge en me consacrant aux études. Elle n’a pas le caractère d’une vieille fille. Ce sera une bonne épouse.

— Bien, Maman. Je vais faire pour le mieux.

*****  

41 Actions

— Bonjour, Monsieur Lenoble, dit Sophie. Que puis-je faire pour vous ?

— J’ai des actions de votre entreprise. On m’a signalé une opportunité intéressante les concernant. L’entreprise les rachète-t-elle ?

— Je ne pense pas. Elle en donne aux employés en plus du salaire. J’en ai quelques-unes. Votre mère achetait au cours du jour. Elle est devenue notre plus gros actionnaire. Est-ce vous qui les avez ?

— Oui. Je les ai toutes.

— La valeur est assez stable. Désirez-vous les vendre ? Personne n’achète beaucoup. Le marché est étroit. Il n’y avait que Madame Claudine et votre mère. Madame Claudine peut sans doute en acheter quelques-unes.

— Pour recevoir les copains, avoir des voitures et des filles comme vous, il faut avoir de l’argent. N’est-ce pas ? Je vends au plus offrant toutes vos actions dont je n’ai pas besoin.

— D’un seul coup ? Toutes vos actions ?

— Oui. J’en ai d’autres entreprises, mais ce sont les vôtres les plus faciles à vendre.

— Le cours va chuter. Vous n’avez pas avantage à le faire. Vendez progressivement.

— Mais si. On a trouvé quelqu’un qui m’en offre un bon prix s’il les a toutes. Mon homme d’affaires devait venir vous voir pour en discuter, mais je suis venu à sa place pour vous revoir. Pouvez-vous faire mieux ?

— Combien vous propose-t-on ?

— Dix fois la valeur de la cote actuelle.

— Dix fois ? C’est énorme. Nous espérons une montée de l’action, mais pas dans ces proportions à court terme.

— Notre homme d’affaires escomptait une forte hausse d’ici deux à cinq ans.

— C’est ce que nous pensons aussi ici.

— Je trouve que cinq ans, c’est beaucoup. Les revenus que j’ai sont un peu justes. Il y a une opportunité sur vos actions.

— De quel genre ?

— Mon acheteur était prêt à payer cinq fois la cote pour tout avoir. Nous avons fait monter à dix.

— Qui peut payer cela ?

— Votre concurrent propose ce prix.

— Ce n’est pas possible.

— Regardez. Voilà noir sur blanc sa proposition dûment signée. Dix fois. Je ne l’invente pas. Elle date de quelques jours.

— Oui. Je comprends. Il veut avoir le contrôle de l’entreprise. Monsieur Luc perdrait tout ce qu’il a construit, et nous avec. Nous sommes obligés d’acheter vos actions.

— C’est ce que nous escomptons. Si vous voulez les avoir, vous n’avez qu’à proposer mieux que ce prix-là.

— À dix fois la cote, êtes-vous vendeur ?

— Oui, à onze fois. Cet argent tomberait à pic. Les filles, avec qui je suis, coûtent cher. Un peu d’argent liquide me fera du bien. J’ai d’autres sources d’argent possible, mais je voudrais vendre ces actions-là dans les mois qui viennent. Cela droperait mon compte qui est un peu à plat.

— Nous n’avons pas la somme nécessaire dans nos caisses. Même en nous réunissant à plusieurs, nous n’avons pas assez.

— Empruntez. Je le fais de temps en temps. Mon banquier a toujours payé mes chèques. Maman m’a toujours soutenu.

— Vous aviez la caution de votre mère. Nous n’avons pas de caution pour une telle somme. Elle dépasse la valeur liquidative de l’entreprise. Où voulez-vous qu’on trouve la caution ? Il faudrait la vôtre.

— Vous avez trouvé la solution. Vous empruntez avec ma caution.

— Vous feriez cela ?… Et qui remboursera ? L’entreprise fait des bénéfices, mais ils sont insuffisants actuellement. Ce n’est pas envisageable. Nous n’avons pas les moyens de contrer notre concurrent.

— Vendez pour acheter ! Vous pouvez vendre quelque bien.

— Vendre quoi ? Nous n’avons rien de cette valeur.

— Moi, je vous achète.

— Vous voulez vous marier avec moi ?

— Cela plairait à maman.

— Que proposez-vous exactement pour m’acheter ?

— Fixez vous-même ce que vous souhaitez.

— Voyons… Je me marie avec vous et vous me donnez par contrat la moitié de votre patrimoine avec les actions. Il faut l’accord de mon père, bien sûr. Cela me semble équitable. Je ne me marie pas à moins.

— Vous êtes gourmande, mais je suis tenté. Vous êtes au maximum du possible, mais vous voyez qu’on peut vous acheter. J’ai gagné mon pari. Nous ferions chambres séparées pour que je puisse m’afficher avec mes amies. Êtes-vous une vraie vierge ? Je ne marche pas si vous ne l’êtes pas.

— Je le suis.

— En avez-vous la preuve ? Vous devez avoir votre hymen. S’il est déchiré, vous n’êtes pas vierge.

— Je ne sais pas dans quel état il est.

— C’est qu’il est déchiré. Vous n’êtes pas vierge.

— Qu’en savez-vous ? Je ne sais pas moi-même si je suis vraie ou fausse. Laissez-moi le temps de vérifier si je peux vous convenir. Je pense ne pas vous décevoir. Ne l’ayant jamais touché, mon hymen devrait être intact. S’il est en bon état, dès demain, je vous renseigne. Vous irez voir mon père pour savoir s’il accepte ce que je propose. On fera alors un contrat de mariage en bonne et due forme respectant ce que je vous ai proposé.

— Je vous envoie en petit cadeau la robe de soirée que mon amie ne veut pas parce qu’elle a soi-disant des défauts. La robe doit vous aller. J’ai l’œil.

— Je ne mets pas de robe de soirée. Père les trouve indécentes. Je n’aime pas provoquer.

— Faites-en des chiffons si elle ne vous plaît pas, mais essayez-la au moins une fois. Vous devez être belle avec elle. Elle ne peut pas aller aux autres filles que je connais.

*****  

42 Sophie et son père

— Ma fille, dit le père de Sophie. Il y a un garçon qui te veut. Je suppose que c’est celui qui t’a envoyé la robe.

— Oui, papa. Il faut que tu décides si je vais me marier avec lui.

— C’est un imbécile. Je t’interdis de te marier avec ce garçon.

— Est-ce ce que tu lui as dit ?

— J’ai dit que je voulais te revoir avant de donner ma réponse. Je ne pensais pas que tu pourrais me présenter un tel homme. Ne vois-tu pas qu’il est sans culture et qu’il veut t’acheter ? Je ne donne pas ma fille à un flambeur qui ne sera même pas capable de garder sa fortune.

— Je le juge comme toi, papa. C’est un incapable.

— Alors, pourquoi dois-je le recevoir ?

— Ce garçon, papa, possède une partie de l’entreprise où je travaille. S’il vend ses actions à notre concurrent, nous allons nous faire avaler. Je ne veux pas que l’entreprise disparaisse.

— Es-tu prête à te marier pour l’éviter ?

— Oui, papa. S’il te plaît, ne me l’interdis pas. Je t’ai toujours obéi. Tu as été un bon guide pour moi jusqu’à maintenant, mais l’affaire est d’importance. Je ne peux pas éviter le mariage.

— Explique-moi pourquoi.

— Ce garçon est manœuvrable. Il est fou de moi parce que je suis vierge. J’ai le pouvoir de préserver ce qui m’est cher en me mariant.

— Au bout de quelques jours, il va te devenir insupportable. Je ne vais pas te laisser faire cette bêtise.

— Papa, je ne suis pas idiote. J’exige un contrat de mariage qui préserve ma part, c’est-à-dire la moitié de ce qu’il possède. Il a hérité d’une fortune énorme. Ce garçon se disperse avec des filles qu’il paye et avec qui il fait la fête. Il y a des échos dans les journaux. Il passe de l’une à l’autre. Grand bien lui fasse. Je ne le verrai pas beaucoup, car il veut faire chambre à part pour continuer. Il dilapide l’héritage qu’il vient de recevoir. L’argent lui file entre les doigts. Quand il n’en aura plus, il sera à ma merci. Je lui offrirai une petite rente ou il ira se faire pendre ailleurs. Cela aboutira à ce qu’il me laisse tranquille ou au divorce. Je ne serai pas malheureuse.

— Auras-tu des enfants ?

— Cela dépend de toi. Si tu en souhaites, j’en aurai.

— Avec lui ?

— Non. Pas avec lui. D’un autre si tu acceptes et si j’en ai la possibilité.

— Irais-tu jusque-là ?

— Voudrais-tu que j’en aie d’un homme que je n’aime pas ? Je tolère la relation sexuelle protégée en geste neutre, mais pas la fécondation.

— Tu pourrais prendre comme mari un homme que tu aimes au lieu de celui-là.

— Papa ! Je préfère me marier avec le fils Lenoble plutôt que d’être la raison de la disparition de l’entreprise. J’aime mon entreprise et les gens qui la dirigent.

— Et en particulier Monsieur Luc. Fais-tu cela pour lui ?

— Oui, papa. Pour lui, car je l’aime. J’aime aussi sa femme et les membres de la direction. Si Madame Aline ou Madame Claudine étaient à ma place, elles se sacrifieraient.

— L’entreprise ne peut-elle pas s’en tirer si les actions sont vendues au concurrent ?

— Non. J’ai vérifié. Le concurrent prend mathématiquement le contrôle. L’entreprise sera démembrée, liquidée. Si on ne fait rien, notre imbécile va les vendre rapidement. Il a pris contact avec moi pour savoir quelle est notre offre. Tous les capitaux de l’entreprise sont immobilisés. Même à la cote, ce serait déjà difficile qu’elle achète. Elle ne peut pas racheter ces actions au prix du concurrent. Il faut agir vite. Je suis la seule à pouvoir le faire.

— Et toi, tu espères reprendre la main en te mariant pour éviter le désastre.

— Oui. Je contrôle les actions si je me marie. Le fils Lenoble accepte de me les réserver comme cadeau de mariage. Je les ferai passer officiellement sur ma part.

— Il m’a proposé une forte somme si tu vas avec lui. Il veut t’acheter avec le prix des actions.

— C’est donnant, donnant, dit Sophie. Le marché est sur la table. Je lui ai dit que tu déciderais, et qu’il fallait passer par toi s’il me veut.

— Aimes-tu cet homme ?

— Non. Je te l’ai déjà dit.

— Il faut trouver un autre moyen de sauver ton entreprise.

— Dis-moi lequel ?

— Tu sais mieux que moi. Que proposes-tu ?

— J’ai longtemps réfléchi. La seule solution est de capter ses actions, de se les réserver et d’orienter la partie de sa fortune dont je peux prendre le contrôle comme je le souhaite. Je n’ai pas de scrupules, car de toute façon il perdra ce qu’il possède en propre. C’est possible si j’ai l’autorisation de me donner à lui, car il attache beaucoup d’importance à ma conquête. Je sauve l’entreprise en vendant ma virginité. C’est la clé du problème. Je dois me donner.

— Avec ou sans mariage ? J’ai cru comprendre que pour lui, ce n’est qu’un moyen de t’avoir.

— Il n’est pas fixé, dit Sophie, mais il se mariera pour m’avoir. Que je me marie ou que je me donne sans mariage, ce n’est possible qu’avec ton accord. Tu sais tout. Je t’obéis.

— Tu parles de ta virginité. C’est cela qui l’intéresse ?

— Oui. C’est mon attrait majeur, et accessoirement il me trouve belle et mariable. Je doute qu’il s’intéresse longtemps à moi. Il traîne derrière lui plusieurs filles qu’il paye. Il se débarrassera probablement de moi au bout de peu de temps pour une de ces filles ou d’autres vierges. Je me connais. Je ne suis pas assez amusante pour lui. Il me laissera tranquille pour aller avec ses copains. C’est ce que font presque tous les jeunes parvenus. Mon seul véritable atout actuel est d’être vierge. Je lui ai dit, ce qui a fait tilt dans sa tête. Je l’ai bien vu. Il me veut donc.

— N’importe quelle femme pourrait le mener en bateau en lui disant qu’elle est vierge.

— Il a déjà été trompé ou a cru l’être. Maintenant, il exige des preuves de virginité. Je n’ai pas à le tromper puisque je peux lui donner la preuve qu’il réclame.

— Comment ?

— Je me suis examinée. J’ai encore mon hymen, et j’ai vérifié qu’il est intact, tel qu’il le veut, comme un de ceux qu’il a sur des photos qui lui servent de référence. Je viens de faire des photos du mien pour être sûre. On voit mieux par la photo qu’avec une glace. J’ai comparé avec ceux que j’ai trouvés sur des sites pour garçons. Il ressemble à l’un d’eux. J’ai la chance de ne l’avoir jamais touché et de n’avoir jamais utilisé de tampon. C’est une membrane mince et pas très jolie, mais puisqu’il en a envie, je peux la monnayer.

— Lui as-tu montré tes photos ?

— Non. D’abord, je ne les avais pas encore, et ensuite les photos ne sont pas une preuve. On peut les trafiquer ou utiliser celle d’une autre personne. Pour que ce soit ma photo, je la prendrai avec l’appareil qu’il me fournira le moment voulu. Je m’isolerai dans une pièce pour la prendre et je lui rendrai immédiatement. Pour le moment, il me croit sur parole.

— Te laisserais-tu photographier ?

— Papa, quand il le faut, je m’expose. Ce n’est pas bien méchant. Le médecin m’a déjà regardée, et il a tout laissé en place. Je pourrais lui demander un certificat, mais la preuve irréfutable est la photo datée avec son appareil, et c’est le plus simple. Cela prouvera ma virginité au moment où la photo sera prise, et non celle que j’ai eue quand il m’a examiné. Je ne suis pas satisfaite du cadrage de celles que j’ai prises sur moi. Tu m’assisteras pour cadrer la photo uniquement sur l’objet en cause de façon qu’elle reste anonyme, et ne puisse être utilisée comme venant de moi, sinon, il pourrait la diffuser. Tu vas t’exercer avec mon appareil jusqu’à ce que j’en sois satisfaite. De toute façon, te montrer ma virginité est moins pénible que ce qu’il me fera ensuite. Je pense que nous devons être réguliers avec lui et respecter nos engagements. J’irai jusqu’au mariage. Aller avec un homme n’est pas la mer à boire. Toutes les femmes le font. Je suis préparée. Ne t’inquiète pas. Je sais ce qu’il faut faire et j’ai commencé la contraception.

— Depuis quand ?

— Depuis que je travaille. Papa, je suis très souvent avec Monsieur Luc. Il est marié maintenant, mais s’il lui prend l’envie de me renverser sur le canapé du bureau, je ne suis pas capable de lui résister puisque j’ai envie de lui, et il n’est pas question que je n’effectue pas mon travail avec lui. Monsieur Luc ne m’agressera pas, j’en suis certaine, mais je prends les précautions d’une fille qui s’isole avec un garçon. Je ne vais pas rester éternellement vierge.

— Tu as raison, ma fille. Pourquoi le fils Lenoble s’occupe-t-il de virginité ?

— Ne cherche pas à comprendre, papa. Il s’est fixé là-dessus pour une raison que j’ignore, mais les garçons fantasment, donc cela s’explique. Je suppute que les copains avec qui il fait la fête lui ont dit que c’est rare puisqu’ils en ont des photos. Il veut cela à tout prix et je l’ai. Je vais m’en servir pour l’amener au mariage.

— Il sait que tu m’obéis. Il m’a proposé le paquet d’actions de ton entreprise si je te donne à lui, mais il n’exige pas que tu te maries.

— C’est moi qui demande le mariage pour me donner.

— Il y a moyen de manœuvrer ce garçon sans que tu te maries.

— Sans me donner, dit Sophie, c’est difficile. Il veut ma virginité. Acceptes-tu que je me donne sans me marier ? Tu m’as toujours dit de ne pas le faire, et que tu me renierais si je le faisais. Ne voulant pas que tu me renies, j’envisage donc le mariage. La moitié de sa fortune, c’est une belle assurance. Avec elle, je pourrais acheter le concurrent et sécuriser complètement l’entreprise.

— Je préfère que tu te donnes sans te marier. Tu n’as pas besoin de sa fortune.

— Bien, papa. Je préfère aussi. Ce n’est pas la fortune qui me motive, mais ne pas me marier change mes plans. Je vais m’en occuper. Je perds la fortune et dois toujours me donner pour récupérer les actions.

— Tu vas payer cher la stabilité de l’entreprise.

— Non, papa. Je monnaye seulement ma vertu. Elle vaut très cher pour certaines personnes, et rien du tout pour beaucoup d’autres, car avec les moyens actuels, une femme se donne plus facilement, quand elle est capable de maîtriser son sexe, de le rendre neutre avec la contraception. Presque toutes les femmes ont des relations avant mariage et avec plusieurs hommes. Bien menées, les relations n’ont plus de conséquences fâcheuses. La société a évolué et va jusqu’à accepter les femmes qui ont des enfants sans se marier. Le plus dur est pour toi, car tu étais très attaché à ma vertu. Tu en étais fier. Malheureusement, je vais l’abandonner. Je vais devenir une femme comme les autres, sans vertu. M’aimeras-tu autant ?

— N’aie pas de crainte là-dessus. Je ne suis pas près de te renier. Tu sais défendre tes valeurs. J’accepte tout de toi. Tu es plus intelligente que moi. Tu fais tout ce que tu veux, même sans me demander. Attaches-tu de l’importance à la vertu ?

— Oui, puisque tu la juges importante, et tant qu’elle peut être préservée.

— Ne la défends pas à cause de moi. Il y a une hiérarchie dans les valeurs. Ton amour passe avant.

— Merci papa de me soutenir et d’accepter que la vertu ne soit pas trop à défendre, dit Sophie. Quelle tactique utiliser ? En ne me mariant pas, sa promesse de me réserver les actions ne tient plus. Dès qu’il saura, avec son besoin d’argent permanent, il serait capable de les vendre si je tarde trop. Le plus urgent est de les acheter pour les mettre à mon nom. Je me donne en échange des actions. Ce n’est pas un échange simple. Les actions doivent devenir ma propriété. Elles ne sont pas au porteur. Il ne peut pas me les donner de la main à la main. Elles sont à la banque, enregistrées au nom de François Lenoble. Je dois les acheter officiellement en passant par la banque pour qu’elles soient mises à mon nom. Je dois bien sûr les payer et il doit me les vendre. En parallèle, je vais me donner de façon coordonnée. Si on échange les actions au tarif fort, cela risque de bouleverser le cours des actions. Le mieux est que je les récupère au cours du jour puisque cela ne change rien pour lui, et il n’y a que de petits frais à débourser. Tu vas lui proposer. On avertit la banque pour qu’elle prépare la transaction. Nous prenons la photo comme prévu s’il n’a pas confiance en ma parole. On effectue le transfert à la banque. Je lui signe un chèque de garantie que je récupérerai quand je me donnerai.

— Je ferais comme tu veux. Tu lui rends la robe. Elle est trop osée.

— Papa ! Ne va pas faire capoter cet arrangement pour une histoire de robe. Il serait vexé qu’on la lui rende. Il l’a donnée, et elle vaut très cher, même si elle ne te plaît pas. N’en parle pas. Il n’en ferait rien. Je la garde. Je n’aurais pas dû te montrer comment je suis avec elle, mais il fallait quelqu’un pour m’aider à la mettre.

— C’est qu’avec elle, tu fais de l’effet.

— Je sais, papa. Je me suis regardée dans la glace. Je dois supporter ma beauté. Même sans la robe, sans bijoux, sans maquillage, et avec des vêtements ordinaires, je fais de l’effet. Je n’y peux rien et je repousse sans cesse des avances. La robe est pour moi et pour toi si tu veux encore la voir. Occupe-toi de la véritable transaction. Il faut la préparer soigneusement et dans tous les détails.

*****  

43 François interrogé mar sa mère

— Alors, dit Madame Lenoble à son fils François. Où en es-tu avec cette fille ?

— J’ai fait l’amour avec elle, maman, une vraie vierge. Elle a bien voulu se donner et je ne l’ai pas forcée. Je suis fier d’avoir réussi. Ce n’était pas facile.

— Tu vois qu’elle n’est pas vieille fille. Te maries-tu avec elle ?

— Non, maman. Elle ne se marie pas. Ce n’était pas du tout cuit comme tu le pensais. Elle s’est donnée, mais elle n’était plus disposée au mariage comme je l’avais cru, car son père n’en voulait pas. J’ai cherché ce qui pouvait l’intéresser. Une robe, une voiture, des bijoux, un logement ? Elle ne mordait pas comme les autres. J’ai pensé à lui offrir l’entreprise où elle travaille et dont j’étais le propriétaire principal. Lui offrir directement : elle aurait refusé. Le concurrent était gêné par le développement de l’entreprise de Sophie. J’ai envoyé notre homme chez le concurrent pour avoir une offre. En la mettant en avant, la fille a marché. J’ai abandonné le paquet d’actions qui l’intéressait, et le tour a été joué. Elle a bien voulu se donner sans se marier, mais c’était tangent. La manœuvre était délicate, d’autant plus qu’elle se couvrait de son père et qu’il a fallu que je discute aussi avec lui, mais j’y suis parvenu en lâchant une voiture. Comme cela, les relations sont amorcées.

— Es-tu encore avec elle ?

— Non. Elle a pris les actions et la voiture et n’a plus voulu de moi.

— Cette fille t’a roulé. Qu’est-ce qu’une relation sexuelle sans suite ? Une broutille. Sais-tu combien valent les actions ? Tu as lâché à Sophie une fortune qui peut lui suffire pour le restant de sa vie. N’importe quelle femme se donne pour ce prix-là.

— Toi aussi ?

— Oui, mon garçon. Dans sa situation, je l’aurais fait. Dans la tienne, pour l’avoir seulement une fois, je n’aurais lâché que le contrôle, ce qui pouvait se négocier avec 10% des actions. Tu as payé dix fois trop cher un simple passage au lit sans intérêt. Le mariage est un engagement à vie. Il a infiniment plus de valeur. Tu ne peux que surenchérir. Offre à Sophie la moitié de ta fortune qu’elle réclame pour obtenir le mariage. Elle acceptera peut-être.

— Crois-tu qu’elle vaille une fortune ? Proposez-moi plutôt d’autres filles plus faciles.

— Non. Il faut saisir les occasions. Les filles à marier comme celle-là sont rares. Il me faut une bru de valeur.

— Je fais mon possible. J’ai misé sur elle. Si elle se marie avec moi, les actions n’auront pas été perdues. J’ai dû batailler pour l’attirer à moi. Elle n’aurait pas accepté que je lui donne les actions sans contrepartie. J’ai fait mousser sa virginité pour qu’elle les prenne.

— La virginité n’a de valeur que pour les imbéciles.

— Ce n’est pas sa virginité qui m'a intéressée, mais comme cela, elle a pris les actions. Elle m’est redevable. Si elle est aussi intelligente que tu le dis, elle va le reconnaître, et tout n’est pas perdu avec elle. Le mariage est encore possible.

*****  

44 Partage ou échangisme ?

— Je dois partir pendant une quinzaine pour l’entreprise, dit Aline à Claudine. Je prendrais bien Luc avec moi, mais il doit rester ici.

— Prenez Marcel avec vous. Vous reviendrez plus tôt.

— Je ne vais pas vous priver de Marcel.

— Faites le compte. Il est avantageux de partir avec Marcel. Si vous partez seule pendant deux semaines, Luc sera aussi seul pendant deux semaines, donc quatre semaines de privations au total. Si vous partez avec Marcel, vous liquidez le travail en une semaine, et je reste seule une semaine comme Luc. Si vous allez avec Marcel, c’est globalement deux fois plus avantageux.

— Vous comptez mal. Je vais partir avec Marcel pour revenir plus tôt, mais il faut réserver deux chambres à l’hôtel. Je ne serai pas la nuit avec Marcel. On perd quatre semaines.

— Une seule chambre pour vous deux, dit Claudine. Ne privez pas Marcel. Nous devions aussi tester Luc. Voilà l’occasion. On ne perd plus rien.

— Croyez-vous ?

— Mais oui. Profitez de la présence de Marcel. Il nous considère comme interchangeables. Ce sera mieux ainsi.

— Bon, dit Aline. Je vous laisse avec Luc, mais voudra-t-il ?

— Vous pouvez l’inviter à venir me retrouver dans ma chambre, dit Claudine. J’aime bien Luc. Voilà une occasion de lui montrer de quoi je suis capable. Dites à Luc que je me propose. Il faut s’occuper de nos hommes, ne pas les délaisser.

— Je ne sais pas quelle sera la réaction de Luc. Il n’est jamais allé qu’avec moi. Il m’est fidèle.

— Vous êtes bien fidèle aussi à Luc depuis qu’il est avec vous.

— Oui. Je ne devrais pas aller avec Marcel comme vous le proposez.

— Croyez-vous que votre infidélité l’indisposera ? Luc n’en veut pas à Marcel. Je lui dirai simplement que vous irez avec Marcel parce que je le souhaite, et que c’est moi qui suis à l’origine de cet arrangement. Je vais en parler à Luc. Laissez-moi faire.

— Bien, dit Aline.

*****  

 

— Aline va partir une semaine avec Marcel pour le travail, dit Claudine à Luc. Voyez-vous un inconvénient à ce qu’ils couchent ensemble ?

— La gêne est la même pour vous et pour moi. Est-ce que cela vous gêne ?

— Moi, dit Claudine, j’y suis favorable. Avant que vous soyez là, Marcel allait avec Aline, et c’était très bien. Cela ne me gênait pas du tout. Aline et Marcel ne peuvent que s’en trouver bien physiquement. Ils travailleront mieux que sous tension, donc, j’approuve. Je les pousse à ne pas mettre de barrière entre eux, à se sentir libres. Il n’y a que vos réticences qui peuvent les arrêter.

— Aline a fait jusqu’à maintenant ce qu’elle a voulu de son sexe, et encore plus avec Marcel qu’avec un autre. Je ne l’empêche pas de continuer si elle s’en trouve bien. Je lui dirai que mon amour pour elle se comporte comme le vôtre et lui permet de coucher avec Marcel quand c’est justifié.

— Ce n’est pas parfaitement justifié. Aline aurait pu partir seule.

— C’est justifié par le meilleur travail et le désir d’Aline de partir avec Marcel.

— C’est moi qui ai dit à Aline de partir avec Marcel. Le désir vient de moi.

— Pourquoi ?

— Pour être avec vous, dit Claudine, seul à seul. Nous commençons à bien nous connaître, à force d’être ensemble. J’aime Marcel, et je me suis mariée avec lui. J’aime Aline, et je lui confie Marcel quand elle en a besoin. Mais maintenant, je vous aime aussi, au moins intellectuellement.

— Et souhaitez-vous que ce soit aussi sexuel ?

— Oui. J’ai expérimenté les relations sexuelles avec quelques garçons. Elles m’ont généralement procuré du plaisir, même avec ceux que je n’aimais pas. Ce n’est pas pour moi la raison principale d’aimer, car j’ai toujours rompu par mésentente intellectuelle. Je suis en accord intellectuel avec Marcel et Aline, mais aussi avec vous. Je souhaite l’accord complet, avec la relation sexuelle. Aline et Marcel acceptent que ce soit aussi sexuel entre nous. Acceptez-vous cette relation entre nous ?

— Aline me suffit, dit Luc.

— Je ne vous demande pas d’écarter Aline, tout comme je n’écarte pas Marcel. Étant mariée, elle a priorité avec vous quand elle est avec vous. Pour moi, l’amour intellectuel est l’amour moteur. Complété par l’amour physique, il devient un amour total. Si Aline disparaît, êtes-vous disposé à venir avec moi ? Je vous aime, donc, je peux vous accueillir.

— Mais Aline est encore là, donc, je me passe de vous puisqu’elle a priorité.

— Priorité ne veut pas dire exclusivité, dit Claudine. Aline va s’éclipser pendant une semaine. Normalement, je suppose que vous auriez fait l’amour avec elle pendant cette semaine au moins deux ou trois fois ou même plus.

— Oui.

— Et moi aussi avec Marcel. Notre amour physique devient disponible avec leur départ. La voie est libre pour un rapprochement naturel de nos deux corps qui aspirent à l’amour avec un être aimé. Venez à moi et je vous accueille.

— Je vous aime autant qu’Aline, mais elle reviendra bientôt. Je lui resterai fidèle.

— Alors, dit Claudine, quand ils seront partis, je devrai me contenter de savoir que vous m’aimez. Je ne vous importunerai pas. J’éviterai les rencontres rapprochées.

*****  

 

— Je vais bientôt partir avec Marcel, dit Aline à Luc. Pourquoi ne veux-tu pas de Claudine ?

— Je t’aime et t’obéis. Je te suis fidèle puisque tu es contre l’échangisme.

— Je le suis toujours. Ce n’est pas de l’échangisme. Est-ce la cause de ton refus ?

— Explique-moi. Cette expédition d’Aline avec Marcel est bien organisée pour favoriser l’échange.

— Depuis que nous sommes ensemble, combien de fois avons-nous échangé ?

— Jamais.

— Quand je suis avec toi, j’y reste. Claudine fait comme nous avec Marcel. Il n’y a pas d’échange.

— Mais ce qui est proposé est un échange.

— J’admets que c'est un échange, mais cette séparation est réaliste, une situation dictée par le travail. Quand je suis séparée de toi, je ne peux pas aller avec toi. Si Marcel est là sans Claudine, je n’ai pas à éviter une relation sexuelle qui nous décontracte, puisque tu me la permets. Elle est physiquement utile et sans inconvénient.

— La relation sexuelle fidélise quand elle est réussie. Elle attache.

— Et détacherait des autres amours ? Pour nous qui sommes peu émotifs, ce n’est pas au point de rejeter les autres amours. Elle approfondit nos amours, ce qui n’est pas un inconvénient. C’est un amour non destructeur des autres amours. Marcel reste amoureux de Claudine et moi de toi. Il est normal d’envisager que j’aille avec Marcel et toi avec Claudine.

— Les relations de toi avec Marcel me semblent normales, vu votre arriéré, mais moi avec Claudine, c’est autre chose. Tu connais bien Marcel. Je ne suis jamais allé avec une autre femme que toi.

— As-tu de l’appréhension ?

— On l’aurait à moins, dit Luc. Je respecte Claudine.

— Claudine se propose, dit Aline. Elle t’aime. Vous avez envie l’un de l’autre. Ne me dis pas non.

— J’ai beaucoup plus envie de toi que d’elle. Je sais comment tu réagis. Claudine n’est pas ma femme. Je ne sais pas comment elle se comporte.

— Claudine est comme moi ta collaboratrice dans l’entreprise, et aussi efficace. Elle t’a fourni des capitaux et elle est devenue une actionnaire importante. Par ton entreprise qu’elle possède en partie, elle est autant liée à toi que moi par le mariage.

— Cela n’a rien à voir avec le sexe.

— Je passe au sexe. Quand tu la rencontres en petite tenue, n’es-tu pas parfois excité ? Je l’ai remarqué, et c’est bien sexuel. Elle t’excite.

— Oui. Bien sûr, mais je ne fais pas l’amour avec elle comme toi avec Marcel. Je te préfère.

— Tu t’opposes donc à cet échange. Je m’incline. Tu n’iras pas avec Claudine et je n’irai pas avec Marcel.

— Tu peux aller avec Marcel.

— Non, si tu ne vas pas avec Claudine. Je n’ai pas à avoir un homme dans mon lit quand Claudine s’en passe. Mon plaisir s’en trouverait dégradé en pensant à elle. Pas de plaisir pour moi si elle n’en a pas. Se passer de relations sexuelles pendant quelques jours avec un partenaire disponible nous mettra sur les nerfs, mais c’est supportable. Nous sommes capables de nous dominer. Heureusement !

— Je m’en voudrais de priver Marcel de toi. Crois-tu que Claudine souhaite m’avoir ?

— Oui. L’idée vient d’elle et elle ne parle pas à la légère. Elle estime qu’il faut s’occuper des hommes qu’on aime en se donnant à eux et que c’est normal de pouvoir faire l’amour avec toi. Ce n’est pas grand-chose à accorder, une relation sexuelle avec une personne qu’on aime. Un geste qui décontracte n’est pas la mer à boire. Elle t’attend. Si tu l’aimes, tu ne dois pas te dérober. La situation l’impose.

— Alors, j’irai la rejoindre puisque tu insistes, mais tu devrais me dire comment me comporter avec elle.

— J’avais oublié ton inexpérience.

— Guide-moi.

— C’est simple. Tu procèdes exactement comme avec moi. Claudine peut te guider aussi.

— Dois-je la caresser ?

— Évidemment. Il fait monter le désir.

— Des caresses aussi intimes ?

— Ce sont les meilleures. Cajole-la. Prolonge les préliminaires. N’hésite pas à faire tout ce que j’ai peaufiné avec John, Marcel et toi. Tu fais ensuite l’amour avec elle comme avec moi, quand elle sera bien prête. Elle aura le même plaisir que moi.

— Quand tu reviendras, reprendra-t-on nos habitudes ?

— Oui. Nos habitudes sont très satisfaisantes. Il n’y a pas à les modifier. Il n’y a pas à échanger quand c’est inutile. Je ne t’empêche pas non plus d’innover. Si tu veux changer, tu n’as qu’à me le dire. Tu es libre d’agir comme tu veux.

*****  

 

— Alors, dit Aline. Tes relations avec Claudine pendant mon absence ?

— Parfaites, dit Luc. Je n’ai pas trouvé beaucoup de différences entre elle et toi. Claudine est intéressante et m’a bien plu. Comme Marcel, je vous trouve interchangeables. J’ai profité d’elle plusieurs fois comme si j’avais été avec toi. Elle m’a encouragé à utiliser toutes mes possibilités et t’a efficacement remplacée. Nous avons peut-être exagéré, mais c’était une nouvelle situation à explorer. Elle a été coopérative et ne s’est pas dérobée. Je suis aussi dispos que si tu étais restée ici.

— Donc, tu ne regrettes pas ?

— Je serais mal venu de regretter, dit Luc. J’ai fait ce que vous souhaitez tous, et c’était agréable. Étais-tu bien avec Marcel ?

— Comme avec toi, dit Aline. Préfères-tu vivre en couple de couples ou seulement avec moi ?

— À l’usage, je préfère le couple de couples.

— Moi aussi, dit Aline. Claudine m’a dit qu’elle t’aime à peu près comme Marcel.

— Marcel et moi serions donc aussi interchangeables, dit Luc. J’ai eu beaucoup de chance en vous récupérant tous les trois. L’entreprise n’a plus de dettes et j’ai une famille.

— Quand je pense que j’ai failli te refuser, je crois ne pas être toujours lucide.

— Mais tu sais reconnaître tes erreurs et t’adapter à un aussi peu sentimental que moi.

— Si je suis partie avec Marcel, c’est parce que Claudine voulait savoir ce qui allait se passer, pour tester.

— En est-elle satisfaite ?

— Oui, dit Aline. Claudine t’aime vraiment et tu l’aimes. J’en suis très heureuse.

— Vas-tu repartir avec Marcel ?

— Pour permettre un échange ? Partir n’est pas indispensable. Si Claudine et toi voulez vous rencontrer ici, il n’y a pas d’obstacle désormais.

— Même chose pour Marcel et toi, dit Luc.

— C’est bon de savoir que nous sommes sexuellement libres, dit Aline, qu’il n’y a pas d’opposition du conjoint.

— Crois-tu que ce genre d’échange arrivera souvent ?

— Non. Je ne vois pas la nécessité d’un échange. Je suis toujours contre quand il est superflu.

— Comme moi, dit Luc, mais je reconnais que d’avoir échangé une fois était justifié pour lever les doutes sur l’échangisme. Il fallait expérimenter. Claudine a eu raison de nous tester. Nous nous aimons tous les quatre, et maintenant que nous savons comment nous réagissons, les échanges sont désormais inutiles.

— Nous n’échangerons jamais sans motif, dit Aline. Pérennisons-nous le couple de couples ?

— Oui.

— Claudine est maintenant ton amante. Si tu souhaites une autre amante, je n’y suis pas opposée.

*****  

 

— Je n’ai plus jamais Aline dans mon lit, dit Marcel à Aline-bis. Que vais-je faire de vous ?

— Vous pouvez me supprimer. Vous l’avez déjà fait. Je peux aussi revenir épisodiquement, quand vous la retrouverez.

— Ce sera rare, dit Marcel. Je l’aime toujours, même si elle n’est pas près de revenir dans mon lit. Aline est mon premier amour et vit avec moi. Je vous garde en permanence.

— Et moi, dit Claudine-bis ? Faut-il que je m’efface ?

— Il n’y a pas de raison, même si je ne couche pas plus avec vous qu’avec Aline-bis. J’aime Claudine et vous en êtes l’image. J’aimerai éternellement toutes celles que j’ai aimées et leurs images.

— Donc que changez-vous ?

— Nous inviterons de temps en temps tous ceux que j’aime, à voler, dit Marcel, hommes et femmes. Ils ont leur place ici. Savent-ils voler ?

— Aussi bien que nous.

— J’aime beaucoup Luc, dit Marcel. Vous me créez Luc-bis. Il volera toujours avec nous trois.

— Voilà, dit Luc-bis. Je suis là.

— Et les enfants ? Nous devions leur apprendre.

— Nous leur apprendrons.

— Bien. Alors, volons. L’un de nous prend la tête, et les autres suivent.

*****  

45 Aline, Luc et Sophie

— Sophie t’aime, dit Aline à Luc.

— Ce n’est pas certain.

— Ouvre les yeux. Sophie te respecte, mais il est évident qu’elle t’aime.

— Je veux bien l’admettre, mais qu’y puis-je ? Je suis avec toi, et non avec elle.

— Cette fille est très bien. Travailler avec elle est agréable. Moi, je l’aime bien. Si j’étais toi, je m’occuperais un peu d’elle. Accepterais-tu de faire l’amour avec elle ?

— Il n’y a pas si longtemps, je t’aurais dit non. Je me demande maintenant si je peux dire oui.

— Pourquoi as-tu changé ?

— Claudine m’a fait changer. L’amour avec plusieurs femmes est possible, et il y a des femmes qui aiment sincèrement plusieurs hommes, mais les conditions à réaliser sont draconiennes. Il faudrait que ce soit utile, que cela se passe bien, qu’elle le veuille et toi aussi. Sophie est traditionnelle. Elle demande à son père. Cela ne peut pas marcher.

— Je t’ai présenté à mon père avant de faire l’amour avec toi.

— Ton père fait tout ce que tu veux.

— Oui, et je lui raconte tout ce que je fais avec mes amants. Il est très intéressé par ce que je ressens. Son point de vue m’éclaire souvent. Il sait exactement ce que tu fais avec moi. Il ne faut pas préjuger du rôle du père de Sophie. J’ai cru comprendre qu’il est gentil avec elle.

— Mais elle est traditionnelle, donc, bloquée.

— Tu préjuges encore sans savoir.

— Où veux-tu en venir ?

— Le sort de Sophie m’intéresse. Elle est avec nous dans l’entreprise, et une partie de notre réussite vient d’elle indéniablement. Elle ne rate pas les clients comme l’autre secrétaire. Elle a de très bonnes initiatives. Elle nous prévient quand elle détecte un problème. Elle participe à notre expansion. Elle est parfaite. Elle n’est pas potiche du tout. J’ai honte de m’être marié avec toi, alors qu’elle t’était mieux indiquée. Pourquoi ne t’es-tu pas marié avec elle ? Es-tu incapable de faire l’amour avec elle ?

— Quand j’ai décidé d’aller avec toi, j’en étais incapable. Sophie était trop bien. Je n’aurais pas su quel comportement avoir avec elle, alors que tu pouvais me guider.

— Et maintenant, en étant passé par moi et Claudine, te sens-tu plus à l’aise ?

— Indéniablement.

— Sophie a été victime de ton inexpérience.

— Je ne vois pas comment réparer. Veux-tu que je divorce pour me mettre avec elle ? Je préfère rester avec toi.

— D’accord, dit Aline. Mais si elle te demande de coucher avec elle, que fais-tu ?

— C’est peu probable pour une traditionnelle.

— Mais si elle te demande quand même ?

— Je t’ai donné les conditions.

— Acceptes-tu d’aller avec elle si elles sont réalisées ?

— Oui, mais elles sont irréalisables.

— J’en suis moins sûre. Depuis quelque temps, Sophie a l’air de t’aimer beaucoup.

— À quoi le vois-tu ?

— Elle a une attitude qui ne trompe pas. Elle est en chaleur.

— Je ne sais pas comment tu le détectes.

— Si tu étais une femme, tu saurais. Toutes les filles de l’entreprise savent qu’elle t’aime.

*****  

 

— Je vous ai vu plusieurs fois avec le fils Lenoble, dit Aline à Sophie. Sa mère avait confiance en Luc, mais le fils est plutôt connu pour ses maîtresses. Que va-t-il faire de nos actions ? Vous avez dû en parler.

— Effectivement, dit Sophie. Le fils Lenoble voulait les vendre. Je suis intervenue. Je les ai achetées avant nos concurrents. N’ayez pas d’inquiétude de ce côté-là. Elles sont à moi.

— Aviez-vous l’argent pour les acheter ?

— Non.

— Vous avez donc des dettes.

— Papa m’a aidée. Je n’en ai pas.

— Votre père est-il riche ? Ce n’est pas très clair.

— Le fils Lenoble évalue mal la valeur de l’argent. Il le dépense. Papa a bien voulu que je me donne à lui comme prix des actions. Il me voulait vraiment.

— C’est donc ça. Ce garçon vous a fait cadeau des actions pour vos beaux yeux.

— J’aurais bien voulu qu’il se contente de voir mes yeux, mais il voulait faire l’amour. J’ai cédé à son insistance, car le jeu en valait la chandelle. C’était un arrangement devant satisfaire les deux parties. Le fils Lenoble a payé au prix convenu la prestation que j’ai assurée.

— Vous l’avez payé en nature, mais avec une très belle nature, donc, il n’est pas volé. C’est votre raisonnement ?

— Oui. Il a payé très cher pour m’avoir, mais je n’allais pas refuser son offre. Elle me convenait.

— Vous avez une voiture maintenant.

— Dans la transaction sur le montant à payer, papa a récupéré une voiture neuve.

— Rien que ça ? En supplément ?

— Oui. Il me voulait à tout prix. Papa ne m’a pas lâchée pour rien. Je n’avais pas de voiture. Elle m’est utile. Le fils Lenoble m’a aussi envoyé une robe du soir que je ne mettrai pas. Elle est trop osée selon papa, mais elle est belle. Elle vient d’un grand couturier.

— Êtes-vous toujours en rapport avec le fils Lenoble ?

— Non. Il a eu ce qu’il demandait et moi aussi. Nous sommes quittes. Mon père a préféré que je ne continue pas avec lui. J’aurais pu avoir la moitié de sa fortune en me mariant, mais nous avons estimé que j’étais mieux à rester avec vous.

— Le fils Lenoble n’a donc plus rien à voir ni avec notre entreprise, ni avec vous.

— C’est exact. J’ai les actions, donc, il ne nous intéresse plus. Je l’oublie. Je me suis donnée pour les actions, mais c’était pressé et je n’ai rien trouvé d’autre. Il est bon de contrôler ces actions pour la sécurité de l’entreprise. Je ne regrette pas ce que j’ai fait.

— Sacrée Sophie. Vous ne vous êtes pas donnée pour rien. Vous êtes très riche maintenant. Nos actions vont prendre de la valeur avec vous parmi nous. Elles montent actuellement. Vous avez donc déjà gagné et vous devenez la propriétaire principale de l’entreprise. Vous devez bien aimer l’entreprise et Luc pour l’avoir fait. Vous avez confiance dans l’entreprise. Ce garçon ne doit pas bien estimer ce qu’il a lâché. Je vous approuve. Si ce garçon m’avait sollicité, j’aurais fait comme vous. L’occasion aurait été trop belle. Pour Henri IV, Paris valait bien une messe. Un paquet d’actions vaut bien un petit tour au lit. Ne croyez-vous pas ?

— J’ai été infidèle à mon futur mari.

— Oui, mais vous avez usé de votre liberté de femme, de la libre disposition de votre corps. La fidélité, c’est l’esclavage même quand elle est librement consentie. Les femmes n’ont pas à être des esclaves, et les hommes non plus. Vous avez prouvé votre intelligence dans cette affaire en sachant choisir la conduite à tenir. Il faut savoir juger objectivement et ne pas toujours être d’une fidélité obsolète. Je trouve normal de pouvoir aimer plusieurs personnes et de se donner quand cela vaut le coup. Quant à votre futur mari, trouvez-en un comme Luc qui accepte ce point de vue. Je peux me donner à qui je veux, même sans lui en référer, ce qui facilite la vie. Nous avons assez confiance l’un en l’autre pour ne pas faire de bêtise.

— Si Monsieur Luc ne me désapprouve pas, j’en suis heureuse. Après ce coup, je constate que c’était facile à faire. Cela s’est passé très vite. Ce garçon m’a donné toutes ses actions pour uniquement m’avoir quelques minutes. C’est peu dans une vie.

— Pensez-vous qu’il ait fait un marché de dupes ? Moi, je me donne facilement. Vous aurait-il beaucoup donné, et vous, pas grand-chose ?

— Je ne sais pas. Vous pouvez le voir comme cela, mais ce garçon a beaucoup d’argent, et ce qu’il m’a donné n’est qu’une faible fraction de sa fortune. Il faut donc relativiser. Il est difficile de comparer ce que nous avons échangé. Je devais le faire par sécurité, car j’aurais eu du mal à emprunter et à rembourser. J’ai eu de l’appréhension, mais elle s’est vite atténuée. Le plus dur a été pour moi de me décider d'aller au-devant de lui, en faisant comme si c’était naturel, sans me contracter. J’y suis parvenue. Il ne m’a pas aidée, me traitant sans égard, seulement avide de ce que je lui offrais. Il a foncé sur moi. Je n’ai ressenti aucun amour de sa part, mais je n’en avais pas pour lui et il m’a payée largement. Chacun a rempli son contrat. On ne saura jamais qui est le plus bénéficiaire dans une transaction de ce genre. Avez-vous fait l’amour avec un homme que vous n’aimez pas ?

— Oui. Je me suis forcée plusieurs fois. Souvent, c’était pour mieux connaître mon partenaire, pour ne pas le rejeter a priori, et aller vite. D’autre fois, c’était pour amortir une rupture annoncée. C’était toujours aussi intéressé que ce que vous avez fait. On peut nous mettre dans le même sac. Vous aviez un but louable, et vous l’avez atteint. Avec l’habitude, se donner est plus facile.

— Madame Aline, je n’envisage pas de recommencer. D’ailleurs, je ne pourrais pas.

— Pourquoi ?

— J’ai vendu ma virginité à ce garçon. Je ne l’ai plus.

— Je ne voyais pas l’affaire sous cet angle. Avez-vous saigné ?

— Oui, mais il le voulait.

*****  

 

46 Aline, Sophie et son père

— Monsieur, dit Aline au père de Sophie. Je suis Aline, de l’entreprise de Monsieur Luc où travaille votre fille. Êtes-vous disposé à ce que nous en parlions?

— Bien sûr, Madame. Sophie a beaucoup de respect pour vous.

— Sophie m’a révélé ce qu’elle a fait avec le fils Lenoble. Je suppose que vous êtes informée.

— Oui Madame. Sophie m’a dit qu’elle vous en parlerait.

— Généralement, ce genre d’aventure n’est pas divulgué.

— Sophie pense que son aventure ne restera pas secrète, que le fils Lenoble va s’en vanter, que les magazines s’en empareront et qu’elle arrivera un jour ou l’autre aux oreilles des filles de l’entreprise. Sa nouvelle voiture ne passe pas non plus inaperçue. Le garagiste parlera. Elle a considéré qu’il valait mieux informer directement ses amis.

— Elle a raison, mais son histoire m’a retournée. Votre fille l’a très mal vécue. Elle s’est fait violer par ce garçon. Comment avez-vous pu participer à ce viol ?

— Je suis d’accord avec vous. Elle a été violée, mais elle ne pouvait résister. Elle avait le couteau sous la gorge. Je n’ai pu que l’empêcher d’être violée plusieurs fois.

— Le couteau, ce sont les actions. Pour les avoir, elle n’était pas obligée de se laisser violer. J’étais là, avec les membres de la direction, Claudine, Luc et Marcel. Nous pouvions réunir les fonds nécessaires en raclant les fonds de tiroir et en empruntant un peu. Nous aurions pu tenir puisque l’entreprise fait des bénéfices. Pourquoi ne s’est-elle pas adressée à nous ? Nous sommes ses amis.

— Sophie a estimé que vous ne pouviez pas réunir la somme nécessaire, et que vous n’aviez pas de garanties suffisantes pour emprunter. Elle a agi au mieux.

— Le paquet d’actions qu’elle a acheté est gros, mais j’ai fait les comptes. C’était possible, et Sophie n’aurait pas été violée.

— J’ai refait les comptes avec les informations que Sophie m’a données. Elle avait malheureusement raison. Tout comme elle, vous n’auriez jamais pu rembourser.

— Je connais la valeur des actions. C’était possible.

— Votre erreur vient de ce que ces actions ont été négociées à onze fois leur valeur, même si elles ont été enregistrées au cours du jour à la banque. Votre concurrent avait mis le paquet en proposant dix fois le cours. Sophie a sauvé votre entreprise. Elle était prête à se marier avec le fils Lenoble. J’ai réussi à ce qu’elle évite le mariage et ne se donne qu’une fois. C’est dramatique, mais je ne suis pas parvenu à faire mieux. Sophie est courageuse. Elle a tenu. Elle tiendra.

— Venons aux raisons de son acte. Je ne pense pas qu’elle ait fait ça pour devenir riche.

— Elle a les actions, mais elle n’a pas l’intention de les vendre. Elle a voulu vous sauver.

— Elle a voulu nous sauver, mais pourquoi ? Votre fille est une secrétaire parfaite. Si l’entreprise disparaissait, Sophie retrouverait facilement du travail. Il en serait de même pour nous. Il n’y a qu’une explication. Elle s’est sacrifiée pour nous parce qu’elle nous aime. Elle aime Luc.

— C’est vrai. Elle l’a fait par amour pour Luc.

— J’aime beaucoup Sophie, dit Aline. Elle aime mon mari et moi aussi. Il se trouve que mon mari m’aime, mais qu’il aime aussi Sophie. Je crois que pour vous, il faut se marier pour se mettre en ménage.

— Je l’ai toujours recommandé à Sophie.

— Je vais divorcer. Sophie se mariera et se mettra en ménage avec Luc.

— Vous portez un enfant qui va bientôt naître. Il a besoin d’un père.

— Les pères ne manquent pas. J’ai le choix. Je peux me remarier avant la naissance. L’amour de Sophie pour Luc doit s’exprimer.

— Vous n’avez pas à vous sacrifier. Je prends acte de la réputation de ma fille. Je ne la rejette pas, car j’estime qu’elle a fait son devoir en protégeant ses amours. Elle va mener sa vie comme elle l’entend, en femme normale. Son amour pour Monsieur Luc l’a amenée à se donner au fils Lenoble. Je respecte l’option qu’elle a prise. Il y a des gens qui l’aiment et qu’elle aime. C’est important dans la vie. Qu’elle trouve le bonheur avec vous, mais restez mariée avec Monsieur Luc. Sophie n’a ni à vous combattre, ni à se substituer à vous puisque vous lui laissez une place.

— Acceptez-vous que Luc fasse l’amour avec elle ?

— Si c’est dans le bonheur de tous : oui.

— Et qu’elle ait des enfants avec lui ?

— Oui. J’en serais très heureux.

— Je vais lui proposer.

*****  

 

— Sophie, dit Aline. Je suis allé voir votre père pour avoir son opinion et en avoir le cœur net. Il m’a tout révélé, le prix exorbitant des actions et l’amour que vous avez pour Luc. Est-ce bien l’amour qui vous a poussée à vous vendre ainsi pour protéger Luc ?

— Oui, Madame Aline, mais je n’ai pas à aimer Monsieur Luc puisqu'il est marié avec vous. Il n’est pas sage de convoiter un homme marié.

— Je souhaitais qu’il se marie avec vous. Je ne voulais pas me marier avec lui, mais il a réussi à me convaincre. En acceptant, je vous ai fait du tort.

— Mais non, Madame Aline. Monsieur Luc vous a choisie, et c’est tout.

— Et vous vous morfondez toute seule à l’aimer en silence.

— Monsieur Luc travaille souvent avec moi. Je ne me plains pas. Je profite de sa présence.

— Aimez-vous un autre homme ?

— Comme Monsieur Luc ? Non.

— Quand je suis à côté d’un homme que j’aime, je ne suis pas indifférente.

— Moi non plus. C’est plus fort que moi. Je suis sensible à Monsieur Luc, et mes glandes fonctionnent, mais je le respecte. Il me respecte aussi. Voulez-vous nous séparer ? Notre travail n’en souffre pas.

— Vous nous êtes très précieuse. Vous travaillez admirablement. Restez avec lui. Je connais Luc. Il ne s’imposera pas, mais si vous voulez de lui, il vous servira. Il a mon autorisation. Cela ne dépend que de vous deux.

— M’aime-t-il ?

— Oui. Beaucoup. Je ne suis pas un obstacle. Nous continuerons de nous aimer. Que faites-vous ?

— Laissez-moi réfléchir, dit Sophie. Souhaitez-vous vraiment que je me donne à Monsieur Luc ?

— Vous vous aimez, dit Aline, et votre amour ne me gêne pas. Je désire aider cet amour, ne pas le détruire. Il m’est sympathique. Je perçois ce qui se passe en vous, le trouble qui vous pousse vers lui. Ne refusez pas Luc. Soyons pratique. Il y a des périodes où je ne serai pas en mesure de faire l’amour. Vous pourriez prendre le relais. Ce serait agréable pour Luc. Je n’ai pas besoin de lui tout le temps. Il a des disponibilités. Un partage à l’amiable est possible avec vous. Je le souhaite de tout cœur. Faites-moi plaisir. Vous êtes une amie. Vous avez autant besoin de Luc que moi. Il y a eu un temps où j’étais dans votre situation vis-à-vis de Claudine. Permettez-moi de rendre ce qu’on m’a fait, et vous remercierez Claudine.

— Je vais solliciter une nouvelle exception auprès de mon père. Il acceptera s’il juge bon le motif.

— Quel motif allez-vous invoquer ? Que j’ai une dette envers Claudine ?

— Que nous nous aimons, moi, Monsieur Luc et vous.

— Le motif est bon. Si vous voulez un enfant, n’hésitez pas. Demandez-le à votre père.

— Je vais le faire, Madame Aline.

— Je vous invite ce soir chez nous à venir discuter avec les membres de la direction dont vous faites désormais partie.

— Bien Madame. J’irai. Quel est le programme ?

— Repas rapide et léger. Exposé de chacun sur ce que nous pouvons faire pour l’entreprise, difficultés, améliorations et décisions. Éventuellement regarder un programme sérieux à la télévision, ou écouter l’un de nous exposer ce qui lui plaît. Par exemple, Madame Claudine aime nous parler d’astronomie. Coucher ensuite. Parfois, quand il fait chaud, nous utilisons la piscine.

— C’est sérieux. Vous ne faites pas la fête ?

— Non. Nous ne buvons pas, ne dansons pas, n’écoutons pas de musique. Nous rions très peu. Nous n’éprouvons pas le besoin des fêtes. Et vous ?

— Moi non plus. Je suis mal à l’aise au milieu des fêtes. J’ai l’impression de perdre mon temps. Vous avez des goûts qui me plaisent.

— Vous êtes comme nous. Mettez quand même votre robe du soir. J’aimerais la voir.

— Mon père ne l’aime pas. Elle est osée. Il ne souhaite pas que je la porte. Elle ferait trop d’effet sur les hommes.

— Ne vous montez pas aux gens que vous ne connaissez pas, mais entre nous, avec Marcel, Luc et Claudine, vous pouvez oser. Nous serons en habits ordinaires décontractés. Vous pouvez l’être aussi, mais pour une fois, montez-nous votre beauté, pour satisfaire notre curiosité. Je pense que nous serons tous intéressés.

— J’apporterai la robe, mais il serait bon de m’aider à la mettre.

— Nous vous aiderons. J’ai proposé à votre père que Luc puisse vous garder pour la nuit et il y est favorable, si vous êtes en état d’aller avec lui bien sûr.

— Je suis en état. Je vais obéir à mon père.

— Pour la robe, demandez-lui. Nous n’en avons pas parlé, mais c’est un bon père.

— Très bon, Madame Aline. Vous êtes très bonne aussi.

*****  

 

47 Sophie s’expose

— Papa, dit Sophie, un magazine m’a contactée, pour savoir s’ils avaient mon accord pour publier ma photographie.

— Tu as dit non, j’espère.

— Je n’ai pas encore répondu, mais je préfère dire oui.

— Pourquoi ?

— Je m’attendais à cette nouvelle. De toute façon, mon image va se répandre, que je m’y oppose ou non. Je préfère m’entendre à l’amiable avec eux en choisissant les bonnes images et en les distribuant par une agence. J’ai longtemps réfléchi à la situation.

— Et qu’as-tu tiré de ta réflexion ?

— Papa, je suis belle. Ma beauté est sexuelle. Elle attire les hommes et rend jalouses les femmes. Je déchaîne des passions. Autour de nous, il n’y a que toi et mes amis pour rester calmes et me voir en femme normale. C’est seulement avec vous que je peux être naturelle. Je peux me baigner avec Marcel ou Claudine, ou me doucher devant toi sans problème. Ce ne serait pas possible avec ceux que ma présence excite. Au travail, dans la rue, les hommes me recherchent, et les femmes me regardent d’un sale œil. Mes photos vont élargir le cercle des passions, mais ne bouleverseront pas ma vie ici. C’est donc assez neutre à mon niveau.

— Donc, on peut autoriser ton image et choisir un peu.

— Oui, papa. Le mieux est de tirer parti de la situation. Je vais discuter avec les agences qui diffusent les images, et essayer de les monnayer. Ils sont demandeurs.

— As-tu besoin d’argent ?

— Si on m’en donne, je ne vois pas pourquoi je le refuserais. L’entreprise en a besoin pour se développer. Je regrette un peu le mariage. J’aurais une fortune à ma disposition. Je ne vais pas aller solliciter le fils Lenoble, mais si j’ai un moyen avec mes images d’aider l’entreprise, je ne dois pas le négliger. La publicité est utile. On me fait des offres que je vais étudier.

— Quels genres d’offres ?

— Beaucoup d’offres, papa, de tous les genres, pour toutes sortes de photos, des meilleures aux pires. Je rejetterai sûrement celles où il faut aller avec un homme, car j’aurais avantage à séduire de nouveau le fils Lenoble. Me montrer doit suffire.

— Montrer quoi ?

— Ils n’ont que mon visage actuellement. Il les accroche manifestement. Ils veulent plus. Je vais me proposer avec la robe. L’acceptes-tu ?

— Tu es tellement belle, que je ne peux pas refuser, mais pas de nu.

— Pas de nu, Papa. C’est toi qui m’aideras à mettre la robe pour les séances de photos. Ce sera plus facile que toute seule.

— Mon contact te fait sursauter.

— Je ne sursaute presque plus, Papa. Luc me transforme.

*****  

 

— Vous êtes dans les magazines, dit Aline à Sophie, la nouvelle maîtresse de François Lenoble, avec de très belles images de votre visage en grand format. Les photographes se sont régalés. Vous êtes photogénique même sans la robe. Les filles ne parlent que de cela.

— Je m’y attendais. J’ai vu des photographes opérer. Il n’y a que les affirmations du fils Lenoble pour me désigner comme maîtresse. Je n’ai rien déclaré. Je me suis donnée, mais cela n’a pas duré longtemps. C’est autre chose avec Luc.

— Qu’allez-vous faire ? Allez-vous faire un procès ? Vous pourriez le gagner s’ils n’ont pas votre consentement, mais avec une mauvaise publicité. Ne bougez pas et le calme va revenir. Vous pouvez démentir.

— La voiture et les actions me désignent sans conteste. Je ne démentis rien. J’ai engagé des négociations avec les agences. L’impact des premières photos dépassant ce qu’ils en espéraient, ils proposent une diffusion mondiale de quelques dizaines de millions de mes images. Avec la robe, j’ai l’air de leur plaire. Ce sera de l’argent pour développer l’entreprise.

— Vous en serez un peu plus propriétaire. Nous avons avantage à vous soigner.

— J’ai réservé la possibilité d’utiliser mon image pour la publicité de l’entreprise.

— Bonne idée. Que ferions-nous sans vous ? Notre jolie secrétaire est dynamique. Allez-vous rester secrétaire ?

— Oui. Je suis à ma place au secrétariat et avec vous et Luc. C’est tout ce qui compte. Je suis heureuse.

— Luc vous aime bien, dit Aline. Les filles savent que vous habitez désormais chez nous. Elles savent tout. Elles doivent savoir que Luc n’est pas le père de mon enfant, mais la vérité ne me gêne pas. Faites comme moi. N’en ayez pas peur.

— Je l’affronte comme vous, dit Sophie. Si c’était à refaire, je le referais.

— Restez chez nous. Vous êtes, avec Claudine, la meilleure des compagnes.

— Je peux vous retourner le compliment.

*****  

 

— Que pensez-vous de moi, demande Sophie à Luc ?

— Vous travaillez bien et vous êtes très agréable, à peu près comme Aline et Claudine. Vous êtes aussi mon patron puisque vous possédez l’entreprise.

— Êtes-vous avec moi pour séduire le patron ?

— Je suis avec vous parce qu’Aline l’a souhaité et parce que je vous aime, dit Luc.

— Aline l’a-t-elle souhaité parce que je suis le patron ?

— Non. Elle vous aime. Patron ou non, cela n’aurait rien changé.

— J’ai quand même sauvé votre entreprise, dit Sophie.

— Vous le croyez.

— Et vous non ?

— Laissez-moi vous expliquer, dit Luc. Si vous n’aviez pas récupéré les actions, le contrôle ne serait pas passé entre les mains du concurrent.

— Mais si.

— Mais non. Le concurrent est contrôlé par Lenoble, tout comme nous l’étions. Madame Lenoble a créé les deux entreprises en parallèle avec des moyens comparables et a misé sur les deux avec des équipes différentes de façon qu’il y ait de l’émulation. La concurrence entre nos deux entreprises était loyale. Elle l’est toujours. Ils n’ont jamais cherché à nous acheter. Nos moyens sont supérieurs aux leurs, car nous nous sommes développés plus vite.

— Et le prix offert ? Je n’ai pas inventé l’offre écrite que m’a présentée le fils Lenoble.

— Ne croyez-vous pas que le fils Lenoble donnait sa garantie ? Il est plus malin qu’il n’y paraît. Il a obtenu l’offre sans difficulté en s’engageant au besoin.

— Cela voudrait dire que je me suis donnée pour rien au fils Lenoble ?

— Le fils Lenoble vous a payée royalement. Il a manœuvré, mais je vous fais humblement remarquer qu’actuellement vous m’offrez beaucoup plus que ce qu’il a pu obtenir. Je dois valoir des dizaines d’entreprises comme la nôtre.

— Pensez-vous comme madame Aline que ma virginité ne valait rien ?

— Elle avait beaucoup de la valeur pour le fils Lenoble, et pour vous la valeur que vous lui avez accordée. Vous avez cependant estimé que les actions valaient plus cher que leur vraie valeur. Je ne sais pas si vous vous seriez donnée en la connaissant.

— L’aurais-je fait ? Je ne regrette rien. Ma virginité n’avait pas de valeur. Placée dans les mêmes conditions, je recommencerais pour avoir les actions, à leur prix réel.

— En êtes-vous certaine ?

— Je vous l’assure. Quand cela est nécessaire, je me donne. Le contrôle d’une entreprise le mérite. La virginité est sans importance. Se donner à un homme est normal pour une femme normale.

— Vous le pensez maintenant, mais le pensiez-vous ?

— Vous avez raison, dit Sophie. J’ai évolué. En tout cas, je suis bien avec vous. En patron, je prends mes aises avec mon ancien patron qui est devenu mon employé. Je reste quand même sa secrétaire.

*****  

 

48 François cherche Sophie

— Bonjour, Monsieur Lenoble.

— Bonjour, Mademoiselle Sophie. Je vois que vous êtes toujours la secrétaire. Maman souhaite que je me marie avec vous. Quelles sont vos conditions ?

— Pour commencer, la moitié de votre fortune avec les actions de notre concurrent. Le mariage serait blanc. Chambres séparées avec la possibilité pour chacun d’aller avec qui il veut.

— Et les enfants ?

— J’en aurai, mais pas de vous.

— Je ne sais pas si cela conviendrait à maman.

— C’est pour moi le minimum.

— La dernière fois, on a fait un arrangement sans mariage. Je vous offre les actions du concurrent si vous vous donnez.

— Une seule fois avec préservatif ?

— Oui.

— D’accord.

— Vous ne demandez pas à votre père ?

— Je lui demanderai. J’espère qu’il dira oui comme l’autre fois. Avec préservatif, c’est tolérable.

— On se retrouve à la banque comme la dernière fois ?

— Oui. Même procédure de transfert. Voyez avec mon père.

— J’irai le voir.

— Pourquoi me voulez-vous ?

— J’ai parié avec des journalistes qu’ils vous verraient avec moi. On le ferait chez moi, pour qu’ils constatent que vous venez. La publicité n’a pas l’air de vous déranger.

— Faites toute la publicité que vous souhaitez, mais je me donne en privé.

— C’est possible chez moi.

*****  

 

— Je vais me donner une deuxième fois au fils Lenoble, dit Sophie à Aline. J’aurais en échange les actions du concurrent. Nous serons tranquilles en le contrôlant.

— Il va encore vous violer.

— Il ne m’a jamais violée.

— Je croyais. Vous m’avez dit qu’il s’est lancé sur vous, qu’il n’avait eu aucune considération.

— C’est vrai, mais ce n’est pas du viol. J’étais consentante. Je ne l’aime pas. C’est tout.

— Et vous êtes prête à recommencer ?

— Je préférerais avec Luc, mais Paris vaut bien une messe. Il n’est pas si terrible. Il n’a fait avec moi que ce qui est normal. Rien d’autre.

— Bon. J’ai compris. Pour vous, la relation sexuelle n’est pas le principal de l’amour. Vous êtes comme moi. Vous pouvez la pratiquer sans engagement.

— Effectivement. Ce sera la dernière fois avec lui. Il n’a plus rien à offrir qui puisse me tenter.

*****  

 

— Savez-vous que notre concurrent est en faillite, dit Luc à Sophie ?

— Non, mais j’aurais dû le prévoir. Il avait du mal à supporter notre concurrence.

— Vous allez vous donner pour rien. Vous n’êtes pas obligée d’y aller.

— Il m’a roulée, dit Sophie, mais le contrat a été discuté par mon père. Je me donnerai quand même, sans qu’il soit au courant que je sais que les actions qu’il va me fournir ne valent rien.

— Je vous approuve, dit Luc. On doit honorer ses contrats. Essayez de mieux vous y prendre que la première fois.

— Je ne me suis pas fait rouler la première fois.

— Sauf que physiquement, vous étiez mal préparée.

— C’est vrai, dit Sophie. C’était moins facile que ce que j’avais prévu, mais maintenant j’ai compris avec vous comment me comporter. Je vais expérimenter avec lui mon nouveau savoir.

— Bonne chance, dit Luc.

*****  

 

— Avec François Lenoble, dit Luc, comment cela s’est-il passé ?

— Bien, dit Sophie. Presque comme avec vous. J’ai pensé à vous. Il a été gentil. Je l’avais mal jugé. Il a des qualités ce garçon. Je retournerai peut-être avec lui s’il me relance. Aline dirait qu’il mérite d’être testé.

— Envisagez-vous le mariage ?

— Pas pour le moment. Je ne le connais pas assez. J’aurais à le tester sérieusement. En attendant, je reste avec vous, une valeur sûre. Si vous le permettez, j’aimerais avoir un enfant de vous sans attendre. Le mariage ne viendrait qu’après, s’il m’acceptait avec l’enfant.

— Vous voulez lui imposer un enfant ?

— N’est-ce pas ce qu’a fait Aline ?

— Oui, mais cet enfant de Marcel sera le bienvenu.

— Si le mien n’est pas le bienvenu pour François, je ne me marie pas avec lui.

*****  

 

— Marcel, dit Aline. Que pensez-vous de notre comptable ?

— Je vous vois venir. Vous voudriez que je fasse avec elle comme Luc avec Sophie.

— C’est une idée qui m’est venue. Comme moi, Claudine ne sera pas toujours disponible. Je pense à votre confort.

— C’est gentil, mais notre comptable va se marier. Elle n’a pas besoin de moi.

— C’est dommage pour nous, et Sophie n’est pas intégrée à notre couple de couples. Elle ne va pas avec vous.

— Je respecte Sophie, et elle me respecte. C’est une amie. Elle est avec nous. Auriez-vous voulu plus ? J’aurai plus de raisons d’aller avec vous.

— C’était pour l’équilibre, la symétrie. L’aimez-vous ?

— Bien sûr, je l’aime, mais je n’envisage pas de faire l’amour avec Sophie. Luc vous a suivi en allant avec elle. Traitez cette question ensemble. Je n’ai pas à intervenir.

— Je me renseignerai pour savoir si elle vous aime.

— Qu’elle m’aime ou ne m’aime pas, cela ne changera rien. Ne compliquez pas ce qui n’est déjà pas très simple. Je ne vais pas non plus avec Lucie, bien que nous nous aimions. Elle est avec Jean-Marie.

*****  

 

— Je côtoie la belle Sophie, dit Marcel à Aline-bis. Luc a eu raison de la récupérer. Je l’aime bien.

— Irez-vous avec elle ?

— Je la laisse à Luc. Elle se contente de lui.

— Est-ce qu’on crée Sophie-bis ?

— D’accord. C’est un ange. Elle volera avec nous. Mettez-lui la belle robe.

*****  

 

49 Sophie négocie son mariage

— Mon garçon, dit Madame Lenoble à son fils François. Ne perds pas de temps. Marie-toi avec Sophie si tu peux encore. Elle habite avec Luc, mais heureusement, il est marié. C’est un ménage à trois, donc, il ne tiendra pas.

— Je sais, Maman. Le détective m’en a parlé. Elle est dans le lit de Luc un jour sur deux.

— Tu m’avais dit que tout s’était bien passé avec elle.

— Oui, maman. Très bien. Pourtant, le contrat ne spécifiait qu’une fois, et non qu’elle resterait. La fois précédente, je ne l’ai eue que quelques minutes, et je croyais que ce serait aussi court. J’ai bénéficié de toute une nuit et elle s’est redonnée au petit matin.

— Il y a donc de l’espoir. Pourquoi ne l’as-tu pas relancée ?

— Je n’ai pas été gentil avec elle. Je me suis amusée à ses dépens. Je l’ai payée en monnaie de singe. Elle s’est vendue en échange d’actions d’une entreprise qui vient de couler. Elle est un peu tendre en affaires.

— Rattrape ton erreur. Paye-la à sa valeur.

— Tiens-tu vraiment à Sophie ?

— Elle a tout ce que je peux espérer d’une bru. Elle est jeune, sérieuse, belle et intelligente. Elle n’est pas comme les autres que tu fréquentes et qui n’ont rien dans la tête.

— Je l’admets, Maman, mais je l’ai quand même roulée avec les actions qui ne valaient rien.

— Elle t’a aussi roulé avec les actions de son entreprise qui avaient beaucoup de valeur. Ces actions montent actuellement. Pourquoi lui as-tu donné si tu ne voulais pas continuer avec elle ?

— Parce qu’elle me plaisait, Maman.

— Un peu plus que les autres ?

— Oui, Maman. Beaucoup plus, et ce n’est pas une fille facile. Il fallait lâcher du lest. Les vierges ne sont pas celles qui se donnent le plus facilement. Celle-là en particulier.

— Elles sont saines. Ne va jamais avec d’autres.

— La virginité ne dure pas, Maman. Regarde Sophie. Elle est avec Luc. En principe, je devrais l’éviter. Une fille qui ne m’est pas réservée est dangereuse, même avec un préservatif.

— Elle serait avec toi si tu n’avais pas refusé de te marier avec elle. Quand on démarre une fille, il faut continuer. Je le sais d’expérience.

— Quelle expérience, Maman ?

— Si je suis actuellement avec mon copain Raoul, il y a une raison.

— Une femme a besoin d’un homme ?

— Oui. Tu as abandonné Sophie au lieu de continuer avec elle. Il faut te fixer et rester avec la même. Sophie est celle qu’il te faut.

— Elle est avec Luc maintenant.

— Vas-tu baisser les bras ? Elle ne s’affiche pas avec Luc. Luc est marié. Elle n’est que maîtresse. Elle est officiellement locataire chez eux et sa secrétaire. Essais au moins de l’avoir ! Tu n’en trouveras jamais une aussi bien. Elle s’est donnée plusieurs fois. Elle va continuer.

— Je vais y aller, Maman.

— Pour le contrat, mets le prix. Tu lui accordes tout ce qu’elle veut.

— Tout ?

— Oui, tout. Cette fille-là saura aussi bien garder ton argent que toi. Tu ne lui interdis pas d’aller avec Luc. Elle peut le faire discrètement comme maintenant. Ne la brusque pas. Luc est handicapé par sa femme, donc, tu as du champ libre. Fais-toi aimer. Tu en es capable, et tu l’auras.

— Elle ne voulait pas d’enfant de moi.

— Mais en veut-elle ?

— Oui, Maman.

— C’est le principal. Si elle est enceinte, ce n’est pas grave. Tu la prends avec un enfant de Luc. Il n’y a rien à rapprocher à cet homme. Élève l’enfant comme le tien.

— Oui, Maman. Si Sophie ne veut pas d’enfant de moi, je préfère un enfant de Luc à tout autre. Au moins, Sophie ne me cache pas ses amours.

— Mon garçon, c’est ce que j’ai fait avec ton père, car il était capable de comprendre aussi bien que toi. Sophie est honnête et son choix est bon. Elle pense que la vérité est bonne à te dire. Je l’approuve. Marie-toi avec elle puisque tu as la chance que Luc ne puisse le faire.

*****  

 

— Bonjour, Monsieur Lenoble.

— Bonjour, Mademoiselle Sophie. Maman souhaite toujours que je me marie avec vous. Y êtes-vous disposée ?

— Vous m’avez donné un paquet d’actions qui ne valait rien.

— Vous me l’avez demandé. Je vous l’ai donné.

— Vous auriez pu m’avertir.

— Vous avez signé en les prenant. La transaction s’est faite à la cote. Je n’ai rien caché.

— Sauf que la cote était à zéro. L’entreprise est en faillite.

— Nul n’est censé ignorer la cote, mais comme je ne vous ai pas averti, je suis fautif. Voulez-vous que je vous dédommage ? À combien estimez-vous votre prestation ? Vous vous êtes donnée deux fois, et j’ai bien aimé.

— Je n’ai pas à être dédommagée. Je vous ai déjà fait cadeau de la deuxième fois. La première sera aussi en cadeau.

— Vous estimez-vous à zéro ?

— Ma prestation n’a pas de prix.

— Et avec Monsieur Luc, est-ce pareil ?

— Oui. Je vous suis redevable. Vous m’avez gâté en me cédant la première entreprise. Ce cadeau était disproportionné avec ma prestation. Vous pouvez exiger que je vous dédommage.

— Me permettez-vous de coucher de nouveau avec vous ?

— Si vous le souhaitez. Étant assez disponible actuellement, je l’accepte sans engagement de part et d’autre.

— Bien. Que faites-vous pour le mariage ? Que dois-je dire à Maman ?

— Je l’accepte.

— À quelles conditions ?

— Un partage équitable. Vous savez bien.

— Et pour la fidélité ?

— Si Monsieur Luc ou Monsieur Marcel me demandent, je me laisse faire. Ce sont mes amis, et je les garde. Je n’ai rien à leur refuser. Je les aime.

— De mon côté, je me débarrasse des filles. Elles ne me servent plus à rien. La publicité que vous me faites est bien supérieure. Votre image passe bien. J’espère avoir le droit de l’utiliser.

— Oui, dit Sophie. On me propose de tourner quelques vidéos publicitaires et même un grand film d’amour. Je ne suis pas actrice, mais on me dit que ce n’est nécessaire qu’au théâtre. J’ai passé un test qui les satisfait. Je n’ai qu’à imiter bêtement une doublure quand tout est au point. Ce n’est pas bien difficile.

— Devrez-vous payer de votre personne comme beaucoup de starlettes ?

— Il y aura quelques embrassades, un peu de peau nue et des maquillages, mais sans plus. J’ai repoussé le pornographique et les producteurs qui me voulaient dans leur lit. Je n’ai gardé que le sérieux. Ces films ne devraient pas me prendre beaucoup de temps.

— Le mariage s’annonce bien. Allez-vous en parler à votre père ?

— Oui.

— Si vous aimez Luc, pourquoi m’acceptez-vous ?

— Il y a plusieurs raisons. D’abord, Monsieur Luc n’aura plus besoin de moi puisqu’il a Madame Aline. J’occupe un strapontin. Il est confortable, mais je partage Monsieur Luc avec Madame Aline. Il ne faut pas que cela dure éternellement. Ensuite, avec vous, le premier contact n’a pas été une réussite, mais le second et le troisième m’ont bien plu. Enfin, je vous croyais bête, mais vous ne l’êtes pas. Il est logique que j’aille avec vous, n’ayant rien à vous reprocher pour le moment.

— Et la fortune ?

— Je possède une entreprise qui marche. Les cachets qu’on me propose pour les films sont importants, mais un peu de fortune en plus ne gêne pas.

— En somme, vous m’aimez tel que je suis ?

— Oui. Suffisamment, mais j’espère plus.

— Pour les enfants ?

— De Monsieur Luc pour commencer, et peut-être de vous.

— De Luc aussi ?

— J’ai prévu d’avoir mon premier avec lui. Je l’aime beaucoup. J’ai déjà essayé, mais la fécondation n’a pas encore eu lieu. J’ai arrêté pour concrétiser seulement après les films. Je souhaite cet enfant d’avant mariage d’un homme que j’aime beaucoup. Est-ce que cela vous dérange ? Nous préparerions le mariage pour après.

— Vous coucheriez avec Luc en attendant ?

— Le temps nécessaire, dit Sophie. J’arrêterai la contraception après les films. Ce serait à ce moment-là.

— Qui sera le père de l’enfant ?

— N’étant pas mariée, il portera mon nom et n’aura pas de père, à moins qu’il y ait un volontaire. Voulez-vous être celui-là ? Si je me marie avec vous avant la naissance, vous serez naturellement le père. C’est le plus simple.

— D’accord pour le mariage sans attendre l’accouchement. Marions-nous rapidement. Pourquoi attendre ?

— Envisagez-vous le mariage avant la conception de l’enfant ? Si c’est le cas, il faudra me laisser féconder par Luc, et ne pas vouloir le faire à sa place. C’est plus compliqué, mais faisable.

— Je préfère me marier tout de suite, mais je vous laisserai aller avec Luc à volonté pour l’enfant. Marions-nous le plus tôt possible. Engageons la procédure. J’ai envie de vous avoir.

— Alors, m’acceptez-vous avant mariage ?

— Oui. Dès ce soir chez moi si vous voulez.

— Sommes-nous bien d’accord ? Je couche avec vous dès aujourd’hui. Nous nous marions, mais j’aurai mon enfant avec Luc. Je suis donc virtuellement enceinte de Luc.

— Je me marie avec vous comme vous l’entendez.

— Bien. Monsieur Luc et Madame Aline ne sont pas loin, dit Sophie. Je les préviens que je déménage chez vous et je téléphone à mon père.

*****  

 

— Claudine à raison, dit Aline à Luc. Les gens se rapprochent, s’agglutinent de façon plus ou moins compliquée, mais à la fin il ne reste que des couples et des isolés. Sophie est partie habiter avec François Lenoble.

— Elle m’a demandé de lui faire un enfant quand les films seront terminés, dit Luc. Elle a l’accord de François. Elle souhaite le tien.

— Elle sera mariée avec lui à ce moment-là, dit Aline. Il doit l’aimer pour l’accorder.

— Oui, dit Luc. Donnes-tu ton accord ?

— Oui, mais je ne comprends pas qu’elle ait besoin de toi. Si elle te le demande, c’est qu’elle t’aime plus que lui.

— Ne va pas doser l’amour. Elle nous aime tous les deux. Elle sait que ton enfant est de Marcel. Elle veut compenser.

— Par amour pour toi ?

— Oui, et parce qu’elle m’a quitté et veut me faire plaisir. Je ne vais pas dire non, mais si elle oublie d’ici là, je ne lui rappellerai pas.

— Je ne la pousserai pas non plus, mais une bonne secrétaire n’oublie pas. Tu es condamné à lui faire son enfant. J’en réclame un aussi de toi.

*****  

 

— Vous voulez un enfant de Luc, dit Madame Lenoble à Sophie ?

— C’est exact Madame, mais je le diffère à cause des films. En principe, c’est déjà fait. François m’a acceptée avec un enfant qui ne serait pas de lui.

— Il serait donc de Luc.

— Probablement, Madame.

— Pourrait-il être d’un autre ?

— Oui, Madame. Marcel n’est pas exclu si Luc n’est pas disponible.

— Mon fils est-il exclu ? Ne l’aimez-vous pas ?

— Madame, j’aime François de plus en plus. J’ai commencé assez mal avec lui, mais cela s’est arrangé. Je suis prête à lui faire entièrement confiance, mais cela dépend de lui. Si tout se passe bien, je peux avoir ensuite d’autres enfants avec lui, mais non le premier.

— Vous méfiez-vous de lui ?

— Je ne le connais pas suffisamment pour décider avec sûreté de ce que je ferai.

— Coucher avec lui ne suffit-il pas ?

— Non, Madame. Je n’ai pas de répulsion pour votre fils, mais mon amour pour lui n’est que modéré. Il peut me réserver des surprises et m’obliger à me dégager. Un enfant avec lui serait prématuré.

— Pourquoi un enfant de Luc ou de Marcel ?

— Madame, j’ai la possibilité d’obtenir de chacun d’eux un enfant avec l’accord de leur femme. Luc et Marcel sont des hommes que j’aime et qui m’aiment. Nous nous aimerons toujours. J’en suis persuadée. Ce n’est pas encore le cas avec votre fils. Nous sommes sur la bonne voie pour y parvenir, mais cela demande confirmation.

— Confirmation par cet enfant ?

— Il y contribuera, Madame. Je vais perdre de ma séduction. Une partie de ma beauté disparaîtra en le portant. J’aimerai cet enfant issu de mes amours. Si François ne l’aime pas, c’est qu’il ne m’aime pas. Si c’est le cas, nous nous séparerons. Je divorcerai.

— Lui imposez-vous une épreuve ?

— Je ne fais pas cela contre lui, mais pour perpétuer l’amour profond que j’ai pour des amis très chers et surtout ne pas perdre de temps pour enfanter. Cet amour, je l’aurai toujours, même en aimant François.

— Vous pouvez passer de Luc à Marcel. Ayez donc l’enfant avec François.

— Madame, je n’accepte pas encore un enfant de François. Je suis virtuellement enceinte. C’est assez clair. J’attends un enfant de Luc.

— Le virtuel n’est pas le réel. Vous envisagez de coucher à l’extérieur étant mariée.

— Oui, Madame, mais si je me marie dès maintenant, c’est pour satisfaire votre fils. L’enfant est engagé. J’avais proposé de faire l’enfant avant le mariage. Avec les films, cela repoussait encore. Votre fils me voulait sans attendre. J’ai accepté l’arrangement de me mettre avec lui pour lui faire plaisir. L’enfant sera un acte différé et réalisé discrètement. Il est possible pour moi de revenir en arrière. Je me remets avec Luc jusqu’à ce que je sois enceinte, et je me marierai ensuite. Tout sera alors en ordre. Le voulez-vous ?

— Vous êtes persuasive. Restez avec François. Abandonneriez-vous la fortune en divorçant si François vous déçoit ?

— Oui, Madame. J’ai toujours une entreprise, et mes amis ne m’abandonneront pas.

— L’avantage, avec vous, est qu’on sait à quoi s’en tenir. Vous testez François. Vous avez raison. À lui de bien se tenir. Il n’était pas obligé de temporiser pour vous demander en mariage et de vous jeter ainsi dans les bras de Luc. Vous avez droit à cet enfant. Je ferai mon possible pour que tout se passe bien. Faites cet enfant à votre convenance. Je l’adopte. Je serai sa grand-mère.

— Bien, Madame.

— J’espère que mon fils vous gardera et que vous ne le rejetterez pas. Vous me plaisez.

*****  

 

50 Sophie est mariée

— Sophie, dit Aline. Pourquoi voulez-vous un enfant de Luc ? Que vous a fait François ?

— François ne m’a rien fait, dit Sophie, mais je souhaite cette enfant. Si vous vous y opposez, je n’insiste pas auprès de Luc. Je demanderai à Marcel et à Claudine.

— Que ce soit Marcel ou Luc, dit Aline, pour moi, c’est la même chose. Pourquoi pas François ?

— Madame Aline. Vous avez testé beaucoup d’hommes. Quand ils ne conviennent pas, ils sont faciles à éliminer. On les oublie. Par contre, il est difficile de désigner ceux qui conviennent sans les fréquenter de près assez longtemps. N’avez-vous pas mis du temps avec Marcel et avec Luc, pour reconnaître que vous les acceptiez ? Je suis comme vous. Je ne sais pas si François peut m’aller. Je n’ai pas fini de le tester.

— En étant mariée ?

— En étant mariée, dit Sophie, je vis avec lui. Je peux l’étudier, ce qui ne serait pas possible sans mariage. Il n’est pas aussi facile de savoir si nous nous convenons, qu’avec Luc ou Marcel. Sur eux deux, j’ai l’avis concordant de vous et de Claudine pour m’aider, et ils sont plus faciles à comprendre. François ne se livre pas. Il me faut du temps pour savoir si tout se passera bien avec lui. Il est dommage que vous n’ayez pas testé François. Vous auriez pu me renseigner.

— Au lit, est-ce bien ?

— Oui, Madame Aline. Je n’aurais pas accepté le mariage avec un homme que je ne supporterais pas. De ce côté-là, il n’y a pas de problème. J’ai du plaisir comme avec Luc, mais vous savez bien que cela ne suffit pas. Vous avez étudié entre autres la jalousie et le partage. Il y a quantité de possibilités de dysfonctionnement. Je me réserve une échappatoire. Si j’avais tout de suite un enfant avec François, je serais prisonnière du mariage, car nous voudrons tous les deux élever l’enfant. Luc admet qu’un enfant est élevé par la mère et son compagnon. Avec un enfant de Luc, je garde ma liberté et le temps de faire l’étude de François pour juger si je continue avec lui. Je me lie les mains avec un enfant de François.

— Vous n’êtes pas obligée de lancer un enfant tout de suite.

— Étudier un homme comme François, est long, Madame Aline. Il faut y passer du temps. Si je ne débouche pas avec lui, il faudra passer à d’autres. Cela peut demander des années. Je ne vais pas attendre pour mes enfants. Je fais comme vous. J’ai l’occasion d’avoir un enfant d’un homme que j’aime et qui est accommodant. Je la prends.

— Je ne voulais pas me marier avant de savoir si tout était positif chez mon partenaire. Ce n’était pas une bonne méthode, car le partenaire se lasse et s’échappe. Vous vous mariez en espérant un résultat positif et en gardant une porte de sortie. Votre option se défend.

— Cette option est approuvée par ma belle-mère. Elle a poussé son fils vers moi et a de l’influence sur lui. Elle est mon alliée. Je ferai mon possible pour la contenter.

— Et votre père ?

— Mon père sera heureux d’être grand-père, même si je divorce.

*****  

 

— Notre belle Sophie n’est plus chez nous, dit Marcel. J’aimais bien la regarder.

— Vous la voyez encore au travail, dit Aline-bis.

— C’est moins intime. Ses habits ordinaires ne la mettent pas en valeur comme ce qu’elle porte à la maison. J’avais le privilège de la côtoyer. J’avais droit à ses sourires et à des tenues légères qui sublimaient sa beauté. Il y en a bien des images, mais je la préférais avec moi.

— Vous ne pouvez plus vous rincer l’œil à la maison sur du vivant. Luc non plus. La supprime-t-on ?

— Il n’est pas question de supprimer cet ange, dit Marcel. Elle volera toujours avec nous, au moins pour moi. Je n’oublie pas mes amours. Elle peut compter sur nous si elle en a besoin.

*****  

Fin de « Abandon de la fidélité » de Jean Morly

 

 

Romans de Jean Morly

(Disponibles au téléchargement, en formats pdf, epub, mobi et azw3, sur le site Internet : http://morl.free.fr )

Abandon de la fidélité

Adeline et les amours pluriels

Amants cachés

Affaires, amours, fortunes et meurtres

Vos astres en rougiraient

Les guides en amour

Amours de gestionnaires

Sans jalousie aucune

 

 

Présentation de « Abandon de la fidélité »

Aline, fille intelligente, calme, sérieuse et travailleuse, planifie son avenir en appliquant ses principes de liberté, de respect et d’égalité. Tout en poursuivant de brillantes études, elle recherche un gentil mari partageant ses valeurs. Prévoyant de se décider à la fin des études, elle teste avec précaution ceux qui l’intéressent. Pour éliminer en douceur ceux qu’elle ne retient pas et ne pas se heurter à l’incompréhension, à la jalousie, aux addictions et aux défauts des autres, elle révèle au préalable ses exigences. Elle présélectionne ainsi et parvient à en accepter quelques-uns répondant à ses critères, dont Marcel, qui rêve d’elle. Qui va-t-elle choisir ? Quel va être son avenir ? Comment ses principes vont-ils s’accorder à la réalité ? Jean Morly nous entraîne dans cette quête de l’avenir heureux en famille, avec une série de dialogues qui révèlent le fond de la pensée et l’évolution des personnages.

 

Résumé de « Abandon de la fidélité »

 

Le choix d’un conjoint est difficile. Aline le sait et cherche celui qui sera son mari, inspirée par l’histoire de ses parents qui lui ont révélé la complexité de leurs amours. Marcel est attiré par l’intelligence, le sérieux, l’efficacité, et la puissance de travail d’Aline. Il rêve d’elle sous la forme d’un ange qui exécute ses volontés, même celle de le faire voler sans ailes comme cet ange. La vraie Aline a des principes. Pour elle, le travail sérieux passe avant tout, mais elle est aussi pour l’égalité stricte homme-femme, le respect des lois et des autres, et l’amour libre sérieux sans aucune débauche. À la fin de ses études où elle choisira, elle en est à tester et à sélectionner les partenaires répondants à ses principes, en vue du mariage. Elle a déjà récolté John, mari possible, pendant des vacances linguistiques très studieuses. Elle ne se limite pas à lui. Elle accorde à chacun de ses amants de longues périodes séparées pour compléter l’étude. Quand elle part retrouver un autre amant, pour l’égalité, elle conseille à celui qu’elle abandonne provisoirement, des partenaires non jaloux pour la remplacer pendant son absence. Quand vient le moment de choisir, ses amours se marient, mais pas avec elle. Elle n’accuse personne, et ne met en cause que sa méthode d’étude des maris possibles qui demande trop de temps. Elle ne recommencera pas. Respectant ses principes, elle a comme solution de secours de se passer de mari en élevant seule ses enfants. Elle n’est pas rejetée par ses amis, qui ne peuvent s’empêcher d’admirer son sérieux, son absence de jalousie, son fair-play et la grande valeur du travail qu’elle effectue avec Luc. Ils sont là pour la soutenir. Progressivement, les principes évoluent, et un nouvel équilibre s’établit où elle a sa place…